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15/06/2019

Le retour du dauphin virtuel

Chapitres        Titres
01 Le temps passe lentement pour le prisonnier
02 Un rêve peut-il être prémonitoire?
03 Une visite totalement impromptue et inespérée
04 Une sortie de prison prématurées tous les prisonniers en rêveraient
05 La crim a l'ouvrage... enfin si c'est la crim...
06 Entre risques et résolutions
07 Halloween se manifeste
08 Armistice ou crise?
09 Un Black friday pas comme les autres
10 Opération Coyote

..

01: Le temps passe lentement pour le prisonnier.

“La prison, cette fleur noire de la société civilisée.” proverbe espagnol

Combien de fois, pendant toutes ces années pendant lesquelles je croupis dans cette cellule, n'ai-je pas regretté mon geste impulsif et malheureux d'avoir tué Vic qui avait confiance en moi et parfois en dehors de sa volonté initiale a permis de travailler ensemble, enfin travailler, entend-on nous? Pirater ensemble est plus exact.

Tuer le temps en prison, voilà ce qui fait la vie du détenu. Je me souviens de la vie à l'extérieur et des travailleurs qui espéraient atteindre l'âge de la retraite. Bien sûr à l'extérieur ce n'est pas le travail qui tue, mais le stress qu'il génère dans notre époque moderne où la rentabilité est le principal outil de la perte de goût au travail. 

En prison, c'est l'oisiveté qui qui tue. Plusieurs prisonniers se proposent pour effectuer un travail utile à la copropriété. Parfois, cela génère une espérance pour le retrouver une fois sorti. 

Tuer le temps, cela s'apprend comme le reste.

Je me suis torturé l'esprit à ressasser le passé pour tenter de comprendre mon geste, de me comprendre, de comprendre les raisons pour lesquelles je me suis retrouvé en taule.

Je ne sais toujours pas qu'est-ce qui a pu générer cette volonté de l'éliminer pour faire mon petit "commerce" seul et récupérer les bénéfices des opérations de piratages pour moi seul alors qu'il aurait peut-être mieux fonctionné en tandem avec Vic.

Je suis croyant comme la plupart des Roumains et des Polonais dont j'ai mes racines.

Un croyant d'une idéologie qui se doit d'être solidaire avec d'autres dans ce qu'ils réalisent ensembles.

En révisant le passé, je dois admettre que si j'avais signé ce contrat idéologique qui fait que je méritais deux fois la prison, j'étais un traitre à la foi que l'on m'avait inculqué dès ma naissance.

J'avais une curieuse ressemblance de mon acte en l'associant à la trahison de Judas vis-à-vis de son maître Jésus.

Se rappeler du passé permet de revivre des événements en séquence, chronologiquement, logiquement du moins en esprit pour ne pas perdre la raison de sa présence derrière ces murs.

J'étais ici en prison depuis mars 2009 après mon procès.

"Les gens jugent sur l'apparence et les impressions que vous leur laisserez. attirez les par votre sympathie et votre humilité. Faites le jeune homme naïf et crédule. Faites-le douter. Je ferai intervenir votre antécédents familiaux et le fait que vous n'avez eu ni chance ni soutien dans la vie.", répétait mon avocat.

Tellement abattu de m'être laissé cueillir sans résistance, je prenais les paroles de mon avocat comme s'il s'agissait de l'évangile.

Je me doutais que l'ultime conviction des jurés se négocie en fonction de paramètres dans lesquels la raison n'avait pas plus beaucoup d'influence au seul bénéfice d'affaire de cœur et de sensibilité.

J'avais été renvoyé à Paris où j'ai subi un interrogatoire pendant le temps d'une longue garde à vue pendant laquelle les enquêteurs se relayaient pour me questionner sans relâche.

J'ai commencé à nier les faits qui m'étaient reprochés. Le piratage n'était pas difficile à prouver par les enquêteurs. Tout était encore disponible dans l'appartement de Vic qui pouvait le prouver. Son corps étendu sur le sol, la masse qui a servi pour l'éliminer, je refusais d'en être responsable pendant des heures. Mais mes empruntes et l'ADN ont servi pour responsabiliser après des heures d'interrogatoires.

Grâce à mon avocat qui avait pu prouver que mon geste n'était pas prémédité, la peine a été commuée à onze années de détention. Ma peine aurait pu me coûter la perpétuité et je l'ai acceptée sans faire appel au jugement. Pourquoi onze ans? Pourquoi pas moins ou plus? Les tarifs sont tellement dépendants de paramètres qui m'échappent, liés à l'environnement et à la tête du client lors de son jugment et de son remord.  

Mais plus tard, une fois condamné, les paroles échangées pendant le procès me servaient pour vivre mieux dans cet univers carcéral et ma punition.

Cela faisait dix ans que moi, Greg, je mijote dans une cellule de 9 mètres carré de moyenne dans la prison de la Santé à Paris. Enfin, pas tout à fait comme je l'expliquerai ci-après.

J'ignorais pourquoi on appelle cette prison du 14ème arrondissement de Paris, "Prison de la Santé". Elle n'apporte pas vraiment la santé.

D'après ce que j'en avais appris par un taulier ce nom date d'une vie antérieure dont le nom qui doit l'avoir suivi.

J'étais dès le début dans le bloc A, celui qui accueille les prisonniers occidentaux, malgré le fait de mes origines. Il parait que de grandes personnalités y ont été incarcérées dans l'histoire de cette maison de détentions. Cela me faisait une belle jambe mais eux comme moi n'y ont jamais trouvé un hôtel trois étoiles. 

"Hic sunt Dragones"que l'on pourrait traduire en disant que la prison a toujours été un endroit de tous les dangers.

Avant 2014, cette prison était vraiment vétuste.

Elle a été fermée ensuite pour rénovation jusque récemment.

C'est dans les premiers mois de cette année 2019 que quelques prisonniers, déplacés pendant cette période de travaux, ont réintégré les cellules complètement remises à neuf. J'ai fait partie de ce premier peloton.

Elles ne sont toujours pas de grand luxe, mais la transformation par le modernisme est notoire et valait la peine de ce transfert.    

J'ai eu la chance ou la malchance suivant le cas de partager ma détention avec plusieurs prisonniers.

Le dernier en date est un homme, prénommé Raymond.

Avec sa taille respectable de bien 20 centimes au dessus de ma tête, des muscles à ne plus savoir qu'en faire mais sans prétention intellectuelle, a partagé ses réflexions et confidences avec moi lors de de dialogues interminables.

Avec le temps, j'ai appris à le connaitre de tellement de manières qui ne me touchent pas vraiment, je l'avoue, mais dont je ne lui en ai jamais laisser paraître mon désintérêt. Je l'ai même incité à me raconter son histoire avec les raisons qui l'on poussées jusqu'ici.

Je l'avais déjà comme quo-prisonnier quelques mois avant notre transfert de la prison de la Santé pendant sa restauration.

Il s'appelait Raymond et il avait tué son épouse par jalousie. Sa dulcinée avait dû démériter de sa confiance trop longtemps mais il n'avait rien remarqué en revenant de l'usine où il travaillait. Quand, un jour, il l'avait trouvée dans le lit conjugal avec un acteur différent, cela avait dépassé d'un coup son entendement et il l'avait tabassé à mort et avait pris un couteau pour sa femme comme deux victimes.

J'avais déjà constaté en prison qu'il ne reconnaissait pas sa force de rustre quand il était en colère.

Son cas était d'une telle banalité tellement de fois reproduites suite à une folie passagère non contenue que la justice qualifie de crime passionnel sans intention de donner la mort et sans préméditation...

Sa rencontre avec la "femme de sa vie" est presque une blague de justice que les hommes de lois se racontent avec humour.

Il l'aimait toujours, c'était évident. Je suis sûr qu'il ne regrettait rien et que si c'était à refaire, ce serait rebelote.

Il avait dû en baver des infidélités de son épouse, cela ne devait pas être une première mais il n'avait connu que celle-là par accident de timing.

Probablement, trop belle pour lui d'après la photo qu'il m'avait montré, elle n'était-ce pas à son galop d'essai.

C'est en général ce genre de femmes trop belles qui se retrouvent dans le lit d'un imposteur comme moi pour qui les femmes n'étaient qu'un passe-temps de passage sans prolongation. Des filles, j'en ai connu quelques unes, en effet, mais cela n'a jamais duré plus d'un à trois mois.

Il y a des hommes et des femmes qui sont instables de naissance et d'autres qui restent fidèles à une fausse idée d'un besoin commun à vivre les problèmes ensembles toute leur vie.

A mon avis, rien de plus banal qu'un crime passionnel en définitive et il ne m'apprenait pas beaucoup de choses à retenir de son histoire.

Je l'écoutais donc d'une oreille distraite et ne l'interrompais que quand je pensais que la cohérence de son récit n'était plus restée dans l'ornière nécessaire à la seule logique. La putain de logique avait toujours été dans mes prérogatives par mes besoins de clarté pour expliquer mes actes.

Voyant que je ne le croyais pas, sanguin, son visage rougissait qu'il éclairait alors d'un sourire narquois ou fâché suivi d'une réplique plutôt cinglante à mon égard.

Mais sa réaction fougueuse s'apaisait très vite quand de mon côté je restais cool en faisant semblant de comprendre le trouble dans lequel il tentait de m'introduire.

Comme il devait partager ma cellule et mon temps dans cet espace réduit, il valait mieux ne pas apporter de jugement ni trop négatif ni trop positif pour ne pas paraître béas et ne pas lui générer des troubles obsessionnels supplémentaires puisque dans le fond je ne méritais pas plus d'égard de la société que lui.

Mon attitude de "copinage" m'avait servi un jour lors d'une altercation entre deux clans. J'avais eu le malheur d'être à proximité et l'un d'eux m'avait pris en grippe. C'est mon "copain de chambrée" qui était venu à la rescousse pour me soutenir et faire bouclier. Je l'en avais remercié et il m'avait répondu par un sourire.

On ne rencontre presque jamais de gens biens en prison. Du maton au directeur de la prison, il ne faut pas se leurrer sur leur job de surveillance qu'ils exerceront en abusant souvent de leur pouvoir par de brimades et des engueulades. Un boulot à passer ses ses journées jusqu'à la retraite avec le risque de prendre un jour un mauvais coup dans une ambiance carcérale comme des prisonniers et en plus, probablement pour un salaire de misère, faut pas rêver.

Au sujet de ma propre histoire, j'ai été plus discret envers lui.

Ce n'était pas une obligation, mais cela m'évitait d'avoir à lui raconter ce qu'étaient les magouilles potentielles de l'informatique et sur les réseaux dits sociaux dans lesquels je m'étais engouffré avec Vic quand on avait fait équipe. J'aurais dû expliquer mon geste alors que je ne le comprenais plus vraiment moi-même.

En prison, le passé de chacun revient toujours pour meubler l'oisiveté surtout quand les heures s'étirent trop sans que le temps passe mais parfois il faut user de subterfuge et de palliatif.

La vérité qu j'aurais dû dire c'était que cinq minutes d'impulsions morbides m'avaient mené à des années de taule, de journées inutiles qui n'apportent rien à personne.

Si je l'avais donné aussi courtement avec cet angle de vérité, il aurait peut-être dit:

- Raconte, Greg. Cela doit être plus passionnant que mon histoire.

Plus passionnant. C'est une autre passion qui régissait mes actes et je n'avais pas l'intention de lui en raconter plus qu'il ne faut. Pas sûr qu'il aurait compris.

Pendant longtemps, au sujet de ma "cordée binaire" avec Vic, j'étais donc resté assez taiseux ainsi que sur ma vie antérieure sans donner de détails sur les raisons de ma présence dans ce lieu de perdition.

Mon explication sur celle-ci, je l'expliquais par une suite d'événements, de quiproquos, d'amalgames moins difficiles à expliquer et qui ne demandaient pas de prolongements.

J'avais assassiné, Vic, mon maître à penser, après une altercation avec lui qui avait mal tournée.

Il s'était tué en tombant et je n'avais pas pu prouvé que c'était un accident.

Ce fut la seule explication que j'avais trouvée pour ne pas m'appesantir sur la connerie de mon véritable assassinat.

A l'époque, j'avais 27 ans et Vic, à peu près une vingtaines de piges en plus.

Aujourd'hui, j'en ai presque dix de plus.

Quand j'ai été pris, incarcéré en attente en garde à vue, pas question d'espérer d'aller à l'enterrement de Vic.

Mon avocat m'avait raconté le déroulement de l'enterrement par quelques échos de comment cela s'était passé, de qui s'était déplacé pour suivre le corbillard au cimetière.

Le moins qu'on puisse dire comme nécrologie, c'est que ce fut un enterrement que l'on dit "dans l'intimité" et surtout sans fanfares ni trompettes.

Ce jour-là de 2009, ce fut un enterrement bien sombre avec de la pluie parisienne qui tombait à seau. Peu d'accompagnateurs pour suivre le corbillard si ce n'est la concierge de l'immeuble où Vic résidait, quelques collègues où il travaillait et l'inspecteur qui avait enquêté sur notre affaire et qui espérait peut-être apercevoir des complices ou des commendataires de nos actes du temps où Vic et moi sévissaient sur la toile.

Le moins que l'on puisse dire, c'était que le cimetière n'avait rien à voir avec le Père Lachaise où les célébrités ont l'habitude de trouver repos dans un refuge éternel.

Cette intimité, c'était comme si Vic n'avait jamais eu de famille, arrivé comme par miracle comme un enfant perdu venant d'une forêt du fin fond de la Roumanie.

C'était moi et moi seul, le con qui avait été son criminel sans aucune connivence extérieure ni préméditation.

Un coup de folie, voilà ce que c'était. 

Mais on ne revient jamais en remontant au temps jadis qu'en recherchant des excuses dans des amalgames de situations.

Je ne mériterais pas plus d'égard que mon coéquipier de ma cellule. Ça, c'est sûr.

J'ai tenté de faire défiler mon passé dans ma mémoire intime en remontant même plus loin dans le temps qu'au moment d'avoir connu Vic.

J'avais un frère et une sœur. Je ne sais ce qu'ils sont devenus. Dans le foyer familial, nous n'étions pas riches et très peu solidaire entre frères et sœurs. Je suis presque sûr que c'était ma mère qui nous avait désiré mais que notre père ne voyait que bras gratuits de plus pour son entreprise d'outillage.

Et comme toujours nous parlions très souvent d'argent entre nous.

Mon père avait pris la clé des champs alors que j'étais en pleine adolescence.

Je ne considère pas mes parents comme responsables de mes actes. On ne m'avait jamais poussé à faire les choses dont je n'avais pas envie.

Il y avait surtout ce putain d'argent ou plutôt son manque, pour aller chercher à manger et à boire ou pour espérer obtenir un plus dans la famille, qui nous avait obnubilé pour nous former à la dure par notre mère qui était à la base de ma ma dérive.

J'étais le plus prometteur du côté intello et j'ai eu plusieurs fois des simili-batailles avec mon père pour exiger de suivre des cours qui dépassaient sa marge acceptable avant sa disparition.

C'est marrant de constater après coup, que moins on a d'argent, plus on en parle.

Intellectuellement, j'étais en avance sur beaucoup d'autres de mes condisciples de classes.

Un fils prodigue se sent très vite déphasé avec son entourage et se retrouve en marge de la société si on ne lui donne pas les moyens d'assumer sa différence.

Je voulais vivre ma vie à deux cents à l'heure mais sans les moyens financiers, j'avais commencé ma vie d'adolescent par de menus larcins pour combler ce manque à gagner.

M'introduire dans les maisons pour dérober quelques objets qui pouvaient avoir instinctivement de la valeur des choses et qui correspondaient à mes goûts personnels ne correspondaient pas toujours à la réalité des prix pratiqués sur le marché.

J'étais comme quelqu'un qui devant une œuvre, devait avoir un coup de cœur avant de me poser la question du prix alors que pour l'acheteur-receleur n'avait rien d'un collectionneur amoureux des objets.

Souvent, je m'étais trompé sur la "marchandise".

Une question de feeling et de culture personnelle...

Quand je voulais vendre mes larcins, je me faisais avoir par le premier receleur qui me disait que cela ne valait rien et que si je voulais vendre ma camelote, il fallait que je revienne avec des ambitions plus raisonnables et surtout plus simplistes au sujet du prix que j'en demandais.

A l'inverse, la culture et la beauté des objets s'évaluaient en montant de pognon avec les gogos qui venaient apporter des œuvres d'art volées mais cotées dans les catalogues.

Comme au départ, je n'avais jamais eu que de très modestes besoins et que mon expertise était quasiment nulle, je revenais et vendais au prix que le receleur voulait m'offrir sans avoir chercher si ce que je vendais, en valait plus.

Heureusement pour moi, avant de réaliser un véritable casse, j'étais devenu un maître dans l'évaluation des risques que je prenais et j'avais toujours réussi à limiter la casse sans être capturé par la police.

Je savais étudié les risques d'une opération avant de la mettre en œuvre.

J'étais oisif mais on ne me dérangeait pas avec des filons boiteux que les copains se pressaient de me communiquer.

Après, je me suis mis à étudier l'informatique et tout ce qui tournait autour du numérique avec passion. J'avais obtenu une certaine expertise et compétence dans ce domaine qui n'était plus tout à fait nouvelle mais qui faisait partie des nouvelles technologies ayant un avenir toujours tout tracé.

Peu de temps après ce départ laborieux, arriva Internet dans quelques foyers roumains assez huppés et leurs ordinateurs m'attiraient comme l'aimant.

J'avais tout de suite ressenti que dans mon village, je n'irais pas très loin pour exercer mon apprentissage.

Cette vie de la prime jeunesse, je l'avais percée avec des bosses dont je me rappelais parfaitement les coups.

En fin d'adolescence, j'avais d'abord regagné Bucarest, notre capitale où mon goût pour l'étude avait été remarquée et le prof d'informatique m'avait pris sous son aile pour renforcer mes envies.

Mais mon ambition était de devenir riche pour épater mon père. Les salaires pratiqués dans ce pays me disaient que je n'allais pas pouvoir y arriver très vite au niveau de mon idole, Bill Gates.

Ma décision était prise: aller à Paris ou à Londres avant de m'expatrier aux États Unis.

Ma mère avait bien essayé de me retenir ou de m'empêcher par une foule d'arguments mais quand j'avais une idée, il était difficile de m'en détourner.

Immigrer définitivement, j'y avais évidemment pensé. Certaines entreprises étaient demandeuses de ce genre de qualifications et j'obtins bien vite un passeport français pour immigrés. 

J'étais devenu Parisien d'adoption avec un accent terrible dans la langue de Molière qu'il me fallait roder au plus vite.

Avec mes qualifications et ma gentillesse intéressée apparente dont je ne faisais aucune exclusive, personne n'aurait pu imaginer que mes desseins pouvait être moins avouables.

Vic, lui, était parisien et exerçait ses talents déjà depuis près de vingt ans dans une entreprise dont je ne me souviens plus du nom.

Vingt ans d'écart existaient entre lui et moi. Je ne pensais pas le dépasser quand une occasion s'était présentée.

Avant de le rencontrer en dur, je l'avais repéré sur la toile à la suite de ses recherches de victimes ponctuelles dans sa deuxième vie qu'il alternait comme Docteur Jekill et Mister Hyde.

Très vite, il m'avait semblé intéressant de suivre ses agissements sans qu'il s'en aperçoive dans une période creuse de mes activités de jour.

Je sentais que lui et moi avions les mêmes buts dans la vie et que le piratage apportait de multiples ressources.

Ma concurrence avec lui était presque devenue pour moi une obligation de le démasquer par envie et par chalenge.

Ses magouilles, je m'en étais instruit comme s'il s'agissait d'une proie pour le faire devenir, à son tour, un arroseur arrosé, à son insu.

Puis, ce furent la rencontre au forcing, le mélange d'idées entre pirates et mon désir de brûler les étapes qui avait engendré mon envie d'éliminer celui qui était devenu "mon maître virtuel".

Une fois, mon meurtre perpétré sous une impulsion,ma fuite non préparée avait été de courte durée comme un jeu d'enfant pour des flics entraînés. Je m'étais laissé prendre comme un pigeon par l'aide commune de deux polices locales et par Interpol.

Il est vrai qu'à deux, Vic et moi, nous avions déjà éveillé quelques soupçons dans nos agissements et que quand on touche à la Bourse pour la truander, cela ne reste pas inaperçu très longtemps.

Je m'étais évadé de Paris croyant que je serais plus à l'abri sur une île qui n'était pas encore très touristique.

J'ai été capturé à Gozo dans l'archipel de Malte, là où Vic avait une maison sur la côte. Je l'avais juste regagnée et la flicaille m'y attendait.

A Paris, j'ai tout avoué lors de mon procès, j'ai été déclaré coupable sans circonstances atténuantes de vol, de meurtre et d'autres accusations dont j'ai oublié les noms de la liste.

Mon avocat qui m'avait été assigné, n'était pas mauvais. Il avait trouvé quelques excuses familiales mais cela n'avait pas empêché de me retrouver en finale dans cette prison parisienne.

Sans mobiles jugés normaux par les juges sinon dans la tête d'un jeune écervelé psychosomatique, il n'y avait aucun besoin de trouver d'alibis péremptoires.

Tout me dénonçait. Même les collègues de Vic me pointaient du doigt comme seul responsable de mes actes en oubliant le côté sombre de Vic.

L'appartement forteresse de Vic avait été un piège dans lequel je m'étais installé pour y transformer mes fantasmes, engouffré comme un voleur d'idées dans une véritable jubilation de les avoir découverts, transformée en volupté sadique et narcissique de l'élève qui veut devenir plus fort que son maitre jusqu'à l'éliminer.

A chercher des excuses à mon acte, j'ai glissé sur mes propres erreurs de jugement d'une situation qui me dépassait.

J'avais toujours voulu faire à ma tête sans soutiens familiaux et en me laissant aller à mes impulsions malfaisantes d'une banalité affligeante malgré mes facilités dans l'instruction. 

La prison m'a apporté les leçons que j'aurais dû recevoir bien plus jeune.

Les règles de vie d'un détenu sont rigoureuses et c'est apprendre la patience car à chaque détenu libéré, c'est un réflexe d'établir un nouveau décompte du temps à attendre jusqu'à sa propre liberté.

Depuis, en prison,habitué depuis l'enfance à me réfugier dans des rêveries solitaires, je modifiai ma manière de penser, en devenant plus social en gardant des relations cordiales avec mes geôliers et mes cohabitants prisonniers.

