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11/10/2008

Le Grand Maître virtuel (07)

(0Le grand Maître virtuel_07.jpg7) On s’inquiète aussi à la maison Poulaga

« Le temps n’est pas seulement le seul véritable ennemi de l’homme, c’est également et surtout son ennemi le plus sournois, le plus lâche. Et, bien sûr, le seul que l’on n’ait pas la moindre chance de vaincre » Jacques Sternberg

Le lendemain, un télex arriva sur le téléscripteur de la police anti-piratage sans attirer l’attention. Il ne fit que s’insérer parmi d’autres déjà présents sans attirer l’attention.

Patrick, agent spécial de la brigade, en avait l’habitude et aucune précipitation n’aurait pu l’inciter à le récupérer dans la pile.

Après un certain temps, il s’exclama en surprenant les autres:

- « Mais, qu’est-ce qu’elle a ma bécane? Elle rame de plus belle. Cette fois, j’en suis sûr. »

- « Tu n’en as décidément jamais assez de vitesse », rétorqua Bernard, son collègue le plus proche. Il continua par une réponse en rictus « Tu viens d’obtenir le processeur le plus puissant, *ingrat. Les deniers publics, qu’en fais-tu ? ».

- « Je t’assure que c’est nouveau. Jamais, je n’avais ressenti du plomb dans les connexions de mon PC. Il me semble que je traîne des casseroles dans mes circuits. »

Cette fois, Bernard fronça les sourcils et s’approcha intrigué.

- « Tu n’as vraiment rien chargé de nouveau récemment? », fit-il dubitatif pour répondre à un diagnostique naturel en de telles circonstances par réflexes conditionnés.

- « Rien. Depuis une semaine. J’en suis sûr », conclura Patrick presque contrit de ne pouvoir donner une réponse plus sensée à son collègue.

Bien que la conversation entre eux n’avait pas pris des allures trop exaltées à une altitude de voix exagérée, la porte du bureau du fond s’ouvrit et le chef, Donald, apparut.

- « Vous avez des problèmes? », s’enquit-il l’air inquiet.

- « C’est à dire qu’il me semble que mon Pc a pris un coup de vieux en moins d’une semaine et j’aime pas ça. A part hier, un léger soupçon que quelque chose d’anormal aurait pu se passer mais rien ne pouvait justifier un ralentissement », dit Patrick, décontenancé.

- « Je vous rappelle qu’il faut m’avertir immédiatement de toutes choses qui vous paraissent anormale », s’énerva-t-il sans plus.

Traduction littérale et instinctive pour tous les autres: « C’est à vous de prendre des initiatives et de frapper à ma porte pour me mettre au courant. Je suis votre supérieur direct. Il ne faudrait pas l’oublier. J’ai un maximum de contacts avisés qui me permettent de réagir avec efficacité. La sécurité, ça me connaît. Je suis là pour cela ».

La cerise sur le gâteau ou le sel sur la morsure aurait été : « Je vous ai donné toute ma confiance ».

Patrick, rouge, non de honte d’avoir mal agis, mais à cause de la surprise de l’attaque déguisée, répondit bougon:

- « Je ne vois aucune raison valable d’ameuter tout un département pour une question de soupçon personnel et de machine qui a décidé de prendre quelques vacances. »

Mentalement, ces derniers mots lui rappelait qu’il y avait bien longtemps qu’il n’en avait pas prise de vacances. Cette altercation aurait au moins eu cet effet rétroactif et bénéfique pour le moral.

Donald, mis sa fausse colère en sourdine, plus intéressé par l’objet de la discussion lui-même.

Objectifs et psychologie, les deux mamelles d’une direction bien enseignée. Il prit la bonne attitude et s’effaça.

- « Ne vous inquiétez pas. Je vais interroger la base de données pour voir si nous sommes les seuls à avoir détecté une anomalie. », répondit le chef conciliateur.

Il prit au passage la pile de télex qui avait gonflé lentement dans le bac de réception.

Une fois assis dans son bureau, Donald reprit le paquet de feuilles imprimées.

Dès la 4ème page, son attention fut attirée.

« Détection d’une présence anormale en machine, suivie d’un ralentissement constaté. Possibilité de virus informatique ».

Flash. La bile lui remonta dans la gorge et, d’un coup brusque, il se projeta sur la porte, fier d’apporter ses conclusions, trop content aussi de manifester de manifester son utilité.

- « Patrick », cria-t-il, sans s’en rendre compte, pour être entendu bien au delà des oreilles de l’intéressé, «vous avez ici la raison de votre problème », en tendant, du bout des doigt, le télex qui donnait raison à sa perspicacité. « Faites vite un « system check » et téléphonez à notre fournisseur d’antivirus », furent ses dernières paroles.

