Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/09/2008

Le Grand Maître virtuel (21)

Le Grand Maître virtuel_20.jpg(21): Investisseurs fantômes

« A vivre au milieu des fantômes, on devient fantôme soi-même et le monde des démons n’est plus celui des étrangers mais le nôtre, surgi non de la nuit mais de nos entrailles. », Antoine Audouard

Le dernier lundi de novembre, Vic reçut le retour hebdomadaire habituel d’Internet. La pèche aux alouettes s’était orientée plus spécifiquement vers les candidats aux investissements chez cette grand dame: la Bourse.

Cette sélection drastique ne présentait plus que le sommet de l’iceberg du potentiel immense dans le jardin de l’Eden de la haute finance.

Cette réduction était voulue, espérée même.

Cela suffisait amplement à l’exercice de style que Grégory et Vic s’apprêtaient à jouer sur la scène de l’impalpable légèreté de l’âme boursière. Cela lui permettait de creuser un peu plus dans son nouveau “passe-temps”.

Les fonds de grenier étaient pleins chez les investisseurs qui semblaient attendre les bonnes occasions fomentées par les résultats des entreprises soutenues par des fusions entre elles. Les sociétés en place, les prêteurs sur gage, boursicoteurs ne s’attendaient pas à ce nouveau tandem de prospecteurs qu’étaient Vic et Grégory. Seul des spectateurs attentifs auraient pu attribuer un nom à tous ces faux acteurs dans le grand jeu de la haute finance.

Comme par le passé, Grégory avait vu les courtiers à l’oeuvre, il n’eut aucune peine à jouer ce rôle à plus grande échelle et avec l’argent d’autrui dont il pouvait disposer sans l’accord du prêteur lui-même. Les adresses fournies par Greg correspondaient encore pour la plupart. Percer les sécurités des comptes fut son nouveau chalenge. Il y arriva après quelques nuits d’insomnie et des essais tout azimut.

De faux clients commencèrent à acheter et à vendre sous le chapeau d’ordres falsifiés, des actions que lui, courtier virtuel avait repéré avec le plus grand soin épaulé par « Martagal ».

La nouvelle version du logiciel était vraiment géniale et démoniaque à la fois. Il devait se féliciter pour sa précocité. Sur la même journée, des ordres de vente d’une action revenaient sous forme d’achat, pour repartir aussitôt en véritable “trader”. La plus value en nombres d’actions n’arrivaient pas à rester dans le portefeuille de départ, mais c’était admis dans ce grand jeu « enfants non admis ». Quelques comptes dans des banques différentes avaient été ouverts pour les différences quantitatives au nom de Georges Vregroicy, anagramme qui imbriquait Vic et Gregory dans l’anonymat avec la boutade en supplément. Ce jeu servait à s’exercer et suivre les prémices du plan planifié pour décembre avec le feu d’artifice de fin de mois.

Ce citoyen virtuel, sorti de l’imagination, allait au cours des jours de décembre prendre beaucoup de poids dans des portefeuilles virtuels.

La dématérialisation des actions voulues par les gouvernements pour pouvoir plus facilement évaluer les fortunes prenait un caractère débridant et bien à propos. Les titres n’étaient plus dans les coffres dormants, ils étaient toujours prêts à l’emploi.

L’arithmétique prenait des allures toutes particulières. Un plus un ne faisait plus deux, mais parfois deux et demi ou trois, et quatre en fin de parcours.

Ce désordre était corrigé par des manipulations salvatrices, pensait-il.

Vic aidait et prenait sa part du travail d’acheteur vendeur mais en plus il s’attribuait la fonction de comptable. Ce plan de haut vol nécessitait, en effet, un suivi et une balance plus qu’hebdomadaire.

Les quatre vendredis de décembre ouvraient des perspectives très encourageantes pour les comparses. Ils puisaient dans les comptes ouverts depuis par Vic et l’aide providentiel d’Internet un peu aiguillée vers des destinées très peu orthodoxes. Ils se voyaient plus souvent dans l’appartement de Vic.

Vic avait pris deux semaines de congés en fin d’année chez RobCy comme beaucoup de collègues et de compatriotes avides d’une récupération méritée. Pour se « ressourcer », comme il est d’habitude et pour s’éloigner du gentil patron et tout oublier dans le merveilleux de Noël.

Pour lui, commençait, au contraire, une période fébrile de travail acharné bien plus rentable que ces mêmes collègues dans une période de temps différente.

Le champagne pouvait déjà prendre le frais dans l’appartement de Vic. Les comptes le prouvaient sur factures. Les derniers jours de Bourse, en général bien calmes, avaient pris une allure bien différente portés par des cours en constante progression. Les résultats de la petite entreprise de Monsieur Georges Vregroicy se présentaient sous les meilleurs auspices.

En fin, comme il se doit pour un boursier en père de famille, il fallait réaliser, transformer les bénéfices de ces plus values toujours virtuelles en du plus concret. L’entreprise de récupération s’échelonna sur la dernière journée de l’année boursière. Quelques lignes d’écritures inconnues pour les généreux prêteurs mais bien réelles pour nos deux compères.

A peine 5% de malheureux se retrouveraient avec un portefeuille légèrement plus mince si la chance ne parvenait pas à redresser la barre à temps. Les autres avaient pris leur envol avant un atterrissage à la case départ avec différentiel aiguillé vers des poches virtuelles et des espèces parfaitement réelles.

Les plaintes, s’il y en avait, viendraient peut-être de ces « malchanceux », mais bien plus tard, trop tard.

Le courrier leur rappelant leurs transactions n’arriveraient qu’au plus tôt à mi-janvier. Il faut le temps pour se souhaiter la bonne année, non? Les comptes de transits auraient été vidés depuis belle lurette. Internet est l’outil de base dont l’homme n’avait décidément pas encore compris la rapidité de l’électron.

Pour Vic et Grégory, l’excitation avait été mêlée de jubilation du travail bien fait.

Chacun prend son pied comme il le peut. Alors, quand ce pied prend des allures de pieuvre…

 

12:32 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.