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13/09/2008

La Grand Maître virtuel (31)

Le Grand Maître virtuel_30.jpg(31) Une virée, cela se prend quand cela se présente.

« Profite d'aujourd'hui que tu tiens dans ta main ; Crois le moins possible à demain. », Horace

 

Grégory eut bien un cauchemar cette nuit-là, mais imprécis, il ne s'en rappelait même pas dans le détail. Il pouvait s'en douter, mais il ne le voulait pas. Il voulait tourner la page le plus rapidement possible. L'horreur, c'était derrière et l'oubli fabriqué est parfois plus efficace quand le naturel revient au galop. Il fallait pourtant oublier et jouir des promesses de la vie.

Aller à Marsalforn et au besoin retourner à la capitale, La Valette, pour réaliser un rêve de grandeur loin de toute précarité dont il avait ressenti le besoin dans sa jeunesse. Où était le mal? Comment résister à l'incompressible tentation de sortir du lot et d'élargir sa destinée?

Un taxi l'avait conduit à ce village d'antan qui était devenu une petite ville en période de vacances pendant laquelle deux tiers des visiteurs venaient loger pour profiter des plages et de la Baie d'azur toute proche, véritable atoll de Pacifique à seulement deux heures de vol pour l'européen du nord.

Marsalforn était au creux d'une baie et paraissait endormie quand il y arriva. Le taxi ne reçu son ticket de liberté qu'après avoir fait le tour de la ville. Gregory avait bien préciser le but de la visite: voir les endroits des quartiers commerçants les plus chics possible. Le taxi-man avait répondu avec le plus large sourire par « Yes, Ok », il l'avait fait promener de long en large revenant parfois sur ses pas sans que Grégory n'en ressente le moindre indice. La course était plus longue, le tarif allait de pair. Tout le monde était content. Chauffeur et passager.

Au passage, une banque avait eu l'heur de plaire à Grégory pour garer la plus grosse partie de ses « jeunes » avoirs.

Pour le reste, rien ne correspondit à sa vision d'un homme riche. Aucun concessionnaire de Ferrari, Lotus, Lamborghini. La déception était à la mesure de sa volonté de grandeur. Cela sentait le bide à plein nez. Il fallait se retourner vers d'autres horizons plus centraux. La Valette devrait pouvoir le satisfaire, pensa-t-il. Ce serait pour plus tard. On avait le temps.

Des costumes de prestige, par contre, il en avait repéré un et avait noté au passage l'adresse. Janvier n'était pas froid mais nécessitait néanmoins un peu d'effets vestimentaires à ne pas négliger surtout de nuit.

Le port lui révéla des possibilités pour l'achat d'un bateau qui lui permettrait de se déplacer plus facilement dans un environnement insulaire. Il n'eut pas trop de difficulté à satisfaire cet aspect.

Après 2 heures de virages tout azimut, le restaurant dont Vic avait parlé avec emphase, fut son arrêt pour le déjeuner.

« Le Grand Veneur » méritait bien son nom. Faire comme Vic avait fait pendant tous ces mois qui ont précédés, représentait la meilleure victoire sur l'adversité.

Il était mûr pour prendre la place du maître en disciple bien formé.

Il s'attacha à prendre la place au fond de la salle comme Vic lui avait raconté. De là, il pouvait tout observé à son aise. Il n'effleura pas la moindre allusion de connivence avec son prédécesseur bien connu par les hôtes de ce lieu prestigieux.

La carte de visite, il hésitait à se la créer à force de pourboire bien distribués comme l'avait fait Vic. Probablement, d'abord plus pingre que son prédécesseur.

Mais aussi, pas besoin de créer un lien qui pourrait le desservir plus tard.

La grandeur de la carte du menu l'impressionnait autant que les déférences dont on l'entourait. Une certaine fierté se lisait dans ses yeux de nouveau riche.

Les mets prestigieux se succédèrent ainsi pendant plus de deux heures agrémentés par des vins importés des cottages les plus connus d’ici et d’ailleurs.

Rien ne pouvait l'empêcher de combler ce manque qu'il lui avait noué l'estomac depuis tant d'années. Il s'en mettrait plein quitte à péter d'indigestion.

Tous les points de la salle étaient étudiés par Grégory dans ses moindres détails. Déguster du regard ce qui avait été épié avant lui par son maître, en dégustant des mets de prestige, qu'espérer de mieux pour un disciple.

On apprend vite à se tenir bien quand la motivation devient naturelle.

Alors, la vie n'a plus que des points positifs.

Le repas princier s'acheva pour un Prince.

Quand il fut temps de partir, quelques pourboires discrets ne réchauffèrent pas complètement l'atmosphère.

Il reviendrait sur les lieux. Pas besoin d'excès, laisser un souvenir de sa personne de marque mais pas dans l'extase.

Écarter au plus vite Vic des mémoires et le remplacer à petites doses sans rapprochements douteux et dangereux.

Gravir les marches de la noblesse et de la renommée des gens qui ont de l'argent devant eux, tout en gardant un maximum de côté, comme disait Raymond Devos dans un de ses sketchs.

Le lendemain, il continuerait son chemin avec délice. Un petit tour à La Valette pour faire d'autres emplettes digne de lui. La pub « Devenez scandaleusement riche » dont il râlait souvent auparavant, il l'a voulait sienne.

Le rêve ne faisait que commencer.

Après, il faudrait assurer mais on en était loin de ce moment de sagesse.

Se presser lentement et profiter entre-temps.

 

12:07 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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