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15/10/2008

Le Grand Maître virtuel (03)

Le grand Maître virtuel_03.jpg(03) Hacking by night

« Le timide a peur avant le danger, le lâche au milieu du danger, le courageux après le danger. » Jean-Paul Richter

Quand Vic rentra chez lui, il se mit à rêvasser dans la voiture. Ce n’était pas franchement du rêve mais plutôt une certaine langueur râleuse.

L’évènement du matin lui revenait en mémoire. Il ressentait à nouveau ce coup de poing dans l’estomac que la haute direction leur avait infligé par l’intermédiaire de ce satané mail.

A chaque fois, qu’il y pensait, qu’il y penserait, une crampe mentale monopoliserait son cerveau plus orienté vers l’expertise dans la construction du futur que vers le calcul de ce que coûte sa construction. Une vengeance instinctive naissait indigné par le non respect des engagements vis-à-vis de tous les autres interlocuteurs.

Les budgets rabotés impliquaient, peut-être, des risques de reconsidération du futur du service, lui même. Et, cela lui laissait un goût amer.

Bien que financièrement, il ne risquait rien, la vie et l’ambiance constructive de l’équipe, il y tenait. Sa motivation était à ce prix. Comme le monde lui importait peu, une ambiance, dans un enclos fermé, peut-être, mais avec des gens qui le connaissaient mieux que les autres, lui plaisait plus qu’il ne l’avait supposé. Avec le recul, il s’appercevait que ce n’était pas seulement la couverture que lui apportait son travail de jour, qui avait de l’importance.

Du côté portefeuille, comme le disait Devos dans un sketch, il avait trouvé la délicate combinaison kafkaïenne qui permet de mettre de l’argent de côté tout en gardant un maximum devant lui.

Le soir était là. La journée, toujours aussi belle, avait probablement inspiré les gens à les maintenir dans les terrasses, les jardins et les parcs. Même la concierge s’était hâtée pour terminer sa tâche et profiter de la courette à l’arrière du bâtiment. Vic était pressé. Il grimpa les marches à vive allure sans rencontrer personne. Les trois serrures claquèrent en échos, résonnant sur les murs du couloir.

Une fois à l’intérieur, sans jeter le moindre regard sur la partie normalement habitable, il se précipita dans la partie plus secrète. Sa « planque », c’était ça. Avant d’y entrer, un miaulement retentit, suivi par un frôlement à la jambe. Le seul gardien des lieux que Vic acceptait, vint se coller pour quémander ce qu’il n’avait pas trouvé dans la solitude de sa journée. La faim n’avait pas encore fait ressentir ses effets. Ses préoccupations étaient toutes autres. A tous deux, la priorité était de se désaltérer. Une caresse, un peu de poisson frais eurent raison de l’impatience de l’esseulé naturel.

Dans la pièce cachée, dans un ensemble de reflets et de pénombres, seul les modems clignaient encore de l’oeil avec agitation. Leur lumière blafarde et orangée semblait donner une ambiance de fête en clignotant en alternance. Tout cela dans un silence de cathédrale.

Il n’éteignait jamais ces engins de connexions avec le monde. Le fax avait dû crépiter quelques fois. Plusieurs feuilles gisaient d’ailleurs encore dans le panier de réception.

L’ordinateur serveur était en « stand by » avec son écran dénué de toute vie. Le screensaver avait depuis longtemps dépassé son temps de fonction et avait passé son service au néant.

Vic allait très vite donner vie à tout cet ensemble endormi. Dès le premier attouchement de la souris stationnée près du clavier, l’écran sorti de sa torpeur. Le programme résident en mémoire en permanence était son email. La journée avait été faste de ce côté.

Un à un, le courrier électronique, commença à défiler sous son oeil curieux et impatient.

L’arnaque, qu’il avait lancée la veille, avait été captée par une victime désignée par le hasard. Victime consentante par ignorance, très certainement.

Quand un processus viral germait dans son esprit, il le testait et tout était possible sans complaisance, ni mollesse. L’analogie avec les virus biologiques n’était pas un mythe. La forme informatique était là pour nuire et réduire, pour le moins, la fortune de sa victime. C’était écrit. L’inventeur des virus informatiques, Léonard Adleman, aurait été fier de son émule. Ce spécialiste en biologie moléculaire avait en 1984 écrit les préceptes de cette maladie du quart de siècle suivant. Depuis lors, plus de 100.000 successeurs avaient pris place dans l’histoire mouvementée de cette encore jeune informatique parallèle.

Vic avait pris le flambeau dans cette activité de l’ombre pour son seul prestige personnel. Chercher les “Narcisses” de la toile qui étaient tentés de se faire connaître avec un maximum de détail intimes était sa petite « gâterie ». Les raffinements de l’outil de recherche avaient nécessité des heures innombrables de travaux acharnés de Vic, son concepteur. L’efficacité de sa dernière arnaque, de ce jeu de dupe pour les internautes, était son chef d’oeuvre.

Ce qui lui plaisait le plus, n’était d’ailleurs pas ce qui lui rapportait le plus en argent. Il préférait et de loin ce qui utilisait l’innocence de ses victimes. L’appât du gain était son gagne pain et son gagne plaisir naturel favori. La faiblesse du genre humain, avide d’argent et de gains faciles, l’excitait au plus haut point.

En esprit, il imaginait, avec le sourire en coin, ses victimes avec des yeux en forme de dollars. Avec un certain sadisme, il en jubilait de manière intense et sadique.

La soirée ne faisait que commencer et déjà après le 4ème mail, il sentait que le fil jeté dans la toile, n’avait pas été vain. Une pèche de l’innocence.

La pêche avait été bonne et les poissons hameçonnés sentait bon la friture et la crédulité de l’enthousiasme.

Il lu:

« Cher Monsieur,

Après avoir lu votre proposition qui m’a enthousiasmé tout de suite, je vous prie de prendre en considération ma candidature.

Votre proposition me semble très convaincante et très intéressante. Il serait très innocent de ne pas y faire suite. Veuillez trouver ici après mes données personnelles…

Suivaient toutes les informations qui avaient été demandées de manière très persuasive par Vic.

“Innocent, tu l’as dit”, pensait Vic avec bonheur.

Plus c’est gros, plus c’est apprécié et tentant. La règle de base était toujours d’application dans le monde d’envie.

Décidément, on perd vite les réalités.

Ceci ne constituait qu’une des premières étapes d’un processus de piratage. Le sommet de l’iceberg. Le “réchauffement climatique” de Vic allait commencer à faire fondre le reste de l’iceberg. Mais ne brûlons pas les étapes, pourrait-on dire.

Il fallait nourrir ce beau monde avide de faux gains faciles et tiré sur ce fil amorcé. Le fournisseur de miracle se voulait de bonne grâce pour soulager son client en mal de l’avidité qui le rongeait.

Cette chaîne d’élans innocents, il ne fallait pas en tarir la source et continuer à l’inciter.

C’était son violon d’Ingres. Oui, mais un véritable Stradivarius.

Les notes étaient à sa portée. Il fallait simplement prendre un peu de souffle. Se sustenter, il y pensa tout à coup.

Il n’y avait pas que le chat qui mangeait du poisson. Lui, il l’aimait, aussi.

Nourrir ses neurones, en prime, parait-il.

La nuit ne faisait que commencer.

12:48 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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