Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08/10/2008

La Grand Maître virtuel (10)

Le Grand Maître virtuel_10.jpg(10): Préparation de la délégation.

« On peut déléguer des tâches mais pas les responsabilités. » Yannick Therrien

La nuit suivante, une excitation supplémentaire occupait l’esprit de Vic. Il avait écourté ses obligations quotidiennes au bureau. De ce côté, cela devenait de la véritable routine bien huilée.

Lundi soir, prochain, il y aurait le retour programmé des informations récoltées par son fameux programme espion: le « MoneyScan ». Pendant la semaine, le rôle de Vic se limitait à répondre aux emails en restant le plus possible masqué par pseudo interposé. Plusieurs courriers avaient attiré son attention et lui confirmaient que le processus de boule de neige était en marche inexorablement.

Plus efficace que le bouche à oreille, Internet avait des ressources insoupçonnées et écourtait de manière drastique les échanges d’informations.

Dans le lot d’informations, il était clair pour le nez fin de Vic que la plupart manquait d’intérêts. Cela n’avait aucune importance. Il s’agissait de correspondances style donnant-donnant en tâtant le terrain à la base. Uniquement les questions-réponses créait le progrès pas la question. Dans ce cas, il y mettait immédiatement fin et le silence radio. S’il avait le temps, en gros, il ne fallait pas que ce soit en pure perte.

Cinq adresses Internet tournantes qu’il utilisait comme vitrine de son activité, pardon comme écran, avaient bien servi ses desseins. Bien utilisées et usées, il était souvent judicieux de sentir le moment propice qui sonnait l’abus. Le sentiment de l’arrivée de moment n’avait aucune alerte bien précise. Une faible sonnette par l’expérience tintait alors, seulement pour avertir de la fin de la récréation. Alors, il les fermait tout de go et en ouvrait d’autres plus fraîches avec une apparence semblable mais en s’efforçant d’éliminer les traces qui menaient à son repérage.

Pour vivre heureux sur la toile, il fallait, plus que partout ailleurs, vivre caché et se découvrir juste un peu moins que le temps nécessaire.

Hors, les outils modernes “sociaux” comme on dit, allaient à contre sens. On aime se montrer, se définir plus qu’il ne faudrait. On tombe en adoration de son image, même. On aime les précisions. Pour ce faire, pas de limite, du moment que l’autre pourra catégoriser son interlocuteur. Le narcissisme plaît. “Être la plus belle pour aller danser” se fait désormais sans bouger. Alors, on entre dans l’intimité de ses avoirs. On veut trouver l’âme soeur. C’est tellement pratique avec Internet.

Cela c’était le des fonds de commerce de Vic par excellence : user de l’ego.

Pour se donner de l’entrain et de l’imagination, il alluma la chaîne haute fidélité connectée à son PC. Une musique douce de Mozart emplit la pièce de toute part en octophonie. Cette douceur ne tranchait qu’en apparence avec la fougue de Vic. Le calme musical lui donnait la pincée nécessaire à son envie d’inventions. Les notes emplirent l’espace réduit de ce bureau futuriste de manière tellement anachronique. Vic aimait être entouré de notes douces dans le régistre classique. Ces moments de douceurs lui permettaient d’extraire le maximum de lui.

Il n’était désormais plus seul en piste. La priorité résidait dans le partage et les attributions de la charge de travail. Il fallait que tout paraisse normal dans les normes des pratiques de relation entre chef et exécutant. Laisser transparaître une odeur de sainteté sur les tâches distribuées était la règle de conduite prudente. Transgresser cette loi demandait la préparation de l’antidote.

Très méthodique, il créa un tableau dans son tableur. Une colonne pour les fonctionnalités, une autre pour le degré de risque, un autre encore pour décrire le processus adopté et une dernière avec artifice pour endormir les soupçons les plus subtils. La gradation dans les réparties était à imaginer avec le maximum de détails.

Les étapes en lignes ne manquaient pas. Ce travail de répartition était fastidieux mais, pour lui, absolument nécessaire. Le degré de difficulté des tâches et l’urgence des tâches entrèrent en fin.

Une organisation du travail claire à l’avantage de diminuer le stress.

Presque en même temps, le nième CD arriva en bout de course et la musique s’éteignit.

Un esprit plus va-t-en guerre était plus propice. Du Wagner, lui vint tout de suite à l’esprit. L’ouverture des Maîtres Chanteurs s’adaptait parfaitement à l’instant solennel.

De retour à sa feuille de travail, il la tria par degré de dangerosité vis-à-vis de l’extérieur.

Du degré 1 à 5, il pouvait déléguer la tâche. Au dessus, pas question de sortir de la pièce sans risquer d’éveiller un esprit trop inquisiteur. Il se les attribuait.

Le sort en était jeté. Il savait qu’il fallait joué serré. Travailler à deux a toujours demandé du doigté pour un chef d’orchestre dont les membres ne peuvent connaître qu’une partie de la partition. Le nouveau « clarinettiste » allait devoir jouer en finesse sous sa fine baguette. Jamais, il n’avait imaginé que cela s’harmoniserait aussi bien qu’avec la musique.

Battre la mesure, faire la composition et l’orchestration, il s’attribua ces tâches plus à sa propre mesure. La composition de cette musique devait donner un duo corrosif et très productif mais style “allegro” mais jamais “furioso”.

Le travail accompli, il n’eut aucune peine à s’endormir du sommeil du juste.

Enfin « juste ». Faut s’entendre sur les mots: du côté pile, bien entendu.

 

12:42 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.