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27/08/2008

Le Grand Maître virtuel (34)

Le Grand Maître virtuel_34.jpg(34) L’embuscade

« Pour tendre des embuscades, il faut d’abord être sûr du terrain et des populations environnantes sous peine de voir le piège se retourner contre soi. », Patrice Fanceschi

Une visite à la maison du port apporta de précieux renseignements sur un étranger qui par deux ou trois fois avait fait appel à eux. La basse saison, encore une fois, par son manque de touristes, précisait les rencontres avec plus d’acuité.

Une description plus ou moins fidèle complétait les traits du portrait robot que l’on avait pu établir grâce à l’aide de la concierge de l’immeuble qu’occupait Vanderbist. Certains se souvenaient, avec enthousiasme, les yeux exorbités, l’avoir rencontré. De Greg, personne ne le connaissait. Le nom n’arrangeait rien.

La villa fut même désignée du doigt derrière la colline pour permettre aux enquêteurs de poursuivre le jeu de piste. Pris par le jeu, ils ne ’arrêtèrent même pas pour déjeuner alors que l’heure du repas avait sonné depuis bien longtemps. Les deux policiers étaient, pour des raisons différentes, pressés de conclure.

Une voiturette de la police les mena bien vite, sans hésitation, à l’endroit précisé. A l’écart, loin des chemins touristiques et des yeux indiscrets, la villa était bien située au détour d’un chemin tournant autour de la colline.

La villa était simple mais belle. Toute blanche. Peu de décorations extérieures superfétatoires. Seul, des fleurs aux balcons donnaient par l’avant une couleur de contraste par touches massives. Les fleurs avaient seulement un peu trop séchées et n’avaient pas gardé la couleur de la jeunesse. Volets clos, elle paraissait inhabitée.

Les murs d’entrée cachaient le plus beau. En les contournant, le blanc éclatant de la façade allait trancher et laisser la place à une eau turquoise. Limpide, ridée seulement par un léger mouvement final du ressac à la rencontre du sable. Tout respirait paix et volupté. Si quelqu’un avait été chargé de faire de la pub du paradis, il n’aurait pu choisir meilleur endroit.

Ils sonnèrent à l’entrée. Le silence répondit ensuite à ce tintement perçant.

Pas de réaction. Pas de mouvement. La répétition ne donna pas plus de résultat.

Aucun voisin aux environs pour s’informer des allers et venues dans la maison. Contourner l’immeuble n’apporta pas le retour du propriétaire des lieux. La villa avait été occupée récemment. C’était sûr. Des traces récentes de pneu et de pas le confirmaient. La sécheresse de l’endroit n’aurait pu les effacer. Même si la saison était la plus pluvieuse, comme partout, le réchauffement de la planète avait dû contrecarrer les plans du “grand régulateur céleste”.

Que restait-il à faire sinon se mettre en embuscade sous l’ombre d’un arbre et attendre.

Combien de temps? Ils n’auraient pu le prédire. En espérant qu’il ne faudrait pas y passer la nuit. Le gibier devait tôt ou tard se représenter. L’affût commença dans la petite voiture trop étroite pour trois personnes et surtout sans conditionnement d’air. Le jour était loin d’avoir fini sa course. Le soleil dardait encore ses rayons avec force en cette belle après-midi. Une planque sous de rares arbres bien maigres s’imposait. Au départ, la protection fut assurée. Mais les heures passaient et le soleil tournait, dégageant progressivement le capot de la voiture. La chaleur faisait suffoquer les occupants.

La faim accentua leur énervement. Inquiets de peur de rater leur proie, ils n’avaient pas pris le temps de chercher ce qu’il fallait pour passer le temps plus agréablement. D’abord la soif, puis la faim les tenaient mais aucun d’eux n’aurait accepté de chercher à réparer cette omission et leur faire perdre une chance de cueillir leur proie au bercail.

Vers 17:30, un taxi arriva. En descendit un grand jeune homme. L’inspecteur français aurait aimer comparer ses traits avec un portrait robot. Il n’en avait pas. Pas de doute, pourtant.

Cela devait être lui, pas d’autres habitants à la ronde.

Un taximan descendit du taxi, le contourna et ouvrit le coffre. Aider au maximum le client quand les touristes n’étaient pas courants, pouvait donnait l’espoir d’un pourboire plus substantiel. A l’intérieur, il y avait toujours une personne qu’il était encore impossible de définir les traits.

Une multitude de paquets apparurent devant les yeux des policiers. Il était presque surprenant que temps de choses puissent avoir occupé un coffre d’une petite voiture. En souriant, le policier française se rappelait une pub qui avait marqué son esprit, récemment à la télé française pour vanter sa contenance. L’impossible n’existait manifestement pas dans le domaine de la charge d’un coffre. La seule différence avec la pub, pas de belle-mère installée à l’intérieur du coffre.

La Valette avait eu manifestement un très bon client. Un consommateur de haut vol. Celui-ci apparut enfin. Leur assassin était là. Jeune, grand, plein d’allants. Il rétribua le chauffeur qui fit des mouvements de tête de remerciement avant de reprendre le volant et de s’éloigner.

Tout doucement, les policiers se glissèrent au dehors de leur véhicule en miniature sans claquer les portières. La proie, toujours insensible aux bruissements du vent et aux bruits légers, ne se méfait pas. Il commença à se charger les épaules en bandoulière pour finir par les bras et les mains. Il devait probablement regretter de ne pas s’appeler Shiva avec les bras multiples prêts à tout. Les policiers grimpèrent sur le chemin et emboîtèrent les pas de ce grand gars chargé, surchargé de paquets de toutes dimensions.

Gregory n’eut pas la chance d’atteindre le seuil de la villa et aboutir sous la protection des murs de la villa, fondement de ses rêves et de sa protection.

Une voix sèche et en français résonna derrière lui comme le glas en lui glaçant le dos.

- Monsieur Grégory Dorsinitch. Pourrions-nous vous parler ? 

Son nom prononcé ainsi, dans une langue bien connue, le paralysa plus que l’épaisseur des paquets qu’il tenait dans les bras. La face vers la façade, la surprise n’aurait pu se lire sur ses traits, mais elle était bien présente.

Une chape de plomb envahit tout son être. Le courage lui manquait pour détaller à toutes jambes. Laisser échapper les paquets sur le sol et courir. Il y pensa l’espace d’une seconde.

Mais pour aller où? Et comment?

Intelligent, il arrêta cet élan réactif. Il savait que s’échapper d’une île était impossible. La transpiration lui suinta au front et n’avait aucune relation avec la chaleur extérieure.

Il se retourna et avec le visage le plus naturel du monde, répondit en gentleman bienveillant.

- Oui, Messieurs, c’est moi. Veuillez prendre la peine de me suivre. » répondit-il avec une voix bredouillante.

Qu’aurait-il pu dire de plus dans ce moment solennel? La partie d’échec se terminait par un mat, seulement un peu vite à son avis.

La coup fatal viendrait-il plus tard? Il le redoutait mais il s’en doutait.

12:02 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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