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31/08/2008

Le Grand Maître virtuel (33)

(33) Le Grand Maître virtuel_33.jpgLa pêche à la cigale

« Dieu pêche les âmes à la ligne, Satan les pêche au filet. » , Alexandre Dumas

Le lendemain, tout se passa comme prévu. Le même brigadier arriva à l’hôtel pour prendre en charge le policier français. La soirée avait été délicieuse pour ce dernier. On lui avait dit d'emporter un maillot et il profita de la piscine avec délice. L'hôtel méritait le nom d'"International". La nourriture n'était pas locale mais ne désorientait pas les palais délicats des gens du nord.

Déjà, dans le hall, il reconnu le brigadier maltais de la veille et le suivit sans attendre avec un vague sourire en guise de bonjour. La voiturette était au parking et démarra premier quart de tour en les emportant.

Le port n’était pas loin et l’inspecteur principal de Matto était déjà à bord de la navette. Quelques salutations de pure forme ne retardèrent pas le lancement du moteur en direction de Gozo.

La mer était aussi lisse que l’on pouvait imaginer pour un grand lagon bleu. Ce n'en était encore que les prémisses. A Gozo, il n'y aurait plus de doute possible.

La couleur de la mer était, dans la traversée, seulement plus dure, avec la transparence troublée seulement par quelques effluves de mazout irisé.

Le bateau s’élança sans attendre à vitesse réduite d’abord pendant une centaine de mètres nécessaire pour quitter le port.

La brise du large cingla les visages muets des trois occupants à l’arrière de la navette. Rien n’aura pu les faire dévier de leurs réflexions internes. Les envies de passer le temps pour partager des impressions communes étaient courtcircuitées par le bruit assourdissant du moteur.

La ville s’éloignait de plus en plus vite et ne fut bientôt qu’un vague souvenir dont seul quelques clochers rappelaient l’existence.

Ce n’était pas la saison touristique et cela se ressentait. La température était pourtant, déjà lourde, heureusement rafraîchie par les embruns qui parvenaient sur ces visages vides d’expression. On osait, alors, fendre la rade sans trop de crainte d’entrer en collision avec un yacht en mal de reconnaissance des lieux. L’ambiance, il fallait la chercher manifestement ailleurs.

Les plages étaient résolument désertes. Les criques défilèrent l’une après l’autre sans beaucoup de variétés.

L’île, elle-même, disparu bientôt du champ de vision.

Le ressac, dû à la vitesse, secouait méchamment les barques de pèche croisées au passage. Personne n’en avait cure. Ni les secoueurs, ni les secoués. Chacun sa barque et ses préoccupations.

Les vedettes rapides se croisaient en ajoutant un peu d'excitation supplémentaire.

L’une d’entre elle aurait pu les intéresser plus qu’il n’y paraissait. Sans le savoir, une autre navette qui allait dans le sens opposé avait à son bord un seul passager, un homme jeune, comme un autre apparemment et qui pourtant cachait un passé récent très peu commun.

Un touriste roumain d’origine, jeune, était à son bord, plein aux as et cela le pilote qui était devant lui l’ignorait et n’aurait jamais voulu le savoir. Gregory, pour lui donner son nom, avait également le regard ailleurs et n’aurait pu imaginer que son destin se croisait, allait bientôt se jouer et être déterminé par les deux hommes de l’autre esquif. Pour le moment, c’était seulement chacun sa route, chacun son destin voulu par le hasard.

Il était reparti à La Valette pour faire ses emplettes et rien n’aurait pu le retenir. Ses pensées et ses rêves en dépendaient depuis trop longtemps. Rien n’aurait pu gâcher une journée aussi belle. Le temps pressait même. Il avait droit à sa récompense en consommateur de produits de luxe. La précarité qui avait accompagné sa jeunesse, il voulait l’effacer à jamais. L’avenir, il le voulait tout autre à l’instar de cette nature construite d’illusions.

Il allait pouvoir vivre de ses rentes, faire ce qui lui plaisait sans devoir en référer à quiconque. Faire et défaire au gré de ses fantasmes. Cela avait l’heur de le détendre et de lui procurer une humeur à faire pâlir d’envie Crésus, lui-même.

