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01/10/2008

Le Grand Maître virtuel (17)

Le Grand Maître virtuel_17.jpg(17): La proie pour l’ombre ou l’ombre des proies

« L’illusion est une ombre qui vaut mieux que la proie. » Pierre Véron

Rentré chez lui, Vic examina tout ce qui pouvait attendre et ce qui, au contraire, devait trouver une réaction rapide. Important et urgent dans les plateaux différents de la balance du temps.

Un nouveau « lundi » et il n’allait pas être triste. Garanti sur facture.

Avec le freeware projeté à la passion du boursicoteur, Vic n’allait pas chômer. Tous les records de fréquentation avaient été battus. Les courbes passaient dans l’exponentiation. Élaguer les emails prenait de plus en plus de temps. Il fallait ralentir tout cela sous peine d’exploser.

Ensuite, prendre contact avec Grégory. Tâter le terrain et trouver des solutions ensemble.

- « Salut Greg, comment va? Pas de questions ou d’idées à débattre? », fit-il au téléphone avec une secrète envie que cela soit « oui ».

Semblant ne pas avoir entendu la question, tout fier, Greg répondit:

- « J’ai acheté le magazine avec le Cd qui contient notre programme « Martagal ». Pas mal, la description et les appréciations qu’ils en ont faite, non? Tout avance parfaitement. Le module me donne encore de nouvelles idées. Nous devrions nous rencontrer un de ces quatre. D’autres projets? Je serais heureux de l’étudier. »

Vic s’apercevait qu’il déviait la conversation mais la réponse était dans ses cordes. Il n’en espérait pas moins. Il ne pouvait pas casser son engouement. Une rencontre, c’est ce qu’il espérait sans le dire pour trouver la ligne à définir sans risque entre superficiel et coeur du système.

Cette rencontre, il la voulait mais la craignait aussi. Le point d’équilibre entre eux deux était à rechercher. En quel endroit autre que son appartement pouvait-elle avoir lieu?

Dans un café? Pas très sérieux de le penser.

Il fallait s’y résigner son appartement personnel devait être violé, cette fois. Une véritable « première ».

Il restait à camoufler au mieux la fameuse porte qui donnait accès à son antre pour la rendre infranchissable. Ensuite, sortir le laptop pour faire illusion.

- « Bonne idée, disons ce soir. Viens chez moi pour souper. Nous ferons un peu mieux connaissance. Ce n’était pas un traquenard malgré les hésitations de départ. »

Vic osait l’espérer. Il suffirait d’invoquer un prétexte pour sortir du carcan des heures supplémentaires qu’il s’était vu imposé. Prétexter une fatigue naturelle ne devrait pas paraître anormal. Le stress du projet diminuait et les derniers tests étaient encourageants. Les zones du cerveau avaient été parfaitement identifiées dans leur fonctionnalité comme centre d’informations. Les impulsions dues aux maux faisaient transiter cette reconnaissance par la mémoire immédiate de l’hypothalamus. La persistance des informations passait par le cortex. L’étape de positionnement de la douleur représentait la plus grande complexité. Des palpeurs sur le corps des singes décelaient ces impulsions. Une fois identifiées, il fallait y apporter la solution adéquate. Les maux superficiels étaient les mieux reconnus. Les autres nécessitaient une recherche plus minutieuse. Beaucoup d’erreurs à corriger. Un inventaire des actions à prendre avait été dressé. Une véritable “checklist” pour ne rien oublier.

La machine reproduisait en grandeur plus importante que nature, ce corps physiologique dans sa fragilité. Le programme d’intelligence artificielle se chargeait de décider de l’action appropriée. Un remède local d’abord, une information envoyée au satellite dans les cas plus difficiles.

Les progrès du projet étaient visibles.

La veille, une visite impromptue du grand patron, d’un général de l’armée de terre et de deux hauts gradés médecins avait permis d’assurer la confiance au sommet. Les sourires étaient sur toutes les lèvres pour confirmer l’appréciation positive. Les remarques avaient été constructives. Exactement, ce que Vic acceptait d’un tel déploiement de forces du travail et de la finance. Il prenait cela comme une interruption récréative pour recharger les accus. Vic était content de ce sentiment et ne pouvait contester l’utilité d’un contrôle du sommet. La journée avait été préparée avec soin comme il se doit pour que les visiteurs en gardent le meilleur souvenir. Une démonstration du procédé prouvait que la décision et les investissements dans cette technologie nouvelle avaient été justifiés et parfaitement rentables. Vu le genre d’invités, l’aspect militaire avait été mis en avant. Pour concrétiser la situation, les singes avaient été mis alternativement dans une ambiance de confort et de stress. Le satellite avait été mis en fonction pour réagir et transmettre ses ordres de correction. La démonstration avait convaincu. Le projet continuait.

Le suivi de sa vie nocturne, c’était autre chose. Il ne l’aurait permis à personne qu’à lui-même. Le « pas vu, pas pris » qui faisait désormais partie de sa vie en demi teinte, était devenu une doctrine qui ne s’enseigne pas à l’école. Elle se construit par la seule constatation de la faiblesse humaine. La cupidité maladive des uns récupérée par l’à propos de l’autre.

L’intelligence à l’état pur et, aussi, dur.

 

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30/09/2008

Le Grand Maître virtuel (18)

Le Grand Maître virtuel_18.jpg(18): Le contrat d’amitié

« Le problème du contrat est de savoir sur quoi il se fonde. », André Glucksmann

Vic rentra tôt. Chercher quelques victuailles, un rideau qui couvrirait la porte de son antre, cadre de son intimité.

Du côté boissons, il était paré. Le vin et les bouteilles chantaient bon les meilleures crus et l’excellence des sources d’approvisionnement. Les étiquettes prestigieuses en faisaient foi.

Il dressa la table ronde pour deux convives de marque avec le chic que le meilleur hôte aurait pu imaginer. Le souvenir de ses sorties de haut vol de sa jeunesse constituait encore la meilleure préparation à son savoir faire.

De trop rares moments pour faire la cuisine étaient permis dans son emploi du temps trop chargé, relié à la technique et à l’innovation.

Vic avait cependant des dons innés ou simplement transmis par son père qui aimait, le dimanche, faire la cuisine pour la famille. Un ou deux bouquins de cuisine garnissaient une étagère de la bibliothèque en souvenir de cette époque glorieuse mais ils avaient jauni et n’étaient certainement plus au goût du jour. Ils étaient, par contre, tout à fait submergés par une foule de livres, de manuels de toutes sortes qui avaient un lien quelconque avec l’informatique et de ce qui se rapprochait de près ou de loin avec les sciences parlant de l’étude du cerveau.

Vic voulait en imposer à son « employé » en une étape mémorable. Il voulait surtout concrétiser ce qu’il avait ressenti dans la personnalité de Grégory: un synchronisme de motivations, de compétence et de volonté de réaliser les objectifs sans tergiverser sur les moyens à mettre en oeuvre.

La mise en scène était parfaite et la fin justifiait les moyens et pas l’inverse.

L’appartement n’avait plus été renouvelé depuis un certains temps. Vic y passait trop peu de temps utile vis-à-vis de la tâche et pour y consacrer trop de frais. Le mobilier d’époque n’avait cependant pas pris trop de rides. Le soleil n’y entrait pas. Pas de fumée de cigarette pour auréoler les plafonds. Peu de déplacements en pagaille. Pas de visites inopinées. Un petit rajeunissement seul s’imposait.

Seule une lumière tamisée, filtrée parvenait à croiser le fer avec le temps.

Une garçonnière avec en plus, une table dressée, cette fois, au milieu. Vic aurait pu croire à une rencontre d’un troisième type surnaturelle.

A 19:30, la sonnette retentit. Elle était une surprise en elle-même. Grégory était là. Évènement marquant pour l’appartement et pour l’homme des lieux qui n’avait pas vu le moindre visiteur.

L’ascenseur mena Gregory devant la porte de son employeur.

Vic en avait dégoupillé la plupart des serrures de sécurité pour ne pas perdre de temps et pour ne pas paraître maniaque ou paranoïaque.

Un sourire pour toute réponse à un manque de palabres et de questions superflues en préalables.

- « Salut Greg. On n’a pas jamais assez en sécurité de nos jours », lança-t-il en suivant le regard de son visiteur. « J’ai fait installé cela quand j’ai entendu parler d’un cambriolage dans le quartier ».

Ce n’était pas vrai. S’il avait eu réellement lieu, il n’en aurait jamais été averti. Le vraisemblable suffisait toujours dans les situations les plus scabreuses et Grégory n’y pensait, visiblement, déjà plus.

Une fois entré, Grégory conserva son sourire s’entourant d’une certaine gène perceptible.

Vic se sentait aussi mal à l’aise que lui. Son rôle de présentation et de tour du propriétaire était nouveau. Pour se retrouver une bonne heure plus tard, il aurait bien pu dépenser une fortune.

Pourtant, la gène s’estompa bien vite. Grégory avait emporté son portable et il le déposa à côté de celui de Vic qui prônait temporairement ouvert sur la table de salon. L’appartement devait faire penser à un lieu du culte entièrement dédié à la maîtresse « informatique ».

Avec entrain, Grégory commença à démontrer sa part de développement. Présenter ses ambitions pour un futur bien étudié allait être réservé pour l’apothéose.

Vic le remercia. Pour faire bonne figure, l’obligea à temporiser cet engouement fougueux.

- « Nous avons tous le temps pour faire discuter nos deux bécanes en stéréo et en crescendo. Prenons l’apéro pour commencer. Ensuite, le poisson qui en a marre de nager à fonds perdus, la volaille en pagaille, le fromage qui se répand en courants et le désert sur son 31. Et surtout pas de conversation sérieuse avant le café » conclut-il avec le plus de verve possible pour huiler l’atmosphère.

La manière de Vic de présenter le menu à Grégory ne semblait pas déplaire à ce dernier.

Pour initier les ouvertures de coeur, il s’enquit auprès de son hôte, du choix de l’apéritif.

Le bar du salon ne manquait pas de choix. La discussion franche s’instaura dès l’abord. Des choses sans importance qui sont là uniquement pour planter le décor de la personnalité de son hôte.

Grégory avait 27 ans. Son expérience, il l’avait volée de ci de là avec justesse, efficacité et la fougue de la motivation.

Roumain, mais descendant d’une famille polonaise émigrée, il avait étudié à la dure. Un père très exigeant au côté d’une mère complaisante complétait un tableau de famille aux équilibres subtils. Les études de Grégory avaient toujours été faciles, considérées comme un jeu de dominos dont il connaissait toutes les ficelles et dont il trouvait les lauriers sans partage en fin d’année. L’université avait été le point d’orgue comme ingénieur en informatique. Véritable passion. De cette vision du bien fondé, du cossu de la gente sécurisée et bourgeoise, il n’en avait pas vraiment du mépris. L’envie semblait le guider. Les chemins les plus aventureux lui plaisaient. Ce qui ne voulait pas dire qu’il s’embarquerait sans avoir une foule de garde fous. Les trompes l’oeil n’étaient pas son genre. Juste un peu trop de fougue impulsive.

Le repas se déroula dans la grande camaraderie. Le « tu » avait depuis longtemps effacé le « vous » de tradition.

Arrivé au café, sans qu’un feu vert ne fût donné par aucun d’eux, pour ouvrir le « bal », ils se trouvèrent côte à côte devant les PC.

- « Quand tu as décidé de lancer la première version de notre programme, j’ai su que cela allait intéresser beaucoup de monde. C’était écrit. » constatait Grégory. « Quelques jours après, j’ai acheté le magazine qui contenait le freeware et je l’ai essayé.

Le visage de Vic marqua le pas, tandis que Grégory continuait.

- « J’ai été très étonné de ressentir un certain ralentissement de ma machine. Mon antivirus n’avait pourtant rien détecté d’anormal.

Cette fois, Vic sentit une rougeur au visage et la transpiration suinter sur le corps entre les omoplates.

L’air innocent, Vic répondit, victime de son propre stratagème, l’air dubitatif:

- « C’est bizarre, Pourquoi en serait-il ainsi? Laisse-moi examiner ton problème. »

L’air le plus naturel du monde, Vic, semblant comparer les versions, s’empara du PC de Grégory et s’empressa de transférer sa propre version contenant l’antidote à son piège, antidote qui devait annihiler tous les effets nocifs présents et à venir.

Son tour de magie effectué, il simula une continuation dans sa recherche. Le forfait avait été effacé mais pas de la vue experte de Grégory. Eradiquer par le transfert d’autre chose aurait pu passer la rampe d’un observateur moins expert. Pas de Grégory.

- « Non, je ne vois rien d’anormal », conclu Vic avec l’accent le plus sincère possible, sans perdre un instant le PC de l’oeil.

« Mais, au fait, qu’as-tu envie d’inclure dans le soft? » fit-il pour détourner l’attention sur son forfait.

- « Élargissons notre horizon », dit Grégory de manière victorieuse et péremptoire.

Vic avait cru jouer son va-tout de passe-passe, mais ce qu’il ignorait c’est qu’il ne venait que d’apporter confirmation aux soupçons de son interlocuteur.

- « Oui, élargissons. Pensons à un futur plus juteux encore. », fit Grégory enflammé, près à lancer l’estocade.

Pris sur le fait, Vic constatait par ce langage, tinté d’un certain mystère, que son subterfuge avait été dévoilé. Ses joues ne tardèrent pas à s’empourprer sans qu’il ne puisse en atténuer les effets. Les paroles lui manquaient pour présenter le bouclier bien nécessaire. Grégory continua sur sa lancée.

- « Capter les informations perso par l’intermédiaire d’un outil qui attirerait la convoitise, c’était génial. Mais, il y a mieux. », fit Greg.

Le plan de Vic était découvert avec les preuves en sus. L’élève se voulait plus efficace que le Maître. Celui-ci avait tout à coup vieilli de dix ans. Les boucliers de la sécurité qu’il avait mis en place à l’aide de temps, de patience, n’avaient pas suffi.

Voilà qu’un jeune s’était payé la tête de son maître à danser.

 

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29/09/2008

Le Grand Maître virtuel (19)

Le Grand Maître virtuel_19.jpg(19): Logique jeune

« Logique : un bon outil qu’on nous vend presque toujours sans la manière de s’en servir. », Pierre Véron

Qu’est ce qu’il était venu faire dans cette galère? Qu’allait-il lui exposer comme solution pour l’élargir?, pensait Vic en cascade, lui qui s’était retranché derrière un anonymat digne du « Principe de Précaution » de l’extrême. Il ne tremblait pas mais n’en menait pas large pour le moins. Seule la rougeur des joues de Vic laissait transparaître son émotion, mais cela avait suffi pour Grégrory.

