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09/10/2008

La Grand Maître virtuel (09)

Le Grand Maître virtuel_09.jpg(09): Desseins « Bleu réseaux »

« On méprise les grands desseins lorsqu’on ne se sent pas capable des grands succès. », Vauvenargues

Ce matin-là, Vic se senti vraiment frais et dispos. Il y a des jours où on se sent pouvoir faire des miracles. Le sommeil avait été profond et réparateur.

Rien n’avait imposé une veille prolongée et il s’était couché de relative bonne heure. Son esprit avait pour l’occasion, fait le vide. Ses neurones rafraîchis étaient prêts à donner un maximum d’efficacité alliée à son imagination fertile.

Il restait toujours surpris de l’attraction que l’argent manifestait pour ses semblables. Il aimait l’argent, oui, mais pas pour les mêmes raisons. Il en avait sur plusieurs comptes locaux ou étrangers prêts à donner le coup de pouce nécessaire en cas de besoin dans sa « petite entreprise parallèles ». Mais ce n’était pas là qu’il fallait rechercher ses motivations et convictions.

Le jeu, lui, aurait pu, peut-être, mieux entrer dans ses cordes, mais il n’aimait pas perdre ni compter sur le hasard comme entremetteur. L’argent symbole de pouvoir était sa pensée comme une abstraction déplacée dans la virtualité et qu’on ne matérialise dans le tangible. Il était devenu fictif, représenté par une seule écriture comptable sous la ponctuation d’un clic et d’une souris en balade sur l’écran.

L’art du haut vol, style Arsène Lupin avait existé dans le monde d’avant. En ce temps, on allait sur les lieux du forfait. La modernité et le virtuel apportaient seulement de nouvelles voies bien plus efficaces.

Le rêve, il le réservait en fin de compte aux autres. Il n’y avait que lui pour savoir qu’en finale, il se terminerait en cauchemar pour les tiers. La sonnette d’alarme pour le client était devenue trop peu opérante par l’aveuglement de la rentabilité. Face à la facilité apparente de doubler une fortune dans un laps de temps anormalement court, la résistance est toujours minimale. L’interdit attise la motivation dans ces transactions de dupe. Une fois, la supercherie découverte, le client reste tellement imbriqué dans le jeu de la perversion qu’il ne pourra que mollement sortir du pétrin dans lequel il s’était glissé de bonne grâce.

Au bureau, Vic ne pensait plus à cet état de la fragilité humaine. Son esprit s’était mis à fonctionner en multiprocesseurs.

D’un côté, le projet pour lequel on le payait généreusement et de l’autre, l’extension de son entreprise nocturne qui manifestement ne connaissait pas la crise et qui nécessitait de plus en plus de temps.

Le problème, c’est que, pour être efficace, il aurait fallu une aide supplémentaire.

Quelqu’un de confiance se construit avec le temps.

Durant la journée, de nouvelles idées lui vinrent à l’esprit.

Le projet « Autoscan » de la Société, même si les instances supérieures en avaient coupé un bout des ailes, demandait un degré d’urgence bien plus important qu’il n’y paraissait. On s’impatientait en haut lieu.

Des appel d’offres avaient été lancés sur Internet et des CV commençaient à entrer plutôt péniblement. Le recrutement avait été assigné à Gérard pour les premiers contacts et à Vic pour la partie plus technique des interviews.

A partir de 10:30, il avait deux interviews planifiées et il se disait secrètement que si l’un d’entre eux ne convenait pas mais qui exprimait une motivation suffisante pour le gain, il pourrait lui proposer une place pour un ‘ami’ embaucheur. Celui-ci aurait naturellement été en voyage et difficilement joignable. Vic, représentant, serait là en agent recruteur.

Son plan personnel devait seulement éviter certains risques.

Découper le travail sans en dévoiler la structure dans son ensemble, allait occuper son esprit jusqu’à l’heure des interviews.

A 11:35, le premier se présenta. Un manque d’expérience était son plus grand défaut. La décision finale ne lui appartenant pas, il cotait les prestations dans une échelle de 1 à 10. Il termina l’échange assez vite par un immuable « On vous écrira ». Cote: 4/10.

Le second fut en retard et s’en excusa par les transports en commun trop peu fiables à son goût.

Son problème personnel vis-à-vis de RobCy résidait dans son éloignement. Un absentéisme physique rédhibitoire et caractéristique n’allait pas plaire aux supérieurs de la société.

Il correspondait par contre très bien au profil que Vic cherchait.

Il embraya donc tout de suite en lui présentant le stratagème qu’il avait mis en boîte quelques heures auparavant.

Jeune et malgré tout plein de talents et d’expériences en informatique, c’était indéniable. Il avait répondu aux questions comme s’il s’agissait de répondre avec assurance aux questions que le film de la veille à la télé avait laissé en suspend. Il avait des atouts que Vic avait ressentis dès le départ. Il n’avait pas seulement des connaissances théoriques apprises dans les bouquins, il avait su lire entre les lignes du savoir par l’expérience et la réflexion. Ne pas pouvoir se rendre au bureau très facilement importait peu pour le travail que Vic lui proposerait à titre personnel. Il trouvait que c’était même un atout majeur car il n’avait pas de bureau à lui proposer. Son plan imposait un employé à domicile. Les communications type internet, téléphone, mail relieraient le tout. L’aspect ‘intelligence artificielle’ stipulé dans l’annonce pouvait être une lacune et un point faible aux yeux de RobCy. Pour Vic, c’était le cadet de ses soucis avantageusement remplacé par son besoin de travailler le plus rapidement possible.

Sa place ne sera donc pas à RobCy mais chez Vic & Co. Il le fit ressentir à son jeune interlocuteur. Il lui fit comprendre que son « ami » lui avait laissé les coudés franches et qu’il pouvait considérer se sentir engager. Une signature fut même présente dans la conclusion de ce pacte mi-présent, mi-absent pour la deuxième signature fictive de l’ami absent.

Dès la semaine prochaine, Vic reprendrait contact. Tout avait été dit. Une poste restante fut proposée pour faire l’échange de matériel, son adresse privée comme lieu de rendez-vous une boîte électronique pour les contacts de confiance. Plus tard, d’autres portes pourraient s’ouvrir mais on n’était pas encore à ce stade.

La journée avait décidément bien commencé. Vic avait son aide, son Pygmalion. A lui de répartir intelligemment les tâches sans éveiller les soupçons dès le départ.

De cela, il n’avait pas trop de crainte. Pour un informaticien, scinder un projet en blocs fonctionnels, cela s’appelait dans le jargon « Couper un projet en « objets » ou en boîtes noires (’black box’) ». Il suffisait de les rendre un peu moins noires en les réunissant progressivement. Mais, cela restait une tâche d’un chef d’orchestre. Vic en avait la carrure intellectuelle.

L’expérience naissait avec la première fois. Tester faisait aussi partie de la panoplie de l’informaticien.

 

12:43 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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