Souvenir de ce hasard en rapproché quelques lames de fond et un remous qui sortirent de leurs préoccupations, en même temps et par effet retard, les occupants des deux embarcations. Pas de mouvement de tête pourtant de part et d’autre dans la direction de l’autre fauteur de troubles. Imperturbables.

Les policiers continuaient à regarder devant eux les cheveux tirés vers l’arrière dans un vent qui n’avait aucune peine à marquer sa présence. Surtout éviter les conversations en égosillant la voix en pure perte dans le ronflement du moteur.

Bien vite, Gozo apparut. L’eau, réellement turquoise, remplaça le bleu azur profond. Pas bien loin, un dauphin décida de donner un pas de conduite en espérant par ses bonds attirer l’attention sur lui. Les humains étaient malheureusement trop peu soucieux de la beauté du paysage pour y prêter attention.

Contourner l’île par le nord ne prit pas beaucoup de temps. La baie de Marsalforn se pointa sans donner son nom. Pointer du doigt par l’inspecteur maltais sans un mot suffisait pour se faire comprendre.

Le moteur hoqueta et un premier soubresaut suite à la réduction de la vitesse fit comprendre que la mini croisière touchait à sa fin.

La plage était presque vide. En autre temps, le slalom aurait été la base de tout déplacement dans l’eau et sur le sable.

Ce fut le moment choisit par le portable de l’inspecteur français de lancer sa musique électronique. Le bruit s'adoucit.

- Allô, ici, l’inspecteur Derville de la police division "informatique". Au sujet de l’affaire Vanderbist, nous avons analysé et décrypté les données de l’ordinateur de votre suspect que vous nous avez ramené du fameux appartement. 

- Et, quels sont les résultats de votre enquête informatique ? » fit le policier de manière plus forte qu’à son habitude encore brouillé par le bruit du moteur.

- Pour tout vous dire, nous avons été très surpris et émerveillé à la fois. Il s’agissait d’un beau poisson que vous avez pris. Il était à la tête d’une arnaque à l’échelle mondiale. Une véritable machination dont il détenait les clés et les rênes pour suivre son bon plaisir. A tout moment, il aurait pu contrôler les réseaux informatiques et s’offrir les plus gros gags dans le domaine du piratage. Je peux vous assurer que le monde a risqué gros. Le curseur de la peur n’était pas encore poussé trop haut, heureusement pour nous. Il gardait le pied sur le frein. Vraiment, surprenant. » fit-il encore excité.

- Quels sont les dégâts jusqu’ici pour l’économie ? Car il a tout de même puiser dans la Bourse.

- Pas vraiment l’économie. Quoiqu’il aurait pu. Pas beaucoup de lésés. C’était bien plus fin. Une véritable partie d’échec style Kasparov dans laquelle la reine n’avait pas encore quitté la case de départ. Si je me fais bien comprendre. ». Il parlait avec emphase mais surtout avec une admiration sans borne. « En fait, il a fait fructifié la Bourse et ses actionnaires sans que ceux-ci aient eu le moindre orgueil de responsabilité. Génial. Une fois, le rendement atteint, il s’éclipsait encaissant les gains au passage. Ni vu, ni connu. Il y en a pour des millions. Pour y arriver, il détenait une martingale qui lui permettait de garder un maximum de chance de son côté. Il l'avait même utilisé récemment pour appâter de nouveaux clients. Avant cela, d'autres arnaques, tout aussi fines dans l'arsenal de la piraterie informatique avaient eu leurs heures. Je vous dis, une merveille d’horlogerie mise au service de l’informatique boursière. »

- Je vois. Cela devient clair et troublant à la fois. Je ne pouvais m’imaginer que l’on puisse arriver à ce point. Je vous remercie pour vos informations. N’hésitez pas à me contacter si vous trouver encore autre chose ». Il pressa le bouton "stop" de son portable.

Ils venaient de toucher le sable. Il paraissait très chaud à l’inspecteur français.

Torride, même.