Le doute n’était plus permis. Une attaque virale nécessitant une comparaison avec une image de la situation du disque, initiale et saine, s’imposait. Il avait mis les pendules à l’heure et ne voulant pas envenimer la situation, retourna dans son bureau.

N’en menant pas large, Patrick s’exécuta.

- « Allo. Ici, la brigade anti-piratage de la police. Nous avons l’impression de subir une attaque virale de nos systèmes informatiques. Notre software de détection est mis à jour automatiquement. Version 25.22 depuis 6 jours. N’avez-vous rien de nouveau à nous servir? »

- « Non, vous avez bien la dernière version. C’est assez calme pour le moment. Période de vacances. Nous allons pourtant vérifier un peu plus et nous vous rappellerons s’il y a des nouvelles. Merci de votre appel et pour votre patience. »

Patrick raccrocha. Il n’était nullement rassuré pour autant. Si personne n’avait détecté quoique ce soit chez eux, on était mal parti. Deux impressions de piratage, ce n’est pourtant pas rien, se disait-il. Il n’avait pas rêvé.

Son enquête personnelle ne faisait que commencer mais il se faisait fort de découvrir ce qui générait l’inconvénient bobo de sa machine.

Quelques télex d’avertissement à envoyer aux collègues tout d’abord, après les grandes manœuvres pour tâter le terrain.

Il faut aller vite car la contagion peut dépasser les frontières à la vitesse de la lumière et il le savait.

Il lança la validation simple de son système prévu par l’antivirus.

Après 10 minutes, il était fixé ou, plutôt, il aurait aimé l’être car aucun virus n’avait montré le bout du nez. Rien. Nothing. Nada.

Ca ce corsait, donc. Il fallait les grandes manœuvres. Une vérification par comparaison avec cette fameuse image devrait lui faire découvrir le pot aux roses fanées ou du moins des indices.

Les signatures des fichiers sont les moyens les plus efficaces pour identifier tout intrus, se dit-il confiant.

Bernard suivait, du coin de l’oeil, l’excitation de son collègue dans ses agissements avec inquiétude. Quelle forme l’attaque allait-elle prendre? Les bonnes surprises, tout le monde les aime, mais les poissons d’avril en plein été, il y avait de la marge qu’un inspecteur ne peut franchir à l’insu de son plein gré.

Une heure de processing intense fut bien nécessaire pour arriver au bout de la comparaison signature par signature du début avec les actuelles.

Une liste de discordances de près de 3 pages avait été imprimée comme résultat.

Cela ne voulait pas dire que chaque ligne de la liste était suspecte. Bien au contraire et heureusement d’ailleurs. Seul, le potentiel de malversation existait dans ces lignes sans plus.

90% des différences s’expliqueraient facilement en fonction de l’évolution du disque et de son utilisation normale. 8% demanderaient de la recherche plus intensive. Et, au bout de la recherche, comme toujours, le prédateur identifié.

Patrick sentait que sa journée de travail allait être bouffée par l’opération « Monsieur Propre ».

Il valait mieux prévenir l’épouse qu’un retard dans le retour aux pénates, avait beaucoup de chance de se produire. Des heures sup, je vais pouvoir payer quelques petits cadeaux pour le gamin, se dit-il pour s’encourager.

Avant que quelque chose ait pu éveiller le déclic de l’alerte rouge chez les fournisseurs d’antivirus, il aurait eu le temps d’analyser la situation utilement. Une course contre la montre excitait son ego. Dans ce cas, le jeu de Colin-maillard ne lui déplaisait qu’à moitié. Le fournisseur d’antivirus avait déjà fait preuve d’un manque d’élasticité et de promptitudes.

Ce qu’il ne savait pas, et pour cause, c’est qu’il ne pouvait rien découvrir. A part, une comparaison octet par octet de tous les fichiers, rien n’aurait pu ressortir comme danger potentiel.

Le poids total des fichiers était rigoureusement identique. Donc, c’était « choux blanc » assuré en fin de parcours.

Certaines fonctionnalités, substituées sans laisser de trace, avec la perfection de Vic, il n’avait aucune chance. Le camouflage parfait.

Les heures passèrent. Pas de coup de fil salvateur. Pas d’« Eureka » à proférer en signe de victoire pour sa récompense.

Il avait l’impression de nager dans une eau troublée dont l’agitation n’allait jamais trouver de fin. La sueur au front participait dans le processus. Le stress prenait tout doucement le dessus en cassant son ego.

Pas de bouée de sauvetage et pas de port d’attache pour s’esquiver de sa tâche. Il avait demandé de rester seul et fier.

Penaud, déçu à une heure avancée, les collègues qui s’étaient esquivés depuis longtemps, un à un, sans oser le déranger, il fallait bien se résigner à rentrer chez lui.

La vexation produite par une vérification infructueuse était ce qui l’exaspérait le plus.

Demain, allait être un autre jour et pas nécessairement meilleur.

 

12:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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