Petit à petit, pourtant, le stress du moment de la surprise s’estompa.

Grégory sentait bien qu’il avait marqué des points mais il n’avait nulle intention de s’en gratifier les bénéfices dès le départ.

Pour rassurer, toujours calme, il poursuivit de plus belle sa démonstration et son raisonnement sans laisser la moindre impression de victoire.

- « J’ai pensé qu’il serait très intéressant d’utiliser nos entrées illicites dans un domaine bien plus rentable. Financièrement s’entend. »

Vic resta sans voix. Abasourdi et impatient à la fois d’apprendre l’insoutenable vérité et son dénouement. Pris au piège, il n’aimait pas de ne pas mener le bal à sa manière. De nouvelles règles imposées changeaient la donne. La curiosité fut pourtant plus forte. Quand on se sent dans les filets d’un concurrent, autant connaître la largeur des mailles et regarder une dernière fois avant l’emprisonnement.

Il ne fut pas déçu. Grégory avait bien calculé son coup. La démonstration allait tenir la route. L’extension allait être réelle.

- « Cher Vic, tu m’arrêteras si tu estimes que je fais fausse route ou si je m’étais complètement fourvoyé dans tes intentions », lança Grégory en préambule.

Il continua tout de go.

- « Quand tu as fait appel à mes services, j’ai très vite compris que j’avais à faire à très forte partie avec toi. Même si ta position à la RobCy avait bien suffi à la plupart des employés modèles de la boîte, je pressentais que ce n’était pas le violon d’Ingres que tu grattais en silence. Je n’avais aucune preuve évidemment. Il faut le mettre à l’article de la pure intuition. Élevé par ma mère, j’ai eu un enseignement de tout premier ordre du côté « intuition ». Sans avoir subit des cours de psychologie, elle avait ce don d’ubiquité qui frisait le paranormal. Avec mon père, il valait mieux savoir où mettre les pieds dans le concret.

Grégory, fier d’avoir impressionné, marqua une pause. Pause que Vic occupa en remplissant les verres. Intrigué à l’extrême par les révélations de son protégé, il était prêt si nécessaire à passer la nuit pour éclaircir ce trouble. Après s’être humidifié le gosier par une rasade de whisky, Gregory remit l’aiguille de son pick-up secret dans le microsillon de ses informations là où il l’avait laissé.

- « J’ai tout de suite senti que nous étions fait du même bois, avec un simple décalage en années pour nous différencier. J’ai toujours eu beaucoup de projets en tête. Je les étudie et les archive pour un futur encore plus « stabilisé » du côté ”potentiel” et surtout plus assuré. Parfois, en fonction de nouvelles donnes, je les ressors et les réactualise. Quand j’ai découvert que quelque chose clochait dans ton emploi du temps en contradiction avec ton goût pour l’argent. Je l’avais décelé mais je n’aurais jamais cassé le filtre qui existait entre nous sans avoir eu la preuve de ma suspicion. »

- « Tu me fais languir, Gregory », interrompit Vic. « Qu’est-ce qui te fait dire que je suis un dissimulateur. Quelle faille as-tu découvert? »

- « Dissimulateur, je ne dis pas. Fin limier de la faiblesse humaine, tu l’es très certainement. Le développement du programme que tu te disposais à diffuser parmi tous ceux qui en exprimait le désir m’a donné la puce à l’oreille. Le rôle d’altruiste ne t’allait pas du tout. Je me suis mis à suivre ton projet avec le plus d’intérêt, mais avec une envie, un pari personnel de découvrir ton secret. Rien ne présageait de la présence d’une astuce. Le logiciel de Bourse était génial. Je l’ai seulement un peu mieux “décoré”. Quand la publication de l’article avec le CD attaché, comprenant ta “merveille”, est parue, je l’ai acheté et je l’ai essayé aussitôt. Pas de lézard, en apparence. En apparence, seulement. Tu vois de quoi je veux parler, j’en suis sûr. Je ne connaissais pas le fin mot. Je soupçonnais seulement que le catalyseur de tes projets venait d’ailleurs. Il devait y avoir un piège là dessous. Je t’ai demandé d’avoir un rendez-vous et me voici avec mon bagage et mes certitudes. Le CD et le programme “Martagal”, je l’admets, contiennent vraiment le virus le plus sournois destiné à manger le processeur de son hôte et, probablement, de bien autre chose dont tu vas me révéler l’efficacité. Réduire le PC à une machine à laver, fallait le faire. Aussi, je suis très intéressé d’y ajouter ma touche personnelle.»

“y”, grommela Vic, entre ses dents, le souffle coupé. Tu es une clé sur porte de la finesse et de l’ambition structurée, Grégor“Tu te caches bien, mon lapin”, pensa-t-il avec un sourire mi figue mi raisin. Heureusement, je parviens à lire aussi les instincts même quand la boule de cristal est pleine de brouillard, conclut-il en silence.

Il était découvert. Il fallait que cela arrive. Résister aurait été ridicule.

Alors, il ne put s’empêcher d’applaudir à la suite de cet exposé. Il n’ignorait pas qu’en exprimant ses félicitations, il se dévoilait complètement devant son élève tellement doué. Pieds et poings liés, Grégory aurait pu le renvoyer devant ses juges et derrière les barreaux. Ceux-ci n’auraient rien de virtuels, eux. Mais, il ne l’avait pas fait. Son but était ailleurs. C’était déjà un point positif pour l’avenir.

- « Bravo, quelle perspicacité ! Tu ne connais pas tout, mais je peux envoyer des fleurs à ta chère mère. Elle a fait de toi un atout majeur dans le domaine des ‘briseurs de cerveaux’. Je sens que la suite va être très intéressante. Si on marquait une pause avant de pousser dans les extensions ?

L’alcool a toujours des effets miraculeux de compensation au stress. Abuser était peut-être risqué. Mais, cette fois, quand il s’agissait de pacifier et de communiquer des secrets, rien ne lui rendrait plus d’équilibre qu’une rasade de la bouteille sur la table.

 

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28/09/2008

Le Grand Maître virtuel (20)

Le Grand Maître virtuel_21.jpg(20): L’extension

« Huit forces soutiennent la Création : Le mouvement et l’immobilité La solidification et la fluidité L’extension et la contraction L’unification et la division. », Morihei Ueshiba

La bouteille aida, en effet, dans le rôle de briseur de secrets mal contenus.

Quelques petits gâteaux sucrèrent aussi un peu plus une atmosphère tendue mais qui, progressivement, se relâchait entre Vic et Gregory dans une complicité nouvelle.

Chacun avait ressenti qu’il manquait des pièces du puzzle dans chaque camp du grand mécano.

L’oeuvre maîtresse se jouait à présent. Les raccords, il fallait en avoir le coeur net, n’étaient plus qu’une question de forme mais pas de fond. Vic mettrait une part de ses secrets sur la table par après. Nous avions la nuit pour cela.

Le monologue repris dans la voix fébrile et assurée de Grégory, trop heureux d’apporter sa propre pierre à l’édifice.

- Je ne sais si tu t’es vraiment intéressé à la Bourse au point ou je l’ai été. Très jeune, j’ai fait partie d’une agence de courtage. On brassait des milliards tous les jours. On achetait, on vendait sur appel téléphonique. Le courtage pris au passage était notre source de revenu. Je me souviens pour l’anecdote que j’avais été tellement étonné de voir autant de téléphones sur une table ronde que je me suis mis à douter de l’efficacité et penser aux risques de cette folle course à l’argent. Quand tous les téléphones sonnent en même temps, le client, qui suivait, devait trépigner d’impatience. Les investisseurs devaient agir vite. Trop vite. On agit sur impulsion, jamais sur un raisonnement de longue haleine. Les transactions n’attendent pas un hypothétique téléphone qui se réveille. La rentabilité est affaire de vitesse. Le malheur, c’est qu’il était naturel qu’à certains moments de la journée, beaucoup d’affaires se perdaient dans la bousculade des appels trop concentrés. Le petit porteur captait autant l’attention que celui qui se présente comme « Rockefeller ». Etudiant, j’avais mission d’informatiser les transactions. Je n’étais pas payé. Nous étions encore au début des télécommunications comme nous le connaissons aujourd’hui avec Internet. Tout à évolué depuis. Les opérations de Bourse transitent de manière virtuelle et les boursicoteurs investissent eux-mêmes sans interruption dans le cale de leur sofa. Pour changer cette manière de travailler, les ordres ont dû être sécurisés davantage. Une mise globale était demandée d’entrée de jeu sur compte en banque qui permettait d’engager des luttes de casino avec l’ordinateur. Les actions et les titres vont et viennent de main en main. Même dans la même journée. Mais les « mains » sont virtuelles, cette fois. On ne sait plus qui détient quoi. On ne cherche même plus à savoir ce qui se cache derrière les actions et qui en détient. Dans ce jeu qui tourne parfois au « massacre », plus ou moins contrôlé, il y a évidemment, à chaque opération, une dîme versée automatiquement au site internet qui prête son espace virtuel par le généreux donateur investisseur. Le courtage reste la pierre angulaire du système pour l’intermédiaire. Alors, question: quel pourcentage de ces dépôts en compte, crois-tu, voyage et sort de ces comptes pour effectuer les transactions de ces boursicoteurs en herbe? 

Vic, encore sous le charme de l’exposé, surpris par la question, n’en avait aucune idée. En soulevant les épaules, il répondit sans réfléchir:

- 50%, je suppose, mais je n’en aucune idée

- Et bien non, loin de là. J’ai découvert que seulement 15% de ces fonds changeaient de main en moyenne chaque année. Le reste dort gentiment à l’abri du regard. Argent de toutes les couleurs, blanc ou noir, et de toutes origines, douteuses ou créées à la force du poignet. On attend de faire l’affaire du siècle. On oublie de la faire car les petits porteurs sont souvent trop occupés ailleurs. Alors, on boucle sur l’attente patiente. Les courtiers le savent bien d’ailleurs. L’intérêt accordé pendant cette période de sommeil plus ou moins prolongée est très souvent inférieur à ce que le boursicoteur pourrait obtenir sur le marché officiel. Rien que cette différence permet à nos courtiers de se payer quelques émoluments bien placés, eux. Le boursicoteur lambda joue parfois gros, porté par l’adrénaline sous-jacente aux risques. Sans intuition véritable ni de compétence, il se « ballade » dans un étau de roulette russe. Alors, seulement, on rêve et on s’imagine devenir tout à coup riche. Le site courtier s’approprie l’argent des clients et touchent avant, après et pendant leurs transactions par la seule garde des comptes. Pas de lézard. C’est parfaitement exempt de toutes magouilles. Ce genre d’information m’a souvent donné des idées, mais je n’avais pas découvert les clés de l’utilisation intermédiaires de ces fonds à mon profit. Le sésame, c’est probablement toi qui vas me l’apporter. Tu es dans la place en parallèle par ton freeware. Il est presque certain qu’il va être utilisé par les boursicoteurs moins frileux sous le chapeau d’Internet. Ta martingale donne des atouts majeurs à celui qui sait s’en servir. Donc, si l’on parvient à donner des ordres de vente ou d’achat à un tarif préférentiel pour nous, en empruntant l’argent de la caisse, et qu’ensuite, on réintègre la caisse après le prélèvement du bénéfice, les véritables possesseurs de fonds n’y verront aucun changement sur leur compte… Tu vois où je veux en venir?

Grégory n’attendit pas la réponse de Vic et poursuivit avec la même envie d’étonner.

- J’ai gardé des listes avec leur degré de fréquentation de clients de l’époque. Leurs IP et tous leurs renseignements patiemment rassemblés. Il y aurait bien 30% de ceux-ci toujours actifs. Enfin, « actif » dans les mêmes marges que nous venons de revoir. Voilà, ce que j’ai à te proposer. Tu t’arranges pour me donner des entrées sur les ordinateurs et je fais fructifier artificiellement le pot commun avec « martagal ». Je connais pas mal de ficelles de métier. Avec ton aide, je me fais fort de faire dévier quelques millions au passage sans éveiller beaucoup de soupçons. Éveiller les capitaux endormis uniquement bien entendu. Le seul objectif, faire fructifier l’argent que d’autres oublie de faire. Cela devrait se réaliser dans l’espace d’un mois car un rapport d’activités est envoyé aux intéressés en fin de période. Il y aura du déchet. Ce sont les risques calculés pour nous au plus juste et ce sera dommage pour quelques malchanceux qui auront accusé une perte involontaire. Si nous pouvions être prêt pour décembre, ce serait bien synchro. Le période ferait le plein. De plus pour ne pas perturber les opérations pendant cette période, les programmes sont gelés et aucun ne reçoit de modifications. Donc, pas question de corriger des erreurs sans l’approbation de grands pontes quand il en reste. Moins d’activité pendant la trêve des confiseurs pour les acteurs mais pas pour les transactions de fin d’année. Les entreprises de courtage pourraient même nous remercier pour avoir fait grimper leur chiffre d’affaire et les cours de certaines actions. 

Il avait le sourire aux lèvres en terminant sa phrase, le souffle un peu plus court qu’au départ de sa tirade.

Vic avait évidemment tout compris. La construction de cette pièce montée nécessitait une réorientation temporaire des efforts à consentir. Mais pas insurmontables. Les efforts bien encadrés de ces idées méritaient toute l’attention et valaient financièrement la chandelle. Et puis, on restait dans ses buts intimes.

Si tout se passait sans surprises, ce laps de temps calculé par Grégory paraissait tout à fait réalisable dans une échelle de temps pour spécialistes dont il se sentait faire partie à juste titre. Il était d’accord pour l’ensemble du plan et déjà, celui-ci prenait forme en écho entre cerveaux de génies.

Vic avait trouvé un successeur et cela le remplissait de joie et d’admiration. Un nouveau Grand Maître du virtuel, pensa-t-il.

Il n’en dira pas plus cependant pour ne pas trop excité un instant qui était déjà arrivé à un paroxysme dans des songes de grandeur exponentielle.

Une amitié solide semblait se dessiner.

La virtualité dans l’ombre solitaire n’aura pas le dernier mot. C’est la seule différence.

La puissance au carré semblait bien se poser sur ces deux piliers parfaitement stables, compétence et motivation.

C’était à Vic d’ajouter un peu de “sa couleur locale”.