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27/08/2008

Le Grand Maître virtuel (34)

Le Grand Maître virtuel_34.jpg(34) L’embuscade

« Pour tendre des embuscades, il faut d’abord être sûr du terrain et des populations environnantes sous peine de voir le piège se retourner contre soi. », Patrice Fanceschi

Une visite à la maison du port apporta de précieux renseignements sur un étranger qui par deux ou trois fois avait fait appel à eux. La basse saison, encore une fois, par son manque de touristes, précisait les rencontres avec plus d’acuité.

Une description plus ou moins fidèle complétait les traits du portrait robot que l’on avait pu établir grâce à l’aide de la concierge de l’immeuble qu’occupait Vanderbist. Certains se souvenaient, avec enthousiasme, les yeux exorbités, l’avoir rencontré. De Greg, personne ne le connaissait. Le nom n’arrangeait rien.

La villa fut même désignée du doigt derrière la colline pour permettre aux enquêteurs de poursuivre le jeu de piste. Pris par le jeu, ils ne ’arrêtèrent même pas pour déjeuner alors que l’heure du repas avait sonné depuis bien longtemps. Les deux policiers étaient, pour des raisons différentes, pressés de conclure.

Une voiturette de la police les mena bien vite, sans hésitation, à l’endroit précisé. A l’écart, loin des chemins touristiques et des yeux indiscrets, la villa était bien située au détour d’un chemin tournant autour de la colline.

La villa était simple mais belle. Toute blanche. Peu de décorations extérieures superfétatoires. Seul, des fleurs aux balcons donnaient par l’avant une couleur de contraste par touches massives. Les fleurs avaient seulement un peu trop séchées et n’avaient pas gardé la couleur de la jeunesse. Volets clos, elle paraissait inhabitée.

Les murs d’entrée cachaient le plus beau. En les contournant, le blanc éclatant de la façade allait trancher et laisser la place à une eau turquoise. Limpide, ridée seulement par un léger mouvement final du ressac à la rencontre du sable. Tout respirait paix et volupté. Si quelqu’un avait été chargé de faire de la pub du paradis, il n’aurait pu choisir meilleur endroit.

Ils sonnèrent à l’entrée. Le silence répondit ensuite à ce tintement perçant.

Pas de réaction. Pas de mouvement. La répétition ne donna pas plus de résultat.

Aucun voisin aux environs pour s’informer des allers et venues dans la maison. Contourner l’immeuble n’apporta pas le retour du propriétaire des lieux. La villa avait été occupée récemment. C’était sûr. Des traces récentes de pneu et de pas le confirmaient. La sécheresse de l’endroit n’aurait pu les effacer. Même si la saison était la plus pluvieuse, comme partout, le réchauffement de la planète avait dû contrecarrer les plans du “grand régulateur céleste”.

Que restait-il à faire sinon se mettre en embuscade sous l’ombre d’un arbre et attendre.

Combien de temps? Ils n’auraient pu le prédire. En espérant qu’il ne faudrait pas y passer la nuit. Le gibier devait tôt ou tard se représenter. L’affût commença dans la petite voiture trop étroite pour trois personnes et surtout sans conditionnement d’air. Le jour était loin d’avoir fini sa course. Le soleil dardait encore ses rayons avec force en cette belle après-midi. Une planque sous de rares arbres bien maigres s’imposait. Au départ, la protection fut assurée. Mais les heures passaient et le soleil tournait, dégageant progressivement le capot de la voiture. La chaleur faisait suffoquer les occupants.

La faim accentua leur énervement. Inquiets de peur de rater leur proie, ils n’avaient pas pris le temps de chercher ce qu’il fallait pour passer le temps plus agréablement. D’abord la soif, puis la faim les tenaient mais aucun d’eux n’aurait accepté de chercher à réparer cette omission et leur faire perdre une chance de cueillir leur proie au bercail.

Vers 17:30, un taxi arriva. En descendit un grand jeune homme. L’inspecteur français aurait aimer comparer ses traits avec un portrait robot. Il n’en avait pas. Pas de doute, pourtant.

Cela devait être lui, pas d’autres habitants à la ronde.

Un taximan descendit du taxi, le contourna et ouvrit le coffre. Aider au maximum le client quand les touristes n’étaient pas courants, pouvait donnait l’espoir d’un pourboire plus substantiel. A l’intérieur, il y avait toujours une personne qu’il était encore impossible de définir les traits.