J'ai même commencé à raconter toute cette histoire dans un cahier.

Au départ, à mon arrivée dans les lieux de détention, il y avait bien eu quelques problèmes comme on les réserve toujours aux bleus dans toutes les prisons du monde pour tester les nouveaux arrivés.Un passage à la fouille que tout les prisonniers connaissent, les fesses à l'air et le cul desserré.

D'une confrontation avec les gros bras de la prison, je m'en étais ressorti avec quelques ecchymoses sans grandes gravités.

Les gardiens m'avaient demandé comment je me les avais faites, mais je n'avais dénoncé personne parmi mes colocataires forcés.

Cela m'avait valu plus de respect de leur part, d'être adopté par les anciens et les petits groupes de détenus sous le contrôle de leaders.

Comme dans toutes les prisons, je suppose, de petits clans se forment autour d'un protecteur qui joue au caïd.

Avec une énergie teintée de bonne humeur, presque avec plaisir du moins en apparence, j'avais accepté toutes les corvées que les gardiens m'assignaient.

Ici, il n'y a pas d'enfants de chœur. parfois ce sont de vraie crapules.

Ce sont toujours les apparences qui comptent dans ces cas-là.

Elles sont aussi trompeuses et on découvre parfois aussi des âmes torturées qui se manifestent avec une carapace de dureté qu'il faut tenter de gratter pour trouver tout autre chose à l'intérieur. Quelques mecs sont fracassés par leur détention avec le remord et la honte comme ingrédients de survie.

La première année de ma détention a été la plus difficile à supporter avant de trouver mes marques.

Aucune humiliation ne m'a épargné. Mais on perd sa hargne et sa fougue après avoir été frappé et puni même si on n'est pas responsable.

La prison n'est pas faite pour réconcilier les prisonniers avec la société. Elle est seulement sensée lui empêcher de nuire. 

S'acquitter ces tâches diverses me faisait bien voir, et même dégradantes, elles me faisaient aussi passer le temps. Au moment de la réinsertion de son hôte forcé, celui-ci risque de sortir encore plus perdu qu'au moment d'y entre.

Avec une tête bien faites, bien construite, j'étais considéré comme un prisonnier en col blanc qui pouvait être nécessaire en cas de résolution de problèmes intellectuels.

J'avais compris que les gens rieurs restent en dehors de tous les soupçons dans notre époque d'amertume et de la génération Houellebeck ou de Schopenhouwer qui usent de sérotonine pour survivre vaille que vaille aux coups du sort.

J'avais lu tous les livres qui sortaient de ces deux écrivains pour comprendre ce qu'il en advenait progressivement du mal-être, du spleen qui existait au dehors de la prison depuis quelques années.

Après les corvées, il y avait l'évasion dans leurs livres qui me tombaient sous la main.

Une fois que les gardiens avaient compris qu'ils ne risquaient rien avec moi, considéré comme l'intello bon tain, bon œil, lecteur de passion, j'avais fini par être envoyé en confiance dans la bibliothèque de la prison pour sa maintenance et la préparation des livres à distribuer aux "pensionnaires".

Les gardiens m'avaient donné le surnom de "Bibliothécaire de la cellule 474".

Ce que je lisais, comme un conteur de bonnes nouvelles, je le racontais le soir, à celui qui partageait ma cellule.

Je lisais parfois tout haut un chapitre ou deux à mon coéquipier qui avec sa stature, ses muscles et sa force d'un éléphant fait homme, avait aimé.

Il ne me remerciait pas, mais son regard en disait bien plus qu'un remerciement.

Il ne devait pas avoir une grande instruction et une envie de lire dans son passé.

J'avais ressenti très vite que je pourrais compter sur lui comme protecteur et qui sait, me servir de sa force si le besoin survenait.

Nous étions en hiver et le crépuscule tombait très vite. Toute la journée, la pluie s'abattait sur la fenêtre avec ses barreaux qui rappelaient que trop bien l'endroit où on était.

Dans la journée, les détenus avaient même presque refusé de se promener dans la cour et demandé de rester dans le préau à l'abri des intempéries.

Cette fonction de conteur se prolongeait dès que le souper avait été pris et que la lumière n'était déjà plus présente depuis quelques heures.

Je me rappelais souvent de la sagesse de Vic et j'avais eu le temps de multiples fois d'analyser mes erreurs de jeunesse.

Sans l'assassinat crapuleux de Vic, je ne serais peut-être pas arrivé en prison, peut-être serais-je en plus devenu bien plus riche aujourd'hui. Ce qu'on peut être con quand on est jeunot !

Vic avait des années lumières d'expériences en plus des miennes sur les rencontres virtuelles du net.

Il avait aussi une psychologie bien plus stable et raisonnée que je n'avais jamais eu alors.

Il était resté un roi caché sur l'échiquier après avoir roqué tandis que ma stratégie voulait être plus efficace en m'avançant sur l'échiquier comme le ferait une reine qui mal préparée et mal protégée suite à une confiance mal placée se perdrait très vite dans une partie mal ficelée.

J'avais enfin compris qu'avoir tout et tout de suite n'apporte que des ennuis et des dérapages.

Avec le temps, mon intelligence de jeune parvenu avait muri pendant ces années de détention.

Pas sûr que j'avais dépassé mon maître à penser, mais dans le besoin de réflexions, certainement.

Pour mes exécuteurs de peines, j'étais devenu un pêcheur raffiné qui pouvait espérer une rédemption précoce.

La discrétion proverbiale de Vic, il l'avait transformée en humour en apportant l'illusion de sa manière d'exister alors qu'en pleine jeunesse fougueuse, je la voulais plus explosive dans l'année 2008 quand j'avais rencontré Vic.

Je me souviens de cette petite voix sourde qui me disait : "Greg aurait eu encore plus à souffrir s’il avait compris le but final de l’action de Vic. Le jeu de « gagne petit » de Vic n’était qu’une illusion. Son ambition était bien plus énorme qu’il n’y paraissait. De « Grand Maître virtuel », il serait monter au grade de « Grand Maître du Monde » sans ce coup du sort.

« Vic » n’était-ce pas le diminutif de « Victoire »?

Si j'avais été plus patient et prudent à tout avoir et tout de suite, à être pressé de gagner énormément d'argent dans les malversations que Vic avait moulinées dans son cerveau calculateur, je n'aurais pas été toutes ces années après à espérer sortir de cette taule dans laquelle on ne gagne rien si ce n'est un maigre pécule à la sortie.

Dans les filets des réseaux sociaux, il y a une réserve de bons coup à réaliser dans le monde de la virtualité sans foi ni loi.

Non, le goût de l'argent et de ce qu'il apporte, me guident toujours, mais avec plus de pertinence.

Impénitent, plus jeune, j'aurais vendu mon âme au diable pour les liasses de billets.

Depuis, ma philosophie, ma psychologie et ma personnalité avaient changée...

 

..

02: Un rêve peut-il être prémonitoire?

“Le rêve est le phénomène que nous n'observons que pendant son absence. Le verbe rêver n'a presque pas de présent. Je rêve, tu rêves.”, Paul Valery

- Greg, tu es l'élu. Ne sois pas l'esclave de ce monde du passé qui se veut démocratique et politiquement correct. Je t'ai appris beaucoup de choses, mais je n'ai pas été assez ambitieux avec toi. Tu avais raison de voir plus grand. Si tu le veux, tu vas pouvoir explorer un nouveau monde, mais avant cela tu devras choisir entre deux voies différentes, le monde du réel sans vagues, sans relief, dans un désert d'informations ou celui de demain plus virtuel entourés de machines et d'intelligence artificielle à tel point que tu ne l'as pas encore connu et où tout est permis avec ta liberté de penser et le respect des autres comme pour toi. 

- Bonjour Vic. Je t'attendais depuis si longtemps. Je te remercie de m'avoir initier et de me pardonner. Je regrette de t'avoir assassiné. Je choisis la deuxième voie sans hésitation.

- Ne regrette rien, Greg. J'étais aussi dans l'erreur. Tu avais raison. J'aurais dû m'en rendre compte. J'ai constaté que, dans cette prison, tu as suivi l'actualité de très près. Tellement de choses ont changé depuis que tu as été incarcéré à cause de ma mort. Tu as tellement d'images intérieures résiduelles et de ratages que tu devras effacer de ta mémoire. Ton repos forcé en prison va pouvoir te servir. Tu t'es gonflé de puissance et de connaissances nouvelles. Tu as emmagasiné de l'énergie et de l'information en suffisance pour entrer dans une vie imaginaire qui deviendrait plus réelle et mon sophistiquée. Je n'étais pas visible mais je suis resté près de toi. Tu as très bien réagi quand tes colocataires prisonniers te prenaient en grippe. Tu as improvisé avec une intelligence peu commune sans que j'intervienne. J'ai toujours été là et je riais quand tu sortais victorieux de querelles avec eux. Tu es rempli de nouveaux concepts. Tu as dépassé les erreurs de notre passé en commun. Tu es prêt aujourd'hui, à les renverser en bénéfices personnels. Tu t'es merveilleusement inséré dans le monde des chiffres. Je t'ai vu lire dans la bibliothèque de la prison et résoudre des calculs avec des nombres imaginaires.

- Merci, Vic. Merci de m'avoir suivi d'aussi prêt. De m'avoir fait attendre pour que je murisse. J'ai déjà quelques plans, mais ce sont des rêves imaginaires qui me semblent plus vrais que la réalité mais qui me font parfois peur.

- Oublie la peur et les vraisemblances. Dans le monde où je veux t'envoyer, tu n'en auras pas besoin. Là, tu survivras ou tu vivras par l'esprit avec ton savoir dans un système parallèle où le normal n'a plus cours. Tout tiendra selon la rapidité de tes réactions en réponse aux problèmes avec ce savoir. Dans ta vie d'avant, tout ce qui était matériel, avait été ton ami. Tu lui avais trop donné et pas assez en esprit. Leur matrice t'avait placé dans un monde qui t'empêchait de voir la réalité d'une espèce humaine maladive qui vit dans un monde qui ne tourne pas rond.

- Que devrais-je faire pour cela?

- Dans une autre matrice, il te faudra résoudre le code des seigneurs dans ton subconscient. Sa complexité passe par ton imagination et par ta créativité à chercher à la simplifier. C'est une course infinie dans laquelle si le réel te prend de vitesse, tu es mort. Alors barre-toi, change de secteur, réfugie-toi dans ton subconscient pour te faire oublier tant qu'il existe encore un temps suffisant pour le faire. Les ennemis sont partout. Ne te fie à personne comme je l'ai fait avec toi avec l'innocence de l'obligation et parfois avec hypocrisie et facilité. Sois 100% toi. La confiance envers les autres est de prime abord, bannie. Tu cherches à être riche et puissant. Soit. Alors sois-le avec tes potentiels.

- Quels potentiels as-tu trouvé en moi?

- Trouve-les et traduit le code encrypté du Système de la matrice actuelle. Copie-le, retiens-le par cœur et ensuite efface-le pour l'extrapoler en fonction de ce que tu auras appris. Les machines actuelles n'utilisent que de l'intelligence faible. Les autres en ont déjà peur actuellement de l'intelligence faible des machines. Tu en as connu les concepts de base et les risques. Sois plus fort qu'elles. Passe à la vitesse supérieure. Les machines font partie du matérialisme actuel. Sors de cette phobie.

- M'inviterais-tu dans un monde qui ne serait plus matérialiste?

- Le matérialisme est loin de l'idée qu'on s'en fait. L'aveuglement du matérialisme est mortel. Il est l'ennemi du bien être par sa servitude incorporée. Il y a mieux à faire pour chercher à devenir le maitre du monde comme j'ai pensé à le faire. Le matérialisme est une chimère qui consomme beaucoup trop d'énergie et de temps. Il faut transcender sa réalité qui prend forme en capitalisme qui est son subordonné. Le capitalisme n'a rien compris de l'impact qu'il a apporté en restant au niveau du matériel. Il voulait régner uniquement par l'argent. Or, cela ne marche pas pour tous. Il s'est fourvoyé en chemin et a créé la perte de l'humanité à petits feux au risque de s'abîmer.

- Comment penses-tu que je réussirais dans cette tâche?

- C'est à toi de le découvrir. Tu verras que si tu réussis, tu deviendras un Robin des Bois dont le monde a besoin en effaçant les réalités diaboliques de leurs manies et de leurs vices par un pouvoir resté partiel sur les gens. Aie du charisme et au besoin, invente un miracle comme le ferait un magicien. Souri à tous ceux qui viendront à ta rencontre comme un bien heureux mais reste sur tes gardes.

- Dois-je entrer en politique?

- Si un jour tu dois faire un discours politique, sois fin psychologue et termine-le par une histoire drôle. Les gens aiment cela. L'humour brise les pierres. Les gens ont besoin d'humour plus que de pain.  Ils ne retiennent d'ailleurs que les conclusions avec tes dernières paroles dans les cinq dernières minutes. Ce qui précède est souvent trop lourd pour conserver ton auditoire à l'écoute.

- Je n'ai jamais fait cela. J'étais plutôt taiseux et renfrogné sur moi-même.

- Je sais. Je viens de le lire dans tes pensées intérieures. Mais, celles-ci sont plus fortes que tu ne le pense. La pensée humaine est vérolée par les croyances et les on-dits. Alors, ils donnent leur confiance en les machines qui continueront leur vie par quelques bugs à corriger avant d'avoir atteint le paroxysme de la destruction du genre humain. Sois une sorte de Messie pour les gens. Rassure-les. Ils deviennent fou.

- Et moi, avec eux.

- C'est pour cela qu'il te faudra dépasser certains mouvements et éliminer les obsolescences qui proviennent de gauche à droite et de haut en bas. Tu as une longueur d'avance grâce à ton intelligence qui est déjà bien au dessus de la moyenne sans devoir chercher à te le prouver par ton QI. Tu as créé ton passé par l'école de la vie sans le poids d'un programme scolaire.

- Et cela m'a rendu ce que tu connais. Un pirate de la pire espèce.

- Bien d'accord. Tu es devenu un pirate et tu n'as pas l'obéissance dans tes gènes. Ce n'est pas si grave et tu n'as pas été assez loin dans ce piratage de la connerie humaine. Ne passe pas par le baratin des séducteurs. Ce serait une erreur et un manque de psychologie dans lequel n'importe qui d'un peu évolué découvrirait l'hypocrisie. Certains essayeront de te connecter pour jouer à la solidarité virtuelle avec toi. Dans ce cas, coupe les connexions avec eux. Reste au dessus de la mêlée dès que tu sens que ces connexions te sont néfastes.

- Quel genre de connexions ne me seraient pas néfastes?

- Trace une connexion dans ton propre créneau, dans un monde qui serait plus parfait que celui qu'on connait uniquement en fin de parcours, avant de mourir en se rendant compte d'avoir sauté au dessus du principal but de ta vie. N'oublie pas que comme les virus, les faux prophètes s'installent dans le corps de leur hôte et meurent avec lui après en avoir profité. Sois un néo-dieu, un vrai prophète ou un messie qui changerait l'humeur négative qui règne en maître actuellement. Le monde a besoin de dérivatifs à leur quotidien. Les gens envient et haïssent les riches. Si tu n'en fais pas état, tu n'auras plus besoin de la force de l'argent pour qu'on croit en toi.

- Merci, Vic pour tes conseils, tu es un véritable Oracle et tu as toujours été mon Maître virtuel.

- Le monde parallèle est sans limites et sans frontières. Il est quantique. Je répète tout y est possible mais cela ne dépend que de toi. Tu vas bientôt recevoir une visite qui va changer ta vie. Tu ne le sais pas encore. Je le sais. Ma vision est prédictive sur une plage de temps futur suffisante pour le savoir...  

- Changer ma vie ici, dans cette taule?

- Non, évidemment pas en taule. Je me rappelle nos contacts à l'époque. Tu étais un gamin à mes yeux. Depuis, en prison, tu as passé le Rubicon à la dure dans cette prison avec des conneries qu'il te faudra à nouveau maîtriser. Je me suis demandé si, à l'époque, nous aurions eu plus de chance de ne pas rater notre entreprise en tandem si notre écart d'âge avait été moins grand. Poser la question c'est presque y répondre. Fais ce que tu veux, quitte à éliminer ceux qui sont en travers de ton chemin comme tu l'as prouvé en m'assassinant.

- C'est vrai. De t'avoir assassiné, j'ai eu le temps de m'en morde les ongles jusqu'aux moignons de mes doigts.

- Oui, bien sûr. Le compromis dont j'avais fait ma manière de résoudre les problèmes, ne marche plus. Ce qu'ils appellent la démocratie est en panne. Le peuple par le populisme, attend des hommes forts pour régler leurs problèmes et leur mal-être. Ils font partie de la matrice en mélangeant élites et moins que rien dans le même bord, inconscients de ses risques et finissent par se battre contre eux-mêmes en sciant la branche sur laquelle ils se tiennent en équilibre instable.

- Que pourrais-je faire pour éviter cela? Que dois-je faire?

- Avec ton esprit, tu peux les sauver de la déroute. Leur programme enseigné depuis leur plus jeune âge est obsolète et après ils se retrouvent dans la masse persuadés qu'ils sont sur le bon chemin. Invente, fais quelque chose d'inédit et le peuple se joindra à toi pour se retrouver derrière toi comme dans sangsues. Sois un messager sans religions. Réhabilite l'utopie.

- Mais pour cela il faut des moyens financiers.

- Je m'attendais à cette réponse. Avant tu essayais de trouver la montre en or avec plus de risques au travers de tes expériences de jeune. Ce que je n'avais jamais oser faire, c'est de pousser la pédale d'accélérateur avec un pied prêt à presser le frein à la moindre alerte car tu rencontreras des adversaires sur ton chemin. Ne tente pas le diable. Contourne-les.

- Tu sais où cela m'a mené, dans cette taule avec des barreaux pour m'éviter l'envie d'aller voir ailleurs si je pouvais encore pousser sur l'accélérateur.

- Peux-tu imaginer que ce n'est pas à cause de tes coups de pédales que tu t'y retrouves? C'est mon assassinat qui t'y a fait entrer. Maintenant que tu as rassemblé tous tes souvenirs endormis pendant ces années en taule, je sais que tu es prêt pour réaliser autre chose en prenant les clés de leur temple. A titre posthume, je resterai à partir de maintenant, ton père spirituel et toi mon dauphin. J'ai confiance en toi. Ne te laisse pas exploiter par quiconque en espérant avoir trouver une proie alors qu'elle n'est qu'une ombre. Tu es l'élu. Tu dois le savoir et je suis charge de te le répéter. Tu es l'élu.  

- Personne n'a essayé de faire ce que tu proposes avant ma rencontre avec toi?

- Si, mais ils ont échoué. Toi tu dois réussir en brisant leurs normes à la recherche d'un faux bonheur. Être élu te donne des droits et des devoirs... 

La sonnette du réveil général de la prison m'a réveillé en sueur à ce moment-là en brisant mon rêve..

J'étais tellement bouleversé qu'il me semblait réel.

Ce qui me revenait en mémoire me rend totalement perplexe.

Ce rêve n'avait rien d'une logorrhée sur fond d'amphétamines.

J'en avais gardé un souvenir tellement précis dans ma mémoire immédiate qu'il suffisait de fermer les yeux pour revoir Vic dans le détail.

Le fantôme de Vic m'avait donc pardonné. Il m'entraînait dans de nouvelles aventures pour réaliser mes vœux les plus chers pour rattraper les temps perdus derrières ces murs et ces barreaux.

Il dépassait même le film "la Matrice" dans ses propos en s'adaptant à ma propre vie comme si Vic m'avait connu bien avant notre rencontre.

Le fantôme de Vic m'annonçait que j'étais l'élu alors qu'il n'était pas un saint.

Mais l'élu par qui et pourquoi?

S'il se présentait dans la peau d'un Morpheus en me disant que j'étais l'élu, cela me semblait anormal.

L'image de mon père aurait pu être plus réaliste.

Mais mon père s'était toujours foutu de moi et je ne suis pas sûr qu'il ait appris mon aventure délictueuse à Paris et que je m'étais fait pincer, il y a dix ans à cause de mon crime et mon manque de concertation avec Vic vivant.

La prison est un endroit où le Messie de Dieu a ses entrées comme les gardiens un passe pour pénétrer dans chacune des cellules. La religion offre un passe-temps dans la prière à ses ouailles perdues.

Chaque prisonnier a choisi son clan et sa religion.

Le plus souvent, soit en tant que chrétien comme beaucoup d'Européens, soit islamiste pour les Musulmans sans beaucoup se fréquenter l'un l'autre.

D'après l’aumônier qui passe toutes les semaines,  on ne s'excuse jamais assez pour ses péchés face à dieu et que la seule manière de se racheter pour ses fautes, c'est de marcher à nouveau dans le droit chemin en évitant le poison de la colère.

Or, c'est justement en prison que les passions religieuses s'exacerbent en créant une haine de la société.

Généralement, on ne reconstruit pas un prisonnier pour le réintroduire avec un métier rentable dans la société. On en sort détruit dans une envie de casser l'image que la société donne pour les uns et celle de s'introduire dans une filière de djihad pour les autres.  

Qu'est-ce qui a construit ce rêve dans ma tête?

Non, ce n'était pas le Messie qui fait partie de ma religion.

La veille au soir, j'avais regardé le film "The Matrix" sur la petite télé de la chambrée.

C'était autre chose par le concours de deux matrices parallèles comme dans un multiver bien plus étrange, plus lointain de ce que le catholicisme enseigne.

Depuis peu de temps, la télé avait pris place dans ces cellules modernistes et mon attitude cordiale envers les gardiens m'avait permis d'en être un des premiers détenteurs.

J'ai eu beaucoup de rêves et de cauchemars pendant ces dernières années.

Mes rêves, j'ai pris l'habitude de ne pas en parler pour ne pas être ridiculisé à être revenu en enfance à mettre une carotte dans la cheminée pour qu'un saint vienne la remplacer par des bombons.

Dans "La matrice" de mon rêve, j'étais incité dans mon subconscient à jouer le rôle de Néo et Vic celui de Morpheus qui allait me guider contre moi-même et mon instinct en me disant que je devais rester maître de mon destin.

J'espère seulement que ce ne serait pas avec un mouchard dans la peau comme dans le film.