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27/09/2008

Le Grand Maître virtuel (21)

Le Grand Maître virtuel_20.jpg(21): Investisseurs fantômes

« A vivre au milieu des fantômes, on devient fantôme soi-même et le monde des démons n’est plus celui des étrangers mais le nôtre, surgi non de la nuit mais de nos entrailles. », Antoine Audouard

Le dernier lundi de novembre, Vic reçut le retour hebdomadaire habituel d’Internet. La pèche aux alouettes s’était orientée plus spécifiquement vers les candidats aux investissements chez cette grand dame: la Bourse.

Cette sélection drastique ne présentait plus que le sommet de l’iceberg du potentiel immense dans le jardin de l’Eden de la haute finance.

Cette réduction était voulue, espérée même.

Cela suffisait amplement à l’exercice de style que Grégory et Vic s’apprêtaient à jouer sur la scène de l’impalpable légèreté de l’âme boursière. Cela lui permettait de creuser un peu plus dans son nouveau “passe-temps”.

Les fonds de grenier étaient pleins chez les investisseurs qui semblaient attendre les bonnes occasions fomentées par les résultats des entreprises soutenues par des fusions entre elles. Les sociétés en place, les prêteurs sur gage, boursicoteurs ne s’attendaient pas à ce nouveau tandem de prospecteurs qu’étaient Vic et Grégory. Seul des spectateurs attentifs auraient pu attribuer un nom à tous ces faux acteurs dans le grand jeu de la haute finance.

Comme par le passé, Grégory avait vu les courtiers à l’oeuvre, il n’eut aucune peine à jouer ce rôle à plus grande échelle et avec l’argent d’autrui dont il pouvait disposer sans l’accord du prêteur lui-même. Les adresses fournies par Greg correspondaient encore pour la plupart. Percer les sécurités des comptes fut son nouveau chalenge. Il y arriva après quelques nuits d’insomnie et des essais tout azimut.

De faux clients commencèrent à acheter et à vendre sous le chapeau d’ordres falsifiés, des actions que lui, courtier virtuel avait repéré avec le plus grand soin épaulé par « Martagal ».

La nouvelle version du logiciel était vraiment géniale et démoniaque à la fois. Il devait se féliciter pour sa précocité. Sur la même journée, des ordres de vente d’une action revenaient sous forme d’achat, pour repartir aussitôt en véritable “trader”. La plus value en nombres d’actions n’arrivaient pas à rester dans le portefeuille de départ, mais c’était admis dans ce grand jeu « enfants non admis ». Quelques comptes dans des banques différentes avaient été ouverts pour les différences quantitatives au nom de Georges Vregroicy, anagramme qui imbriquait Vic et Gregory dans l’anonymat avec la boutade en supplément. Ce jeu servait à s’exercer et suivre les prémices du plan planifié pour décembre avec le feu d’artifice de fin de mois.

Ce citoyen virtuel, sorti de l’imagination, allait au cours des jours de décembre prendre beaucoup de poids dans des portefeuilles virtuels.

La dématérialisation des actions voulues par les gouvernements pour pouvoir plus facilement évaluer les fortunes prenait un caractère débridant et bien à propos. Les titres n’étaient plus dans les coffres dormants, ils étaient toujours prêts à l’emploi.

L’arithmétique prenait des allures toutes particulières. Un plus un ne faisait plus deux, mais parfois deux et demi ou trois, et quatre en fin de parcours.

Ce désordre était corrigé par des manipulations salvatrices, pensait-il.

Vic aidait et prenait sa part du travail d’acheteur vendeur mais en plus il s’attribuait la fonction de comptable. Ce plan de haut vol nécessitait, en effet, un suivi et une balance plus qu’hebdomadaire.

Les quatre vendredis de décembre ouvraient des perspectives très encourageantes pour les comparses. Ils puisaient dans les comptes ouverts depuis par Vic et l’aide providentiel d’Internet un peu aiguillée vers des destinées très peu orthodoxes. Ils se voyaient plus souvent dans l’appartement de Vic.

Vic avait pris deux semaines de congés en fin d’année chez RobCy comme beaucoup de collègues et de compatriotes avides d’une récupération méritée. Pour se « ressourcer », comme il est d’habitude et pour s’éloigner du gentil patron et tout oublier dans le merveilleux de Noël.

Pour lui, commençait, au contraire, une période fébrile de travail acharné bien plus rentable que ces mêmes collègues dans une période de temps différente.

Le champagne pouvait déjà prendre le frais dans l’appartement de Vic. Les comptes le prouvaient sur factures. Les derniers jours de Bourse, en général bien calmes, avaient pris une allure bien différente portés par des cours en constante progression. Les résultats de la petite entreprise de Monsieur Georges Vregroicy se présentaient sous les meilleurs auspices.

En fin, comme il se doit pour un boursier en père de famille, il fallait réaliser, transformer les bénéfices de ces plus values toujours virtuelles en du plus concret. L’entreprise de récupération s’échelonna sur la dernière journée de l’année boursière. Quelques lignes d’écritures inconnues pour les généreux prêteurs mais bien réelles pour nos deux compères.

A peine 5% de malheureux se retrouveraient avec un portefeuille légèrement plus mince si la chance ne parvenait pas à redresser la barre à temps. Les autres avaient pris leur envol avant un atterrissage à la case départ avec différentiel aiguillé vers des poches virtuelles et des espèces parfaitement réelles.

Les plaintes, s’il y en avait, viendraient peut-être de ces « malchanceux », mais bien plus tard, trop tard.

Le courrier leur rappelant leurs transactions n’arriveraient qu’au plus tôt à mi-janvier. Il faut le temps pour se souhaiter la bonne année, non? Les comptes de transits auraient été vidés depuis belle lurette. Internet est l’outil de base dont l’homme n’avait décidément pas encore compris la rapidité de l’électron.

Pour Vic et Grégory, l’excitation avait été mêlée de jubilation du travail bien fait.

Chacun prend son pied comme il le peut. Alors, quand ce pied prend des allures de pieuvre…

 

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26/09/2008

Le Grand Maître virtuel (22)

Le Grand Maître virtuel_22.jpg(22): Le meilleur dans le meilleur des mondes.

« Dieu n’est pas compatible avec les machines, la médecine scientifique et le bonheur universel. », Aldous Uxley

Pour le dernier mois de l’année, la Bourse se faisait belle aux investisseurs. Ceux-ci avaient dû ronger leur frein avec les ponts de novembre. Décembre se devait de rattraper le retard en trois semaines qui précèdent la période de Noël.

Souvent les courtiers râlaient devant cette obligation du calendrier. Suivre le marché des actions avec le manque à gagner créé par les clôtures forcées des transactions riches en courtage, c’était pas trop leur truc.

Mais, la trêve de Noël était sacrée. On espérait donc faire du chiffre de manière condensée. On priait Saint Nicolas de faire sauter les dernières hésitations des boursicoteurs. Les journaux financiers étaient tâtés, scannés horizontalement et verticalement pour sortir des dernières affaires juteuses. Les clients allaient tenter le diable en espérant ne pas virer du rêve au cauchemar. Vendre ou acheter, peu importe, surtout pas d’absentéisme pour les beaux yeux de la Grande Dame.

Cette année-là, cela se présentait bien. De gros échanges arrivaient sans aucune interventions ni sollicitations. Pas de vent d’optimisme ou de pessimisme caractériels pourtant. Le volume enflait de jour en jour, très progressivement. Des clients, souvent très paisibles, se réveillaient. Cela rassure et on applaudit. Cela en devenait même troublant que les liquidités ressortent dans un monde qui se dit en pleine pénurie. Quand les liquidités sont là, tout va, on ne se pose pas trop de questions. On laisse faire le marché. Il a toujours raison.

Nous étions le matin du 20 et Martine Ravin, analyste boursière dans la plus grande banque du pays, consultait les statistiques pour rapprocher les résultats avec ceux de la même période de l’année précédente. Visiblement, les courbes accusaient une remontée spectaculaire.

- Vais-je vanter cette situation à l’autorité supérieure?, se questionna-t-elle mentalement.

Mais cette question ne fit pas long feu dans son esprit. Pourquoi faudrait-il se plaindre? Qui écouterait? Une perte de vitesse dans les ventes aurait les honneurs d’une réplique troublée, mais, pas l’inverse. Ce qui aurait dû l’inquiéter un peu plus, c’était certains nouveaux comptes, toujours les mêmes, qui servaient de base de retranchement et qui balançaient achats et ventes.

Les habitués jouaient gros et, peut-être, un nouveau riche avait décidé de s’amuser un peu dans ce grand casino, se disait-elle presque convaincue.

Les bordereaux, eux, s’amoncelaient sur le bureau.

En fin de journée, il fallait en faire la balance des débits et des crédits. “Exceptionnel” était le mot. Une prime pourrait même couronner les efforts et les heures supplémentaires de tous les acteurs.

Elle se félicitait secrètement que l’informatique lui fournirait le récapitulatif réconciliateur en fin de mois. La nuit, encore une fois, allait être longue. Ca commençait à faire l’habitude pour les derniers rescapés en piste dans cette période pendant laquelle les entreprises vivaient sur leurs réserves personnelles.

Le compte fictif qui nous intéresse avait enregistré des écritures de crédits dont le nombre et l’importance aurait-il pu paraître plus anormal aujourd’hui que hier? Pas vraiment. Des précédents sont là pour calmer les suspicions.

La liste s’allongeait mais tout paraissait normal sans l’oeil d’un spécialiste tourné plus précisément vers le profit brut. L’intuition féminine n’allait pas encore jusque là.

Le courtage avait encore été particulièrement important cette fin d’année. Point.

On comptabilise et on pense à autre chose. Au réveillon, tout proche, par exemple.

Encore une journée RAS ou plutôt ATC, “A Tout Casser”.

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25/09/2008

La Grand Maître virtuel (23)

Le Grand Maître virtuel_23.jpg(23): La réflexion avant surprise

« Connais-toi, mais réserve-toi des surprises », Jacques Deval

Cette soirée de réveillon devait être le feu d’artifice d’une amitié qui avait à peine deux mois d’âge. Tout s’accordait entre Vic et Grégory. Le génie et la motivation commune. La recherche de la perfection dans ce qu’ils entreprenaient et une certaine cupidité. Tout cela basé, sur ce qu’il faut bien avouer, sur la bêtise du reste du monde. Souvent, Vic avait une pensée bête et méchante: « Quand tu vois la connerie humaine, tu as une idée de ce que pourrait être l’infini ».

Personne n’avait, jusqu’ici, découvert le pot aux roses. Le destin allait pourtant en dessiner d’autres voies inattendues à des fins moins cadastrées dans l’habitude.

Grégory avait un côté caché de son être. Une volonté plus jeune d’aller toujours plus vite et de brûler les étapes de manières bien moins feutrées que Vic. Pour cela, il aurait pris des risques que l’autre n’entrevoyait même pas. Le génie et la folie intégrée. Un pilote d’avion à réaction mais sans siège éjectable.

Il n’avait pas uniquement découvert le génie de Vic en s’introduisant dans sa vie. A son avis, il le jugeait comme un spéculateur en herbe jaunie. Il aimerait aller plus loin, bien plus loin. Son interprétation de l’efficacité de Vic qui l’avait poussé à appuyer sur le champignon avait été applaudie par son maître. Les résultats du changement de politique avait porté des fruits bien plus exotiques et donc les plus chers. Le Martagal, l’outil d’appât et le cheval de Troie enrobé de virus avaient été presque du gâteau pour Grégory. La cerise sur le gâteau, il voulait se l’approprier sur la construction du « Système Greg ». Chapeauté l’ensemble était son désir intime et pas nécessairement l’entente cordiale au sein d’une équipe soudée. Des envies d’extension du projet ne parvenaient plus à calmer son esprit jeune qui voulait à tout jamais repousser les affres de la précarité et de la médiocrité dans le rayon des objets perdus.

S’il ne recevait aucun mail à la place de Vic, il en avait compris les secrets et le machiavélisme. L’impression du travail bien fait l’avait impressionné pour un temps mais cette tentation d’aller toujours plus loin ne parvenait plus à calmer son esprit vif et secrètement “rapace”.

Sa première pensée fut de tâter le terrain de l’esprit de Vic. Plusieurs coup de téléphone pour sonder les idées sur l’évolution, l’avaient laisser sur sa faim. Vic resterait le patron et Grégory devait l’admette ou sortir du jeu. L’obliger, il n’y pensait même pas. Contourner le problème dans une cogitation en boucle? Non, il devait bien se rendre à l’évidence: Vic n’accepterait jamais une montée en puissance trop rapide ni de prendre plus de risque dans l’urgence.

Pourtant, effacer sa pensée “progressiste”, il n’aurait pu l’imaginer bien longtemps. Abandonner sur sa lancée serait faire preuve d’un défaitisme que le prestige de Grégory ne pouvait supporter.

Les différents chemins de la pensée, mis côte à côte, il fallait se rendre à l’évidence: il fallait éliminer Vic. De quelle façon? Des solutions de secours commencèrent à vagabonder dans son esprit écorchée. Les risques, il en connaissait un bout. Mais par quel bout le prendre? Le bon ou le mauvais?

Le sésame du système était en poche. Le futur de la technique assuré par l’expérience. Une simple étape intermédiaire pour passer à l’étape finale en feu d’artifice était seulement nécessaire de son point de vue.

Deux coqs sur un même fumier ne peuvent subsister bien longtemps quand les objectifs ne sont pas compris de la même façon. Il fallait donc un « nettoyage » idéologique.

De la sensiblerie, il n’en avait pas un stock inépuisable. Une peur de l’inconnu, du raté magistral venait bien sûr en sur-couche sans parvenir à le calmer. Elle ajoutait à son excitation. Le risque grise les esprits les mieux construits intellectuellement.

Un plan d’extermination prémédité, il y pensa. La phase « exécution » le mieux et le plus vite possible serait pour après. La dilemme ne s’arrêtait plus au « To do or not to do » mais du ”when” and “how”.

Grégory, contrairement à Vic, lisait beaucoup en dehors des notes explicatives et des articles du net. Il en avait évidemment plus de temps.

Le dernier thriller qu’il venait de terminer parlait d’un “serial killer”. Il assassinait ses victimes à coup de pic à glace. C’était sa marque de fabrique pour identifier ses crimes de manière plus fine que par la méthode. Pas question de passer par cette technique. Il n’en voulait pas d’un dénouement qui se solda par des années de prison comme dans tous les bons bouquins du genre. Pas de traces derrière lui. Surtout pas de vagues.

Trop de sang dans son bouquin. La série de meurtre, cette fois, se limiterait à l’unité, incognito. Parano ou criminel de métier, il ne voulait pas être considéré comme tel. Psychopathe, encore moins. Éliminer un gêneur et puis s’en vont. Un inventaire des possibilités vint tout naturellement.