Une multitude de paquets apparurent devant les yeux des policiers. Il était presque surprenant que temps de choses puissent avoir occupé un coffre d’une petite voiture. En souriant, le policier française se rappelait une pub qui avait marqué son esprit, récemment à la télé française pour vanter sa contenance. L’impossible n’existait manifestement pas dans le domaine de la charge d’un coffre. La seule différence avec la pub, pas de belle-mère installée à l’intérieur du coffre.

La Valette avait eu manifestement un très bon client. Un consommateur de haut vol. Celui-ci apparut enfin. Leur assassin était là. Jeune, grand, plein d’allants. Il rétribua le chauffeur qui fit des mouvements de tête de remerciement avant de reprendre le volant et de s’éloigner.

Tout doucement, les policiers se glissèrent au dehors de leur véhicule en miniature sans claquer les portières. La proie, toujours insensible aux bruissements du vent et aux bruits légers, ne se méfait pas. Il commença à se charger les épaules en bandoulière pour finir par les bras et les mains. Il devait probablement regretter de ne pas s’appeler Shiva avec les bras multiples prêts à tout. Les policiers grimpèrent sur le chemin et emboîtèrent les pas de ce grand gars chargé, surchargé de paquets de toutes dimensions.

Gregory n’eut pas la chance d’atteindre le seuil de la villa et aboutir sous la protection des murs de la villa, fondement de ses rêves et de sa protection.

Une voix sèche et en français résonna derrière lui comme le glas en lui glaçant le dos.

- Monsieur Grégory Dorsinitch. Pourrions-nous vous parler ? 

Son nom prononcé ainsi, dans une langue bien connue, le paralysa plus que l’épaisseur des paquets qu’il tenait dans les bras. La face vers la façade, la surprise n’aurait pu se lire sur ses traits, mais elle était bien présente.

Une chape de plomb envahit tout son être. Le courage lui manquait pour détaller à toutes jambes. Laisser échapper les paquets sur le sol et courir. Il y pensa l’espace d’une seconde.

Mais pour aller où? Et comment?

Intelligent, il arrêta cet élan réactif. Il savait que s’échapper d’une île était impossible. La transpiration lui suinta au front et n’avait aucune relation avec la chaleur extérieure.

Il se retourna et avec le visage le plus naturel du monde, répondit en gentleman bienveillant.

- Oui, Messieurs, c’est moi. Veuillez prendre la peine de me suivre. » répondit-il avec une voix bredouillante.

Qu’aurait-il pu dire de plus dans ce moment solennel? La partie d’échec se terminait par un mat, seulement un peu vite à son avis.

La coup fatal viendrait-il plus tard? Il le redoutait mais il s’en doutait.

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12/08/2008

Le Grand Maître virtuel (35)

Le Grand Maître virtuel_35.jpg(35) Le panache flétri

« Ne méprise jamais la dignité en faveur du panache. » Anita Nair

Plus les instants passaient, plus Greg savait que le destin avait changé sa voie. Les choses étaient claires, il savait que le bout de chemin était à portée de vue. Un long tunnel obscur, à l’abri de la lumière, se présentait devant lui. Les différents paquets qui gisaient ostensiblement dans le salon n’auront manifestement aucune chance de prendre le large et satisfaire leur acheteur.

Coincé, il se sentait avoir des boulets énormes au pied. La cage, il sentait qu’elle n’allait plus rester longtemps entrouverte. Les policiers s’étaient présentés à lui. D’une voix mal ajustée à la circonstance, Greg eut encore le courage de demander si les policiers voulaient quelques choses à boire.

Comment limiter sa responsabilité qu’il savait entière? Jusqu’à quel point de l’enquête, étaient arrivés les inspecteurs qu’il avait devant lui?

Les neurones de Greg brûlaient une énergie folle en réflexions dans toutes les directions.

Laisser parler et voir venir. Voilà, la décision finale. Le jeu de la cigale avait du plomb dans l’aile.

Avec les verres en main, il s’assit en face de ses visiteurs du soir. Donnant l’impression d’un maximum d’innocence, il lança le dialogue.

- Alors, Messieurs, que me vaut l’honneur de votre visite dans ce coin perdu ? 