Mais, instinctivement, tellement il m'avait semblé réel, je jette un coup d’œil à mes bras. Non, il n'y a rien. C'était vraiment un rêve même si le visage de Vic m'était apparu comme une apparition de manière tellement précise que j'ai pensé qu'il était un fantôme.

Ce genre de film ne laisse généralement pas indifférent, mais celui-ci m'avait réellement bouleversé. Je  vous livre ici ce que j'en ai retenu en une traite comme s'il préparait un programme pour le jour où je sortirais de tôle. A sa sortie, il parait que ce film avait aussi secoué les compteurs de visites au cinéma qu'il y eu au moins deux suites ou remakes. Mais de cela, je n'en savais rien.

Un rêve ou un cauchemar ne restent que comme la rose, l'espace d'un matin.

Certains points de mon rêve s'envolaient déjà progressivement de ma mémoire et j'ai eu une envie de le retranscrire pour ne pas l'oublier.

Je me sentais encore plus fatigué que la veille, mais cette volonté à écrire quelques lignes à son sujet, me semblait presque obligatoire.

J'en note quelques souvenirs que je place dans ma boîte en fer blanc.

Je n'en raconte rien à personne, à mon cohabitant, mon "copiauleur" Raymond, mais celui-ci sentait que je n'étais pas dans mon état normal.

Sentant que je suis peu parleur, quand il me questionne sur mon état de santé, je lui réponds que tout va bien que la nourriture ne passait pas bien dans l'estomac et que j'ai dû avoir une indigestion.

Il a eu la décence de ne pas continuer par des questions bancales. 

Après la douche, le petit déjeuner est servi comme à l'habitude.

Les matons me font regagner ma cellule en attendant de pouvoir me dégourdir les jambes dans la cour de la prison.

Prêt à penser à tout autre chose, je n'y pense plus.

Deux heures après, un gardien actionne la serrure d'ouverture de la porte d'un bruit que je ne connaissais que trop bien à l'entendre tous les jours.

- Tu es demandé au parloir. Suis-moi", dit-il.

- Qui me demande, réponds-je, surpris.

- Depuis tellement d'années au point que je ne m'en souviens même plus d'en avoir reçu une seule fois. Ce n'est pas le créneau horaire des visites hebdomadaires et pas non plus le moment de me libérer. Alors qui et pourquoi, suis-je demandé au parloir.

- Je n'en sais rien. On m'a demandé d'aller te chercher comme le pensionnaire de ta cellule avec ton nom. Tu verras bien. Peut-être vas-tu recevoir un cadeau prématuré pour la future fête de Noël, dit-il avec un sourire en coin.

Je ne répond rien toujours pensif et interrogatif mentalement.

Je me lève et, docile comme à mon habitude, je suis le maton de service.

En allant vers le parloir, mon esprit se mit à tourner à la vitesse grand "V".

Ma mère ne savait peut-être même pas que j'avais été en prison pendant toutes ces années. Mon frère et ma sœur n'habitaient ne m'avaient jamais donné signe de vie. Étaient-ils toujours en Pologne?  Quant à ceux que j'avais connu au bureau de Vic, ils étaient à mon procès en étant plus des témoins à charge qu'à décharge. Ils ont dû m'oublier.

Alors qui?

Je ne me faisait pas d'illusions. Faire l'étonné, ce serait mal vu et puis que dirait le gardien, il répéterait probablement toujours la même réponse "tu verras bien, je n'en sais rien. On m'a seulement chargé de venir te chercher".

Les matons ne sont pas mis dans la confidence de ce qui se passe à l'extérieur que par les mêmes canaux des médias habituels et par le patron de la prison.

Leur travail de surveillance n'allait pas jusqu'à chercher les connivences qui peuvent exister entre leurs "protégés" et ce monde extérieure.

Si les visiteurs avait été là pour me libérer, on m'aurait prévenu quelques jours à l'avance par écrit et non pas par une visite.

Mon avocat de l'époque avait rédigé pour moi et renvoyé une nouvelle demande de mise liberté conditionnelle sur les formulaires ad-hoc mais elle avait été refusée.

Étais-je toujours considéré comme récidiviste potentiel?

Si ceux qui devaient donner leur approbation savait mon état d'esprit au sujet d'un assassinat, il pouvait avoir toute confiance du contraire.

La justice s'en fout. Elle prend son temps dans une cruauté gratuite rien que pour le principe puisqu'un emprisonnement ne profite à personne du monde des vivants.

Mon goût pour l'argent ne m'a jamais quitté mais je suis sûr d'être mûr pour remettre les compteurs à zéro dans une nouvelle vie.

En prison, on y survit par le troc de clopes et de joints de drogues diverses circulant en cachette, de main en main.  

Non consommateur d'aucune d'elles, je suis toujours resté en dehors de ces petites magouilles dans une solitude volontaire.

- T'es là depuis longtemps, m'avait demandé une nouvelle recrue de l'incarcération.

- Trop. Des lunes et des lunes, avais-je répondu du tac au tac sans réfléchir et en manque d'à propos.

Une réponse idiote en soi qui ne cherchait ni à réconforter ni à déforcer.

La lumière du clair de lune au travers de barreaux de prison n'a rien de poétique.

Le contexte et les circonstances ne s'y prêtent pas dans la confédération d'un monde clos.

Non, ici, il ne faut pas rêver, cela ne pouvait pas être un tel scénario dans le monde de ma conscience de taulard.

Cette visite devait être le fruit du hasard ou d'une erreur de prestation qui n'avait rien à voir avec mon rêve, pilule rouge ou bleue comprise...


..

03: Une visite totalement impromptue et inespérée

La discrétion est ma devise. Je ne dis jamais rien. Même sur ma carte de visite, il n'y a rien d'écrit.”, Groucho Marx

Au bout du couloir qui traversait la cour intérieure de la prison, se trouve le parloir.

Des codétenus m'en avaient informé parce que je en l'avais jamais emprunté pour l'atteindre lors de visiteurs puisque aussi loin que vont mes souvenirs, je n'en avais reçu aucun en dehors de mon avocat.

Ce n'est pas là que le gardien me conduit mais dans l'environnement du bureau du chef de la prison.

Une ou deux portes de plus à traverser après le cliqueté des ouvertures de serrure et je me suis retrouvé dans un grand bureau avec une longue table en son centre et des chaises bien plus moelleuse que celles dont on a l'habitude de rencontrer les visiteurs et les détenus dans une prison.

- Où va-t-on? D'après ce que j'ai entendu par les copains, ce n'est pas le parloir habituel du lieu de rencontres.

- Je ne t'ai pas dit, tu as droit au parloir qui n'est pas pour tout le monde. Tu as de la chance. C'est dans le bureau de réception des officiels où je dois t'emmener. Je n'allais pas le dire trop haut en présence de tes copains. Ils auraient pu dire que j'avais du favoritisme envers toi, dit le gardien en me laissant entrer dans un grand bureau avec une grande table ronde en son centre.

Étaient déjà attablés, deux hommes et une femme entre eux deux qui avaient des dossiers étalés devant elle sur la table à rallonge.

A notre arrivée, ils lèvent la tête ensemble quand j'entre dans la pièce avec un air interrogateur qui ne doit pas leur échapper.

Cette dame encore très jeune entourée de ces deux hommes qui me font penser à ses gardes du corps.

D'un teint basané, la dame est jolie avec son chemisier de couleurs vives qui ajoute encore plus de couleur à sa couleur de peau et qui, légèrement échancré, permet de comprendre son goût pour la séduction par son côté sexy.

Moi, qui n'ai plus eu de visites féminines depuis tellement longtemps, j'ai presque une érection. Je dois avoir emmagasiné une tonne de sperme en sommeil.

En prison, chaque prisonnier masculin affiche une image de femme épinglée sur le mur face au lit pour assouvir ses fantasmes. L'image peut être celle de l'épouse ou alors la photo d'une actrice plus ou moins dénudée.

Ce n'est pas pour rien que dans ce milieu naisse parfois une homosexualité non évidente pour l'endroit.

Je l'ai dit, avant de rencontrer Vic, j'ai connu plusieurs jeunes femmes sans connaître le grand amour. Peut-être trop jeunes, pas assez mûres pour que je m'y attache.

Un peu gêné, je m'avance vers mes trois visiteurs. Le directeur de la prison n'a pas jugé bon de s'ajouter pour les présenter.

Une lumière chaude et claire correspondant à une ambiance de réception officielle illumine la pièce. Il parait que les technologies de la lumière dont appelées LED.  Ne l'ayant jamais rencontrée, l'étrangeté de la situation m'est totale comme si j'entrais dans un autre monde.

Cela va sans dire, que cette pièce doit servir pour recevoir des invités de marque  comme peuvent l'être des inspecteurs de la prison auxquels il faut donner une bonne impression pour celle-ci et pas pour les prisonniers.

Tout a été nettoyé et ciré dans les couloirs avant d'y entrer.

Tout de suite, le fantôme de Vic me revient en mémoire. Il avait raison de m'annoncer, "tu es l'élu" car je me sens tout à coup comme tel.

Tous trois se lèvent immédiatement en me désignant du bras ou de la main tendue, avec un sourire volontairement engageant, la chaise moelleuse qui leur fait face.

Je m'installe à l'autre bout de la longue table face à mes interlocuteurs.

A peine rassise, la dame prend la parole ne se préoccupant pas de ses voisins immédiats.

Je suppose qu'elle n'est pas ici pour me conter fleurette avec son visage quelque peu pincée et je reprends mon calme quelque peu ébranlé tout en continuant à regarder ses yeux qui sont d'un vert qui décalotteraient un Saint de son auréole. 

- Bonjour. Je m'appelle Noémie et je suis ingénieure. Nous faisons tous trois partie de la section "Cyber criminality Unit" de.... disons Interpol sans l'être vraiment mais une sorte de police européenne, pour fixer les idées. Nous avons lu votre dossier concernant vos agissements de hacking sur Internet en 2008 et des résultantes lors de votre procès qui vous ont amené ici. En d'autres mots, vous et votre profil n'ont plus de secret pour nous, si vous me comprenez.

Toujours subjugué, je fronce les sourcils pour contrer son regard dont la froideur contraste avec la douceur de la lumière chaude des lumières de la pièce. Bizarre qu'elle n'ai pas nommé ses voisins, me dis-je mais je n'en fais pas la remarque. Je suppose qu'ils auront leur tour de se présenter.

- Oui, je comprend. Et alors", est la seule réponse qui me vient à l'esprit.

- Votre profil nous intéresse. Mais je constate que vous paraissez épuisé. Vous avez dormi combien d'heure la nuit dernière?

- Pas beaucoup, en effet. Figurez-vous que j'ai beaucoup rêvé. Mai vous parlez de mon profil? Est-ce le gauche ou le droit ou alors de face? Je suppose que vous avez tout de même remarqué que vous vous adressez à un prisonnier pour piratage et que mon profil devrait vous faire une belle jambe dans la police des mœurs de notre temps... Je me trompe?, dis-je d'un air narquois dans la seconde qui suit. Je ne sais où elle veut en venir. Je ne vais pas devoir recommencer mon procès d'il y a dix ans. Je me souviens derrière le bureau des juges, il y avait aussi une femme au côté du juge qui me regardait sèchement. 

Le sourire de la dame y répond sans équivoque, avec un sourire en coin.

- Bien sûr. Ne craignez rien. Nous ne sommes pas ici pour vous faire passer un nouveau jugement après une commission d'enquête. Nous ne nous sommes pas égarés en chemin en allant vers un Lunapark présentant un show police contre voyous pour nous faire éclater de rire. Si nous sommes là, c'est pour vous faire une proposition.

- Ah, j'adore les propositions. Les plus honnêtes sont les meilleures, à mon avis, car par ici, les propositions sont plutôt, soit fausses, soit ironiques et hypocrites. Mais, puisque je suis là comme votre invité, je suis toutes ouïes pour écouter vos propositions. Racontez-moi l'intérêt que vous avez trouvé dans les rapports pour que ma petite personne de taulard puisse entrer dans vos desseins futurs en fonction de mes petites affaires de l'époque.

- Chaque chose en son temps. Greg. Vous permettez que je vous appelle par votre prénom? Vous pouvez m'appeler Noémie. J'aime mon prénom et j'aime qu'on me nomme par lui.

- Bien sûr, Noémie. Et j'aime aussi votre prénom. Vous me permettez d'ajouter que ce n'est pas uniquement lui, dis-je avec le sourire. Mais, ici dans l'enceinte de cet établissement "prestigieux", trêve de badinage. Les gardiens m'appellent pas Greg entre eux mais par le pseudo "Le bibliothécaire de la cellule 474". Cela m'étonnerait que vous seriez intéressé par un bibliothécaire. Il doit y avoir une raison plus cachée. Cela même si j'ai l'habitude d'être devenu un rat de bibliothèque par ici.

- Je ne vais pas tergiverser et m'étendre sur des salamalecs plus longtemps. Vous aviez, il y a quelques années été très bien au courant de ce qui se passe sur Internet. Les fakenews, la cybercriminalité doivent vous dire quelque chose même s'ils n'avaient pas la même ampleur à l'époque par rapport à aujourd'hui.

- Ça, j'ai pu le remarquer depuis quelques temps. A l'époque, avec mon coéquipier, Vic, que, ingrat, j'ai éliminé malgré moi, vous avez dû comprendre que nous n'étions nullement intéressés par faire joujou pour nous raconter la dernière blague à la mode dans le domaine de ce que vous appelez "criminalité sur internet". Notre hacking était concentré sur l'indicible légèreté financière de l'âme de certains internautes dans la virtualité. Avec Vic, mon coéquipié que j'ai bêtement assassiné, c'était pour faire de l'argent en utilisant leur bêtise mais pas vraiment comme des Robins des Bois du net pour voler les riches et ensuite donner aux pauvres. La ruse faisait partie de nos manipulations qui rapportait un revenu supplémentaire non négligeable à celui de Vic pour faire oublier son salaire de misère d'ingénieur. Dans le domaine de la recherche, on n'est pas bien payé. Si vous ne le savez pas, Noémie.

- Je répète, vous ne nous apprenez rien sur vous. Vos objectifs de l'époque sont clairs. Après votre procès, les assurances de ceux qui ont été chargé de récupérer les sommes indues, ne sont pas parvenues à retrouver ce que vous avez dû planquer quelque part. Je suppose que vous avez peut-être encore le moyen de retourner et de retrouver un petit magot dans une cachette qui a vous servi après votre séjour ici. 

Là, je ne réponds rien en sentant le piège. Je suis peut-être ensorcelé par sa beauté mais pas par ses paroles.

S'ils espèrent que je vais leur mettre le pognon récolté sur la table de négociation, elle se trompe.

Font-ils partie d'une assurance toujours en charge de récupérer les gains illicites engrangés?

Mon visage reste impassible tout en remuant mes neurones dans tous les sens.

Elle n'a rien remarqué de mon questionnement et continue sa présentation après une très courte pause.

- Ne vous inquiétez pas, l'argent de votre magot que vous avez engrangé, ne nous intéresse pas et on ne cherche pas à le récupérer. Ce qui nous intéresse est plus important que l'argent. Il s'agit d'une entreprise d'une taille que vous n'avez pas encore atteinte. En fait, nous avons créé une opération appelée "Opération araignée".

- Araignée? Quel joli nom. Et qu'est-ce qu'elle contient cette opération?

- Elle fait participer et confronter une époque en ces temps troublés dans laquelle le démocratie a du fil à retordre pour se maintenir en action sans être attaquée dans ses racines. Vous avez probablement entendu les différents "gates" comme "Cambridge Analytica" et les élections américaines qui étaient impliquées. 

- Oui, j'ai appris. Cela a ressemblé au scandale du Watergate de l'époque de Nixon. Des magouilles pour faire pencher la balance aux élections américaines en fonction du candidat Trump avec les Russes qui étaient impliqués. Désolé, les élections, c'est pas trop mon truc de prédilection, non plus. Je ne vois pas où vous voulez en venir.

- Je suppose que vous n'aimez pas trop croupir en prison, dit-il en changeant de braquet.

- Bien sûr que non.

- Je vous comprends. C'est naturel. Cette proposition dans cet endroit où nous sommes actuellement, doit vous paraître étrange. Mais, vous êtes presque arrivé à la fin de votre peine. Ce que nous avons à vous proposer c'est de sortir d'ici plus tôt.

- Plus tôt, quelle bonne idée...

- Si nos calculs sont bons vous êtes ici encore quelques mois. Nous avons demandé au directeur de la prison et à d'autres autorités politiques, le rapport concernant votre présence en prison. Nous avons donc lu vos états de services. Vos relations avec les gardiens et les autres prisonniers. Savez-vous que vous êtes très bien coté par vos gardiens. Vous faites le bon repenti comme on l'aime en prison. "Des détenus comme lui, on en voudrait tous les jours", disent-ils de vous en toutes lettres dans le rapport.

- J'en reste pantois. Cela ne l'a pas toujours été.

- Je suppose qu'en sortant vous aurez à trouver une autre fonction et que des enquêteurs vont vous garder à l’œil pour voir si votre rédemption est complète dans le monde de l'extérieur, bien que "vous n'avez pas fait encore le "tour de France des centrales" comme on dit dans la loi du milieu.

Elle semble bien au courant et je n'ai plus rien à lui apprendre en faisant le fanfaron, me dis-je. Passons aux choses sérieuses... ses propositions et ce qu'elle offre pour services rendus.

- Qu'est ce que vous m'offrez en échange de ce qui vous intéresse en moi?

- Nous avons beaucoup réfléchi et votre profil est exactement ce que nous recherchons pour débusquer les pirates et les faiseurs de troubles sur internet dans cette ambiance virtuelle que vous avez bien connue. Nous avons déjà une équipe en place constituée comme un armée de l'ombre. Mais le crime de lèse majesté demande de plus en plus d'effectifs. Ce qui nous intéresse en plus c'est que vous avez été de l'autre côté de la barre avant d'entrer en prison. Vous n'êtes pas le premier que l'on recrute avec ce genre de profil. Vous connaissez mieux que quiconque les failles des systèmes de la virtualité, des réseaux et des rapports qui transitent sur la toile et que l'on appelle aujourd'hui de réseaux sociaux.

- Vous vous rendez tout de même compte que j'ai pris le large dans ces parages de manière un peu forcée et rapide (je sourie) et que je ne suis puis à la pointe des progrès. Il doit y avoir de nouvelles techniques d'approches, de nouveaux gadgets et pirateries depuis ce nombre d'années depuis que je l'ai quitté le milieu.

- Bien sûr que nous nous en rendons compte. Vous devrez vous remettre dans le bain et retourner sur les bancs de l'école de notre organisation. J'utilise toujours le mot Interpol pour fixer les idées. Mais cela fait partie de l'écolage normal de tous nos nouveaux candidats ainsi que des anciens pour les remettre en selle périodiquement tellement ce marché évolue rapidement. Vous avez seulement un peu plus de visions des concepts et des magouilles qui se pratiquent sur le net, dans le milieu de la Bourse dans lequel vous avez fait vos gammes ou ailleurs. C'est cette expérience-là qui nous intéresse.

Mon cerveau se met à bouillir. Voilà que mone expertise de piratage intéresse mes victimes potentielles. C'est le monde à l'envers. Suis-je passer dans l'hémisphère sud avec la tête en bas sans qu'on m'ait averti ou quoi?

Il faut que je réfléchisse mais vite car une telle proposition, Interpol ou quoi que ce soit d'autre ne devrait pas se représenter de si tôt.

C'est clair, je n'ai pas de plan précis sur l'avenir. J'ai quelques réserves planquées comme elle disait mais pas pour tenir pendant une très longue période sans la maintenir à flot.

Ce temps long de réflexions perplexe est évidemment remarqué par mon interlocutrice.

Les deux autres n'ont toujours rien dit et restent comme des tombes au côté de Noémie.

Ils ont suivi le dialogue avec un certain intérêt mais très dissimulé derrière des visages inexpressifs.

Mais putain, que me demande-t-elle en échange de ma collaboration, cette ingénieure qui n'est même pas policière de formation?

Noémie, reprend la parole sans attendre ma réponse avec la question fatidique.

- Avez-vous besoin d'un temps de réflexion?

Que veut-elle? Que j'insiste avec des questions plus précises. Ce fantôme de Vic de cette nuit me revient et me mettait en garde de ne pas me laisser influencer sans savoir où l'on veut me mener. Ce n'est pas elle mais qui doit encore décider en sachant ce que je risque et ce que je gagnerais dans l'opération. Pas si vite, chère Madame. A un moment donné, il faudra que je prenne ma décision. Je dois me jeter à l'eau mais ce ne sera pas sans biscuit ni gilet de sauvetage. La barbarie de la course au pouvoir est vieille comme le monde. Tout le monde sait qu'il ne faut jamais raté son entrée surtout quand ce n'en est pas vraiment une et plutot une deuxième session de repêchage. Il s'agit ici d'une sorte de police des polices ou une agence de renseignement.   

- Que me demandez-vous en plus de ma collaboration? Est-ce une servitude de plus? Quels sont les risques de la fonction que vous me proposez? Serais-je en liberté surveillée? Je n'ai jamais aimé travailler sous les ordres d'un employeur. Ce que vous me proposez semble être très différent de ce que j'exerçais à petite échelle auparavant. Pourtant c'est mon expérience de l'autre côté de  la barrière qui vous intéresse. Est-ce des ripous contre ripous comme il en existe dans l'espionnage et le contre-espionnage que vous cherchez. Je ne désire pas devenir tueur à gage. Ni dans une phase d'un employé payé à la petite semaine.

- Je comprends vos soucis et votre remarque. C'est un revirement complet. C'est exact, en fait, vous changez de camp. Ce n'est pas un job de surveillant. Vous aurez quartier libre. Les risques du métier sont peut-être ce que doivent éprouver tous les espions et contre-espions, le souci de ne pas être découvert et retenus comme tel par leur gouvernement considéré comme l'ennemi. Les mafias du web sont parfois bien plus évoluées qu'il y a une dizaine d'années.

- Je m'en doutais qu'il y avait des épines à la rose. Posez-moi d'autres questions. Finissons-en avec cette comédie", dis-je demanière assez sèche qui ne correspond pas au préambule de l'interview. Non, Greg arrête ton scénario de poule effarouchée, me dis-je sans le laisser voir.