Une arme, un objet contondant ne lui plaisait pas. Son coup devait rester « plus classe », « plus propre ».

L’empoisonnement présentait des avantages, mais comment obtenir les produits efficaces et suffisamment rapidement nécessaires? Un avantage de la formule, une possibilité de passer le crime sous la forme d’un suicide. Les contacts qu’il avait chez RobCy prouvaient que Vic était apprécié par son comportement bien stable et bien organiser. Une volonté de suicide se ressent dans l’entourage par certains indices. Donc, extrémité à ne pas rejeter d’office mais à mettre en balance avec d’autres.

L’assommer et l’étouffer ensuite dans son sommeil forcé? Cette formule avait l’avantage d’être plus ou moins rapide mais laisserait des traces physiques. Pas question de passer pour de l’auto réalisation.

Vic dans son immeuble avait toujours recherché l’anonymat et écarté les relations trop poussées. Le manque d’assurance de Vic lors de sa première visite chez lui, prouvait ce manque de relations avec l’extérieur. Son appartement restait une place forte avec accès exclusif à lui même. Les voisins ne le connaissaient pas, c’était clair. Les cancans ou les « on dit » ne fusaient pas sur son dos manque de matière de réflexion. Les odeurs de corps, qu’il fallait prendre en considération, ne transpirent qu’après plusieurs jours. Combien? Il n’en avait aucune expérience.

Cette bulle de morbidité explosa tout à coup dans son esprit et il arrêta son “analyse”. Le hasard devrait choisir à sa place. Oublier la préméditation.

Il s’en réserverait simplement le pardon pour un autre monde dans lequel l’argent et le pouvoir n’avaient plus court.

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24/09/2008

Le Grand Maître virtuel (24)

Le Grand Maître virtuel_24.jpg(24): Le feu d’artifice à l’envers

« Une poule est l’artifice qu’utilise un oeuf pour produire un autre oeuf. » Umberto Eco

Le soir du réveillon arriva très vite. Trop vite.

Rien n’aurait pu dire si l’oeuvre de diminution des portefeuilles avaient joué un rôle de sape suffisant et définitif.

Les achats de Noël sont généralement une cause naturelle d’augmentation des ventes dans le commerce. Pour la Bourse, c’est en général partagé entre dépenses et envie de bonnes affaires du côté des placements.

L’effet de levier que certains acteurs en lice se produit très souvent quand une désertion est à l’ordre du jour. Il faut toujours pousser les rêves.

Comme la Bourse montait et que la presse en faisait écho, l’effet boule de neige, ensuite, prit la relève et joua à plein.

Tout à coup, après cette période d’achat effrénée, des transactions inverses plus importantes que d’habitude se présentèrent en fin de période.

Cela avait pris des allures de montagnes russes dans la phase descendante par des ventes massives. Les mises de départ reprenaient leur position comme si rien n’avait changé sans panique. Le tumulte n’a qu’un temps. Comme on dit dans le secteur: les arbres ne montent jamais jusqu’au ciel.

Au milieu, il devait bien y avoir eu des prises de bénéfices. Naturel. L’augmentation des transactions n’avaient pas été perdues pour tout le monde. Le marché des producteurs de PC et de matériel informatique avait eu aussi son lot de ventes actives si pas « radio actives ».

Les ventes de matériel informatique avaient littéralement explosé. Remplacer les parcs de vieilles machines tournait à l’hérésie. Vic se demandait s’il en était la source. Des ruptures de stock avaient seul limité la fièvre acheteuse. Quand le punch de l’ordinateur n’y est plus, combien d’utilisateurs pensent rationnellement et recherchent la véritable raison du problème? Et puis, c’est Noël. Une période où l’on oublie tout.

Des constructeurs de chips avaient décidé, bien à propos, de lancer leurs nouvelles puces trois mois plus tôt que les plans initiaux.

Un renouveau associé à un engouement artificiel et temporaire.

Les ordinateurs des sociétés se montèrent aussi plus gourmands que d’habitude pour aboutir dans leurs opérations comptables de fin d’année. L’année avait été bonne. Pourquoi résister à une vague de renouveau?

Pour les entreprises, le retard dans la sortie des chiffres, rapport de toute une année fiscale, touchait probablement dans le domaine de l’insoutenable. Les budgets informatiques avaient été maintenus artificiellement. Alors, il fallait cette fois ouvrir les cordons de la bourse pour expliquer les bons ou les mauvais résultats. Les conseils d’administrations en étaient convaincus. Quand on doit aimer, on ne compte plus, là, non plus.

Cela mena à une pénurie de composants. Le reste ne devait suivre que bien plus tard.

En arrière plan, tout y était pour sortir nos deux compères de la précarité pour longtemps. Au compteur, on pouvait s’étonner du résultat mais il était bien là: cela tournait autour de 15 millions d’euros. Net d’impôts, évidemment. Pas de délits d’initier. Seulement, un forcing de transactions, plus ou moins transparent.

Vic et Grégory restaient conscients que les événements qui allaient suivre ne se répèteraient pas. Être à la source et au moulin avec une technique trouble dans un environnement boursier ne fonctionne que pendant un laps de temps court.

Le fric n’a jamais eu d’odeur et quand, en plus, il restait dans le virtuel, il fallait le garer, en user avec charme et délectation, tout en reconnaissant les limites de la sécurité.

Eux, ils avaient investi dans leur temps et les autres dans leur portefeuille par des placements dont ils ne verraient que la couleur bien délavée plus tard.

Vic et Greg triomphaient incontestablement. Chacun d’eux devaient se mettre à l’ouvrage dans un réinvestissement de ce gain dont ils ne connaissaient pas encore l’ampleur à l’euro près. Il s’agissait bien plus que d’un parachute doré et aucune entreprise ne les avait pas virés. Ils étaient devenus non seulement « Grands Maîtres virtuels » mais aussi, grâce à ce curseur en épée de Damoclès, ils l’étaient devenus du monde du web et du monde tout court.

Vic, ce soir de réveillon, avait mis les petits plats dans les grands.

L’appartement était méconnaissable. La fameuse porte intérieure était restée ouverte. Plus de secret pour Grégory qui devait arrivé très bientôt. Des traiteurs avaient défilés et apporté des menus de plats préparés de choix. Huîtres, caviar, homards faisaient partie des plats de haut vol. Des victuailles avec les salamalecs des fournisseurs en prime ne pouvaient se balancer que pour ajuster les frais.

Le réveillon se dessinait sous les meilleurs auspices. Il devait être à la mesure de leur réussite. Mieux vaut trop que pas assez, se disait Vic. La surabondance en aval du rêve capitalisé. Sabler le champagne était devenu une obligation auquel il ne fallait pas déroger.

Entre temps, Vic avait réservé des billets d’avion pour deux en partance pour Malte et sa résidence pour le vol du week-end prochain. Il laissa les tickets bien en évidence sur le buffet.

L’avenir, ils pouvaient l’envisager avec sérénité financièrement parlant. Le risque de la découverte subsistait mais ils seraient loin et tout pouvaient encore s’ajuster dans le futur pour ce couple de l’intelligence. Le virtuel avait eu, pour eux deux, des atouts que le réel ignorait.

Inoubliable, ce réveillon? Oui, il le sera.

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23/09/2008

Le Grand Maître virtuel (25)

Le grand Maître virtuel_25.jpg(25): La douche écossaise.

« Si je suis seul, c’est parce que ça a des avantages. Tu n’attends pas pour avoir la douche… et si elle est sale, tu sais qui c’est ! », Patrick Timsit

Grégory arriva vers 21 heures. Il n’attendit pas à la porte plus d’une seconde. Vic attendait avec impatience de fêter une année à rebondissement qui couronnait la communion de deux esprits d’exception.

La porte était grande ouverte et le sourire de Vic était éclatant pour son hôte sortant de l’ascenseur. Grégory ne put répondre qu’avec un engouement et une richesse d’émotions plus réduite.

La soirée allait être bonne. Elle le devait. Vic avait tout misé pour cela. Les désirs et les réalités sont parfois aux antipodes.

En entrant, Grégory inspecta les lieux avec une attention passive à l’extérieure mais très active de l’intérieure.

Vic ne remarqua rien dans l’attitude gênée de son invité, trop heureux de fêter l’événement.

Grégory était nerveux, absent. Il était seul à savoir qu’il s’était fixé une tâche plus spéciale et moins en accord avec la fête du calendrier. Les sentiments de chacun tranchaient. Entre crainte et exubérance. Chacun sur son propre chemin de réflexions.

Fier des résultats, Vic faisait étalage avec enthousiasme des événements qui les avaient rendus riches en peu de temps, avec une joie non feinte. Les statistiques qu’il avait eu le temps de dresser, étaient là pour le prouver.

Gregory, par contre, calculait mais avec autre chose que des chiffres. Comment allait-il mettre à exécution son plan macabre? Le “moment” et le “comment” de passer à l’acte ne manquaient pas de monopoliser son esprit. Novice dans l’art de tuer, il manquait d’expérience dans le choix du moment opportun, le moins risqué, le moins gênant psychologiquement peut-être aussi.

Un coup de grâce à donner chez un ami comparse ne s’invente pas. Il se prépare mais cale toujours au moment fatidique et craque dans la conscience du novice.

- Tu vois, ton idée était géniale. Rien que chez les petits poissons, nos bénéfices dépassent allègrement les 70% de notre chiffre d’affaire. Ils ont investi et gagné de l’or sans s’en rendre compte, clamait Vic peu enclin à partager le manque de chaleur de son acolyte.

- C’est formidable et inespéré, ajoutait sans fougue et laconiquement Grégory sans commune mesure avec la situation réelle et sans pouvoir s’intégrer dans la liesse de son interlocuteur. Un véritable dialogue de sourd commença. Un esprit, manifestement ailleurs que Vic ne percevait pas.

Vic continuait de plus belle toujours avec des graphiques à l’appui.

Les yeux de Grégory, près de la perte de conscience, tombèrent, tout à coup, sur un objet qui prônait près du PC de Vic. Cet objet volumineux mais suffisamment malléable le fascina et il ne put en quitter le regard.

- Mais, tu m’écoutes?, lança Vic subitement.

La question fusa comme un coup de gong pour Grégory et le sortit de sa rêverie oiseuse.

Il ne pouvait se permettre de garder un air perdu dans ses pensées face à l’image de Vic, interrogateur. Éveiller les soupçons était le pire du scénario.

- Oui, bien sûr, mais j’imaginais déjà des extensions futures à notre coup, parvint-il à dire en bredouillant.

- Pas si vite, il faut s’assurer et savoir où les choses ont foiré. Car, dans le processus, il doit y avoir nécessairement des voies de garage à éviter dans le futur.

Confiant, Vic continua et se contenta de cette raison fictive, justificative de l’absence de son visiteur.

Le regard de Grégory retourna tout aussitôt sur l’objet qui l’attirait comme un aimant.

En douceur, comme pour se dégourdir les jambes, il s’en rapprocha insensiblement. Arrivé à mi-course entre l’objet et Vic, tout s’accéléra.

D’un geste brusque qui tranchait avec son apathie apparente, il s’en empara d’une main et de toutes ses forces, sans en avoir imaginé le poids réel, asséna un coup sur l’arrière de la tête de Vic. Le saisissement se lut dans les yeux horrifiés de celui-ci et se figea dans une expression en perdition. Sa tête s’affala sur le clavier du PC dans un bruit sourd. Il n’avait même pas eu le temps de sortir de son étonnement. Le sang gicla sur le clavier. Un bruit sourd avait emporté la vie de Vic.

Grégory, pétrifié par son acte, pendant un laps de temps, ne put faire le moindre mouvement. C’était impensable. Surpris par son audace, il pensa un court instant à secourir Vic. Étourdi, comment penser à effacer ce nouveau silence d’éternité par une vérification de la situation? Il souleva la tête inerte et s’enquit de la mort de Vic en plaçant son oreille sur la poitrine de cette vie qui avait passé. Le pouls ne donna plus de signe de palpitation. Plus de signe de vie.

C’était fait. Son plan de liquidation avait réussit.

Il glissa alors le corps sur le sol et prépara une mise en scène pour faire penser à une chute malencontreuse. Du sang sur l’objet, il en nettoya le pourtour avec soin.

Un tabouret métallique s’ajouta à la scène théâtrale. Une tête en aurait heurté le bord après avoir glissé sur le sol de tout son long. Un objet à roulette trouvé dans le placard compléterait parfaitement la mise scène.

Nettoyer le sang ailleurs qu’à l’endroit où il était sensé être tombé. Son tallent d’assassin n’était pas encore au top, mais il fallait apprendre vite. Très vite. L’odeur et la vue du sang le gênaient dans son travail et le rendaient malade. Il fallait quitter les lieux au plus vite sans rien oublier.

Copier et détruire éléments et preuves du passé récent et des autres options que celle d’un accident.

Récupérer les tickets d’avion pour Malte qui trônaient, sur la table, comme récompense de leurs efforts en commun. Il y avait bien droit à cette retraite, pensait-il. Rassembler tout l’argent qui constituait une partie du butin. Sauver les informations qui pouvaient lui servir dans la suite. Prendre le PC, le plus transportable en plus du sien. Toutes ces opérations dans un désordre sans nom. Cette partie du plan n’avait simplement pas été étudiée. Surtout, changer d’air, le plus rapidement possible.

Fermer, sans se retourner, quitter cet endroit de malheur au plus vite. Tout ne prit que quelques minutes condensées.

La porte claqua derrière lui en sortant. Il dévala les marches à grande vitesse sans attendre l’ascenseur.

Arrivé au rez-de-chaussée, une porte s’ouvrit et des voix de fête éclatèrent de l’intérieur. La concierge apparut légèrement éméchée.

- Bonne année, Monsieur, fit elle en l’apercevant.

Oui,... et bonne santé, répondit-il en automate avant de s’échapper.

Aucune autre réflexion n’aurait pu sortir de ses lèvres devenues tout à coup trop lourdes.

 

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22/09/2008

Le Grand Maître virtuel (26)

Le Grand Maître virtuel_26.jpg(26): Départ précipité

« Celui qui croit mener une double vie ne se rend pas compte qu’il mène, en réalité, deux demi-vies. »Philippe Geluck

Arrivé à l’aéroport très tôt le lendemain matin, Grégory, épuisé, n’était pas parvenu à trouver le sommeil. Le visage ensanglanté de Vic lui restait comme un masque sur le visage. Le sommeil, il l’avait tenté sur toutes les coutures de son matelas. Sans succès. La sueur avait accentué son cauchemar.

