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13/10/2008

Le Grand Maître virtuel (05)

(05) Lendemain de veille.

0.jpg«J’apprends chaque jour pour enseigner le lendemain.» Emile Faguet

La nuit fut très courte. L’agitation à la fin avait été productive mais éreintante et très consommatrice en capacité de raisonnement.

La check-list qu’il s’était dressée, depuis le début, n’en finissait pas. Le mailing avait donné quelques petits nouveaux "poissons" mais rien de vraiment sensationnel. Le point principal était de vérifier les retours sous forme de dons généreux.

L’analyse du programme, revenu tout ragaillardi, fut, lui, plus intéressant. Si cela devait continuer à cette allure, il sentait qu’il devait bientôt envisager de trouver plus de temps libre. Un travail à plein temps? Cela aurait fait perdre la couverture essentielle à son anonymat. Si partager le boulot apparaissait comme la solution, elle était bien loin d’être dénuée de risques. Comment déléguer sans éveiller les soupçons? La technique de la déchirure du «billet de banque» en différents morceaux venait à l’esprit. Chaque morceau ne donnerait aucune chance de reconstituer l’ensemble. Plus vite dit, que fait. En plus, la répartition et la surveillance des tâches prendrait également du temps.

Apparemment, ces attaques virales avaient été décelées. Repérées par touches successives. Programmes anti-virus ou suite à la perspicacité humaine? Peu importait. Cela demandait une réaction rapide.

Le programme de piratage avait, pourtant, bien réagi. Toujours protégé en lecture derrière des noms de fichiers cachés, il s’était mis au repos, automatiquement, en suivant les ordres inclus dans son architecture. Sa présence en mémoire aurait pu être décelée. En action, les palpitations des loupiotes signalaient sa présence. Cela pouvait, heureusement, être confondu avec l’activité du modem, lui-même. Ce travail de recherche fonctionnait seulement pendant les périodes de travail d’autres programmes se fondaient dans l’ensemble.

N’empêche que, cette fois, il fallait réagir, il était surveillé. Sans changer la donne, il fallait s’assurer de ne pas tomber dans les pièges légitimes lancés par la maréchaussée ou de programmes anti-piratage trop efficaces. Sous estimer ses adversaires n’était pas l’habitude de la «maison».

Vic commença par apporter quelques correctifs pour atténuer le côté corrosif du programme en rendant le processus moins prévisible. Des tests de sécurité furent sa préoccupation principale pour le reste de la nuit.

Ce qu’il faut savoir, c’est que la technicité de son “malware” était démoniaque. Les softwares des utilisateurs sur les ordinateurs des victimes avaient été légèrement modifiés à leur insu. Vic avait détricoté certains programmes usuels qu’il avait découverts. A l’aide d’une sophistication géniale qu’il serait trop technique d’expliquer ici, certaines fonctionnalités peu utilisées avaient été remplacées par du code méthode “Vic”. La signature, le poids en bits de ces programmes avaient été rigoureusement équilibré pour passer outre la plupart des tests d’antivirus. Une véritable “bombe à retardement” était en place. La plus grande difficulté était devenu de ne pas s’infecter lui-même.

Aller se coucher vers les 5 heures du matin n’allait certainement pas lui ramener la récupération adéquate. Ses collègues le ressentiraient très certainement. Mais, ce n’était pas la première fois et de plus, il avait préparé le terrain des questions pour le lendemain.

Souvent dans ces cas, sans attendre la question fatidique, il pensait sortir, les yeux mi-clos, la phrase habituelle pour endormir les soupçons éventuels:

-J’ai encore eu la visite de mon copain Bertrand. On a discuté jusqu’aux petites heures. On devrait certainement avoir bu 2 ou 3 bouteilles de Saint Emilion, aurait-il dit à Bob. Bertrand avait été l’ami imaginaire qui lui venait parfois à l’esprit.

-Je vois le manège d’ici, aurait-il répondu normalement. Ce genre d’argument, Bob connaissait et il n’insistait jamais le sourire aux lèvres.

Vic, comme d’habitude, le remercierait implicitement du coin du regard pour sa discrétion et surtout pour son faible degré de curiosité.

A 08:45, le réveil sonna. Vic avait encore des bribes de rêve en mémoire. Encore fourbu, il aurait bien aimé rester sous la douce chaleur des draps de lit. Il manqua d’ailleurs se rendormir pour de bon. Une cloche d’église sonna à 9 heures et en décida autrement. Il ne devait pas se plier à un horaire trop rigoureux, mais, sortir d’une routine rassurante était un luxe.

Ce matin-là, l’atmosphère était plus lourde, plus moite que la veille. On sentait la fin de la belle période des jours ensoleillés. L’orage était proche.

Il arriva au bureau, vers 09:20, sans accentuer son retard.

Bob était déjà au bureau et visiblement, il n’avait pas bien dormi non plus et pas digéré le raccourcissement du projet.

Le masque de l’honnêteté avait regagné le visage de Vic et il entreprit immédiatement un rôle de séduction en lui soufflant de fausses idées de sécurité.

Encore une fois, plus c’était gros, mieux cela passait.

Le principe était de rigueur de jour et de nuit pour toute population. Vic le savait et pouvait, en période de trouble collectif, apposer son flegme rassurant.

N’était-ce pas le but et sa principale activité de jour comme de nuit?

Inspirer confiance, tous simplement…



 

21:20 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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