- Je vais y venir. Les moyens de communications et de piratage ont tellement évolués depuis que vous avez été enfermé. Il faudra que vous vous vous mettiez vraiment à jour contre eux. Quand vous êtes entré dans votre rôle de pirates, nous étions au temps des photographies trafiquées pour falsifier les vérités par des logiciels de photographie avec l'information et le message qu'elles étaient sensées transmettre. Puis se furent les sons qui en furent imprégnés et manipulés. Maintenant dans les réseaux sociaux, les fakenews sont construites au niveau des vidéos que l'on falsifie avec des outils dont vous n'avez peut-être pas imaginé jusqu'ici. De plus, en numérique découvrir la manipulation est devenue très compliquée. Ce sont des opérations très complexes auxquelles je vous invite. Elles ne sont pas à dévoiler au grand public pas par goût du secret, mais par devoir vis-à-vis de la sécurité d'Etat.

- Ok. Mais cela veut dire quoi ces secrets? Ce sont des informations classées secret défense?

- Cela veut dire que qu'un message dans le domaine de la tricherie et du mensonge peut faire dire n'importe quoi sur n'importe qui sur la toile d'araignée tellement les procédés sont bien bâtis pour le réaliser. Le plus fort c'est qu'une fois lancés sur le Web, plus ces fausses informations sont grossières plus vite et facilement, elles seront propagées. Cela veut dire que vous serez parfois chargé d'émettre des contre-vérités pour brouiller les pistes de vos adversaires. Mais étant donné les enjeux, on doit faire ce qui est juste et espérer qu'un jour le vent de la politique et de la sagesse sera de nouveau favorable pour obtenir plus de transparence dans les actes.

OK, chère Noémie, j'ai compris ton manège et ta présentation est passée, me dis-je. Mais à un moment donné, il faut passer à la caisse....

- Mais comme dans toutes les guerres virtuelles ou de terrain, les espions et les faussaires sont très mal vus et quand ils tombent dans les mains des adversaires, ils doivent passer un très mauvais quart d'heure. Je connais déjà les moyens de communications dans la virtualité, mais je suppose qu'il faut rester dans l'ombre de votre armée et je ne serai pas payé en monnaie virtuelle, j'espère...

- En effet. Je vous en ai déjà parlé. Comment votre liberté dont vous disposerez, sera prise en charge avec des tests de validation. Ensuite, ses mafias du web seront vos ennemis et bien sûr vous serez payé en fonction des risques que vous encourrez. Il faudra voyager incognito et à visage caché comme tous ceux qui font partie de notre projet de débusquer tous les genres de pirates. Vous deviendrai une sorte de corsaire en service de notre organisation. Si vous êtes découvert, on ne vous reconnaitra pas dans cette guerre de l'info. Dites-le moi si je me trompe. Je suppose que vous possédez de fortes capacités d'analyse et d'observation. Que vous savez gérer les stress  avec une attitude flexible. Nous arrivons à de nouvelles élections américaines en 2020, par exemple.

- C'est pour elles que vous désirez m'engager?

- En partie, seulement. Le job est plus complet. Vous aurez à recueillir les informations dans des missions d'enquête, de filature, de mise en place de réseau avec une participation active à la lutte contre l'espionnage industriel ou étatique. En fait débusquer ceux qui sont nos ennemis.

- Comme éventail des possibilités, c'est pas mal. Cela doit faire un travail 24 heures sur 24.

- Exact. Nous avons des équipes de nuit et de jour. Je répète que ce n'est pas le même genre d'entreprise que vous pratiquiez il y a dix ans. Tout a changé. Tout s'est amplifié. Les polices s'adaptent difficilement aux changements rapides apportés par les nouvelles technologies. L'analyse du big data, des Twitter et de Facebook se font après coup par des surveillances live, mais tout dépend des personnes et de leur niveau derrière les écrans. L'aspect préventif pour répondre à la vulnérabilité des internautes pour protéger leur vie privée n'a atteint que les prémices de ce qui est possible de faire sur les réseaux sociaux. Tout cela, ici en prison, vous n'en avez pas été touché.

- Et je serais un candidat providentiel avec ses connaissances d'un autre temps pour vous aider? Vous me surestimez ou vous rigolez de moi?

- Ce que vous présentez comme un inconvénient par votre méconnaissance, nous semble plutôt une opportunité pour revoir les processus. Vous allez être recyclé. Sachez que nous encourageons tout particulièrement les candidats disposant d'une expérience dans le domaine technique, scientifique, économique ou informatique avec des affinités avec la connaissance de langues de l'est de l'Europe ou d'autres plus exotiques encore d'où nous viennent les plus fervents opposants. Vous êtes originaire de Pologne. Le russe ne devrait pas vous être inconnu. Je suppose que vous auriez quelques points qui correspondent à notre desiderata dans cette partie du monde. Le seul point négatif en ce qui vous concerne est votre casier judiciaire qui n'est pas vierge. A vous de nous prouver que ce point n'est pas essentiel en ce qui nous concerne.

- Excusez-moi si j'insiste. Quels sont les tarifs dans le monde de l'espionnage et du contrespionnage?

- Disons que pour commencer et pendant votre instruction vous pourriez espérer un montant de 3.000 euros par mois.

- Si vous me donnez le double, j'accepte. Dans le cas contraire, j'hésite. Vous êtes demandeuse. C'est à vous de faire un effort. Votre dossier doit contenir les raisons précises de ma présence dans cette prison. Le meurtre n'est pas ma préoccupation. Gagner de l'argent, oui.

Mon interlocutrice a probablement fini sa présentation et elle se retourne à gauche et à droite vers ses voisins qui n'ont pas encore dit un mot.

Celui à sa gauche sourit enfin et prenant la parole.

- Merci, Noémie pour votre présentation. Ce que demande notre interlocuteur est légitime. J'aime sa réplique. Nous allons faire un effort comme il le demande. Nous l'engageons à l'essai et nous verrons ensuite si notre investissement valait le déplacement. S'il est d'accord, nous allons remonter sa solution en commun.

Il se tourne vers son autre accompagnateur qui doit le HR de la bande, pour avoir son accord qui d'un mouvement de la tête de haut en bas acquiesce de la tête.

- Nous sommes d'accord apparemment. Nous allons donc en informer nos propres autorités et vous allez avoir de nos nouvelles au sujet de votre relaxation bientôt. Nous viendrons vous chercher ce jour-là. Enfin, je suppose que cela pourra être Noémie qui viendra puisqu'elle deviendra votre chefe de section, votre manager direct en cas de problème. Elle pourra plus facilement vous intégrer dans une de ses équipes.

Je remets mon regard en direction des yeux verts de mon interlocutrice pour y déceler ce qu'elle en pense.

Ceux-ci restent impassibles, insensibles.

De concert, dans un bruit de chaises que l'on recule, tous trois se lèvent en un bon en commun militaire.

Ils n'ont manifestement plus rien à ajouter.

Pour eux, l'interview est terminé. Je suis considéré comme n'ayant plus de questions à poser.

Noémie me tend la main que je prends de manière instinctive.

Cette main m'électrise à nouveau. C'est comme une poignée ferme d'un homme. Un gant de fer dans un gant de velours agréable de douceur et de fermeté contenue.

Les deux autres font de même en séquence rapide de gauche à droite.

En sortant, Noémie appelle le gardien de service qui m'a emmené jusqu'ici, tandis que les deux autres me suivent de près.

- Notre interview est terminé. Veuillez reconduire Monsieur dans ses appartements, lance-t-elle avec l'air de ne pas y toucher mais qui me fait sourire. Il y a longtemps qu'on ne m'appelle plus Monsieur. 

Le gardien me reprend là où il m'avait laissé et m'entraîne vers ma cellule sans mot dire comme si de rien n'était.

Mon rêve de la nuit me revient pendant le retour devant les grilles à tous les points d'arrêt.

Vic était devenu plus qu'un fantôme dans mon rêve, ce qu'il m'avait raconté, était devenu une prémonition.

Ce que je faisais illégalement dans le passé deviendrait-il légal?

Comment espérer mieux?

Enfin, je le pense que cette solution ne sera pas biaisé car le mot 'Interpol' qui était resté comme une supposition ou même un surnom d'une réalité qu'il me restera à découvrir une fois dans leur organisation.

La confiance en l'avenir et croire que tout allait aller mieux, me demande pourtant un effort presque surhumain.

Ma misanthropie née dans ces murs, a été pour moi la meilleure façon de cohabiter avec autrui et le moyen de rester en vie.

Ici, personne n'est totalement équilibré, personne n'a gardé de certitudes absolues envers ce putain de présent qui devient futur sans s'en rendre compte.

Pourquoi en serait-il tellement différent à l'extérieur?

Contrairement à ce que disait le fantôme de Vic de cette nuit, je ne vois toujours pas en quoi et où il voyait un élu en moi même si cela m'a ragaillardi l'esprit dans mon égo.

..

04: Une sortie de prison prématurées, tous les prisonniers en rêveraient

"Qui se connaît une prison, connaît aussi la liberté.", Claire France

15 août 2019: Il y a exactement une semaine, un mois après la visite impromptue à la prison, un courrier m'informait de ma relaxation sans beaucoup de précisions sur les raisons qui on été déterminantes pour me l'avoir accordé.

Le rapport parvenu chez le directeur donne, parait-il, une manière laconique pour le justifier "remise de peine pour bonne conduite".

Mon avocat de l'époque n'y était donc pour rien de ma relaxe potentielle.

J'avais encore plusieurs mois à tirer pour le meurtre de Vic et pour toutes les exactions que lui et moi avions perpétrées ensemble en 2008.

La peine avait été fixée à douze ans mis avec une possibilité d'être réduite mais comme toujours cette rémission reste toujours abstraite sur les modalités d'une relaxe commuée avec quelques mois en moins.

Le souvenir de la visite en rêve de cette nuit à  la rencontre du fantôme de Vic qui me disait que j'étais l'élu, me poursuit. Il y a déjà un mois...

En ce jour de fête, je fais l'inventaire de ce passé en taule.

Ce jeudi, il ne fait plus chaud à Paris, même pluvieux. Cela permet de mieux respirer après les canicules pendant lesquels, ma cellule était devenue une étuve.

Pas  de conditionnement d'air en prison. Une certaine agitation anormale et une tension palpable régnaient pendant cette période.

J'étais l'élu pour sortir d'ici et cela me suffisait mais maintenant je ne sais quel est la suite qui me sera donnée pour le mériter.

Avoir une bonne conduite et casser ainsi la plafonds de verre entre les gardiens et moi-même prisonnier, n'est pas des arguments suffisants pour recevoir ma libération prématurément sinon tous les taulards pourraient espérer la même chose.

Il est vrai que personne n'a plus peur des gens qui sourient de leur malheur avec l'humour comme carte de visite.

Jusqu'ici à part moi, personne n'était arrivé à un tel traitement de faveur pour devenir un candidat préférentiel pour retrouver la liberté prématurée pour me réinsérer dans la société sans plus y occasionner de dommages dans la société des vivants du dehors. J'avais eu de la chance.

Ma sortie est donc planifiée et due seulement à mon expertise de hacker sur la Toile il y a une dizaine d'années d'ici.  

Bibliothécaire en prison, pendant les deux dernières années, j'en avais profité pour repérer des bouquins sur la psychologie et la philosophie et cela m'avait servi pour donner confiance et pour me faire bien voir.

En parallèle, je restais au courant de ce qui se tramait à l'extérieur de la prison.

Je m'étais astreint à tout lire de ce qui se disait sur les grands de ce monde.

J'en avais déduit quelques principes essentiels qui pouvaient me servir en restant foncièrement une eau dormante ou stagnante.

J'étais à l'opposé d'un psychopathe Donald Trump qui se rendait l'ennemi de tous. J'avais suivi son ascension jusqu'à la présidence des États-Unis avec beaucoup d'intérêt en étudiant les principes au travers de ses étapes à la lectures d'articles, de livres au sujet de ses dispositions de vendeurs pour amadouer un acheteur potentiel pour évacuer ceux qui, non rentables, ne correspondaient pas à ses propres volontés ou qui étaient ses ennemis et qu'il rejetait au travers de ses tweets incendiaires. Les deux livres de Michael Wolff qui racontent les deux années de sa présidence "Le feu et la fureur" et en "État de siège", "Néron à la Maison blanche" m'ont passionné. 

Dans le fond, était-il psychotique ou psychorigide?

C'était un cas d'école, mais, pour moi, il n'était pas fou.

Simplement instable, imprévisible, contre tout le monde et imbu de sa personne comme si le pays ne dépendait que de lui alors que les autres ne faisaient que des erreurs selon lui.

Peut-être, avais-je été un solitaire endurci avec mes sentiments secrets et inhibés en moi mais je n'étais pas comme Trump dans une situation que j'avais choisie sans me laisser avoir en racontant des histoires devant les copains de cellules comme un prêtre de prison en psy rédempteur.

Je me rendais compte que pour percer les mystères des autres, il fallait être bien plus finaux et pourquoi pas malin à jouer la comédie ou les gros bras de la Trump mania.

Poutine est tout différent, il ne révèle pas sa stratégie, n'adopte aucun principe jovial dans sa boîte à malices.

Ancien espion du KGB avant de devenir président avec vingt ans en tant que tel.

Il n'a jamais fait de communications tonitruantes que contraint et forcé quand cela se justifiait. Il me fascine bien plus que Trump qui disert, même en courant alternatif, prévient des étapes de sa stratégie sur ce qu'ils pensent et pense faire avec ses menaces.

J'avais été emprisonné au moment où Obama montait à la présidence des États Unis en messie rédempteur noir.

Son habile manière de se faire aimer par les démocrates noirs et haïr par les républicains de race blanche, faisait tache dans une histoire récente et déjà lointaine.

Mon maître à penser reste toujours Vic, quelqu'un de beaucoup plus secret qu'un Américain qui dévoile au monde ses plans stratégiques.

Il avait un don pour manipuler les internautes par l'intermédiaire de la persuasion, de l'opportunisme et de l'observation psychologique en profiler né.

Toutes les ficelles du métier d'espionnage avaient transitées dans son esprit.

La limite entre le bien et le mal s'était ainsi effacée de mes souvenirs.

Corriger le mal par le bien, l'officieux par l'officiel, n'est-ce pas la meilleure source de profits?

Je deviens Docteur Jekill plus que Mr Hide nouvelle formule et plus comme Vic l'avait fait auparavant...

En dauphin de Vic, du grand maître virtuel, je pensais rêveur que sa référence devait me servir et que je ne pouvais pas le décevoir même à titre posthume.

Gozo, la petite île voisine de Malte, avait été sa base de retraite et elle restait encore à l'écart dans ma mémoire comme un rêve mal achevé.

Sa maison n'avait peut-être pas été squattée pendant ces années et pourrait m’accueillir un jour.

Je me rappelle les réserves que Vic et moi y avions enterrée profondément dans une cassette dans les environs du jardin. Je me rappelle vaguement de l'endroit. 

Cela peut me servir de vache à lait pour aller de l'avant temporairement et pas ses maigres revenus dans l'enveloppe que l'on me tend. Après je suis prêt de manger de cette vache enragée avant d'y arriver. Je me verrais bien dans cette peau-là.

Malte n'était pas très connue avant d'entrée dans la CE. Immédiatement après, elle avait été reconnue comme un paradis fiscal mais aussi comme paradis pour touristes plus ou moins fortunés et pour personnes entreprenantes qui aimaient travailler à la limite de l'illégalité.

Tout avait bien changé depuis que je suis entré en prison. Il n'y avait pas que le réchauffement climatique.

Je ne m'étais pas radicalisé comme le font certains détenus pour se rendre au combat terroriste. Désormais, j'aime la vie plus que tout. J'aime le confort et les moyens offrant le maximum de performance pour un prix très écologiquement pauvre.

Reconnaitre tout ce qui est faux et apporter les manières de les reconnaitre, j'avais même lu que la société Collibra s'était attelée dans cette tâche pour la gestion des données et que l'intelligence artificielle y participait activement.

Paris où j'avais habité, n'est plus un havre de paix.

Les gilets jaunes ou verts, les foulards rouges avaient pris le relais au mécontentement général.

Ce n'était pas mon idéal de manifester en créant une ambiance de casseur.

J'étais encore occupé à rêvasser à ce que j'allais faire une fois à l'extérieur quand ce lundi matin de ma relaxe arrive et que le gardien habituel vient me chercher avec des mots plutôt joviaux.

- Salut Greg, ton bagage est prêt? Ça y est, le grand jour est arrivé. Tu es libéré", me dit-il en ouvrant la cellule.

Mon bagage est déjà bien ficelé dans un paquetage depuis la veille dès que le message du directeur m'était parvenu pour m'avertir de ma relaxe.

Je ne réponds rien et seul un sourire se présente sur son visage.

- Allons ensemble chercher les effets que tu avais mis à la réception à ton arrivée. Tu sais, tu vas nous manquer en définitive", ajoute le gardien avec un rictus amusé.

Très vite parce que très pressé de quitter les lieux sans me retourner j'arrive avec lui au service de la rétention des objets personnels pas loin de la sortie de la prison.

Le préposé que je ne connais pas, prend ma case bien garée dans une armoire.

Rien de vraiment exceptionnel ou d'inhabituel si ce n'est la simili douceur qui règne entre deux interlocuteurs consentants à vivre en prison en gardien ou en prisonnier.

Il sort mes effets personnels l'un après l'autre entre deux doigts comme si c'était des reliques poussiéreuses qu'il ne faut ps abîmer.

L'inventaire de ma cassette en dépôt ne contenaient que quelques pièces de monnaies, mon passeport, un GSM et quelques effets personnels...

- Tu vas devoir changer de portable. Celui-ci est un véritable fossile que tu peux envoyer au musée, dit-il avec un sourire quelque peu ironique.

Je souris à nouveau narquois.

J'avais lu que à l'horizon de 2025, le fisc semblait vouloir rendre le papier obsolète pour raison d'économie et pour le rendre reconnaissable par des transactions officielles.

Mon passeport a de toutes façons dépassé sa date de péremption.

Quelques centaines d'euros peut-être comme rétribution gagné en travaillant pour des sociétés qui s'engagent à rémunérer les détenus, dans une petite enveloppe bien mince se sont ajoutée dans laquelle se trouvent probablement quelques billets pour recommencer ma vie à l'extérieure. 

Le plus marrant, c'est que cette fois, j'allais être payé en jouant sur le même tableau de la piraterie virtuelle en manipulant les criminels du web pour parfois sauver la peau de leurs victimes.

Pas de mort ne direct parmi ces victime si ce n'est à cause de suicides de désespoir.

Le topo que m'avait fait Noémie pour m'engager avec objets connectés, intelligence artificielle, simulation d'attitude naturelles, fakenews qui se présentent sous forme écrites ou imagées, "Deep learning" et les "Deepfakes", vidéos truquées rendant les supercheries indétectables par logiciels interposés, cryptage des données apportaient de nouvelles solutions de piratage bien plus sophistiquées...

De tout cela j'en avais entendu parlé ou lu mais évidemment pas pratiqué.

Je me dirige seul vers la sortie et un gars que je n'avais jamais rencontré, vient immédiatement à ma rencontre.

Il m'arrive tout sourire avec la main tendue.

Je m'attendais à voir Noémie venir me chercher et je suis déçu.

Il a dû recevoir ma photo pour me reconnaitre.

- Je m'appelle David. Je viens te chercher pour aller jusqu'au bureau à Bruxelles. Je ne sais si elle t'a dit que notre repère s'y trouve. Si tu ne sais pas cette ville contient le plus d'espions en tous genre après Washington, me dit-il d'un air le plus naturel comme si je ne sortais pas de prison avec toutes ces années.

La sympathie se lit sur son visage. Les cheveux en bataille, le col de chemise ouvert largement. Instinctivement, je le regarde de haut en bas et ce qu'il cache difficilement sous son bras gauche braque mon regard tout de suite.

- T'inquiète pas, j'ai un permis de port d'arme. Cool. Tu entres dans une section spéciale alors on ne s'y embarque pas sans biscuits. Tu verras cela dans le futur quand tu quitteras la base, me dit-il pour me rassurer. Je suis le numéro deux dans notre organisation

Je ne réponds pas presque respectueux des gallons qu'il a dû recevoir en réponse à ses faits d'armes dans le renseignement.

Mon regard se porte déjà ailleurs sur ce qui m'entoure.

Je veux profiter de cet instant de plénitude dans laquelle tous les prisonniers doivent ressentir en sortant de sa taule.

Tout ce que plus personne ne remarque me parait beau.

Le bruit, les gens qui se déplacent, la nature, les arbres passent entraveling devant mon regard comme des nouveautés inimaginables avec un plaisir que personne chez ceux qui y passent tous les jours, n’aperçoit et n'imagineraient pas.

David, puisqu'il m'a donné son prénom, ne partage pas mon émotion et m'attire vers la voiture qu'il a à sa disposition.

S'il est jovial, enjoué, il est aussi pressé comme beaucoup de monde de l'extérieur.

A l'intérieur de la prison, les heures et les jours s'écoulent à un rythme bien plus lent.

- Suis-moi. J'attends depuis un certain temps et je pense que j'arrive à la limite de temps que m'accorde le ticket de stationnement. On discutera en chemin. On a au moins trois heures pour cela.

Une voiture à la plaque belge se détache parmi les autres et David m'y donne accès avec sa commande à distance tout en s'y engouffrant et en me laissant plus de temps pour m'y installer.

- T'as mangé? Tu veux un cannibale avec trois pistolets que j'ai acheté avant de partir? Il est emballé sur la banquette arrière. Il y a aussi quelques bières dans le petit casier sous ton siège", lance-t-il une fois à l'intérieur de l'habitacle...

- Un cannibale?  Des pistolets?

- Il faudra augmenter ton vocabulaire. Désolé. Faudra que tu t'y fasses. Ils ont un jargon exotique à Bruxelles où l'on va. Même les espions mangent ce qu'ils trouvent là où ils sont envoyés. Un cannibale, c'est un toaster avec une couche épaisse de filet américain ou tartare, tartinée sur des tranches de pain grillé encore tiède. Désolé, encore une fois, vu le nombre d'heure, il sera froid. Tu verras, on y ajoute des cornichons, de petits oignons au vinaigre et des câpres. Quant aux pistolets, ce sont des petits pains ronds qui l'on peut manger avec l'américain mais là c'est toujours froid.

Je me retourne. Je trouve ce qu'il me dit et je commence un déjeuner qui ne ressemble pas du tout à ce que j'ai mangé pendant toutes ces dernières années.