La ville était dégagée et dormait encore.

Le taximan fut muet tout le trajet, trop content de prendre de la vitesse et de larguer son passager au plus vite. Un passager sans réels bagages encombrants et sans envie de parler: le rêve.

Le bureau d’enregistrement des billets de l’aéroport venait de s’ouvrir. Du coin de l’oeil, il épiait sans parvenir à contrôler tous les vigiles de Vigipirate qui se baladaient à l’affût d’un bagage laissé à l’abandon trop longtemps. Peu soupçonneux d’habitude, il se sentait faussement surveillé de partout. L’heure de départ approchait. Après un appel au micro concernant les voyageurs à destination de Malte, il s’engagea dans les premiers rangs d’embarquement.

- Bon voyage, Monsieur, lui lança, le sourire aux lèvres, l’hôtesse en complet bleu qui lui rendait son ticket d’avion après contrôle.

- Merci, fit-il, presque surpris, interrompu dans son scanning de l’environnement immédiat. Il reprit ses papiers et son bagage léger sans demander son reste.

Les billets de banques ne pèsent pas lourds et c’est cela qu’il transportait presque exclusivement dans une petite mallette. Le poids des PC et des sauvetages des informations captés en dernière minute avant sa fuite, par contre, ne faisaient pas le contrepoids idéal.

Presque exceptionnellement, l’avion ne prit pas de retard. Nous étions le premier janvier et les vols se passaient plus du côté des retours que des départs dirigés, eux, vers d’autres pistes.

L’avion décolla dans la brume du matin comme un bel oiseau en transhumance.

Sans secousses, aucunes. Rien n’aurait pu pourtant effacer le dernier cauchemar de la veille. L’adresse de la villa de Vic était encore dans sa poche précieusement. Le voyage se déroula dans la parfaite ignorance des nuages qui défilaient devant le hublot. Atterrir en douceur. Sortir de l’aéroport en vitesse. Récupérer un taxi en catimini. Cascade d’actions sans émotion aucune.

Le chemin pour arriver à destination n’était pas inconnu du chauffeur. Arrivé à l’embarcadère, une vedette rapide l’emporta et ils arrivèrent très vite à Gozo après une traversée courte. L’air frais du bateau rapide lui avait apporté l’air qui lui manquait dans les poumons. Il se sentait beaucoup mieux.

La maison se présentait tel que Vic l’avait décrite. Grande, bien placée, les pieds dans l’eau à l’abri d’une crique aux eaux cristallines. Le décor idyllique n’était pas usurpé. Seul le principal intéressé manquait à l’appel, sinon tout y était.

Un transat traînait sur la terrasse et il s’endormit tout aussitôt après avoir garé sa mallette au trésor, légère en poids mais moins en pouvoir d’achat. Tout doucement, l’envie de sommeil fut plus forte que l’angoisse qui stagnait et l’oppressait dans les veines.

Vers midi, il se réveilla. Le soleil commençait à faire sentir l’ardeur de ses rayons. La peau sensible de Grégory n’était pas préparée à cet afflux de radiation. Un coup de soleil rougissait son visage et ses bras. Nordiste de toujours, sa peau commençait à le faire souffrir au toucher. Un coup d’oeil dans le miroir confirmât son manque de précaution.

De la crème solaire, stockée dans l’armoire à pharmacie, lui apporta un peu de douceur dont il ne connaissait pas encore les effets réparateurs.

Le repas de la veille était loin et la collation dans l’avion ne parvenait plus à voiler une faim de plus en plus contraignante. Des biscuits garés dans une armoire trompèrent pour un temps les appels de l’estomac.

L’après-midi, il fallait ouvrir un compte, peut-être plusieurs, pour garer les billets de la mallette. Quelques achats bien placés devaient aussi meubler son temps en première urgence.

Demain, on aviserait pour le moins vital mais, non moins tentant pour un nouveau riche qui se respecte.

Le rêve après le cauchemar. N’est-ce pas ainsi que devait se terminer tout conte de fée?

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21/09/2008

Le Grand Maître virtuel (27)

Le Grand Maître virtuel_27.jpg(27): Soupçons multiples.

« Confiance et défiance sont également la ruine des hommes. », Hésiode

Les premiers jours de janvier, rien ne se passa à Paris. Puis, tout se précipita en cascade.

RobCy, d’abord, ne voyant pas Vic revenir trouva le temps long. Une lettre partit et resta sans réponse. Ses collègues n’avaient pas l’habitude de l’absence prolongée de Vic sans avertissement de sa part. On commençait à s’inquiéter sérieusement. Un coup de téléphone à la police fut la réaction normale. La série de réactions en tout sens commençait.

En parallèle, à la Bourse et à la lecture du rapport mensuel, certains investisseurs s’étonnaient, à leurs courtiers, de certaines transactions qu’ils déclaraient sur l’honneur ne jamais avoir réalisées. Rien ne pouvait les contredire. Des preuves avaient même été avancées. Les transactions n’étaient pas venues du néant. Des montants trop importants pour ne pas laisser de traces dans les mémoires.

Quelque chose avait foiré. Quelque chose qui n’était peut-être pas en odeur de sainteté.

La brigade anti-fraudes fut contactée très vite et un inspecteur fut délégué chez le patron de la Bourse de Paris.

La concierge de l’immeuble de Vic, si elle n’avait pas l’honneur de partager beaucoup d’idées avec ce propriétaire toujours perdu dans ses pensées, le voyait néanmoins une fois par jour. La dernière fois, elle en était sûre, remontait au réveillon. Elle ne l’avait plus vu mais entendu, trop occupée à préparer les festivités de son propre réveillon. Mais, elle avait entendu et vu, tard dans la soirée ou tôt le matin, un homme qu’elle ne connaissait pas et qui avait fêté la saint Sylvestre chez Vic.

Elle revoyait la scène de sa sortie avec un instinct photographique de concierge.

Bizarre, on ne le voyait plus, ce gentil garçon blond, peu loquace, mais qui lui plaisait par son côté “beau garçon ténébreux”.

Elle s’en inquiéta à son tour. Son amie, également concierge, lui conseilla de s’adresser à la police pour signaler un disparu, un perdu de vue.

Ce jour-là, un inspecteur, avait déjà eu vent d’une disparition inquiétante. On était sur des pistes parallèles. Pas de temps perdu dans le mélange des informations. Fusionner des affaires, c’était la panacée de la police. On aime les rapprochements. Mais, cela, c’est seulement l’expérience qui permet ce genre de confrontation de situations.

- Asseyez-vous, chère Madame, fit-il à la concierge de l’immeuble de Vic.

Donc, un de vos locataire ou propriétaire, vous a fait faux bon, parait-il? Rappelez-moi son nom.

il faisait semblant d’avoir récolté l’information qui n’était au contraire jamais apparue réellement.

- Attendez, Vic,…"Victor Vanderbist", se rappela-t-elle enfin. J’ai l’habitude de le voir tous les jours et je m’inquiète.

Elle mentait mais cela n’enlevait rien au problème.

- Avez-vous une photo? Pouvez-vous me le décrire?

- Pas de photo. Un beau garçon, bien distant, très peu sociable. Il vivait seul depuis toujours. Je crois qu’il travaille en informatique, mais je ne sais pas où exactement. Je crois qu’il s’agissait d’une affaire très secrète.

- Qu’est-ce qui vous fait croire qu’il a disparu? Ne s’absente-t-il jamais pendant plusieurs jours? Nous sommes en période de vacances...

- Si, mais une fois par mois au plus et l’espace d’un week-end. Il prend une petite valise et son ordinateur en bandoulière avec lui. Cela sans jamais dépasser le week-end".

- Je vous avouerai que votre histoire m’inquiète aussi. Nous venons de recevoir un appel d’une firme d’informatique qui n’a pas reçu la visite depuis plus d’une semaine d’un de ses employés. Avez-vous un double de la clé pour entrer dans son appartement?

- Non, je n’en ai jamais reçu. Même que le gérant était mécontent de ne pouvoir accéder à l’appartement en cas de sinistre.

- Ok. Nous allons faire appel à un serrurier et nous y allons tout de suite.

La journée ne faisait que commencer. L’enquête et le suspense commençaient.

 

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20/09/2008

Le Grand Maître virtuel (28)

Le Grand Maître virtuel_28.jpg(28) Macabre découverte

« Ce qui est macabre dans la mort, ce n’est pas la séparation du corps et de l’esprit, c’est ce qui reste. Une sombre copie inerte, impuissante, exposée à la vue de tous les curieux. », Dielle Doran

Il ne fallut pas attendre bien longtemps le serrurier. Fournisseur des services de la police, celui-ci savait par expérience qu’il ne fallait pas trop traîner les choses avec un client très pressé comme la police. Il commença par s’affairer avec un trousseau de clé dont il disposait pour étalonner les serrures. Le travail n’allait certainement pas être de la petite bière en fonction du nombre de serrures visibles. Deux des trois serrures se révélèrent étrangement plus faciles à ouvrir. En fait, les tours n’avaient pas été engagés. Seul la troisième résistait. Les goupillons pénétraient dans le sol empêchant toute effraction. Après une demi heure de travail acharné pendant lesquelles le serrurier remerciait le ciel que nous étions en janvier et non pas en période de canicule.

Un déclic sonore se fit entendre et la porte s’ouvrit. Une lampe de poche à la main, ils s’avancèrent dans la pièce. Il subsistait une certaine ambiance de fête. Des victuailles de premier choix, non consommées, traînaient en évidence en pure perte dans un état de décomposition. La fête avait dû tourner court. On avait voulu rajeunir l’ensemble, mais les visiteurs avaient du mal à trouver la réponse à la question de qui pourrait aimer vivre dans un endroit pareil. La couleur terne des murs, les meubles plus que spartiates, trop sobres poussait à s’enfuir le plus vite possible.

De plus, une odeur âcre de sang séché mêlée d’une autre que seul l’inspecteur connaissait, prit à la gorge. L’inspecteur avait quelques « bonnes » heures de vol et cette odeur ne pouvait le tromper: la mort devait roder quelque part. Il ne parvint pas à arrêter la progression de la concierge dans la pièce. Celle-ci entra et ne put s’abstenir de lâcher un cri d’effroi.

A l’intérieur, ni la concierge, ni l’inspecteur n’eurent le temps de faire une inspection des lieux, seul le corps au milieu de la place attirait les regards plus ou moins affolés en fonction du découvreur. La tête du mort baignait dans une flaque de sang. Le cri de la concierge s’étouffa avec les mains sur le visage. Dans son cerveau, il devait se bousculer quelques résidus de films à suspense à la télé. La réalité, le pur et dur, c’était autre chose. Le policier en avait vu d’autres. La mort, il l’avait rencontré de multiples fois et ne l’émouvait plus.

Réputé pour son efficacité et perspicacité, il allait devoir le prouver. Un challenge de fin de manège, cette fois, avant la retraite. La séquence d’actions que l’expérience lui avait apprise, prit forme. Quelques coups de téléphone et tout se mit en branle.

Un médecin légiste arriva très vite sur les lieux et dévoila la date de la mort qui devait se situer en ce début d’année d’après la rigidité du corps. Peut-être bien pendant le réveillon, lui-même, si l’on en croyait les révélations de la concierge.

Dispute ayant entraîné la mort? Mort accidentelle? Il fallait très vite en fixer les contours. Une craie sur le sol délimita le corps. Quelques photos et le corps fut introduit dans une enveloppe en plastic avant de disparaître. Une pièce qui jonchait le sol pouvait bien avoir été le cheval de Troie qui avait entraîné la victime dans une chute mortelle. Mais, c’est ce que l’on voulait faire croire. Certains points paraissaient pourtant étranges. Un sentiment de maquillage de la scène prenait forme dans l’esprit du policier. Ce que lui avait dit la concierge confirmait ses soupçons. Une tierce personne devait être à l’origine de l’”accident”. Les révélations de la concierge étaient spontannée. Plus il analysait la situation, plus meutre devenait de plus en plus plausible. En plus, ce “visiteur” du réveillon n’avait pas demandé son reste et s’était débinné sans laisser d’adresse. La bosse que la victime avait à l’arrière de la nuque semblait avoir été provoquée par un objet contondant plutôt qu’être des suites d’une chute.

L’avenir allait confirmer de manière irrévocable que son idée de départ était consistante. Au fond du clavier de l’ordinateur démonté, des gouttes de sang séchées, traînaient alors que le clavier avait été nettoyé soigneusement en surface. Un mort ne fait jamais cela après son passage dans l’autre monde. En fonction de cette découverte, la victime n’était manifestement pas tombée telle qu’on l’avait retrouvé.

Le crime était la seule possibilité résultante. Il fallait creuser l’idée et vite. Le temps est l’ennemi dans ces cas-là. Plus vite, on se rapproche du coeur du problème, plus grand sera le gâteau à déguster au poste lors de sa remise de médaille pour les bons services. Le temps avait déjà trop avancé.

La concierge était son seul lien avec le drame. Avec son esprit plein de souvenir allait-elle pouvoir en donner un portrait robot assez ressemblant et précis pour le diffuser avec un chance de succès? L’assassin était certainement déjà loin. Il fallait probablement appelé Interpol.

Mais, qui était-il ce passager d’un soir?

Il n’était pas un habitué des lieux. A part, la concierge, aucun autre locataire n’avait eu l’occasion de croiser un visiteur du propriétaire des lieux. Personne ne connaissait vraiment la victime. La police scientifique fut invitée à récupérer le matériel et les ordinateurs. Il était probable que des informations stockées dans les mémoires des disques expliqueraient le meurtre ou ses raisons intimes.

Les progrès de l’affaire auraient pu prendre beaucoup de temps, mais des concours de circonstance allaient accélérer le processus d’enquête.

La société RobCy fut le second raccord à l’histoire après le signalement de la disparition. Cette fois, la police allait connaître le personnage victime de ce crime odieux en chair et en os avec les souvenirs des ses collègues. Une description assez précise physiquement était essentielle. Chacun le connaissait par son côté très peu communicatif chez lui.

Sa vie privée inconnue? Une visite à cette société RobCy?

Quant au drame, quels en étaient les prémices et les motifs? Cette partie restait une énigme.

L’affaire commençait bien et mal à la fois.

Le soir, au poste, le policier reprit l’inventaire des affaires en cours pour y ajouter un complément d’information. Les procès verbaux n’étaient pas très nombreux.

La chance fut pourtant de la partie. Dès le troisième document qu’il consulta, il fut attiré par des coïncidences. Par un fluide magique, celles-ci attirèrent son attention.

Le document relatait déjà une connivence avec un autre plus ancien.