- Je crois que vous vous en doutez. Je n’irai donc pas par quatre chemins. Nous sommes ici pour vous arrêter. 

Cela ne commençait pas trop bien mais correspondait aux perspectives sans surprises.

- Qu’avez-vous à me reprocher ?», relança-t-il avec l’accent de l’innocence.

- Pas mal de griefs. Je suis bien obligé de vous le dire. » répondit l’inspecteur avec un sourire en coin.

Il se prit au jeu en chat qui explique à la souris le pourquoi de sa petitesse devant le rouleau compresseur de la justice.

Tout fut raconté d’une traite en bouchant toutes les pièces du puzzle dans un ordre qui ne correspondait pas nécessairement à la chronologie réelle. Qu’est-ce que cela changerait d’ailleurs? Peu importait d’ailleurs à condition qu’en fin de partie, le puzzle n’ait plus de trou à combler.

Greg semblait toute ouïe comme s’il allait apprendre quelque chose sur sa vie récente. Il n’en laissait rien paraître mais subissait le pire des supplices. Il aurait donné la fortune qu’il avait garée en banque sans la moindre hésitation, pourvu que cela finisse au plus vite.

Au bout d’une demi heure, le monologue arriva à sa fin, Greg se sentait près de l’effondrement. Toute sa superbe avait fondu. Il n’avait jamais eu à subir un tel déshonneur sans pouvoir se défendre.

Bredouillant, la transpiration au front, il se rappelait, tout à coup, de Vic qui avait applaudit quand lui-même l’avait projeté dans les cordes. Les « Bastos, c’est toujours plus facile à donner qu’à recevoir » aurait dit Michel Audiard, dans la voix de Gabin pour cadrer avec la situation.

- Messieurs, à part le timing, je suis obligé de l’avouer, vous avez énuméré les points principaux qui ont hantés les jours du mois qui vient de s’achever. Je suis votre homme, bien malgré moi”.

Ce fut ses derniers mots avant de se voir accroché des bracelets dont il n’avait vu l’existence que dans les films de son enfance. Encadré de ses nouveaux gardes du corps, Greg quitta cette maison qu’il avait rêvé depuis très longtemps. Il n’avait pas encore le temps d’en faire les contours. Le désespoir se lisait sur ses traits en entrant dans la voiturette qui les ramènerait vers le point de départ. Le temps avait passé trop vite.

A la tête de cette fortune, vite faite, Vic aurait choisi la douceur. La question, style, « Comment dépenser, au mieux, l’argent? » aurait pris une échelle de temps élargie. Mais Vic, c’était de l’histoire ancienne.

Les neurones de Greg, eux, auront simplement été mis entre parenthèses dans ce sport de l’extrême. Une construction d’un château en Espagne avec en fin de parcours un château de cartes.

Un scénario complet ne réussit que dans la préparation minutieuse de toutes les étapes de la mise en scène avec la sortie du spectateur et des risques cachés des commentaires.

Vic avait eu deux entreprises. Une de jour et une de nuit.

Celle de jour, lui avait permis d’assurer, de rassurer avec un bonheur calculé, mitigé dans des contraintes précises.

Celle de nuit, apportait des rêves et des ambitions en équilibre sans couverture morale mais avec un passe-temps en remue neurones. Donner une correction à celui qui n’avait pas compris quelques règles de base de la vie, il avait aimé. L’argent était le nerf de la guerre, sans plus. Outil de pouvoir de décision, obtenu par les vices des autres mais sans contrainte pour lui. Percer les failles du système mais en connaissant toutes les cartes et embrayer à la vitesse supérieure au bon moment sans casser la boîte de Pandore. Une devise aurait pu être « Think and do it, if ».

Greg, nouvel Icare, avait pris un autre envol, trop haut pour lui. Vic, son maître, son mentor, était resté à l’étage, du dessous. Étage de l’efficacité protégée par des gardes fous qu’il voulait garder toujours près à rétracter.

Le crime parfait restait à inventer. Le Grand Maître virtuel n’avait pas compté sur ce grain de sable du temps, cette couverture qui se rétrécit toujours quand on la divise.