Voyant que j'ai la bouche pleine, David reprend son monologue.

- Notre promenade en remontant vers le nord va te plaire. Je suppose que tu n'es jamais allé à Bruxelles.

La bouche pleine, je fais "non" de la tête et lui continue à parler en regardant la route.

La soufflerie de la clim est tellement forte que l'habitacle reprend très vite un peu de fraicheur qu'il avait perdu pendant le stationnement. 

Il a l'air de pester dès qu'il est bloqué par un encombrement sur le chemin.

- Ce GPS est vraiment nase. Il m'envoie en plein Paris. il ne sait pas que les Parisiens s'évadent de la capitale pour ce long weekend.

C'est la première fois que j'entends les indications de cette dame qui sort de sa boîte pour indiquer le chemin à suivre.

Des que cela se dégage la voiture bondit quelques centaines de mètres pour s'arrêter à  nouveau un peu plus loin.

- Ah Paris et ses bouchons qui n'en finissent jamais..., conclut-il.

- C'est différent à Bruxelles?

- Différent ? Tu rigoles, c'est parfois pire. La ville est beaucoup plus petite et les rues y sont encore bien plus étroites. Il y a des travaux partout. A Bruxelles, c'est un jeu de chenilles processionnaires, dit-il en rigolant.

Paris, j'ai connu après avoir quitté ma Pologne natale. Bruxelles est une inconnue pour moi.

Je lui fais confiance pour le reste en le laissant jouer jusqu'à l'entrée de l'autoroute qui se présente enfin après une série de crochets, de détournements ressentis très mal par mon nouveau chauffeur, David.

Là, je me permets de commencer à lui poser des questions puisque nous avons trois heures à perdre en route.

- Es-tu dans le groupe de Noémie depuis longtemps?

- Pas tellement. A peine, quinze ans et demi. Il y a parmi nous des gars qui y sont depuis une, deux ou trois années. Je te présenterai à chacun qui se ra présent. C'est un domaine et un genre de profession dans lequel on bouge beaucoup. Cela peut être très fatigant en temps de crise. Là, on travaille 24 heures sur 24. Noémie a été bombardée au dessus de moi. Oh, je ne lui en veux pas. C'est la dure loi du renseignement.

- Cela arrive souvent ces escarmouches militaires?

- Cela dépend de la période. Quand il y a eu les pointes de terrorisme. Quand il y a les élections, c'est tout le monde sur le pont à surveiller les agissements pour influencer les gens. Tu as entendu parlé de certaines affaires, je suppose. La prison fait entrer des infos de l'extérieur, non?

- Oui, mais fais semblant que je ne connais pas. Je ferai la fusion avec ce que je connais.

- Ok. Le bureau se trouve en plein au milieu de Bruxelles près du quartier européen. On t'a trouvé un flat meublé pas trop loin qui te permettra de t'installer à loisir. Si on arrive à temps, on ira au bureau, sinon je te mènerai immédiatement à ta piaule. J'ai pas dit ta taule... lance-t-il en riant.

- De quel genre, vont-être mes nouveaux collègues?

- Je ne les connais pas tous, mais nous sommes presque tous de nationalités différentes. Je suis Israélien. Israël est connu pour faire partie des champions du côté de la répression du piratage du web. En 2013, le pays avait créé une école anti-piratage informatique parce que des hackers avaient voulu effacer le pays de la carte. Tu as été probablement choisi pour tes connaissances dans les pays de l'Est. Je sais que tu as quitté ta Pologne natale mais que tu y as tout même vécu pendant plus de 20 ans. Cela ne s'oublie pas. Non, il n'y a pas d'erreur dans le choix que la boîte a fait avec toi.  

Je reste un temps sans parler en regardant la route et en réfléchissant aux questions qui pourraient m'intéresser.

Il brise lui-même le silence.

- Tu veux peut-être connaître un peu plus des objectifs de la boîte? Il y a tellement de chose à dire que je ne sais même plus par quoi commencer.

- Je n'osais pas poser la question. Vas-y. Je suis tout ouïe.

- Ok. Dans le collimateur, il y a Daech,la Corée du Nord, la Chine qui sont ce qu'on appelle les "Usual Suspects". Mais ils ne sont pas seuls. Déjouer les complots sont les tartes à la crème fouettée. Déterminer s'il s'agit d'un leurre, une invention de touts pièces demande un temps dont on ne connait l'importance qu'en fin de course. Entre espionnage et contre-espionnage, il y a tellement de points en commun. Ce sont les même outils qui sont utilisés, mais tous deux sont les mêmes artéfacts, dont les artifices sont seulement inversés dans leur splendeur et leur perversité prévus par les nouvelles technologies qui ont même inventé des instructions pour aller voir l'ennemi chez lui et lui introduire des plaisanteries dont chacun à la surprise envoyée par l'autre bord.

- Je comprends que mes petites bafouilles avec mon collègue de l'époque, n'étaient pour vous que du menu fretin. Les budgets alloués doivent être aussi énormes à cette opération araignée, comme Noémie en avait parlé.

- Partiellement. Toutes nos actions sont signées à l'encre sympathique du passé à révéler pour ceux qui ont les clés en partage. Trouver l'antidote et comprendre la finalité sont affaire d'expérience. Tu devras te remettre à jour. J'ai appris que tu as pris presque dix ans de retard et dix ans c'est un siècle dans d'autres domaines d'exploitation des ressources humaines. J'ai fait partie du Mossad avant d'arriver en Belgique. Paris, je connais moins. Demain, il y aura un meeting organisé tous les mardi pour analyser les progrès. Tu pourras y assister. Au début, tu te mettras derrière chacun des ingénieurs qui occupent chacun un ordinateur de toute première force de calcul et d'accès sur le Web. Tu connais l'anglais, j'espère. Tout est dit en anglais.

- Oui, mais cela fait longtemps que je n'ai plus pratiqué la langue de Shakespeare. Dans une prison française, c'est la français qui est la langue pratiquée entre prisonniers et gardiens. L'anglais est même prohibé.

- Tu rencontreras Igor, c'est un ukrainien de naissance à Donetsk. Il parle anglais comme toute l'équipe. Dans quel camp fait-il partie? Est-il pro-russe ou pro-ukrainien? Sur place, là bas, c'est du 50/50. Cela dépend même du mois pendant lequel on fait l'analyse statistique. Le Service secret devient du sable mouvant permanent. Il faut toujours en tenir compte en permanence. Si l'un de nous trouve un concurrent qui paye mieux et qu'il trouve des avantages que nous n'avons pas, il partira et on le remerciera sans hésitation plutôt que de rester et devenir un vers dans la pomme. Les nationalismes ressortent quand on ne les attend plus et les controverses reprennent en même temps. Ils sont à prendre en considération dans l'écoute des conversations qui ne sont pas nécessairement orageuses pour autant. Je devrais avec l'âge qui est le mien, avoir des convictions et prendre parti pour les Israéliens contre les Palestiniens. Je ne peux plus le faire quand je vois des compatriotes qui investissent sans vergogne les territoires occupés par les Palestiniens pour des raisons religieuses. Je me dois d'avoir une vue internationale et non plus nationale. Nos deux peuples sont pourtant très semblables. Ils travaillent parfois ensembles en trouvant des intérêts en commun mais dès que tu parles religion, c'est le retour aux sources qui remet avec les émotions ancestrales qui reprennent le gouvernail, avant la raison et aux bénéfices d'une poignée de dirigeants.

- J'ignorais que les dissensions naissent au nom d'un dieu qui serait différent. J'ai été éduqué dans la foi chrétienne, mais j'ai dû faire marche arrière au vu de ce que la vie m'a obligé à entreprendre pour simplement survivre. Ma famille était très pauvre et je ne voulais pas rester comme eux. 

- Les motivations de nos actes sont secrètes et relèvent de stratégies contradictoires derrière des idéologies ancrées dans les familles de chacun.

- J'ai rompu très vite avec ma famille. Elle me l'a fait payer. Je n'ai aucune visite de leur part pendant toutes ces années derrière les barreaux même quand j'étais dans une période de tristesse ou de désespoir et que j'aurais eu besoin d'un soutien familial.

- Nous sommes une armée de mercenaires, payée grassement, sans foi ni véritable loi si ce n'est celle de devoir correspondre à l'importance de la somme que l'on nous octroie pour nos loyaux services d'espionite. Tous pour un et dieu pour tous, selon la devise des mousquetaires.

- Pas vu, pas pris, aussi, non?

- Exact. Le risque d'avoir une taupe à bord n'est pas nul. Une fois détectée, faut-il le punir pour son changement de cap? Le renvoyer dans ses pénates? Éradiquer le vers dans la pomme? Non. Au contraire, faire semblant qu'on ne l'a pas découvert. Lui apporter des informations trafiquées, filtrées par nos soins pour qu'il les transmette ensuite à sa base et qu'il devienne la branche morte qui tombe par manque de jus de pomme frelatée. La menace, les rodomontades, la mort par assassinat pour éliminer un gêneur, n'ont pas cours chez nous. La liberté reste la priorité. L'efficacité se fait par l'intermédiaire de "ransomware", de rançongiciel comme on dit en France. Depuis que je suis dans ce service, j'ai connu deux cas d'espèce et cela s'est réglé tout naturellement. Le renseignement tout comme le patriotisme est une arme à double tranchant. Quand un anti-virus est inoculé pour contrer le virus, tout devient possible. Qui sera globalement gagnant ou perdant? C'est presque à pile ou face que cela se décide. Les intérêts de chacun sont à respecter et même à renforcer pour que chaque clan y gagne en fonction de ses propres investissements dans un protocole de mitigation.

- Mais quelles les fonctions de l'organisation.Elles doivent être très nombreuses.

- Pour être nombreuses, elles le sont mais il faut scinder le boulot quand tu penses que cela passe par la prostitution, le trafic d'organes, la drogue, les déchets toxiques, les armes et j'en passe. Notre service s'intéresse surtout à la corruption et la cybercriminalité. A ce sujet, en Belgique nous sommes passés quatre degrés de la menace pendant la période du djihadisme de Daech. Menaces possibles, menaces imminentes à toutes les sauces. Elles étaient souvent lancés en fonction de ce que nous donnions comme avertissement et comme information à l’État belge qui est notre hôte. Nous devons jouer aux mages ou aux oracles par nos bons services de prévoyance. Le plus marrant, c'est que nos opposants calquent leurs actions en fonction des nôtres et les leurs le sont sur les nôtres dans une jeu de l'oie sur lequel il existe des cases prisons dont tu dois avoir connu les tenants et aboutissants. Une montée en grade de la menace suit l'interception d'un message crypté de Djihadistes et précède leurs revendications. Aujourd'hui, ceux-ci se sont un peu endormis, mais ce n'est que partie remise. Il n'y a plus beaucoup de kidnappings mais j'ai une autorisation de port d'armes pour faire obstacle aux enlèvements et aux demandes de payement de rançons si j'étais capturé. Bruxelles va te plaire si tu aimes la variété des races et des cultures de sa population. C'est une ville bilingue d'après la constitution. Tu ajoutes l'anglais dans les affaires et une bonne centaine de cultures et de langues différentes que tu entendras en te baladant dans les rues. Cela en fait un labyrinthe et un véritable laboratoire pour l'Europe qui se cherche toujours, avec ses lobbies et ses affaires plus ou moins louches qui tentent d'influencer l'autre par une propagande sans le dire officiellement. Notre équipe est internationale. On bavarde et on a déjà dépassé la frontière presque sans s'en apercevoir. Bienvenue en Belgique, Greg. Encore moins d'une demi-heure et on entrera dans sa capitale que je te ferai découvrir avec un petit tour d'un admirateur averti.

- Qu'est-ce qui est sur la planche des problèmes importants pour le projet araignée?

- Tu n'as peut-être pas suivi nos nouveaux problèmes européens avec l'administration Trump, ses manières totalement imprévisibles de faire de la politique. Rien que cela monopolise nos efforts pour tenter d'avoir une petite avance sur ses tweets.

- Pourtant, vous y arrivez peut-être mieux qu'avec Poutine qui lui ne laisse rien entrevoir de sa stratégie.

- Tu as raison. Dans ce cas, c'est à partir d'une autre optique que nous devons travailler. Non, si tu as été engagé par Noémie, c'est parce que le service va encore devoir s'étoffer de jeunes recrues. Le labyrinthe de proxies anonymes avec des serveurs répartis dans une dizaine de pays demande beaucoup de personnel. Pister un message peut renvoyer à une mauvaise adresse et demander des heures, des jours et des semaines perdues à collaborer, à proposer et réfuter des idées, des hypothèses devant l'écran noir d'un ordinateur. Hacker les codes, les casser dans la cyberguerre ne se fait pas dans la dentelle mais par des phishings ciblés... Toujours le même problème de déterminer dans les information ce qu'est intérêts non punissables et conflits d'intérêts qui eux le sont. S'inquiéter de la provenance des infos et de leurs destinations qui quand elles font partie des pays non-démocratiques peuvent entrer en concurrence entre liberté d'expression, ingérence, dissidence et droits de l'homme. Je peux te parler de cela pendant des heures de ce qui se cache derrière notre devise "Relier le monde pour un monde plus sûr". 

Je me rappelais de certains points que Vic et moi avions pratiqués avec délectation dans une autre vie mais ici, il s'agissait d'un tout autre niveau.

David semblait enflammé par sa manière de répliquer en m'informant en me parlant de son emploi du temps qu'il semblait aimé.

Je n'avais plus de questions et la conversation s'est arrêtée à l'entrée dans l'agglomération de Bruxelles quand le trafic s'est accentué.

J'aurai encore d'autres questions à lui poser, mais il avait déjà répondu à des questions que je n'avais pas posées et comme entrée en matière, cela me suffisait pour débuter..

Presque en même temps, le ciel s'était obscurci. Les nuages et le vent se partageaient le ciel.

La route s'était rétrécie en sortant de l'autoroute , je suppose pour entrer dans Bruxelles.

Les limitations de vitesse que David connaissait, semble réduire considérablement le nombre de longues réponses, mais il commence un rôle de guide en m'indiquant ce qui était susceptible de m'intéresser en quelques mots à chaque endroit qui ont de l'importance à ses yeux.

Je suis son doigt qui l'indique en parfait touriste. Près du centre de la vielle, il cherche une place de parking sans y parvenir après quelques détours et moi qui ai l'impression de revenir au même endroit en cycle. David a fini par s'introduire dans un parking souterrain.

C'est après que le circuit touristique a pris forme comme s'il s'agissait d'une circuit préformaté de longue date.

- Je vais te montrer le bijou de la ville, la Grand-Place. Cela vaut la peine d'attendre un peu et de tourner en rond. Mais pas trop longtemps. Chercher un parking en surface, je savais que cela se terminer en fiasco. Les touristes doivent avoir monopolisé toutes les places autour de la Grand-Place. La visite va continuer à pied exclusivement. Bruxelles centre n'est pas Paris. Le principal de ce qui est à voir, est très concentré pour visiter un maximum sur une petite surface de son territoire. Après quand on sera fatigué, ce qui ne va pas manquer, nous irons ensuite boire une bière, ici, c'est le pays de la bière. Enfin, comme tu vas le remarquer c'est aussi l'endroit qui a la plus grande concentration de magasin de chocolat. Du chocolat sous toutes les formes de pralines mises dans des boîtes en carton appelées "ballotin". Aujourd'hui, c'est un jour pendant lequel on fête Marie. Tu vas voir que si le temps le permet, le monde va approcher la saturation. Des fleurs attirent à l'intérieur de la Tour de la Grand-place. Les années paires, sur cette même place, c'est un tapis de fleur qui fait sensation avec un thème différent. Ce soir, c'est la musique qui sera en fête. On ira manger un bout ensemble. J'ai reçu un budget pour nous deux. En finale, quand tu seras vraiment crevé, je te mènerai jusqu'à ton appartement, dit-il voyant que j'écoute avec une attention non dissimulée mais avec un brin d'impatience.

Nous y voici sur cette place centrale. Tout y est concentré autour d'elle. Pleine de monde et de touristes venant de tous les coins du monde avec une pointe pour les touristes chinois qui déambulent en groupes serrés. On visite presque au pas de course, la Galerie, le piétonnier, la cathédrale, le petit Manneken Pis habillé pour la circonstance et quelques autres points d'intérêt. David a un don certain de guide pour faire visiter la ville aux touristes.

- Nous n'aurons pas eu le temps d'aller voir le dernier point très connu, l'Atomium. C'est trop loin d'ici... Une autre fois. L'appartement dans lequel tu iras, est dans le Nord de Bruxelles, à Evere, dans un quartier d'une des dix neuf communes de la région de Bruxelles où résident beaucoup de travailleurs en provenance d'Inde, engagés pour apporter leurs connaissances en informatique. Tu pourras voir de loin l'Atomium de là.

La soirée se termine très tard. Nous avons bien mangé dans un petit restaurant que David semblait bien connaître.

Je suis crevé et David semble avoir atteint son maximum quand il décide de revenir à l'appartement qu'il me réserve. 

Immeuble à étage. Nous ne rencontrons personne dans l'ascenseur.

- Ce 15 août est un jour férié et beaucoup de personnes on fait le pont avec le weekend. Les Indiens du quartier sont peut-être allés faire du cricket dans le parc qui n'est pas loin d'ici, me dit David.

La vie moderne a de ces obligations de vie en communauté que j'ai connu en prison.

Quant aux surprises dont j'avais oublié les vicissitudes et obligations, je suis sûr que beaucoup de choses à réapprendre en font partie.

Cette ville, présentée par David, bien plus petite que Paris devrait m'aider à me reconfigurer..

..

05: La crim a l'ouvrage... enfin si c'est la crim...

Ce n'est pas ce qui est criminel qui coûte le plus à dire, c'est ce qui est ridicule et honteux.”, Jean-Jacques Rousseau

16 août 2019: Le lendemain matin, j'ai eu difficile à me réveiller. 

Aucune sonnerie. Pas de réveil matin. Le nirvana...

Le réveil en prison se faisait par une sonnerie qui résonnait dans toute la prison.

Avoir dormi dans un lit moelleux que je n'avais plus connu depuis tellement longtemps, ne me donne pas l'envie d'en sortir.

La bière que David m'avait proposée avant de se quitter, s'était multipliée par trois ou quatre. Enfin, pour tout dire, j'ai du mal à les compter.

J'ai de plus une cure foi a pratiquer pour remédier à cette crise de foie due au chocolat ingurgitée sans compter les pralines en ballotins que David m'a presque obligé à tester qui n'a pas été opposée d'une résistance à toutes épreuves de ma part.

Les images rapides de la ville de Bruxelles défilent encore dans ma tête comme dans un rêve rapide. 

Il est plus que temps pour se lever car David va arriver.

Je m'étire plusieurs fois en jetant un coup d’œil à ma montre avant de sortir une jambe après l'autre de mon lit.

Le soleil entre déjà au travers des interstices des tentures.

Il ne va pas faire beau disait la météo.

Je m'apprête plus rapidement que d'habitude pour rattraper mon retard dû à mon sommeil prolongé de récupération.

Pas de vêtements à choisir, ce sont les mêmes qui étaient réservés pour les grandes occasions dans la prison, que je reportais encore hier pour en sortir, qui vont me servir une nouvelle fois.

Ce matin, David m'a dit qu'il allait me présenter à mes nouveaux collègues de bureau. Je me dois d'être au moins bien rasé pour faire bonne figure.

Il me faudra renouveler ma garde-robe là où David me l'avait indiqué pendant le tour d'hier soir.

J'ai à peine fini de m'enrouler un nœud de cravate autour du cou en me donnant un mal fou par manque d'habitude, que la sonnerie de l'appartement retentit.

Je jette un œil au parlophone, la vidéo installée me confirme qu'il s'agit bien de David et je descends quatre à quatre sans attendre l'ascenseur..

- T'es prêt? Cela tombe bien que l'on va au bureau aujourd'hui", me dit-il le plus naturellement du monde comme si on se connait depuis des lunes.

- Pourquoi?

- Parce que aujourd'hui c'est vendredi et le vendredi, nous avons une réunion hebdomadaire pendant laquelle, notre cheffe, Noémie, nous tient au courant des dernières affaires en cours pendant la semaine. Ce n'est pas ce jeudi férié qui changerait ce programme. Tu recevras bientôt une petite voiture de service qui te permettra de rejoindre le bureau. Dépêche-toi. Je suis mal garé devant un garage. Tu verras, plus tard, le parking à Bruxelles est une plaie du modernisme et de la mobilité bruxelloise.

Je le suis en me calquant difficilement sur son rythme.

La même voiture que la veille est là comme il le dit, en plus, garée sur un passage pour piétons.

- C'est parti. C'est pas loin. Retiens ton souffle, retiens le parcours. Je supposes que tu devras y aller seul dès lundi, crie-t-il pour surmonter le bruit d'un camion qui passait par là.

Je m'installe sur le siège passager pour obéir à son injonction juste avant qu'il démarre en trompe.

Moins de dix minutes suffisent pour repérer le trajet dont je retiens parfaitement les péripéties. Gauche, droite et un grand et large boulevard se présente à suivre jusqu'à, un grand bâtiment arrondi en plusieurs demi-lunes se présente à notre gauche.

1.JPG- Tu as dû entendre parler de l'OTAN. L'Organisation Traité de l'Atlantique Nord, c'est ça dans toute sa modernité. Le bâtiment a été construit avec des règles de sécurité dont tu n'as pas idée de l'ampleur. Tout y est secret. J'y suis entré un jour. C'est extraordinaire. Le bâtiment à côté, c'est là que nous allons. Je prends le rond point suivant pour retourner sur nos pas et nous entrerons sur son parking, me dit David qui surveille mes réactions du coin de l’œil en guide avisé.

0.JPGJe jette un coup d’œil au bâtiment qu'il indique. Aucune mention indique qu'il s'agisse d'une maison attribuée à la police si ce ne sont cette petite plaque annonciatrice, la grande parabole sur le toit qui doit pouvoir capter les ondes sur une larges bandes, plusieurs objectifs pointés sur tous les angles morts qui observent les entrées et sorties et quelques voitures de polices garées dans le fond du parking.

- Pourquoi à côté de l'OTAN et pas à l'intérieur, il y a plus de sécurité derrière ses barrières?

- J'ignore. Peut-être est-ce parce que notre service police veut être indépendance de l'OTAN.