Il s’agissait d’une compilation, d’une constatation des troubles à l’utilisation des ordinateurs, établi par la police des fraudes. C’était associé à une série de plaintes à la Bourse. Aucun lien de prime abords. Mais, qui sait? Il se concentra.

Les plaintes de la Bourse concernant des malversations de transactions par des auteurs fictifs. Le policier n’était pas un spécialiste dans les problèmes financiers autour de l’environnement boursier. Cela n’empêche que l’affaire semblait avoir des liens. Une simple odeur de déjà vu.

Et, si cela cachait le mobile à sa nouvelle affaire?, finit-il par penser.

L’argent serait-il comme toujours le fauteur de troubles dans les esprits de ses clients ?

Il se promit de prendre contact avec les inspecteurs qui se trouvaient en signature au bas des procès verbaux.

Si jamais, il se trouvait sur la bonne piste… Il eut des difficultés à trouver le sommeil.

Le grand classique : un meurtre au parfum d’oseille?

La routine, quoi…

 

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18/09/2008

Le Grand Maître virtuel (29)

Le Grand Maître virtuel_29.jpg(29) Le fil en rougit de honte

« Les morts se défendent avec moins d’aisance encore que les vivants. », Louis Scutenaire

Le lendemain, le policier de la Crime essaya de contacter son collègue de la brigade de quartier qui avait fait la déposition de la société RobCy. La réponse fut, au départ, un coup dans la vague.

- Oui, Inspecteur, je vois en effet qu’il y a eu un procès verbal, fait par mon chef, mais je suis désolé, il est en mission actuellement. J’ai essayé de le toucher sur son portable mais je n’ai reçu qu’un message de répondeur. Il ne m’a pas rappelé et je dois bien avoué que je ne connais pas beaucoup à l’affaire. », fit le brigadier qui avait cosigné le PV.

- Ok, je retéléphonerai plus tard, mais prenez mes coordonnées, l’affaire qui m’occupe, est très probablement criminelle. Tout renseignement est important. Alors, n’hésitez pas à me déranger, peu importe l’heure. », répondit le brigadier.

Retourner au rapport et contacter désormais, le suivant dans la liste. L’inspecteur de la Financière devait avoir un autre aspect de ce rapport biface sinon triface.

- C’est exact, Inspecteur, nous avons reçu des plaintes de boursicoteurs par l’intermédiaire de quelques courtiers. Il s’agirait, comme vous pouvez le lire dans mon rapport, de transactions boursières aussi bien à l’achat qu’à la vente que ne reconnaissent pas les possesseurs des comptes eux-mêmes. Ce qui est bizarre ou peut-être plus clair qu’il n’y parait pour vous, en fonction de votre enquête, c’est que les transactions n’ont rapporté aucun bénéfice ni aucune perte. Du moins, en général. Il y a des exceptions, mais elles sont rares. Comme elles sont généralement au détriment du possesseur des titres, je me suis dit qu’il devait y avoir magouille et que les bénéfices avaient été réorientés vers d’autres comptes. », s’empressa de dire le brigadier de la Financière.

- Je fais peut-être fausse route, mais l’affaire criminelle, qui m’occupe actuellement, n’a pas de mobile apparent. Mon expérience me dit qu’il y a toujours une raison, disons, le plus souvent « technique », répondit-il, un peu rassuré par ses décisions prises de poursuivre dans des voies multiples.

- Je ne vois pas tout de suite le lien avec votre affaire. Mais vous avez peut-être raison.

- L’affaire a été initiée par l’agent de quartier. La société RobCy, située près de la Défense, a été alertée par une disparition inquiétante. Nous avons été prévenu un peu par hasard.

- Nous avons seulement remonté la filière jusqu’aux comptes qui encaissaient les plus values. Le nom de l’encaisseur n’existe pas. Il a été présenté très probablement et enregistrer sur base d’une fausse carte d’identité. Donc délit financier, il y a, c’est incontestable. ».

- « J’attends l’appel du chef de la Brigade pour l’instant. Son service est prévenu. Merci pour votre collaboration et tenez-moi au courant des derniers développements. », acheva l’initiateur des recherches.

- « Ce sera fait. N’ayez crainte ».

Le reste de l’après-midi, l’inspecteur de la « Crime » pensa se rendre sur les lieux et consulter les représentants de la firme RobCy. Quel genre de travaux faisaient-ils? RobCy représentait une société à fonds secrets, liée à l’armée. Y avait-il une affaire d’espionnage industriel la dessous?

La victime vivait seule. Les ordinateurs qui se trouvaient encore sur les lieux lors de l’entrée sur les lieux du crime prouvaient que l’occupant était pour le moins un fanatique de la “click mania”. L’équipement de tout premier ordre ferait pâlir d’envie tous les bureaux de police. Il y avait des câbles qui jonchaient le sol, ce qui pouvait laisser penser que du matériel avait disparu.

Les disques de données avaient été envoyés au service informatique qui normalement était le plus habilité à donner des conclusions sur l’internaute hobbyiste ou de profession, sinon les deux, qui pratiquait ces ordinateurs de dernière génération avec autant de fanatisme.

Le téléphone sonna.

- Ici le laboratoire informatique. C’est au sujet des données découvertes sur les ordinateurs que nous avons analysés .

- Oui, je sais. Ne me faites pas languir. Quelles sont vos conclusions?

- Bien. Ce n’est pas très concluant jusque maintenant. Nous avons affaire à un internaute paranoïaque. Tout est camouflé. Tout est crypté et protégé derrière une série de barrières, de mots de passe divers. Je ne vous aurais pas téléphoné aussitôt si vous ne m’aviez pas demandé de vous révéler les progrès de notre enquête technique même s’il n’y en avait pas. Je dois avouer que c’est un “fana” de la capote à plusieurs couches. », fit-il avec un sourire dans la voix.

- En fait, vous n’avez rien découvert? », s’enquit-il.

- Si, mais peu. Les adresses e-mail, elles, ont été plus parlantes. Il s’agit de contacts les plus divers en provenance de tous les coins de la terre. C’est à croire qu’il était une mondanité de haut niveau. Le monde entier lui a fait écho. Dialogues qui pourtant sont très tendances. Il y aurait de l’arnaque dans l’air que ça ne m’étonnerait pas. Mais, je donnerai plus de conclusions, plus tard. Je vous re-contacte dès qu’il y a du nouveau. ».

Voilà le lien avec mon affaire, se dit l’Inspecteur de la Crime, tout content. L’argent, toujours ce foutu pognon", se répéta-t-il.

Un nouveau coup de fil, à peine une heure plus tard.

- Je suis l’inspecteur de la Financière. Je vous avais parlé tout à l’heure. 

- Oui, bien sûr. Racontez-moi la suite. Je suis avide d’informations, vous ne pouvez pas savoir.

Les quelques courtiers qui nous ont mis la puce à l’oreille. Nous leur avons téléphoné. Apparemment, ce n’est pas du pipo. La fraude s’élèverait à plusieurs millions d’euros. Nous avions à faire à très forte partie. Cela ne s’est jamais passé. Ils en étaient très surpris eux-mêmes. En fait, il s’agit d’intermédiaires qui se sont invités à la table des échanges boursiers. Ils ont fait fructifier avec des achats suivis de ventes à des moments très opportuns qui font penser à une martingale, tellement, cela a marché du tonnerre. Les achats massifs de fin d’années qui se font en périodes creuses laissent des traces. Cela se termine en véritables boules de neige. Avec notre climat qui se réchauffe, le mot « neige » est à réintroduire dans notre vocabulaire. », fit-il pour donner un peu d’humour qui manquait à l’ensemble des contacts.

- Je vois. Cela confirme que nous sommes sur la bonne piste. J’attends encore des nouvelles de l’autre brigade. Cela ne devrait plus tarder et j’irai avec lui à la Société RobCy. Merci pour votre diligence dans vos contacts avec moi. ».

Il raccrocha.

Plus rien ne se passa avant le soir, vers 20 heures.

L’inspecteur de la Crime soupait avec son épouse quand le portable sonna imperceptiblement au fond de la poche de sa veste accrochée au vestiaire.

Généralement, il maugréait et n’aimait pas être interrompu pendant les repas du soir.

Cette fois, il sauta de sa chaise, effrayant du même coup son épouse peu habituée à un sursaut de la part de son inspecteur de mari, si près de la retraite.

- Inspecteur, c’est moi, le brigadier Jeanson qui ai fait le rapport de PV des collègues du préposé qui a disparu récemment. Je n’ai pas entrepris de recherche plus avant en suivant les consignes qui se veulent très précises. Ne pas entamer de recherche trop coûteuse avant un temps d’attente. Vous savez, nos effectifs ont été encore réduits de ….

- Ne vous excusez pas. Je connais le problème. », coupa-t-il.

- Que vous ont dit ces collègues prévenants? 

- Pas beaucoup plus que ce qui est dans le rapport. Nous pourrions retourner, ensemble, à la société demain . Qu’en pensez-vous?

- J’allais vous le proposer. A 9 heures, je leur téléphone. J’ai leur numéro sur le PV. Je vous attends à 9:30 devant le bâtiment. Bonne soirée. 

La nuit n’apporte pas toujours de conseils, elle fait rêver aussi.

L’inspecteur ne cherchait plus les souvenirs de sa journée. Il se devait de respecter un principe de sagesse: “dormir”.

Cela se faisait aussi dans la police même si les événements pourraient ne pas y faire penser.

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17/09/2008

Le Grand Maître virtuel (30)

Le Grand Maître virtuel_31.jpg(30) L’étau, cet outil de malheur, se resserre.

« Ne ronge pas ton frein, ce que tu as sur le coeur, dis-le. Tu verras qu’un secret étalé au soleil rétrécit à vue d’oeil. » Yves Thériault

Le brigadier de quartier attendait déjà devant les marches de RobCy quand l’inspecteur de la Crime arriva.

Celui-ci avait la ferme intention de s’intéresser d’un peu plus près au personnage de Victor Vanderbist.

Les fichiers étaient complètement muets sur ses états de services. Rien n’aurait pu le destiner à une mort aussi violente.

Était-ce un règlement de compte entre complices ?

Drôle de jour, celui du réveillon, puisque cela devenait de plus en plus clair que le drame s’était déroulé à ce moment, pour finir une carrière qui semblait très prometteuse. Cela ne cadrait pas.

Ils s’engagèrent sans palabres inutiles dans les locaux de la société où une hôtesse les firent patenter très peu de temps.

Le public relation était très affable. Beau parleur. Très vite pour ne faire perdre aucune minutes aux deux partis, il s’empressa de faire une description complète de l’employé modèle qu’était Vic à ses yeux.

La surprise de l’employé était totale quand le drame lui fut révélé. On ne lui connaissait aucun ennemi à Vic. Certaines personnes du genre féminin dans la société auraient probablement la larme à l’œil quand la nouvelle serait propagée.

De sa vie intime, on ne connaissait rien. Son emploi du temps en dehors, on n’en avait que des bribes distillées avec parcimonie. Peut-être aussi fausses. C’est-à-dire, rien de tangible. Certains commentaires de sa part pour éclaircir cette énigme avaient bien semblé en dé-synchronisme avec les réalités du moment. Personne n’aurait aimé le contrer trop fort sur ce plan. Vic était uniformément reconnu comme une tête en informatique et en intelligence artificielle. Pour le reste?

D’après ce que l’inspecteur avait découvert dans son appartement, cela confirmait.

Professionnellement, c’était un gars bien sous tous les rapports, productif, avec esprit d’équipe. Il avait même accepté de faire des heures supplémentaires récemment. Les administrateurs aimaient sa force de travail et son efficacité.

Rien à redire de ce côté. Employé modèle, zélé en plus, qui ne comptabilisait pas les heures supplémentaires.

Pourtant, ce qu’il y avait entre ces idées sans failles, il devait bien y avoir des points qui justifiaient cette mise à la retraite prématurée hors du commun.

L’inspecteur sentait que l’entretien perdait de son sel et que personne n’apporterait rien de plus à son enquête.

Le brigadier avait parfaitement rempli sa tâche dans son rapport.

Rien à dire de plus. Rien de plus à en tirer et ils décidèrent de quitter les lieux.

Les salutations d’usage après le rappel qu’il fallait prévenir si tout élément nouveau survenait, les serrements de main et retour chez soi.

En sortant, l’inspecteur s’apprêtait à une enquête longue et pleine de caches murailles.

En descendant les marches de la société, le portable résonna de sa petite voix nasillarde pré-enregistrée embourbée par le bruit du trafic.

- Oui, inspecteur. Vous avez donc des nouvelles au sujet de l’ensemble des recherches concernant la malversation boursière. 

Nous avons remonté la filière des achats et des ventes d’actions. Toutes les transactions se retrouvaient en définitive sur trois comptes. Les sommes étaient devenues très importantes. Alors nous nous sommes intéressés à ce qui s’est passé ensuite avec ces comptes. Là, cela n’a pas été triste du tout. Les comptes étaient tous trois au nom de Grevorcy, ou quelque chose comme cela. A peu près, au même moment, ils ont été tous vidés en même temps le 31 décembre de presque la totalité des fonds. La signature des retraits était parfaitement illisible. Un seul virement final sortait du pays. Comme vous pouvez le comprendre nous nous sommes intéressé auquel. Je vous le donne en mille. Il s’agit de Malte. Comme nos relations avec eux sont encore assez nouvelles depuis leur adhésion à la Communauté Européenne, j’ai lancé un télex dans mon plus anglais pour trouver les bons interlocuteurs. Je n’ai pas encore de retour. Ils vont certainement collaborer trop contents de faire acte de présence en Europe. Mais à quelle vitesse ? J’ai aussi téléphoné à la Commission à Bruxelles. J’ai eu une liste de nouveaux contacts là-bas. Si cela traîne, je relancerai la vapeur tout azimut. 

Il avait fini sa tirade d’une traite comme s’il était essoufflé après la montée des 5 étages d’un immeuble sans ascenseur.

- Je vois. Donc, nous cernons de très près notre bonhomme. On ne connaît pas son nom, mais il a des manies très, disons, conservatrices et solidaires entres elles », fit-il en souriant fier de lui et de son commentaire.

- Je vous remercie de suivre l’affaire et de continuer à me prévenir. Je suis chargé de l’enquête. 

Après avoir replié son portable, il commença à réfléchir. La clé du problème devait probablement se situer à Malte. Inconnue de l’inspecteur jusqu’au nom. Depuis peu, il en avait appris les premières bribes. Il s’agissait d’une île, mais pour la localiser en Méditerranée et donner des détails, il valait mieux parler d’autre chose.