Greg aurait eu encore plus à souffrir s’il avait compris le but final de l’action de Vic. Le jeu de « gagne petit » de Vic n’était qu’illusion. Son ambition était bien plus énorme qu’il n’y paraissait. De « Grand Maître virtuel », il serait monter au grade de « Grand Maître du Monde » sans ce coup du sort. « Vic », n’était-ce pas un diminutif de « Victoire »?

Jeu de qui perd, gagne?

Du côté positif, Vic avait aussi changé grâce à Greg. Plus humain, l’idée de partage de la solidarité sur un chemin parallèle. Il avait été guéri de son côté psychopathe pendant l’espace de quelques mois. Il avait même commencé à imaginer fonder une famille. Une femme? Pourquoi pas? Il fallait qu’il en sache un peu plus de cette moitié de population.

D’autres lois à digérer. Le sort ne lui en avaient pas laissé le temps.

Les victimes dans ce monde de la finance abrutie avaient fait coup double. Se débarrasser d’un crime financier et d’un crime de sang.

L’aventure en tandem de Vic avec son coéquipier, Greg, avait échoué à cause d’une « monogame » finale sans pédale douce.

Vic avait aimé le pouvoir dans son absolu, c’était sa force et sa faiblesse de n’avoir pas reconnu d’autre alternative. L’argent, il s’en foutait.

Grégory, lui, aimait l’argent pour l’argent et, en nouveau consommateur, ne comptait plus qu’à s’en servir comme d’une servitude.

Histoire très controversée par des sentiments multiples que celle de cet Icare d’aujourd’hui.

Entrer dans la grande histoire nécessitait un charisme et du doigté à toute épreuve. Greg n’en avait connu que la technicité. La fibre spéciale du génie du Grand Maître du virtuel ne l’avait rattrapé. L’élève n’avait pas pris le temps d’arriver au stade de son maître. Il venait de s’en apercevoir à ses dépends.

Le temps aura eu seulement le dernier mot. Il n’aime pas ni les mensonge, ni les erreur. Il explique tout à l’homme qui sait l’écouter.

Dans la voiture et la vedette qui les ramenèrent à la Valette, la vie de Greg lui revint en mémoire accélérée.

La Roumanie, tout d’abord, qu’il avait quitté, il y a bien longtemps.

Époque autoritaire sous la joute du pouvoir de Ceaucescu. Période pendant laquelle, seulement, les privilégiés gravissaient les échelons du pouvoir et parvenaient à vivre dans une opulence insolente.

Famille de paysans, ses parents n’en avaient jamais mené large. Aîné de quatre enfants, chargé de ses frères et sœurs, Greg avait été élevé à la dure. L’intelligence et une mémoire phénoménale avaient permis de sortir d’un futur tout tracé de paysan. La peur du lendemain et de ne pas avoir vécu comme dans ses rêves. Imperméable à son entourage.

L’informatique, dans son bocal fermé, semblait avoir été inventé pour lui. Très jeune, il s’y adonna dans ses seuls moments de délassement.

La fuite à Paris à l’âge de vingt ans, comme une impulsion qui provoque la fin des tourments.

La rencontre avec Vic qui s’enchaîna dans un accord parfait. Un Grand Maître du virtuel qui connaissait tant de filières. Une force tranquille qu’il avait voulu dépasser par méconnaissance des règles et des détails de la construction. Trop d’obligations qu’il ne pouvait assumer, trop pris par son ascension propre qui ne se partage pas. Des risques mal calculés. La chute brutale pris dans les filets de la police. L’intelligence n’y était pour rien.

Un nouveau départ se présentait désormais. Il l’imaginait déjà sans la solitude cette fois.

Peut-être dans une autre vie, bien plus tard, Greg aura-t-il l’occasion de se donner une autre chance. Le vol d’Icare se termine parfois par une renaissance et des rééditions.

La vie n’était décidément pas une partie d’échec comme les autres.

Pour les autres humains, les navigateurs du virtuel, le côté positif, c’est que leur monde avait à se féliciter, une fois de plus, d’un répit.

Jusqu’à quand? Question sans réponse mais pleine de surprises.

« Les mensonges n’ont d’importance que si l’on se fait prendre. », Christine Ockrent

 

 

Fin

 

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