Sa réponse ne me satisfait pas mais je n'en laisse rien paraître. Dans les deux minutes qui suivent après avoir parqué la voiture, les sécurités ne vont pas manquer.

Le premier sésame de David passe par une préposée qui voit son badge et qui lui fait inscrire son nom et le mien dans un registre.

Je reçois un badge visiteur. Je suis sous sa responsabilité.

A l'étage, nouvelle vérification du badge de David pour entrer dans un nouveau sas.

- Nous voici dans l'antre de la crim scientifique qui est en charge du projet araignée dont Noémie a dû te parler. me souffle David à l'oreille en montant l'escalier.

Ce n'est pas tout, un oculaire permet de reconnaitre l'iris de son œil pour que la dernière lourde porte s'ouvre enfin.

Dès l'entrée, on sent que le stress règne. Chacun est planté devant un ou deux grands écrans d’ordinateurs comme s'il s'agissait de traders en Bourse.

Tous pianotent sur leur clavier à la vitesse de l'éclair pour consulter les lignes de codes qui défilent devant leurs yeux. Moi qui, à l'époque, ne suis parvenu qu'à taper sur mon clavier qu'avec deux ou trois doigt, cela me donne un complexe.

Une série de cloisonnements autour des bureaux et derrière chacun d'eux, une technologie dernier cris.

Les dossiers s’empilent sur les bureaux.

Probablement, affaires résolues d'un côté, affaire en cours de l'autre, me dis-je.

- Ce sont souvent d'anciens ingénieurs hackers dans leur pays qui ne leur offraient que peu d'argent à la fin du mois. Ici, ils sont devenus des contre-hackers bien payés. Viens, suis-moi, on va prendre un café avant de te présenter quelques collègues. Je ne connais pas tout le monde. Il y en a qui sont en mission dans la nature", me souffle à nouveau David à l'oreille comme si on était dans une église.

Allusion à peine voilée que je n'étais pas le premier à avoir bénéficié de la faveur d'être sorti de prison offert par la maison de la police virtuelle.

Dans la cafétéria, un écran de télé transmet des informations en anglais en continu, probablement à partir de CNN.

Devant une des deux machines à café où David m'entraîne, on discute en anglais.

Je comprends qu'il y a eu la mort d'un cycliste belge dans une course cycliste en Pologne. L'accent de celui qui en parle, dénote une langue anglaise du style globish pour en parler a un anglais très guttural. Probablement, un allemand et un belge, me dis-je.

J'avais entendu et vu juste. Dans les secondes qui suivent, David en profite pour me présenter Gabriel, le belge et Dieter, l'autrichien..

David me dit en français, à l'écart des deux dialoguistes, David me dit "chacun connait les prénoms ou leur pseudos, jamais les noms. Moins on n'en sait mieux on se porte en cas de problème".

De l'autre côté de la cloison, un cri perce le silence. 

- Ça y est, je le tiens. Il a mordu, vite il faut capter son IP adresse avant qu'elle ne nous échappe. Il doit faire partie d'une organisation internationale", lance un des gars et tous le monde se retourne vers lui pour aller constater sa prise.

- Allons plus près et je te présente déjà le découvreur de la journée avec les autres qui vont venir voir de quoi il s'agit comme des mouches à merde", me chuchote David avec un sourire narquois. On s'approche mais David change d'avis et m'entraine plus loin.

- Le temps presse. Il va être 10 heures. Allons dans la salle de réunion au bout du couloir. Noémie y commence toujours la session et elle est toujours à l'heure, dit-il encore après avoir consulté sa montre.

Une minute après s'être installé sur les chaises qui font face à un tableau aux côtés de trois autres, Noémie apparait.

Elle est encore plus jolie aujourd'hui que quand je l'ai vue en prison avec son foulard multicolore qui entoure son cou avec son chemisier de couleur pastel entrouvert. Mais visiblement, elle n'est pas là pour les balivernes ou pour parler de sa toilette.

Chacun reste assis. Cela a dû faire partie de sa volonté et, sans attendre, elle prend la parole en anglais.

- Chers amis, pour assurer la confidentialité de cette rencontre et pour ne pas perdre de temps aux autres, j'ai limité le nombre de participants, de petits génies de l'informatique en comptant sur vous pour cette délégation.

Un sourire se pointe sur les lèvres de ceux qui lui font face. Elle me donne le ton enjoué dont elle aime user pour présenter son discours et aussi son habitude de parler en public.

Elle se tourne vers moi après avoir fait un tour d'horizon en ajoutant:

- Nous avons un nouveau aujourd'hui. Du renfort pour les affaires qui touchent l'est de l'Europe. Je vous demande de lui faire bon accueil parmi nous. Il s'appelle Greg et il est d'origine polonaise avant d'avoir passé quelques temps à Paris.

Elle marque une pause pendant que les autres occupants me regardent avec un sourire sur les lèvres.

Elle ne parle même pas de quel genre de temps, j'ai passé à Paris.

Sourire que je réplique avec satisfaction.

Elle embraie immédiatement en choisissant des concepts généraux qu'elle semble m'adresser comme première leçon de manière générique correspondant à ma propre mise en route dans le service alors que tout le monde présent devrait connaitre son discours implicitement.

- Avec la presse sans foi ni loi, avec Internet et les réseaux sociaux, la planète entière a les yeux braqués sur ses dirigeants nuit et jour, rendant leurs déplacements incognito très difficiles et ses yeux viennent de partout incognito. Nous sommes dans une partie de cache-cache avec le salut à rechercher dans la sécurité maximale. Les secrets se doivent de le rester dans les détails de nos projets et aussi sur ce que vous faites dans la vie à l'intérieur de ce bâtiment et lors de vos trajets à l'extérieur. La confiance, cela se gagne aussi dans les détails. Certains d'entre vous, on suivit des cours intensifs de psychologie qui permettent de détecter les agissements de vos interlocuteurs sous le manteau de vos bons services qui pourraient vous attirer dans des pièges. A bord, nous avons voulu avoir tout l'éventail des nationalités qui se doivent d'oublier tout nationalisme mais en utilisant leur expérience du pays dont ils sont originaires pour en comprendre l'esprit, les coutumes et les intégrer dans nos propres projets impliqués dans la sécurité des systèmes. Le terrorisme, il faut se le rappeler est une conséquence d'injustices auxquels nos ennemis se sont appliqués pour nous détruire en exportant leurs ressentiments. Ils sont là souvent pour réveiller notre attention tout en fuyant leur passé trouble. Vos ennemis n'agissent pas seuls. Ils font partie d'organisations qui peuvent être mafieuses, idéalistes ou rentables en vendant leurs services aux plus offrants. Après cette entrée en matière, voyons les progrès de vos affaires respectives.

- Je suis en charge de ce virus "Wiper" que j'ai signalé récemment. Je ne suis malheureusement pas encore parvenu à localiser sa provenance, ni à comprendre ses buts, ni qui tirent les ficelles après avoir envoyé des menaces contre les pays européens. 

- Que pensez-vous qui serait judicieux de faire? Vous faire aider par l'un de nous? Si cette menace reste à ce stade de latence, cela nous donne du temps. Ces menaces sont peut-être inexistantes et ne valent pas la peine de s'inquiéter. En d'autres mots, ce n'est pas encore la crise, mais je compte sur vous pour le découvrir ou que cela le reste toujours. 

- Le problème, c'est que le virus s'il se manifeste et je suis presque sûr qu'il l'a déjà fait, ne laisse aucune trace. Il n'a aucune structure connue. Il apparait et disparait au moment où on le détecte. Il ne donne même pas l'air d'avoir siphonné des informations.

- L'intégrité de nos réseaux est-elle encore suffisante? C'est ça la question à laquelle il faut répondre tout de suite et nous oblige d'y veiller.

- Bien d'accord. Pas courriels perdus, cela ne prouve pas que que nos réseaux sont à l'abri d'un sabotage.

- Il y a peu d'experts avec des compétences en cyberterrorisme et encore en contre-cyberterrorisme en dehors de vous. Dans ce cas, il ne faut pas perdre confiance. David, tu viens d'Israël. Tes compatriotes sont les mieux outillés pour résister dans la cyberdéfense. Prend contact avec tes compatriotes. Ils sont des alliés naturels, dit Noémie en se tournant vers lui.

- La Russie a aussi la meilleure cyberattaque, dit Igor avec un accent russophone.

- Si c'est la cas, ce serait peut-être le moment de retourner ce fantôme qui nous observe avec un effet miroir. Avec des offres à hauteurs de nos ambitions de protection, bien entendu, répond Noémie.

Igor tente de faire sourire et n'y parvient qu'à moitié.

- En effet. Un fantôme, cela se repère avec les chaînes qu'il trimbale au pieds et peut-être de la monnaie forte sonnante et trébuchante, qu'il laisserait choir sur le sol. Y-Un hacker un peu débrouillard peut infiltrer les tables BGP par le le niveau le plus élevé des fournisseurs d'accès de la planète, modifier toutes les adresses de routage et ainsi perturber nos propres moyens de communication pour nous empêcher de pouvoir réagir.. 

- Quel est le rapport avec votre virus? Un FAI ne peut se permettre d'interrompre l'accès à Internet à ses clients. Ils y sont obligés par contrat ou alors ils devront mettre la clé sous le paillasson. Mais nous ne sommes pas des clients comme les autres. Il s'agit de sécurité nationales. Les nouvelles technologies ont rendu l'humanité plus puissante d'un côté et plus fragile de l'autre. Le pouvoir rend faible et vulnérable en perdant la confiance de ses internautes. Si ceux-ci ne veulent pas se faire truander, ils n'ont qu'à se déconnecter de cette toile d'araignée. N'est-ce pas le nom de notre projet global? Alors, entre temps, est-ce un drame pour nous d'avoir à débourser pour débaucher ou une opportunité pour un Russe sous la cuirasse de Poutine?, conclu Noémie avec une philosophie toute personnelle et en faisant rire toute l'assemblée.

Noémie à l'art de retourner la situation à son avantage. Elle me plait de plus en plus.

- Non, mais...

- Il n'y a que les cons qui ne changent pas d'avis en géopolitique. Les réseaux sociaux se sont connectés à des millions d'objets. La pub vante ces objets et nous rend sensibles aux logiciels malveillants et espion. Internet n'a qu'un seul ennemi: la coupure d'électricité sans substituts de compensation. Un serveur attaqué par tous peut ralentir le flux de données et même jusqu'à bloquer le réseau entier. Cela peut servir si les dégâts étaient plus importants que les infos manipulées. Le processus dynamique en place doit avoir des court-circuits quelque part, non?

- Peut-être mais le système cherchera automatiquement un relais sur un autre serveur dans un processus volontairement dynamique.

- Est-ce dire que nous ne pourrions rien faire pour l'empêcher de nuire? Mais je suppose que vous n'avez pas encore jeter l'éponge et que nous ne sommes pas dans cette situation catastrophe.

- Je n'ai pas dit cela. C'est le fait qu'un virus soit dormant, caché et inactif qui accroit le danger et pourrait par routage corrompre les tables de référence et leurs index par une attaque "Distributed Denial of Service", le fameux DDoS, arrive en convertissant les demandes jusqu'à saturation et plus rien en fonctionne.

- C'est exactement ce que je propose de faire quand nous sommes visés. Depuis combien de temps avez vous ressenti une présence virale étrange?

- Ce n'est pas vraiment facile pour vous répondre. Un mois, deux mois... peut-être plus.

- Tant que ça? Tous contaminés?

Igor, prit de court, cherche une réponse plausible comme s'il devait avouer une bêtise de na pas l'avoir neutralisé plus tôt pour finir par dire:

- Le virus est programmé pour infecter tous les nœuds des serveurs., c'est-à-dire par le fournisseur d'accès touché.

- Faudra-t-il vous forcer à répondre: combien sont touchés? Tous?

- J'ignore. Si tous les FAI du pays ont transmis le virus à leurs clients, leurs contacts et leurs appareils, cela signifie que nous ne pouvons rien garantir même si la propagation peut rester limitée, dit Igor en grimaçant après avoir fait un mouvement de moue.

- Alors c'est nous qui pouvons mettre la clé sous le paillasson, casse Noémie..

- Non, cela signifie qu'il reste des objets non connectés à Internet qui pourraient encore fonctionner correctement.

- Mais comme Internet est international et que ces objets non connectés deviennent rares, ce serait la merde généralisée. Je sais que le risque zéro n'existe pas mais la priorité maximale est d'inoculer un anti-virus mortel pour cette bombe à retardement furtif et silencieuse. Pas de rançon à payer. Seulement des dégâts collatéraux à déguster. Si on ne le trouve pas, il faudra trouver celui qui donne le signal à distance pour entrer en action. J'arrête ici. Je ne vous en prie pas, je vous en conjure de me tenir au courant de la suite que vous donnerez. Pour Greg, je pense que cela pourrait être une première leçon et une première mise en route. Du sang neuf, c'est ça qui fait progresser.

La séance est levée.

Noémie quitte la salle sans être arrêtée par quiconque.

- J'ai une étrange impression que le service est mené avec une jolie et fine main de fer, dans un gant d'acier tout aussi trempé, dis-je à David.

- Mais le cœur et le cerveau sont intacts et originaux. Suis-moi. Continuons notre tour d'horizon.

David me présente successivement le français, Robert, l'américain, Bill et le japonnais, King.

Chacun présente son sport quotidien derrière l'écran.

- Pour aujourd'hui, c'est assez. Je vais avec toi pour te présenter notre gars de l'intendance. Tu dois recevoir une avance et une voiture pour tes déplacements. Tu en auras besoin pour te nipper autrement. Dans ton appart, tu as une grande armoire. Ce serait dommage qu'elle reste vide. Demain, tu as quartier libre. Tu te souviens du chemin pour aller te vêtir de manière un peu plus moderne.

- Bien sûr j'ai tout mémorisé. Je t'ai suivis mieux que ton ombre.

- J'espère que tu tireras aussi vite qu'elle, comme Lucky Luck, répond-il en en cherchant pas à savoir si je sais qui est Lucky Luck.

La tournée se poursuit pour faire connaissance avec quelques nouveaux collègues.

Un anglais, un indien, un russe, un américain, un suédois, un français me trouvent sympas.

Mais comment ne pas l'être après un contact qui dure à peine cinq minutes?

Retour à la réception...

- Y a-t-il une voiture de réserve que mon nouveau collègue pourrait utiliser?, demande David à la préposée.

- Attendez, je regarde dans le registre... Non, désolé. Pas avant lundi.

- Ok, tu n'as qu'à prendre un taxi. Je te reconduis chez toi, cette fois, me dit David.

..

06: Entre risques et résolutions

"Un lion ne s'attrape pas avec une toile d'araignée", proverbe américain.

15 octobre 2019:

Deux mois déjà depuis le 15 août qui a vu mon entrée dans cette maison de recherche de hackers et que je me suis intégré dans l'équipe multinationale du "Projet araignée", du "Spider project" comme on dit dans le langage local.

Tout le monde parle anglais dans cette ambiance internationale.

Pourtant, j'ignore toujours qui est derrière cette entreprise qui m'a engagé pour contrer la cybercriminalité.

Qui la finance?

Est-ce le gouvernement belge, l'OTAN tout proche, une ASBL, une ONG...

Rien n'est vraiment clair si ce n'est l'étiquette qu'on lui donne. 

Les quelques semaines depuis mon arrivée à Bruxelles ont passé très vite.

Dimanche dernier, on se croyait retourné en été et, au repos, j'ai été me promener avec David au centre de Bruxelles. Dans l'après-midi, il y a eu des échauffourées avec des écologistes activistes qui ne voulaient pas dégager les rails de trams. On disait depuis que les réactions étaient démesurées pour les autopompes et les gaz lacrymogènes par les flics.

Je n'étais pas loin de le penser, mais je faisais en même temps un parallèle avec notre travail de police pour traquer les arnaques et les pirates et je me révisais mon jugement en conséquence. Les informations qui circulent sur internet ont deux aspects: un bon et un mauvais, et notre rôle était de dénicher les mauvais pour les eradiquer. 

David est devenu un bon copain avec lequel j'avais fait ma première virée en ville.

Je ne le voyais pourtant pas souvent et j'avais profité de sa présence pour l'inviter à boire un verre à l'amitié qui pouvait se terminer par une sortie "diner" all inclusive différente de ce qu'on a dans notre boîte commune.

Hier, il était reparti en délégation, probablement en recrutement d'un nouveau membre pour notre petite organisation ou notre grande famille de chercheurs de bug en tous genres.

Comme celle-ci désirait avoir des membres de plusieurs origines et de nationalités différentes, cela lui occasionnait quelques déplacements en Europe et parfois dans le monde entier.

Je suis sûr que comme ancien, il en connait bien plus qu'il ne dit au sujet de la boîte.

Quand je lui pose des questions précises à son sujet, il dévie les questions ou me répond par une réponse bancale "On ne va pas parler du bureau quand on est en congé".

Je ne veux pas lui répondre, "parle s'en quand on y alors".

Le dimanche n'est pas un jour de congé pour tous, on se relaye la tâche d'observation des réseaux par une présence en trois équipes et trois fois huit heures de jour et de nuit. 

Quelques autres collègues sont devenus un peu copains avec moi mais sans plus.

On ne rie pas souvent dans le domaine des chiffres et le royaume des bits qui transitent par des tubes et des fils impersonnels quand les mauvais coûts viennent de l'extérieur aux moments où on s'y attend le moins.

Dis plus clairement, les problèmes de différences de cultures transparaissent toujours dans nos rapports sociaux.

J'ai appris à les connaitre en m'intéressant à leurs us et coutumes plutôt que par la psychologie de leur comportement personnel qui reste souvent abstrait par manque de liens réels directs.

Et puis, comme je l'ai ressenti, on ne se mélange pas vraiment entre cultures différentes. La complémentarité des cultures n'est pas recherchée. Elle est seulement adaptée aux besoins.

J'ai tout de suite compris que quand on entre dans un tel environnement avec une multitude de nationalités et de cultures au travers des réseaux virtuels comme liens essentiels inter-gallactiques que les amitiés doivent être rares.

La prison m'avait préparé mieux qu'autre chose à cet état.

Entré en religion sous le couvert des rapports sociaux virtuels, on parle un minimum.

Le côté amoureux encore moins, sous pression du hacking.

La combinaison de traitrises qu'on y découvre, ne favorise ni gaieté et ni enthousiasme, mais plutôt un certain excitation pour en trouver les failles dans les systèmes avec "le doigté politique" pour garder une harmonie forcée.

Chacun se doit de concentrer son attention sur les écrans en laissant s'écouler les fils de ses synapses, en en buvant le contenu à petites gouttes et en mangeant les neurones qu'ils transportent à gros débit.

Dans ce monde numérique, l'analogique est oublié. 

Celle qui est notre chef, Noémie n'a pas non plus l'harmonie nécessaire pour construire une équipe dans la pratique de la chaleur humaine en groupe.

J'ai compris qu'elle attend en permanence, les audits à un rythme trimestriel approximatif qui peuvent lui apporter des notes supplémentaires aux yeux de ses supérieurs hiérarchiques.

Arriviste avec son titre ronflant d'Administratrice, elles assument les tâches prioritaires pour assurer des systèmes de sécurité adéquats et à la rigueur, protéger les citoyens lambda dans un absolu théorique.

Garçon manqué et intransigeante, elle avait continué à faire son speech tous les vendredis pour ceux qu'elle appelait dans le bureau de réunions mais pas pour tous et pas en même temps.

Elle suit la tangente des affaires en cours et résume les dernières trouvailles de nos chers hackers qui étaient sensés nous donner du travail de recherche pour correspondre à nos salaire qu'elle considère comme exceptionnel.

A mes yeux, en l'analysant chacun de ses meetings où elle prend la parole et nous laisse débiter nos problèmes, elle a beaucoup perdu de ses attributs de beautés physiques dans son opération déviée de la séduction.

Son accoutrement n'a plus rien de féminin habillée de son jean qui a certainement beaucoup d'équivalent dans sa garde robe ou qui a dû être lavé plusieurs fois en machine automatique. 

Informaticienne, elle-même, elle reconnait les informaticiens par le fait qu'ils sont rarement normaux puisqu'ils se considèrent comme des gourous auxquels rien ne peut échapper et elle en use à fond et sans peur mêlés de reproches.

Aucun psychologue ne percevrait sa cuirasse car elle part du principe selon lequel les besoins vitaux, nourriture, chaleur humaine ne font pas le poids pour contrebalancer l'intérêt à se retrouver devant leur écran.

Intraitable devant le groupe, presque pour ne pas nous heurter, ses habitudes de management sont très masculinisée.

Psychologue, pourtant, elle change complètement de politique dans l'aparté sans plus attaquer de front mais de manière plus consensuelle en contournant nos jugements initiaux pour nous faire découvrir par nous mêmes de nos lapsus qui ne correspondent pas à notre fonction et puis finalement, pour nous rendre encore plus forts en sortant après son passage.

Elle sait que, nous, les "Tekos" purs et durs sont plus proches de leur ordinateur que de leurs congénères, et que nos potentielles aptitudes désordonnées, peuvent se contrer avec sa méthode dure, arrogante et antisociale devant le groupe, mais, avec plus de diplomatie en tête à tête.

Elle nous use avec ses techniques de pèche avec les armes de son charme de séduction féminine et féline à la fois, mais elle relâche l'étreinte en lâchant du lest pour fatiguer ses poissons.

Les membres les plus anciens du groupe font partie de la crème de ses Tekos sur lesquels elles se base car à ses yeux, ils peuvent se marier avec un robot pour témoigner du refus des normes sociales qu'on peut appeler la comédie humaine.

La maxime "diviser pour régner" doit faire partie de son livre de chevet.

J'ai compris son manège et je ne m'y frotte pas ou plus. J'écoute, je prends note et je n'interviens plus en comprenant que nous sommes entrés pieds et poings liés dans l'ère des machines où la sensibilité n'a pas droit de cité.

Les faux geeks sont les premiers qui de guerre lasse, cherchent ailleurs sur les sites de rencontres, l'âme seul qui pourrait les satisfaire sexuellement, sous le contrôle d'algorithmes numériques pour éviter de se tromper.

Cette philosophie de l'irresponsabilité et du culte de la performance, baignent irrémédiablement dans l'ambiance.

Un jour pour tester notre réaction ou nous mettre à l'épreuve, Noémie avait elle-même déclenché une alerte rouge sans nous le dire.