Il fallait qu’il prenne un peu plus connaissance de cette île par l’intermédiaire d’Internet. Une telle ignorance ne s’ébruite pas trop. Ensuite, il y a Interpol à lancer dans la bataille. Cette dernière couche, police des polices nationales était parvenue à harmoniser les flux d’information inter états. Cette affaire crimino-financière place décidément beaucoup de monde au travail.

Avant cela, il fallait encore l’intervention possible des candidats aux voyages vers cette île entre le réveillon et les jours qui ont suivi. Les hommes seuls, en partance vers cette île, pourraient donner une bonne piste.

Avec une liste de ces solitaires, remonter à leur fournisseur de ticket pourrait rétrécir le champ d’investigation. Normalement, le ticket qui devrait attirer l’attention serait celui qui aurait été délivré avec un autre, non utilisé, lui.

Si en plus l’un des tickets pouvait porter un nom connu par les services, là, ce serait du gâteau.

Au bureau, il chargea son collègue pour ce qui concerne les recherches dans cette direction.

Interpol devait être averti et il s’en chargea sans attendre.

Les efforts de recherche entrepris dès les premiers jours ont toujours les meilleurs rendements de réussite.

Après la partie adverse s’est organisée et s’est agrippée avec trop de prises.

La pèche est affaire de rapidité dans des gestes et décisions précis et sans tergiversation.

Il avait trop d’expérience pour l’ignorer. Il consulta Internet tout le reste de la journée.

 

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13/09/2008

La Grand Maître virtuel (31)

Le Grand Maître virtuel_30.jpg(31) Une virée, cela se prend quand cela se présente.

« Profite d'aujourd'hui que tu tiens dans ta main ; Crois le moins possible à demain. », Horace

 

Grégory eut bien un cauchemar cette nuit-là, mais imprécis, il ne s'en rappelait même pas dans le détail. Il pouvait s'en douter, mais il ne le voulait pas. Il voulait tourner la page le plus rapidement possible. L'horreur, c'était derrière et l'oubli fabriqué est parfois plus efficace quand le naturel revient au galop. Il fallait pourtant oublier et jouir des promesses de la vie.

Aller à Marsalforn et au besoin retourner à la capitale, La Valette, pour réaliser un rêve de grandeur loin de toute précarité dont il avait ressenti le besoin dans sa jeunesse. Où était le mal? Comment résister à l'incompressible tentation de sortir du lot et d'élargir sa destinée?

Un taxi l'avait conduit à ce village d'antan qui était devenu une petite ville en période de vacances pendant laquelle deux tiers des visiteurs venaient loger pour profiter des plages et de la Baie d'azur toute proche, véritable atoll de Pacifique à seulement deux heures de vol pour l'européen du nord.

Marsalforn était au creux d'une baie et paraissait endormie quand il y arriva. Le taxi ne reçu son ticket de liberté qu'après avoir fait le tour de la ville. Gregory avait bien préciser le but de la visite: voir les endroits des quartiers commerçants les plus chics possible. Le taxi-man avait répondu avec le plus large sourire par « Yes, Ok », il l'avait fait promener de long en large revenant parfois sur ses pas sans que Grégory n'en ressente le moindre indice. La course était plus longue, le tarif allait de pair. Tout le monde était content. Chauffeur et passager.

Au passage, une banque avait eu l'heur de plaire à Grégory pour garer la plus grosse partie de ses « jeunes » avoirs.

Pour le reste, rien ne correspondit à sa vision d'un homme riche. Aucun concessionnaire de Ferrari, Lotus, Lamborghini. La déception était à la mesure de sa volonté de grandeur. Cela sentait le bide à plein nez. Il fallait se retourner vers d'autres horizons plus centraux. La Valette devrait pouvoir le satisfaire, pensa-t-il. Ce serait pour plus tard. On avait le temps.

Des costumes de prestige, par contre, il en avait repéré un et avait noté au passage l'adresse. Janvier n'était pas froid mais nécessitait néanmoins un peu d'effets vestimentaires à ne pas négliger surtout de nuit.

Le port lui révéla des possibilités pour l'achat d'un bateau qui lui permettrait de se déplacer plus facilement dans un environnement insulaire. Il n'eut pas trop de difficulté à satisfaire cet aspect.

Après 2 heures de virages tout azimut, le restaurant dont Vic avait parlé avec emphase, fut son arrêt pour le déjeuner.

« Le Grand Veneur » méritait bien son nom. Faire comme Vic avait fait pendant tous ces mois qui ont précédés, représentait la meilleure victoire sur l'adversité.

Il était mûr pour prendre la place du maître en disciple bien formé.

Il s'attacha à prendre la place au fond de la salle comme Vic lui avait raconté. De là, il pouvait tout observé à son aise. Il n'effleura pas la moindre allusion de connivence avec son prédécesseur bien connu par les hôtes de ce lieu prestigieux.

La carte de visite, il hésitait à se la créer à force de pourboire bien distribués comme l'avait fait Vic. Probablement, d'abord plus pingre que son prédécesseur.

Mais aussi, pas besoin de créer un lien qui pourrait le desservir plus tard.

La grandeur de la carte du menu l'impressionnait autant que les déférences dont on l'entourait. Une certaine fierté se lisait dans ses yeux de nouveau riche.

Les mets prestigieux se succédèrent ainsi pendant plus de deux heures agrémentés par des vins importés des cottages les plus connus d’ici et d’ailleurs.

Rien ne pouvait l'empêcher de combler ce manque qu'il lui avait noué l'estomac depuis tant d'années. Il s'en mettrait plein quitte à péter d'indigestion.

Tous les points de la salle étaient étudiés par Grégory dans ses moindres détails. Déguster du regard ce qui avait été épié avant lui par son maître, en dégustant des mets de prestige, qu'espérer de mieux pour un disciple.

On apprend vite à se tenir bien quand la motivation devient naturelle.

Alors, la vie n'a plus que des points positifs.

Le repas princier s'acheva pour un Prince.

Quand il fut temps de partir, quelques pourboires discrets ne réchauffèrent pas complètement l'atmosphère.

Il reviendrait sur les lieux. Pas besoin d'excès, laisser un souvenir de sa personne de marque mais pas dans l'extase.

Écarter au plus vite Vic des mémoires et le remplacer à petites doses sans rapprochements douteux et dangereux.

Gravir les marches de la noblesse et de la renommée des gens qui ont de l'argent devant eux, tout en gardant un maximum de côté, comme disait Raymond Devos dans un de ses sketchs.

Le lendemain, il continuerait son chemin avec délice. Un petit tour à La Valette pour faire d'autres emplettes digne de lui. La pub « Devenez scandaleusement riche » dont il râlait souvent auparavant, il l'a voulait sienne.

Le rêve ne faisait que commencer.

Après, il faudrait assurer mais on en était loin de ce moment de sagesse.

Se presser lentement et profiter entre-temps.

 

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11/09/2008

Le Grand Maître virtuel (32)

Le Grand Maître virtuel_32.jpg(32) « Le bonheur des uns… »

« Bonheur : sensation de bien-être qui peut conduire à l'imprudence. Si vous nagez dans le bonheur, soyez prudent, restez là où vous avez pied. », Marc Escayrol

La journée du lendemain devait être très certainement la journée des policiers. Un des acteurs que nous venons de connaître dans le contre courant, collègue du policier en charge de l’affaire, après plusieurs coups de fil aux agences de réservations des tickets lança un joyeux et péremptoire « Bingo, je l’ai. »

Trop heureux d'avoir eu la chance de sa courte carrière, il ne prit pas beaucoup de précaution en entrant précipitamment dans le bureau de l'inspecteur chef.

- Le nom de notre gars est Patrick Dorsinitch J'ai continué l'enquête. Il s'agit d'un Roumain de 27 ans qui n'a pas vraiment de domicile bien fixe. J'ai pris la permission de prendre des contacts avec RobCy qui m'a raconté qu'il y avait bien un nom pareil dans leurs rapports d'embauche. Il avait, en fait, postulé chez eux comme candidat à une place d'informaticien. Le rapport précisait que Vic Vanderbist l'avait interviewé mais que son point faible avait été ses capacités nulles en IA.

- Bravo. Bonne initiative. Tu as gagné ta journée. C'est sûr que c'est lui. Nous approchons, nous approchons ! » répéta l'inspecteur trop content d'avoir eu le bon coup de poignet. Le poisson n'était ferré que virtuellement, mais c'était très prometteur. Place à l'hameçon qui devra entrer dans la chair. Mouliner ensuite n'était plus qu'une question de routine. Chez les humains, le nom suffit pour tirer le corps. Les poissons, eux ne s'attrapent qu'à la force du poignet. Le nom du poisson importe peu. Avertir Interpol de l'identification pour assurer la prise restait l'étape obligée et naturelle suivante. Cela fut fait sur le champ.

Deux heures sans nouvelles fracassantes quand le téléphona sonna.

Allô, ici l'inspecteur Rambolle d'Interpol. Nous avons repéré votre gars. Il est arriver le premier jour de l'an à La Valette. On ne sait pas où il est descendu. Apparemment, ce ne devrait pas être un hôtel .

L'inspecteur en chef n'en fut pas tellement étonné pour autant. Il devait probablement y avoir une planque là-bas.

Il fallait maintenant penser à la suite et s'inquiéter de réserver une place pour un vol en partance pour cette île que l'on dit paradisiaque avec La Valette comme point de départ.

Depuis lors, il s'était parfaitement documenté sur cette destination de rêve pour touristes. Sa mémoire immédiate avait réservé un coin de neurones sur le sujet prêt à l'emploi.

Un jeu radiophonique avec des questions sur cette île, aurait fait de lui un expert de premier ordre.

Les informations d'Interpol contenait les noms de contacts de la police de La Valette.

Il fallait les contacter pour initier la procédure de recherche en ce nouveau territoire européen. Un nouveau terrain de chasse avec un goût de vacances en arrière plan. En hiver, ce ne pouvait pas être mal, non plus. Deux heures de vol suffisent pour atteindre La Valette, était-il dit.

L'inspecteur arriva vers 14 heures. Il n'avait pris avec lui que le nécessaire pour deux jours d'absence.

Une fois, la petite valise réceptionnée, il s'engagea vers la sortie mais n'eut pas le temps d'aller plus loin. Un homme en civil lui barra le chemin.

- Inspecteur Bertille de Paris ? », fit-il dans un français tout à fait honnête.

- Vous supposer bien. Je m’apprêtais à vous appeler. 

- Inspecteur Matto. Enchanté. Un de vos collègues nous a averti de votre visite. Il m’a mis au courant de votre affaire. Je suis là pour vous servir de guide et d’interprète si nécessaire car le Maltais n’est certainement une langue bien connue en Europe. Pas encore venu chez nous ? » , lança-t-il le sourire aux lèvres.

- Non, c’est la première fois. Il y a peu, j’ignorais où Malte pouvait se trouver sur la carte. 

Le maltais devait avoir l’habitude de ce genre de réponse et ne releva pas la remarque.

- Une voiture nous attend à la sortie de l’aéroport. Suivez-moi. 

La conversation dans la voiture ne s’éloigna pas des banalités d’usage offert en automatisme aux touristes de l’île.

Le bureau de police de la Valette ne se trouvait pas bien loin de l’aéroport.

Il était par contre très loin de ce qu’un policier parisien pouvait imaginer. Celui-ci ne fit aucune remarque pour exprimer sa surprise. Il n'était pas là pour faire l'inventaire des différences.

Dans le bureau, les choses sérieuses vinrent dans la conversation sans retard. Matto commença.

- Pour résumer, vous cherchez un Français qui aurait assassiné un compatriote, informaticien et qui pourrait être impliqué dans une affaire financière, en plus. 

- C’est cela. A part qu’il ne s’agit pas d’un Français, mais d’un Roumain vivant à Paris. On connaît son nom mais sans beaucoup de précision jusqu’ici. »

- Après avoir connu cet élément, nous avons commencé à rechercher votre homme en scannant les voyageurs en provenance de Paris...

- Le nom qu’on vous a communiqué, y était-il ? » interrompit le Français.

Oui. Il était bien dans la liste du vol du 1erjanvier, mais nous n’avons pas sa destination finale. Cela ne veut pas dire que nous avons été bloqués dans nos actions. Notre police fonctionne bien à l’échelle de notre pays, bien sûr. Vous avez eu raison de nous envoyer un fax avec la photo robot de la personne qui a été assassinée. Mon collègue s'est mis en route pour vous servir et déblayer le chemin. Il paraît qu'il est parfaitement connu sur les îles maltaises. L'assassin, son nom, ne disent rien à personne. Je vais contacter immédiatement le brigadier sur l'affaire pour voir s'il y a des nouvelles. 

Sur ce le Maltais s’empara de son téléphone portable qui visiblement ne datait pas des derniers perfectionnements en la matière.

Une conversation s’engagea dont le Français ne comprit pas le moindre mot. Aucun repère, aucun nom de ville qui aurait pu localiser les bribes de conversation dans le concret.

Après ces quelques minutes de paroles incompréhensibles, il s’arrêta de tourner à vide aux oreilles du Français.

- Mon inspecteur est déjà bien avancé dans notre enquête. Il parait que le Roumain n’est pas resté très longtemps à La Valette. Mais, ne vous inquiétez pas, il n’est pas aller loin. Il n’a pas quitté les îles. Il devrait être à Gozo. Une petite île près d’ici. Un bateau à moteur lui a servi pour l’y mener. Nous avons retrouvé son pilote. Celui-ci s’en souvient encore. Il a été très généreux et cela ne s’oublie pas. Marsalforn fut la destination où il a débarqué. Du visage, il ne se souvient pas vraiment. Je vous proposerais de postposer notre entretien jusque demain. Installez-vous à l’hôtel. Nous avons réservé une chambre à l’Hôtel International. Je suis sûr que vous allez aimé. Nous irons ensemble demain matin.

Sur ce, il fit signe à un brigadier. Le mot « International » parvint cette fois aux oreilles du Français. Un serrement de main, un sourire et un « A demain, 10 heure. On viendra vous chercher. Ok ? »

Le Français acquiesça et suivit le brigadier dans la petite voiture de police.

Tout se présentait mieux que prévu. Une nuit avec le confort et la piscine, cela ne se refuse pas même pour un officier de la police française.

