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23/09/2008

Le Grand Maître virtuel (25)

Le grand Maître virtuel_25.jpg(25): La douche écossaise.

« Si je suis seul, c’est parce que ça a des avantages. Tu n’attends pas pour avoir la douche… et si elle est sale, tu sais qui c’est ! », Patrick Timsit

Grégory arriva vers 21 heures. Il n’attendit pas à la porte plus d’une seconde. Vic attendait avec impatience de fêter une année à rebondissement qui couronnait la communion de deux esprits d’exception.

La porte était grande ouverte et le sourire de Vic était éclatant pour son hôte sortant de l’ascenseur. Grégory ne put répondre qu’avec un engouement et une richesse d’émotions plus réduite.

La soirée allait être bonne. Elle le devait. Vic avait tout misé pour cela. Les désirs et les réalités sont parfois aux antipodes.

En entrant, Grégory inspecta les lieux avec une attention passive à l’extérieure mais très active de l’intérieure.

Vic ne remarqua rien dans l’attitude gênée de son invité, trop heureux de fêter l’événement.

Grégory était nerveux, absent. Il était seul à savoir qu’il s’était fixé une tâche plus spéciale et moins en accord avec la fête du calendrier. Les sentiments de chacun tranchaient. Entre crainte et exubérance. Chacun sur son propre chemin de réflexions.

Fier des résultats, Vic faisait étalage avec enthousiasme des événements qui les avaient rendus riches en peu de temps, avec une joie non feinte. Les statistiques qu’il avait eu le temps de dresser, étaient là pour le prouver.

Gregory, par contre, calculait mais avec autre chose que des chiffres. Comment allait-il mettre à exécution son plan macabre? Le “moment” et le “comment” de passer à l’acte ne manquaient pas de monopoliser son esprit. Novice dans l’art de tuer, il manquait d’expérience dans le choix du moment opportun, le moins risqué, le moins gênant psychologiquement peut-être aussi.

Un coup de grâce à donner chez un ami comparse ne s’invente pas. Il se prépare mais cale toujours au moment fatidique et craque dans la conscience du novice.

- Tu vois, ton idée était géniale. Rien que chez les petits poissons, nos bénéfices dépassent allègrement les 70% de notre chiffre d’affaire. Ils ont investi et gagné de l’or sans s’en rendre compte, clamait Vic peu enclin à partager le manque de chaleur de son acolyte.

- C’est formidable et inespéré, ajoutait sans fougue et laconiquement Grégory sans commune mesure avec la situation réelle et sans pouvoir s’intégrer dans la liesse de son interlocuteur. Un véritable dialogue de sourd commença. Un esprit, manifestement ailleurs que Vic ne percevait pas.

Vic continuait de plus belle toujours avec des graphiques à l’appui.

Les yeux de Grégory, près de la perte de conscience, tombèrent, tout à coup, sur un objet qui prônait près du PC de Vic. Cet objet volumineux mais suffisamment malléable le fascina et il ne put en quitter le regard.

- Mais, tu m’écoutes?, lança Vic subitement.

La question fusa comme un coup de gong pour Grégory et le sortit de sa rêverie oiseuse.

Il ne pouvait se permettre de garder un air perdu dans ses pensées face à l’image de Vic, interrogateur. Éveiller les soupçons était le pire du scénario.

- Oui, bien sûr, mais j’imaginais déjà des extensions futures à notre coup, parvint-il à dire en bredouillant.

- Pas si vite, il faut s’assurer et savoir où les choses ont foiré. Car, dans le processus, il doit y avoir nécessairement des voies de garage à éviter dans le futur.

Confiant, Vic continua et se contenta de cette raison fictive, justificative de l’absence de son visiteur.

Le regard de Grégory retourna tout aussitôt sur l’objet qui l’attirait comme un aimant.

En douceur, comme pour se dégourdir les jambes, il s’en rapprocha insensiblement. Arrivé à mi-course entre l’objet et Vic, tout s’accéléra.

D’un geste brusque qui tranchait avec son apathie apparente, il s’en empara d’une main et de toutes ses forces, sans en avoir imaginé le poids réel, asséna un coup sur l’arrière de la tête de Vic. Le saisissement se lut dans les yeux horrifiés de celui-ci et se figea dans une expression en perdition. Sa tête s’affala sur le clavier du PC dans un bruit sourd. Il n’avait même pas eu le temps de sortir de son étonnement. Le sang gicla sur le clavier. Un bruit sourd avait emporté la vie de Vic.

Grégory, pétrifié par son acte, pendant un laps de temps, ne put faire le moindre mouvement. C’était impensable. Surpris par son audace, il pensa un court instant à secourir Vic. Étourdi, comment penser à effacer ce nouveau silence d’éternité par une vérification de la situation? Il souleva la tête inerte et s’enquit de la mort de Vic en plaçant son oreille sur la poitrine de cette vie qui avait passé. Le pouls ne donna plus de signe de palpitation. Plus de signe de vie.

C’était fait. Son plan de liquidation avait réussit.

Il glissa alors le corps sur le sol et prépara une mise en scène pour faire penser à une chute malencontreuse. Du sang sur l’objet, il en nettoya le pourtour avec soin.

Un tabouret métallique s’ajouta à la scène théâtrale. Une tête en aurait heurté le bord après avoir glissé sur le sol de tout son long. Un objet à roulette trouvé dans le placard compléterait parfaitement la mise scène.

Nettoyer le sang ailleurs qu’à l’endroit où il était sensé être tombé. Son tallent d’assassin n’était pas encore au top, mais il fallait apprendre vite. Très vite. L’odeur et la vue du sang le gênaient dans son travail et le rendaient malade. Il fallait quitter les lieux au plus vite sans rien oublier.

Copier et détruire éléments et preuves du passé récent et des autres options que celle d’un accident.

Récupérer les tickets d’avion pour Malte qui trônaient, sur la table, comme récompense de leurs efforts en commun. Il y avait bien droit à cette retraite, pensait-il. Rassembler tout l’argent qui constituait une partie du butin. Sauver les informations qui pouvaient lui servir dans la suite. Prendre le PC, le plus transportable en plus du sien. Toutes ces opérations dans un désordre sans nom. Cette partie du plan n’avait simplement pas été étudiée. Surtout, changer d’air, le plus rapidement possible.

Fermer, sans se retourner, quitter cet endroit de malheur au plus vite. Tout ne prit que quelques minutes condensées.

La porte claqua derrière lui en sortant. Il dévala les marches à grande vitesse sans attendre l’ascenseur.

Arrivé au rez-de-chaussée, une porte s’ouvrit et des voix de fête éclatèrent de l’intérieur. La concierge apparut légèrement éméchée.

- Bonne année, Monsieur, fit elle en l’apercevant.

Oui,... et bonne santé, répondit-il en automate avant de s’échapper.

Aucune autre réflexion n’aurait pu sortir de ses lèvres devenues tout à coup trop lourdes.

 

12:28 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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