En bons soldats, tous se sont mis à la tâche sans résistance, sans beaucoup réfléchir à ce qui peut être plausible ou non, comme un nouveau chalenge parce qu'ils pensaient l'attaque réelle.

Tous s'étaient investis dans l'opération pour découvrir le véritable monstre du Lockness qui se cache derrière des lignes de code.

Le but intime de Noémie avait été de montrer à tous combien une opération de piratage pouvait être facile, mais c'était une occasion pour elle aussi de démontrer que si on lui attribue des couilles, c'est qu'il faut l'aimer telle qu'elle est, sans tenter de changer un iota à ses convictions de management via ses obsessions de créer un centre de qualité de la mise en pratique de la Théorie Z. 

Moi qui ai l'habitude de vivre seul et sans chef, j'avais pensé que son commandement pourrait me générer des décharges électriques et des orages en latence, une fois le subterfuge découvert.

Non, ce ne fut rien de tel.

Tous avaient trouvé cela normal comme dans les exercices de manœuvres militaires.

C'est à ces moments de stress planifiés que l'on découvre comment on se fait piéger par ce genre de cadres bien élevés, hautement qualifiés, trop honnêtes qui agissent sans se demander ni le pourquoi, ni le comment une telle opération était possible, normale ou non.  

Depuis, je mets en sourdine mes idées un peu folles pour un gars qui se trouve à l'essai et que l'on teste toujours sans le dire.

Il faut que je fasse mes preuves et que j'apporte des solutions inédites pour résoudre les problèmes coriaces sans que cela devienne un esclavage qui réponde au doigt et à l’œil sans réfléchir à un supérieur. Après, il me sera toujours possible d'exprimer mes idées.

La prison m'a appris à devenir fainéant et à rechercher un nouvel outil qui va faire sensation et faciliter mon travail de prospection. 

Sans le dire à personne, je me suis développé les prémices d'un utilitaire que l'on pourrait placer dans la catégorie des logiciels d'intelligence artificielle qui accélère le travail de détection des virus et en détecteurs de bug comme le serait un médecin informatique dans le repérage des programmes malades en relevant les anomalies en provenance de l'extérieur.

Au lieu de remonter la pente des réseaux et serveurs manuellement, mon logiciel le faisait plus radicalement que je ne le pouvais manuellement.

A chaque point de rupture dans la chaîne des serveurs touchés par un piratage, ce logiciel se met à scanner les intermédiaires, avec les tenants et les aboutissants pour remonter la filière de réseau en réseau.

Il n'est évidemment pas parfait et aurait besoin d'un peu plus d'expertises et de tests dans la vie réelle des réseaux, mais cela m'avait amusé comme s'il se présentait comme un jeu de l'oie.

Je n'avais aucune idée de combien de temps, je pourrais me livrer au développement de mon petit jeu de l'oie sans être démasqué avant l'heure, et je m'en foutais.

Au bureau, je remue chaque jour tellement de hackers que j'avais fini par acquérir une conscience ésotérique de ma nature transitoire à tel point que l'informatique n'était plus devenu qu'un symbole virtuel qui fait que plus on passe vite d'une affaire à une autre, d'une abstraction à sa concrétisation que les processus ne me permettraient plus de contrôler sa valeur absolue ou même de sa correcte localisation. Souvent c'est par une recherche en aveugle que commence le travail de repérage.

Les processus de ce travail étaient devenus un peu comme des objets quantiques qui pouvaient se trouver à deux places différentes en même temps.

Dans la virtualité, le vol des informations n'a plus rien de matériel dans son acceptation classique même si la transformation avec le réel est davantage de forme que de fond.

Avec l'avènement du numérique, l'argent que représente les informations enfouies en masse, dont on ne se rappelle même pas l'importance qu'une fois perdue, est devenu si peu matérielle que c'est à se demander s'il existe autrement que sous forme de bips électroniques que l'on suit comme de minuscules points lumineux rebondissant de satellite en satellite à travers l'espace intersidéral.

Ce n'est que lors de certaines échéances que les gouvernements s'inquiètent pour dédouaner et taxer ses citoyens.

Fini les CD, les DVD et autres moyens de sauvetage. Tout passe par les nuages, dans le cloud qui n'oblige plus à sauver ses billes.

Même les clés comme derniers gadgets de sauvetage compressés au maximum, ne permettent plus de départager, de détartrer, ce qui est utile à conserver et ce qui est complètement obsolète rendant le stockage des informations très peu efficace. Certains utilisateurs pensent que les règles de sécurité d'antan sont faites pour être transgressées. Les contrôles d'internet sont inexistants puisque la liberté d'expression est devenu primordial.

Les règles d'usage sont comme les poteaux qui délimitent une épreuve de slalom que l'on transgresse pour ne pas tomber.  

Je me demande ce qui se passerait si le cloud était piraté et deviendrait inutilisable.

Le piratage passe par la prostitution, le trafic d'organes, de drogues, de déchets toxiques, de faux médicaments, d'armes, dans lesquels la corruption, l'évasion fiscale, le blanchiment d'argent font office de lois particulières.

Le cryptage était à la base de beaucoup de processus de transfert d'informations litigieuses qui transite d'un point indéterminé vers un destinataire qui ne l'est pas moinspodcast.

Un informaticienne avait été proposée aussi en test un peu avant mon entrée par David en provenance de France en fin juin.

L'époque pendant laquelle l'informatique était réservé aux hommes, est bien révolue, mais pour une femme réellement féminine cette informatique apporte une touche de sensibilité. J'ai immédiatement entamé un premier contact qu'elle n'a pas refusé.

Peut-être moins jolie physiquement que Noémie, mais tellement plus sympathique et moins calculatrice, j'étais entré en communication avec elle.

Il y a deux semaines, je l'ai invité et nous sommes sortis ensemble à Bruxelles, en bons amis plutôt qu'entre collègues. 

Novice en la manière de séduction masculine, ce n'est pas moi qui allait passer à l'étape suivante.

Huit ans de solitude intra-muros, beaucoup d'expertises dans ce domaine m'avaient changé et m'avait trop endurci le caractère.

Perdu dans mes réflexions, j'ai peut-être attiré l'attention de l'anglais, John qui occupe souvent le bureau en face du mien.

- Tu as l'air rêveur et sans entrain ce soir, m'a-t-il  dit, un jour.

- Peut-être un peu. Je suis sorti en ville hier soir. J'ai envie de rentrer plus tôt. Je ne me sens pas trop bien. J'ai mangé quelque chose qui n'a pas passé.

- Si c'est dû aux moules, tu dois savoir qu'il y a des virus qui s'y cachent. Il faut que tu purges comme font nos "wipers".

- Je sais mais ces wipers-là effacent tout sur leur passage en silence et rançonnent ceux qui s'y laissent prendre par des crampes d'estomac.

- Tandis que les moules te volent dans les tripes et cambriolent ton estomac sans chercher la discrétion. Pourquoi se cacheraient-ils, d'ailleurs? Celui qui a été berné par elles, c'est toi, si tu  n'a pas prévu de médicaments sauve-qui-peut suffisamment anciens, tu te verras obligé de passer chez le médecin puisque des virus ont atteints déjà le niveau de tes tripes.

John s'amuse peut-être à tourner les virus corporels en virus informatiques et je joue dans son jeu ambigu.

- John, je vais devoir rentrer. Les virus informatiques attendront bien que mes virus intestinaux soient liquidés.  

- Pour toi qui a dû ouvrir une moule qui restait fermée, il valait mieux qu'elle le reste car si elle a résisté à la cuisson, c'est qu'elle ne voulait pas mourir et elle te rendra ton estomac inutilisable. Oui, eentre chez toi. Si tu veux qu'on parle un peu de tout ce qu'on fait ici, je te propose de partir ensemble demain soir.

- Ok. Bonne soirée. A demain. Tu m'excuseras auprès de notre chèfe bien aimée.

Cet anglais avait quelque chose de différent.

Quoi? Je n'aurais pu le dire.

Peut-être une attitude que j'avais connu chez Vic et qui s'était inscrit dans ma mémoire.

Peut-être le pragmatisme de Vic que j'avais déjà remarqué à la tâche qu'il distillait dans un champ magnétique par une intelligence impossible à maîtriser dans un courant induit que l'on rencontre chez fort peu de gens.

Un calme indéfinissable se cache derrière la manière de penser de John, avec sa voix douce mais qui comme une grenade, une fois dégoupillée, risquerait de tout faire exploser à la moindre secousse.

Je ne connais évidemment pas tout le monde dans le groupe qui travaille en équipe dans le temps, mais j'ai fait une constatation parmi ceux que j'ai appris à connaitre.

Ils sont tous sans famille, sans épouse et sans enfants.

Cela m'a paru étrange. 

..

07: Halloween se manifeste

Le sommeil n’est pas un lieu sûr.”, Jean Cocteau

Jeudi 31 octobre: Une nuit de sommeil profond aurait pu annihiler tous les effets d'une soirée qui avait été agitée. Ce ne fut pas le cas.

Remonter à la source est devenu mon sport quotidien comme contre-hacker.

Mais, ce matin, je n'en avais pas l'envie. Pas envie de me lever, de me laver. Je n'avais envie de rien.

Pas à dire, depuis que je suis au boulot à rechercher ces cybercriminels est devenu plutôt lassant.

Bien sûr, il y a des experts en la matière qui espèrent se faire payer pour obtenir la restauration des fichiers perdus par les utilisateurs qui n'auraient pas mis leur ceinture de chasteté et puis fier comme Artaban, annoncer de les avoir mis en hors d'état de nuire.

Cela pouvait-être de jeunes étudiants en informatique ou des organisations plus structurées et même étatiques.

Les plus vulnérables sont évidemment les premières victimes qui font semblant de connaitre l'informatique et le numérique sur le bout des doigts sans reconnaître qu'il faut parfois couper les ongles devenus trop longs pour taper sur le clavier de la machine.

Les virus les plus dangereux sont évidemment ceux qui ne font pas parties décrits dans les bouquins d'initiation à l'utilisation d'Internet bien loin des captchas qui font partie de la famille de tests de Turing permettant de différencier de manière automatisée un utilisateur humain d'un ordinateur pour vérifier que l'utilisateur n'est pas un robot..

L'illectronisme va bien au delà des "espérances" en agissant en "self-serf vice"..

Vic m'a toujours dit "Avant d'entreprendre, calcul le risque et la rentabilité d'une opération quelconque".

A son époque, je ne l'ai pas fait suffisamment et cela m'a coûté presque dix ans de taule. 

Les pirates informatiques qui réussissent leur coup, se font des millions de dollars chaque année par l'intermédiaire de l'imagination la plus fébrile.

Notre cheffe Noémie ne cultive pas la haine parmi ses troupes, mais cachée sous des attitudes masculines de garçon manqué, son potentiel notoire d'inimitié est bien présent.

J'ai compris qu'il vaut mieux l'éviter pour ne pas devoir subir ses remontrances.

Personne ne sait ni où elle vit, ni comment en dehors du bureau.

Le soir, elle part sans manifester son départ par un "au revoir".

L'attirance qu'elle obtient des autres, n'est que physique lié avec une fausse séduction via des fesses dans des jeans trop serrés, un chemisier déboutonné intentionnellement limité au début du creux de ses seins et de la vision de l'ondulation de sa croupe sans pouvoir y toucher.

Au bureau, j'ai une fenêtre devant les yeux et cela me permet d'apercevoir tous les déplacements organisés devant l'OTAN.

En semaine, les déplacements sont nombreux tandis que lors du weekend, c'est le désert assuré.

Les situations d'exception ne manquent pas à la suite de l'actualité fébrile du côté des blocs géopolitiques mêlant les tweets de Trump aux rebondissements sans fin autour du Brexit en passant par d'autres conflits dans le monde.

Je reste souvent dans mes pensées à me demander rêveusement comment le monde pouvait tourner aussi rapidement, comparativement aux jours, aux heures qui se trainaient lamentablement en prison d'où je suis sorti il y a à peine quelques semaines.

Dans mon studio, je reste souvent seul avec mon petit écran devant les yeux.

Parfois, j'ai la visite ou je suis invité par un ou deux colocataires indiens sur le même palier quand chez eux, c'est la fête, une fête qui arrive plus souvent que pour les occidentaux.

Il suffit de lire le nombre élevé des étiquettes aux noms exotiques, collées sur les boîtes aux lettres de l'entrée dont on ne prend pas le temps pour les renforcer par des plaques métalliques. Les informaticiens indiens sortent tous les ans des écoles de Bengalore au besoin au forceps.

J'avais opté pour un petit véhicule pour me déplacer mais souvent, j'utilise le vélo Uber qui se trouve généralement devant l'immeuble. Et comme il fait beau mais froid, je l'ai pris pour me rendre à ce que j'appelle maintenant ma deuxième piaule qui occupe mon temps et qui remplace la taule d'avant.

Elle m'amuse vraiment cette ressemble des deux mots.

J'ai reçu en prêt un Netbook ou plutôt d'un Smartphone au dimension d'une tablette pour rester en contact, disponible en cas de problème. Mais ce dernier est resté muet pour tout ce qu'il le concernait dans cet objectif.

La présence de nuit au bureau est tout à fait sporadique.

Et, ce matin, comme d'habitude malgré ma flemme, je me suis levé, lavé et je me suis rendu à la base de nos recherches de vilains cocos.

- Partons ensemble à 09 heure pour prendre les croissants du matin. Je connais un petit endroit où ils en préparent de délicieux. Rien de très folichon à se farcir pour le moment. Les gens se prépare pour se remémorer leurs ancêtres au cimetière. Je t'invite, me dit le collègue anglais, John.

- Ok.

John est le parfait british dont il ne manquerait que le chapeau boule, pour compléter le tableau.

Déjà,  dans la voiture, John embraye sa conversation.

- J'ai appris tes antécédents judiciaires et le fait que t'as purgé dix ans de taule mais j'en n'ai rien à cirer. Tes bouquins que tu as pu lire pendant tes années de taule sur le sujet et notre métier, ne valent rien.

Il s'arrête quelques instants en me regardant pour constater mes réactions.

N'en décelant pas, il continue.

- Ce sont les concepts qui se cachent derrière le numérique, sont seuls à prendre en considération n prenant du recul.

- Dois-je prendre des notes?, dis-je avec un sourire ironique.

- Tu peux, mais non, ce ne sera pas nécessaire. Si tu sais écouter avec ton cerveau que je sais réceptif, la première chose que tu dois apprendre c'est à penser comme un ordinateur. Ceux qui ne seront pas capables d'emboîter ce pas de la révolution technologique et à ses concepts de base s'apercevront tôt ou tard que c'est eux qui sont devenus obsolètes et se faire piéger. Les techniques sont dépassées par l'époque qui comptent en micro-secondes.

John, au fur et à mesure qu'il débite ses idées, commence à décortiquer les sujets les plus complexes, en les clarifiant comme si c'était de l'eau de roche.

On arrive au petit endroit comme dit John.

Le petit-déjeuner arrive plus vite que je l'ai pensé avec la tasse au chocolat, annoncé comme spécialité de la maison.

- As-tu déjà étudié les cryptogrammes?, me demande-t-il.

- Un peu. C'est ce qu'on appelle l'art du secret. Il devrait être la base dans notre service, non? Pour vivre heureux vivons caché, m'a toujours dit mon copain Vic que j'ai malheureusement mis hors service et cela m'a valu ces dix ans de taule. C'est encore la seule manière de rester libre dans le meilleur des mondes. 

- Tu sais, c'est interdit d'utiliser des outils de cryptages comme PGP par exemple. Pretty Good Privacy. PGP est un système de chiffrement hybride, impliquant notamment une combinaison des chiffrements symétrique et asymétrique. C'est une excellente attitude si on peut la tourner à son avantage.

- Nous sommes là pour le déchiffrer quand ce n'est pas à notre avantage de le faire.

- Ouais, mais cela est loin d'être simpliste. Il faut autant de temps pour créer un vrai virus que pour le détruire et c'est loin d'être court J'étudie l'art du secret depuis si longtemps, codage, décryptage du renseignement, espionnage que j'ai fini par aboutir à une conclusion évidente qu'aucun secret ne résiste à la clairvoyance, si bien gardé qu'elle soit quand on a le temps nécessaire pour le faire. Le problème, c'est l'excitation que cette clairvoyance procure avec la promptitude avec laquelle nous sommes obligés d'y répondre, c'est dire que le créateur a toujours un longueur d'avance. C'est comme la vérité a des propriétés divines qu'il faut savoir reconnaître par un don inné du créateur et pas par un talent qui peut s'acquérir avec le temps pour le décodeur.

- C'est là tout le défi, non?

- Toute ma vie, j'ai recherché les défis. Je suis plus âgé que toi et je n'ai pas toujours exercé le job que nous exerçons ensemble aujourd'hui. Pour découvrir ce qu'est un défi, c'est quand tu en découvres un vrai. Un dur qui s'obstine à te rendre la vie amère. Un qu'on ne prévoit pas, qu'on ne peut prévoir parce qu'il n'a pas encore existé vraiment. 

- C'est évident. Il faut du hasard pour vivre.

Je lui répond cela ne sachant quoi répondre et où il veut arriver.

- Je ne suis jamais à considérer comme altruiste quand je consacre mon temps à une entreprise. A chaque fois, j'entends recevoir autre chose en échange et je ne veux pas te façonner à mon image même si je joue au Pygmalion.

- Pygmalion? 

- Je n'ai jamais cherché à découvrir l'âme sœur. J'ai fait du hacking sur plusieurs plateformes pendant des années. Je n'ai jamais été pris pour l'avoir fait. Comme toi, j'ai gagné à chaque fois parce que j'imaginais les moyens que le camp adverse avait à sa disposition pour me prendre à mon jeu. Puis un jour, fortune faite, je me suis amendé et j'ai changé de camp. Tout simplement. J'ai proposé d'offrir mes services à cette boîte puisque j'en connaissais pas mal de filons.

- J'ai connu cette époque, comme toi. Le hacking se limitait aux ordinateurs qui ne remontaient pas aux serveurs eux-mêmes comme j'ai pu l'apprendre. J'ai fait partie des pionniers du hacking. Si c'est ça être Pygmalion, j'en suis un aussi.

- Tu te souviens du 16 août et du virus qui avait été détecté mais était resté latent sans laisser de trace.

- Oui, bien sûr. C'était mon premier jour en entrée de service. On retient toujours ce genre de moment-là.

- La date avait-elle été choisie au hasard? Il y a des dates bien plus dangereuses. Nous sommes cette fois le 31 octobre. C'est tout autre chose.

- C'est le jour de Halloween et aussi le jour où le Brexit devait avoir été effectif avec ou sans accord. Et alors?

- Et alors? C'est en effet, un jour que l'on pense associer à cette plaisanterie enfantine de Halloween.

- Rien à voir avec le hacking, donc.

- Détrompe toi. Dans le hacking et le piratage, cela peut être tout autre chose. Il y a deux ans, j'ai connu un enchaînement d'événements disons "malheureux" se présentant autour de cette date. Cela a commencé par des choses anodines. Des inconvénients sans plus. Les caisses enregistreuses du supermarché étaient restées en panne. Mon écran restait résolument noir, muet pendant un temps limité avant de revenir à lui un peu plus tard après avoir relancé le bécane. J'ai dû proposer de payer en argent liquide parce que la machine enregistreuse de la caisse où je me trouvait était déconnectée. En sortant, les feux de signalisation clignotaient sans aider la circulation. Un ascenseur en sortant de chez moi ne fonctionnait pas. La télé et le téléphone, HS. Je me suis dit qu'il devait y avoir un problème important dans le quartier. Mais, j'ai fait comme si de rien n'était, j'ai attendu que cela se passe et revienne à la normale. Je n'ai jamais su s'il y avait eu une relation de cause à effet entre tout cela. Ce fut une fausse alerte, tout était revenu comme avant dans la journée, sans aucune explication.

- Cela a dû probablement être des concours de circonstances. Tu sais la loi de Murphy dont j'ai lu quelques éléments, je n'y crois pas vraiment.

- Peut-être. Mais, il y a des coïncidences qui...

Sa phrase s'arrête nettte par ces mots au moment où nos deux portables se mettent à sonner presque en même temps.

- Revenez, on a besoin de vous au bureau. Tout le monde présent est sur le pont.

- Que ce passe-t-il?

- On vous expliquera à votre arrivée. Ce serait trop long de devoir le dire au téléphone. Surtout ne semblez pas trop inquiets.

Comment paraître inquiet quand on ne connait pas la raison pour l'être.

Le déjeuner n'est pas terminé.

Nous prenons le chemin de retour comme si nous étions des pompiers en service dans l'urgence.

A l'arrivée dans le bâtiment, rien de précis qui justifierait une panique quelconque.

Tout semble fonctionner à merveille.

Rien de ressemblant avec ce qu'avait raconté John, il y avait seulement quelques minutes.

Je laisse John me précéder, sensé avoir plus d'expérience vu son ancienneté dans la boîte.

Dès que les sas successifs sont franchis, il y a pourtant une effervescence inhabituelle qui règne dans le saint du saint.

Des petits groupes se sont formés comme s'ils regardaient un match de foot, avec les yeux rivés sur les écrans, entourant à chaque fois, l'un des collègues avec le clavier sous des doigts agités.

Mais cela n'a rien à voir avec du foot. Cela génère un stress mêlé d'adrénaline. Une image fixe apparait sur les écrans. Une même image que je n'avais jamais vue et qui est signée "Anonymous".

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Sous l'image, il est écrit:

Nous sommes Anonymous.

Nous savons qui vous êtes mais vous ne savez pas qui nous sommes.

Nous sommes partout. Nous sommes universels.

Ne cherchez pas à nous découvrir.

Nous sommes au 90ème anniversaire du krach du 24 octobre 1929 et du 32ème anniversaire du krach d’octobre 1987.

Vous y avez réagi plutôt mollement.

Ce qu'a dit Greta Thunberg à l'ONU, vous indiffère.

Le bien-être des gens se détériore et vous vous en foutez.

Vous les surveillez pourtant et vous ne voyez pas leurs problèmes.

Cette fois, vous allez sentir les effets des situations que vous avez engendrées.

Depuis quelques temps, vous êtes infectés par un virus dormant.

Il est planifié pour agir par des actions désordonnées dans le temps et dans l'espace.

Il peut s'étendre comme une tache d'huile.

Il passera par des demandes de rançons, mais de cela vous en connaissez les ficelles.