 

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31/08/2008

Le Grand Maître virtuel (33)

(33) Le Grand Maître virtuel_33.jpgLa pêche à la cigale

« Dieu pêche les âmes à la ligne, Satan les pêche au filet. » , Alexandre Dumas

Le lendemain, tout se passa comme prévu. Le même brigadier arriva à l’hôtel pour prendre en charge le policier français. La soirée avait été délicieuse pour ce dernier. On lui avait dit d'emporter un maillot et il profita de la piscine avec délice. L'hôtel méritait le nom d'"International". La nourriture n'était pas locale mais ne désorientait pas les palais délicats des gens du nord.

Déjà, dans le hall, il reconnu le brigadier maltais de la veille et le suivit sans attendre avec un vague sourire en guise de bonjour. La voiturette était au parking et démarra premier quart de tour en les emportant.

Le port n’était pas loin et l’inspecteur principal de Matto était déjà à bord de la navette. Quelques salutations de pure forme ne retardèrent pas le lancement du moteur en direction de Gozo.

La mer était aussi lisse que l’on pouvait imaginer pour un grand lagon bleu. Ce n'en était encore que les prémisses. A Gozo, il n'y aurait plus de doute possible.

La couleur de la mer était, dans la traversée, seulement plus dure, avec la transparence troublée seulement par quelques effluves de mazout irisé.

Le bateau s’élança sans attendre à vitesse réduite d’abord pendant une centaine de mètres nécessaire pour quitter le port.

La brise du large cingla les visages muets des trois occupants à l’arrière de la navette. Rien n’aura pu les faire dévier de leurs réflexions internes. Les envies de passer le temps pour partager des impressions communes étaient courtcircuitées par le bruit assourdissant du moteur.

La ville s’éloignait de plus en plus vite et ne fut bientôt qu’un vague souvenir dont seul quelques clochers rappelaient l’existence.

Ce n’était pas la saison touristique et cela se ressentait. La température était pourtant, déjà lourde, heureusement rafraîchie par les embruns qui parvenaient sur ces visages vides d’expression. On osait, alors, fendre la rade sans trop de crainte d’entrer en collision avec un yacht en mal de reconnaissance des lieux. L’ambiance, il fallait la chercher manifestement ailleurs.

Les plages étaient résolument désertes. Les criques défilèrent l’une après l’autre sans beaucoup de variétés.

L’île, elle-même, disparu bientôt du champ de vision.

Le ressac, dû à la vitesse, secouait méchamment les barques de pèche croisées au passage. Personne n’en avait cure. Ni les secoueurs, ni les secoués. Chacun sa barque et ses préoccupations.

Les vedettes rapides se croisaient en ajoutant un peu d'excitation supplémentaire.

L’une d’entre elle aurait pu les intéresser plus qu’il n’y paraissait. Sans le savoir, une autre navette qui allait dans le sens opposé avait à son bord un seul passager, un homme jeune, comme un autre apparemment et qui pourtant cachait un passé récent très peu commun.

Un touriste roumain d’origine, jeune, était à son bord, plein aux as et cela le pilote qui était devant lui l’ignorait et n’aurait jamais voulu le savoir. Gregory, pour lui donner son nom, avait également le regard ailleurs et n’aurait pu imaginer que son destin se croisait, allait bientôt se jouer et être déterminé par les deux hommes de l’autre esquif. Pour le moment, c’était seulement chacun sa route, chacun son destin voulu par le hasard.

Il était reparti à La Valette pour faire ses emplettes et rien n’aurait pu le retenir. Ses pensées et ses rêves en dépendaient depuis trop longtemps. Rien n’aurait pu gâcher une journée aussi belle. Le temps pressait même. Il avait droit à sa récompense en consommateur de produits de luxe. La précarité qui avait accompagné sa jeunesse, il voulait l’effacer à jamais. L’avenir, il le voulait tout autre à l’instar de cette nature construite d’illusions.

Il allait pouvoir vivre de ses rentes, faire ce qui lui plaisait sans devoir en référer à quiconque. Faire et défaire au gré de ses fantasmes. Cela avait l’heur de le détendre et de lui procurer une humeur à faire pâlir d’envie Crésus, lui-même.

Souvenir de ce hasard en rapproché quelques lames de fond et un remous qui sortirent de leurs préoccupations, en même temps et par effet retard, les occupants des deux embarcations. Pas de mouvement de tête pourtant de part et d’autre dans la direction de l’autre fauteur de troubles. Imperturbables.

Les policiers continuaient à regarder devant eux les cheveux tirés vers l’arrière dans un vent qui n’avait aucune peine à marquer sa présence. Surtout éviter les conversations en égosillant la voix en pure perte dans le ronflement du moteur.

Bien vite, Gozo apparut. L’eau, réellement turquoise, remplaça le bleu azur profond. Pas bien loin, un dauphin décida de donner un pas de conduite en espérant par ses bonds attirer l’attention sur lui. Les humains étaient malheureusement trop peu soucieux de la beauté du paysage pour y prêter attention.

Contourner l’île par le nord ne prit pas beaucoup de temps. La baie de Marsalforn se pointa sans donner son nom. Pointer du doigt par l’inspecteur maltais sans un mot suffisait pour se faire comprendre.

Le moteur hoqueta et un premier soubresaut suite à la réduction de la vitesse fit comprendre que la mini croisière touchait à sa fin.

La plage était presque vide. En autre temps, le slalom aurait été la base de tout déplacement dans l’eau et sur le sable.

Ce fut le moment choisit par le portable de l’inspecteur français de lancer sa musique électronique. Le bruit s'adoucit.

- Allô, ici, l’inspecteur Derville de la police division "informatique". Au sujet de l’affaire Vanderbist, nous avons analysé et décrypté les données de l’ordinateur de votre suspect que vous nous avez ramené du fameux appartement. 

- Et, quels sont les résultats de votre enquête informatique ? » fit le policier de manière plus forte qu’à son habitude encore brouillé par le bruit du moteur.

- Pour tout vous dire, nous avons été très surpris et émerveillé à la fois. Il s’agissait d’un beau poisson que vous avez pris. Il était à la tête d’une arnaque à l’échelle mondiale. Une véritable machination dont il détenait les clés et les rênes pour suivre son bon plaisir. A tout moment, il aurait pu contrôler les réseaux informatiques et s’offrir les plus gros gags dans le domaine du piratage. Je peux vous assurer que le monde a risqué gros. Le curseur de la peur n’était pas encore poussé trop haut, heureusement pour nous. Il gardait le pied sur le frein. Vraiment, surprenant. » fit-il encore excité.

- Quels sont les dégâts jusqu’ici pour l’économie ? Car il a tout de même puiser dans la Bourse.

- Pas vraiment l’économie. Quoiqu’il aurait pu. Pas beaucoup de lésés. C’était bien plus fin. Une véritable partie d’échec style Kasparov dans laquelle la reine n’avait pas encore quitté la case de départ. Si je me fais bien comprendre. ». Il parlait avec emphase mais surtout avec une admiration sans borne. « En fait, il a fait fructifié la Bourse et ses actionnaires sans que ceux-ci aient eu le moindre orgueil de responsabilité. Génial. Une fois, le rendement atteint, il s’éclipsait encaissant les gains au passage. Ni vu, ni connu. Il y en a pour des millions. Pour y arriver, il détenait une martingale qui lui permettait de garder un maximum de chance de son côté. Il l'avait même utilisé récemment pour appâter de nouveaux clients. Avant cela, d'autres arnaques, tout aussi fines dans l'arsenal de la piraterie informatique avaient eu leurs heures. Je vous dis, une merveille d’horlogerie mise au service de l’informatique boursière. »

- Je vois. Cela devient clair et troublant à la fois. Je ne pouvais m’imaginer que l’on puisse arriver à ce point. Je vous remercie pour vos informations. N’hésitez pas à me contacter si vous trouver encore autre chose ». Il pressa le bouton "stop" de son portable.

Ils venaient de toucher le sable. Il paraissait très chaud à l’inspecteur français.

Torride, même.

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27/08/2008

Le Grand Maître virtuel (34)

Le Grand Maître virtuel_34.jpg(34) L’embuscade

« Pour tendre des embuscades, il faut d’abord être sûr du terrain et des populations environnantes sous peine de voir le piège se retourner contre soi. », Patrice Fanceschi

Une visite à la maison du port apporta de précieux renseignements sur un étranger qui par deux ou trois fois avait fait appel à eux. La basse saison, encore une fois, par son manque de touristes, précisait les rencontres avec plus d’acuité.

Une description plus ou moins fidèle complétait les traits du portrait robot que l’on avait pu établir grâce à l’aide de la concierge de l’immeuble qu’occupait Vanderbist. Certains se souvenaient, avec enthousiasme, les yeux exorbités, l’avoir rencontré. De Greg, personne ne le connaissait. Le nom n’arrangeait rien.

La villa fut même désignée du doigt derrière la colline pour permettre aux enquêteurs de poursuivre le jeu de piste. Pris par le jeu, ils ne ’arrêtèrent même pas pour déjeuner alors que l’heure du repas avait sonné depuis bien longtemps. Les deux policiers étaient, pour des raisons différentes, pressés de conclure.

Une voiturette de la police les mena bien vite, sans hésitation, à l’endroit précisé. A l’écart, loin des chemins touristiques et des yeux indiscrets, la villa était bien située au détour d’un chemin tournant autour de la colline.

La villa était simple mais belle. Toute blanche. Peu de décorations extérieures superfétatoires. Seul, des fleurs aux balcons donnaient par l’avant une couleur de contraste par touches massives. Les fleurs avaient seulement un peu trop séchées et n’avaient pas gardé la couleur de la jeunesse. Volets clos, elle paraissait inhabitée.

Les murs d’entrée cachaient le plus beau. En les contournant, le blanc éclatant de la façade allait trancher et laisser la place à une eau turquoise. Limpide, ridée seulement par un léger mouvement final du ressac à la rencontre du sable. Tout respirait paix et volupté. Si quelqu’un avait été chargé de faire de la pub du paradis, il n’aurait pu choisir meilleur endroit.

Ils sonnèrent à l’entrée. Le silence répondit ensuite à ce tintement perçant.

Pas de réaction. Pas de mouvement. La répétition ne donna pas plus de résultat.

Aucun voisin aux environs pour s’informer des allers et venues dans la maison. Contourner l’immeuble n’apporta pas le retour du propriétaire des lieux. La villa avait été occupée récemment. C’était sûr. Des traces récentes de pneu et de pas le confirmaient. La sécheresse de l’endroit n’aurait pu les effacer. Même si la saison était la plus pluvieuse, comme partout, le réchauffement de la planète avait dû contrecarrer les plans du “grand régulateur céleste”.

Que restait-il à faire sinon se mettre en embuscade sous l’ombre d’un arbre et attendre.

Combien de temps? Ils n’auraient pu le prédire. En espérant qu’il ne faudrait pas y passer la nuit. Le gibier devait tôt ou tard se représenter. L’affût commença dans la petite voiture trop étroite pour trois personnes et surtout sans conditionnement d’air. Le jour était loin d’avoir fini sa course. Le soleil dardait encore ses rayons avec force en cette belle après-midi. Une planque sous de rares arbres bien maigres s’imposait. Au départ, la protection fut assurée. Mais les heures passaient et le soleil tournait, dégageant progressivement le capot de la voiture. La chaleur faisait suffoquer les occupants.

La faim accentua leur énervement. Inquiets de peur de rater leur proie, ils n’avaient pas pris le temps de chercher ce qu’il fallait pour passer le temps plus agréablement. D’abord la soif, puis la faim les tenaient mais aucun d’eux n’aurait accepté de chercher à réparer cette omission et leur faire perdre une chance de cueillir leur proie au bercail.

Vers 17:30, un taxi arriva. En descendit un grand jeune homme. L’inspecteur français aurait aimer comparer ses traits avec un portrait robot. Il n’en avait pas. Pas de doute, pourtant.

Cela devait être lui, pas d’autres habitants à la ronde.

Un taximan descendit du taxi, le contourna et ouvrit le coffre. Aider au maximum le client quand les touristes n’étaient pas courants, pouvait donnait l’espoir d’un pourboire plus substantiel. A l’intérieur, il y avait toujours une personne qu’il était encore impossible de définir les traits.

Une multitude de paquets apparurent devant les yeux des policiers. Il était presque surprenant que temps de choses puissent avoir occupé un coffre d’une petite voiture. En souriant, le policier française se rappelait une pub qui avait marqué son esprit, récemment à la télé française pour vanter sa contenance. L’impossible n’existait manifestement pas dans le domaine de la charge d’un coffre. La seule différence avec la pub, pas de belle-mère installée à l’intérieur du coffre.

La Valette avait eu manifestement un très bon client. Un consommateur de haut vol. Celui-ci apparut enfin. Leur assassin était là. Jeune, grand, plein d’allants. Il rétribua le chauffeur qui fit des mouvements de tête de remerciement avant de reprendre le volant et de s’éloigner.

Tout doucement, les policiers se glissèrent au dehors de leur véhicule en miniature sans claquer les portières. La proie, toujours insensible aux bruissements du vent et aux bruits légers, ne se méfait pas. Il commença à se charger les épaules en bandoulière pour finir par les bras et les mains. Il devait probablement regretter de ne pas s’appeler Shiva avec les bras multiples prêts à tout. Les policiers grimpèrent sur le chemin et emboîtèrent les pas de ce grand gars chargé, surchargé de paquets de toutes dimensions.

Gregory n’eut pas la chance d’atteindre le seuil de la villa et aboutir sous la protection des murs de la villa, fondement de ses rêves et de sa protection.

Une voix sèche et en français résonna derrière lui comme le glas en lui glaçant le dos.

- Monsieur Grégory Dorsinitch. Pourrions-nous vous parler ? 

Son nom prononcé ainsi, dans une langue bien connue, le paralysa plus que l’épaisseur des paquets qu’il tenait dans les bras. La face vers la façade, la surprise n’aurait pu se lire sur ses traits, mais elle était bien présente.

Une chape de plomb envahit tout son être. Le courage lui manquait pour détaller à toutes jambes. Laisser échapper les paquets sur le sol et courir. Il y pensa l’espace d’une seconde.

Mais pour aller où? Et comment?

Intelligent, il arrêta cet élan réactif. Il savait que s’échapper d’une île était impossible. La transpiration lui suinta au front et n’avait aucune relation avec la chaleur extérieure.

Il se retourna et avec le visage le plus naturel du monde, répondit en gentleman bienveillant.

- Oui, Messieurs, c’est moi. Veuillez prendre la peine de me suivre. » répondit-il avec une voix bredouillante.

Qu’aurait-il pu dire de plus dans ce moment solennel? La partie d’échec se terminait par un mat, seulement un peu vite à son avis.

La coup fatal viendrait-il plus tard? Il le redoutait mais il s’en doutait.

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