Cela passera par ce dont vous n'avez pas encore imaginé les effets.

Tout peut être impacter à n'importe quel moment.

Nous vous en laissons la surprise à votre imagination.

N'essayez donc pas de décoder ce virus, de chercher une clé ou un mot de passe pour annihiler ses effets.

C'est plus sophistiqué.

Il demande un codage spécial comme contre-poison.

Cette coupure qui ne durera qu'une heure n'est qu'un avant goût.

Préparez-vous si vous le pouvez

Dans quelques minutes, tout va revenir comme avant.

Mais nous n'aurons pas disparu pour autant.

Joyeux Halloween...

A partir de maintenant, tout peut vous arriver...

 

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Du coin de l’œil, je vois John qui surveille mes réactions.

C'est comme s'il avait eu une prémonition de ce qui nous arrive.

Il y avait longtemps qu'Anonymous ne s'était pas manifesté avec le masque de Joker, il n'avait pas changé d'avatar, alors qu'il aurait pu le faire pour faire moderne....podcast

Les questions fusent.

- Avez-vous déjà essayé de relancer la machine?

- Oui, répond l'un.

- Avez-vous rechargé un sauvetage plus ancien.

- Oui, répond l'autre.

Le virus doit déjà être entré dans le système depuis longtemps, si pas très longtemps.

Non découvert, il a été entraîné lors des sauvetages quotidiens.

Recharger une version très ancienne pourrait faire perdre tout ce qui a été réalisé depuis lors.

Tout à coup, tous les écrans se sont remis à fonctionner normalement comme si rien ne s'était passé.

Quand est-ce que ce virus va-t-il se manifester?

Jusqu'où ira-t-il?

A qui passer la tâche pour répondre cette peur sourde d'un futur qui ne dit pas ses objectifs?

Heureusement que “La peur est la sœur de l'imagination.”, comme disait quelqu'un.

..

08: Armistice ou crise?

La crise d'hier est la blague de demain.”, Herbert George Wells

Lundi 11 novembre 2019, 12 heures:

Nouveau jour de congé pour célébrer l'armistice qui a été signé il y a 101 ans.

Jour de repos qui prolonge le weekend pour la plupart.

Pour nous, toujours alternativement de garde au poste, c'est à moi que revient l'honneur avec trois autres collègues souvent jeunes, d'être présents.

Honneur vite accepté puisque je n'ai pas de famille à la maison.

Souvent parmi eux, je me suis senti un peu vieux jeu alors qu'ils avaient des méthodes très expéditives.

Tout est calme.

Le temps sera à la pluie après un dimanche ensoleillé pendant lequel j'ai eu l'occasion de me balader en ville à bord d'un vélo électrique Uber qui était devant chez moi.

0.JPGJ'aime cet atmosphère cosmopolite de la Grand-Place très différente de ce que j'ai connu dans mon pays natale. J'ai pris quelques photos dont une qui montre un jeune qui présente une série de photos à des plus jeunes encore, en demandant ce qu'ils y voyaient.

Le soir, je regardais le feuilleton "Unité 42".

C'est un peu le même rôle que nous avons mais sans avoir d'armes à notre disposition.

Aujourd'hui, sera-ce le calme avant la tempête?

Qui sait... Un jour de congé pendant lequel nous ne sommes pas nombreux, ce ne serait pas le bienvenu....

Ce lundi, j'ai quitté mon studio, il y a déjà 6 heures. Il faisait encore noir.

Je m'apprête de descendre et d'aller boire un café à la cantine de la police et à chercher quelque chose à manger sur le pouce, un cannibale ou un ou deux pistolets, comme ils appellent cela ici, quand tout à coup, nos écrans allumés s'éteignent ensembles.

La même image que nous avions vu le 31 octobre réapparait avec un autre texte:

0.JPG

Nous sommes Anonymous.

Nous fêtons aujourd'hui le 101ème anniversaire de l'Armistice..

Une nouvelle fois, vous y avez réagi plutôt mollement à notre premier message.

Votre mollesse va vous coûter quelques désagréments personnels.

Vous êtes toujours infectés par un virus dormant.

Planifié pour agir par des actions désordonnées dans le temps et dans l'espace.

Mais je ne répète pas ce que j'ai annoncé.

Cette fois, nous passons à la deuxième phase.

Vous avez pu constater votre vulnérabilité lors de notre première intervention.

Cette fois, il s'agit le virus va devenir un "wiper".

Lequel?

Qu'aura-t-il détruit?

A vous de le découvrir.

Bonne recherche pendant cette période de paix et d'armistice...

L'émotion de la journée de Halloween revient sur nos visages.

Nous nous étions préparé à n'importe quoi mais pas à un "wriper"  dont l'attaque efface tout ou partie sur son passage. 

Un wiper nous en connaissons les effets.

Après son action, il n'y a plus rien dans les appareils connectés, routeurs et modems sur ce que le virus aura choisi de détruire.

Les serveurs pourraient ne plus être que des coques de noix vides.

En général, ce genre de programme malveillant ne sont pas conçus pour éliminer les données mais pour ne plus permettre de les atteindre par les utilisateurs. Il entre par les failles du système sans être vu.

Discret, quand il est repéré, c'est déjà trop tard.

Il ne recherche pas la discrétion après son forfait en rendant otage ce qui peut encore rester pour le constater.

Les questions-réponses commencent à fuser rapidement d'un interlocuteur à l'autre avec un peu de panique dans les regards et dans la voix

J'ai presque difficile à suivre d'où viennent, de quel auteur, les questions et les réponses se propagent comme une réaction nucléaire par fragmentation.

- En principe, l'objectif de ce genre de hacking, c'est de soutirer de l'argent.

- Oui, mais ici, il n'en est pas question puisque dans le message et il n'est pas fait mention de rançon en échange de la restauration des données perdues.

- Aucune demande de rançon, en effet. C'est ça, le plus étrange.

- Les raisons sont plus profondes en nous laissant douter de notre mission, de son utilité et de ses chances de succès.

- Leur virus effaceur a semble-t-il été furtif et silencieux. On n'a rien détecté malgré nos recherches depuis dix jours.

- Qu'espèrent-t-ils alors? Que nous faisions la pluie et le beau temps pour des écolos, que nous effacions toutes les tares du monde?

- Peut-être pas. Plus profond, cela veut dire que notre civilisation fait fausse route. Cela peut-être une infiltration à grande échelle.

- Rappelez-vous de la première menace, il y a aussi la propagation de la tache d'huile.

- Nous avons des sauvetages pour des cas pareils, non?

- Oui, bien sûr. Mais ce n'est évidemment pas globalisé sur le cloud comme le font les utilisateurs lambda pour aller plus vite. Le cloud est à la mode pour les entreprises et pour les particuliers pour l'assurance de leurs données. Ce serait trop dangereux pour nous car on ne connait pas qui détient les clés de ce cloud, si ce n'est que l'on sait que les Américains, les Russes ou les Chinois s'y cachent.

- Qu'avons nous comme autre solution dans ce cas?

- Il nous faut d'abord nous rendre compte de l'étendue du problème et du désastre s'il y en a un,  pour limiter la restauration de ce qui est perdu pour gagner du temps. Une restauration complète va nous prendre des heures avec les sauvetages quotidiens et une nouvelle coupure qui permettrait à d'autre hackers de sévir sans pouvoir réagir. Dans le fond, c'est ça la finesse de leur processus de perturbation: nous ralentir en chômage technique.

- De plus, les sauvegardes ne sont d'aucun secours si l'infection y est déjà introduite depuis longtemps.

- C'est vrai. Il peut avoir migré comme un véritable virus dans des endroits sains comme une bombe à fragmentations, à retardement une fois explosée.

- Mais, elle n'est peut-être pas encore en action véritablement. Cela peut être du bluff et une menace qui nous aura fait perdre un temps précieux.

- Tu as raison. C'est ça tout l'art d'Anonymous. Nous pousser à faire du sur-place et tourner au ralenti. Nous faire peur en s'étant caché dans nos appareils et en attendant encore un autre signal pour entrer en action.

- C'est le grand art de la suspicion.

- Tout passe depuis qu'Internet et le numérique ont pris l'avantage par la dépendance sur les opérations manuelles et humaines.

Après le temps mort fixé sur cet écran noir avec les texte des Anonymous, voilà que l'écran de contrôle habituel revient. Le système s'est rechargé automatiquement.

Rien ne semble avoir changé à première vue.

Quelques manipulations fonctionnent et permettent peut-être de se rassurer prématurément.

- Assez philosophé. Les minutes qui suivent vont être très occupantes.

- Attention. Ce n'est peut-être pas uniquement nos écrans qui seront perturbés.

- Explique-toi.

- Je veux dire que si nos ordinateurs et nos logiciels sont hors d'usage mais que comme tout devient de plus en plus relié, couplé, connecté par des fils invisibles qui agissent plus ou moins en réseaux virtuels, cela pourrait caché d'autres problèmes. Quand l'électricité cessera de fonctionner, les ascenseurs ne fonctionneront plus. Ce sont les trains et les bus qui tomberont en panne et rendront les télévisions  HS. Même la distribution d'eau pourra être perturbée avec toutes les autres "futilités" du genre.

- Cela pourrait être plus qu'une coïncidence, répond John en cliquant un œil de mon côté.

Je ne lui rends pas.

- Un virus effaceur furtif et silencieux dont on trouvera les effets quand la coupure sera rétablie, ajoute-t-il.

- L'infiltration à grande échelle pourrait nous faire perdre énormément de temps par une restauration du système complet", dit un autre.

- Encore faudra-t-il déterminer ce qui a été conservé sur les routeurs pour ne pas devoir le faire et gagner un peu de temps. Nous avons un sauvetage journalier avec uniquement les modifications. Pas dans le cloud. Trop vulnérable.

Le souvenir du 31 octobre et de l'arrivé subreptice d'Anonymous est gravé dans nos mémoires et a laissé un goût amère sur les heures que cela nous avait couté pour tenter de remonter la filière à travers les réseaux.

Orienter les recherches en fonction de ce qui était dit dans le message.

Était-ce une action directe des écologistes qui avaient décidé de passer à la vitesse supérieure dans une désobéissance plus dure?

Des Gilets jaunes passés au rouge?

Les coups de fil chez des collègues étrangers n'ont pas manqué pour savoir si eux n'avaient pas reçu un tel avertissement sur la présence d'un virus programmé pour se manifester à des moments qu'il aura décidé.

Rien. Nous étions les seuls. Nous étions visés.

Nous sommes près de l'OTAN au centre de l'Europe, une première raison qui nous est venue à l'esprit pour avoir été choisi comme cible.

Depuis ce 31 octobre d'Halloween, rien ne s'est passé et nous restions attentistes sous les ordres de Noémie qui nous imposaient plus de vigilance que d'habitude.

Heureusement que je ne suis pas marié, ma vie de couple en aurait déjà pris des allures de bois brûlés suites à mes absences.

Notre dernier meetings avec elle a eu lieu le 1er et le 8 novembre comme d'habitude.

Elle nous avait à nouveau fait le sermon de la bonne du curée qui nous pousse à tenir bon et de continuer à rechercher ce virus latent et à identifier celui ou ceux qui se cachaient dans la gamme des redresseurs de torts.

Il y a eu comme d'habitude des personnes qui nous contactent mais pas en direct plutôt par l'intermédiaire des flics de l'étage du dessous qui quand ils n'ont pas envie de chercher nous retransmettent la patate chaude happée par un branleur qui tentait de pomper leurs infos par l'intermédiaire de mail et de tellement connu l'hameçonnage, le "fishing". Réponse habituelle qu'on leur faisait de ne plus répondre à des questions trop personnelles et de bloquer les comptes à la banque et peut-être en plus de quitter Facebook pour se faire oublier.

Dans ma période de vie pré-carcérale, les virus malveillants, je les introduisais avec Vic dans les ordinateurs des utilisateurs non protégés par des anti-virus.

Quand ils en avaient un, celui-ci ralentissait encore plus le processus que sans son remède et se remarquait facilement.

Aujourd'hui si les virus procèdent de la même façon, ils sont moins vite repérés vu la puissance accrue des processeurs d'ordinateurs et agissent plus discrètement.

D'ailleurs, comment distinguer les publicités tellement nombreuses qui s'introduisent dès l'appel d'un mot, d'une phrase recherchée attaquée ensuite par des adwares?

La question principale à se poser: "Sont-ils inoffensifs quand on clique sur l'un d'eux pour avoir son complément d'information?"

Il est toujours possible de le court-circuiter et de remplacer la pub, l'offre alléchantes par une fonction moins anodine à l'aide d'un bête code de quelques lignes.

Les hackers ont beaucoup d'imagination et toujours une longueur d'avance sur les modifications à apporter aux antivirus.  

Mais cela, c'est tellement courant qu'on ferait bien d'enregistrer les réponses pour gagner du temps.

Les problèmes avec les civils de la population intéressent plus la police demandant une enquête, étaient transférés chez eux à l'étage du dessous.

Nos enquêtes sont plus relatives aux relations internationales que locales et donc plus complexes.

Le jeune blogueur qui fait trembler par une blague, ce n'est pas pour nous. 

Je ne pensais même pas à tout cela, quand j'étais hackeur moi-même dans une autre vie.

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09: Un Black friday pas comme les autres

Qui rit vendredi, c'est toujours ça de pris. Qui pleure vendredi, dimanche ne saura quoi faire.”, François Cavanna

 

Vendredi, 29 novembre

Aujourd'hui, je suis au poste comme d'habitude. Il fait sec, lumineux et 8°C au dehors...

Depuis le 11 novembre, je ne sais si c'est nous qui avons pris le taureau par les cornes ou si c'est Anonymous qui s'est amusé avec elles.

Beaucoup de recherches, de comparaisons des situations des machines avec leurs installations plus anciennes pour trouver ce qu'avait pu engendrer comme dégâts Anonymous. 

Les antivirus se sont mis à travailler sans relâche à la recherche de ce qui avait disparu ou simplement changé...

Ce fut rien ou presque rien, en tout cas, rien de vital pour les installations à part une directoire qui n'existait plus.

On n'était même pas sûr que ce ne soit pas l'un d'entre nous qui avait procédé à un nettoyage intempestif.

Dix heures du matin, dans un scénario devenu bien connu, nos écrans s'éteignent et le texte suivant apparait. 

0.JPG

Nous sommes Anonymous.

Cette fois, nous avons constaté qu'en Belgique, vous êtes passés à la vitesse supérieure.

C'est le "Black friday" alors que nous préférons "Green friday"

Vous avez mis le site Amaq hors d'état de nuire...

Et vous envoyez votre ex-Premier à l'Europe

Ce que cela va changer, on verra...

Nous avons rectifié nos plans de petits désagréments qui ne sont que temporels.

Nous avons planifié des actions désordonnées et sporadiques dans le temps et dans l'espace.

Nous ne répétons pas ce que nous avons annoncé.

Nous avons seulement une surprise à soumettre à votre imagination

Une vidéo dans laquelle vous verrez quelqu'un que vous connaissez bien.

Cette personne est notre invitée pour consommer un maximum jusqu'à épuisement

Elle sera bien traité à nos frais comme il se doit.

Cette nouvelle coupure dans vos activités ne durera qu'une heure

Vous aurez ainsi la possibilité de la revoir à loisir en cliquant sur le bouton annexé autant de fois que vous le désirez.

Nous espérons que vous continuerez avec le bon-sens.

Pressez le bouton ci-dessous...

O

L'émotion revient sur nos visages.

C'est vrai Interpol et notre service ont contribué au hacking de Amaq.1.JPG

Nous nous étions préparés à n'importe quoi en réponse par les djihadistes mais pas vraiment à une vidéo.

John clique sur le bouton et on voit une dame avec une cagoule sue le visage.

Derrière elle, quelqu'un dont on ne voit pas le visage à un bras et une main qui s’apprête à lui ôter la cagoule.

Il le fait d'un coup brusque et la surprise est énorme de découvrir Noémie avec les yeux perdus redécouvrant la lumière.

Elle a un bandeau sur la bouche pour éviter quelle fasse autre chose que de regarder la caméra qui doit être devant elle.

Une voix trafiquée se manifeste et qui dit "Vous voyez ce que l'on peut faire de moins virtuel que sur écran. Notre menace n'est pas à sous-estimer. Ne vous inquiétez pas. Votre cheffe va être libérée dans quelques jours. Elle ne risque pas plus que de devoir partager notre nourriture de merde pendant ce temps court. Elle au moins ne participera pas au Black friday. Elle sera libérée mardi. Repassez cette vidéo pendant l'heure qui suit. Enregistrer là, si vous le voulez. Vous ne découvrirez rien de plus qu'un mur blanc. ".

Noémie bouge la tête. Ses yeux sont terrifiés.

Chacun se regarde dans le bureau interloqué en espérant trouvé une réponse à une question chez l'autre: "qu'allons-nous faire maintenant?".

Nous n'avons qu'une heure avant que tout redevienne comme avant.

David réagit le premier en lançant à son collègue à l'écran:

- Sauve la vidéo. Pas sûr qu'elle donne beaucoup de renseignements sur l'endroit où elle se trouve, mais sinon on n'a rien. Ses kidnappeurs ont manifestement bien préparé leur coup et la mise en scène pour qu'on ne reconnaisse rien.

- John va chercher immédiatement quelqu'un de la police à l'étage du dessous. Cette fois, ce n'est plus notre job mais celui de la police.

David est le chef en second et ses réactions sont naturelles.

Nous n'avions pas mis la police dans les deux coups précédents d'Anonymous, mais cette fois, un enlèvement concret est plus grave que dans la mission virtuelle dont nous sommes chargés.

Il faut impliquer qui de droit. Nous n'avons pas d'armes ni de brassard dans notre service.

A part David peut-être, personne ne connait l'adresse où vit Noémie.

Un peu plus de cinq minutes suffisent pour qu'un chef de la brigade de police suivie de John apparaisse à l'entrée du bureau.

J'ai comme l'impression que c'est la première fois qu'il s'y introduise.

- Remontre la vidéo au major Vander Taelen. Je suppose que la vidéo est sauvée mais puisqu'on a le temps de la voir en direct", lance-t-il.

Celui-ci, avec un accent flamand, lance à l'adresse de David.

- C'est la première attaque de ce genre dont vous êtes victimes?

- Oui et non, nous avons déjà reçu deux attaques de Anonymous, mais nous avions considéré que nous étions assez nombreux pour y répondre. Il ne s'agissait que de menaces concernant ce qui se passe dans le monde. Vous savez les détraqués qui veulent faire sauter la planète, sont traitées en affaires courantes comme notre gouvernement", en finissant par un sourire narquois.

- C'est une erreur, vous auriez dû nous avertir. On aurait pu vous aider.

- Qu'auriez-vous fait de plus. Regardez, nous avons fait à chaque fois, une photo de l'écran qui nous avait perturbé pendant une heure seulement.

- Belle vidéo, explicative et encore pacifique quand on se rappelle que lors de cas de terrorisme de Daesh, ce n'est pas avec une cagoule sur la tête, mais une mise en scène de mort violente que nous avons pu voir. Vous nous appelez quand c'est déjà trop tard, d'après ce que je comprends.

- On ne va pas refaire un nouvel épisode de la guerre des polices, Inspecteur. Nous ne sommes pas habilités à détenir d'armes. Notre job se situe au niveau des liens de réseaux internationaux et pas des travaux de polices locales. C'est à vous de reprendre la relève comme c'est le cas dans l'autre sens dans d'autres cas. On ne vous cède pas le bébé. On désire de se partager le boulot. Je suis sûr cette fois que ce ne sera pas le dernier épisode des virus de nos chers Anonymous, même si l'on n'a rien découvert de dramatique. Je suis le patron en second après notre cheffe qui se trouve sur la vidéo.

Visiblement, David est de plus en plus sur les nerfs et le major devient plus doux.

- S'ils tiennent paroles, vos kidnappeurs vont remettre votre cheffe en liberté et peut-être saura-t-elle nous donner plus d'informations à son retour.

- J'espère que votre pensée de la situation sera réalisée.

- Vos kidnappeurs ont dû laisser des traces de leur forfait. Je suppose qu'ils ont dû observer les déplacements de votre cheffe et qu'ils ne sont pas loin. Je lance des recherches par la vision des enregistrements des caméras de surveillance.

- Merci, major. Nous chercherons de notre côté sur le plan de la virtualité.

La conversation s'arrête ici.

Il est clair que ce n'est plus une affaire internationale dont il s'agit.

Les ennemis sont trop proches et leurs revendications se précisent.

..

10: Opération "Coyote"

“Qu’il est curieux que la frayeur soit si souvent causée par l’inattendu !", Théodire Roszak

Vendredi, 13 décembre

Ce matin, je ne sais pourquoi, je me suis levé fatigué.

On annonçait de la pluie à Bruxelles et de la neige dans les Ardennes.

J'ai eu l'envie d'écouté la radio.

A Bastogne, on parlait du 75ème anniversaire de l'Offensive des Ardennes du 13 décembre 1944.

Je ne connaissais pas cet épisode glorieux qui avait relancé la guerre de manière inattendue par Hitler alors que pour les alliés, la guerre était bouclée, finie et gagnée.

J'ai ainsi fait certains rapprochements aléatoires avec notre époque qui a entamé une guerre dans la virtualité d'Internet qui n'était pas moins préoccupante mais qui ne semblait pas faire de morts sinon en différé.

Comme l'avaient dit les Anonymous, le mardi 3 décembre, Noémie était réapparue sans bruit ni trompette comme si rien ne s'était passé après son enlèvement.

Après la nouvelle du rapt, la machine policière s'était mise en branle immédiatement dès le weekend qui suivait.

Le major Van der Taelen avait repris cette charge mais nous étions tenus à l'écart avec très peu de nouvelles.

Stoïque, Noémie, elle-même, une fois revenue, n'en avait pas fait de publicité autour de nous.

En coulisse, la poursuite de l'affaire "enlèvement Noémie" avaient été limitée à un public de la police officielle.

On nous avait dit qu'on allait peut-être recevoir des nouvelles plus consistantes, ce matin, lors de la réunion hebdomadaire du vendredi.

Le major Van der Taelen avait probablement demandé de nous mettre au courant des maigres renseignements qu'il avait appris, pour arrêter les fake news.

Les imaginations étaient allées bon train mais elles n'allaient pas plus loin qu'avec les conditionnels d'usage.

De notre côté, nous nous sommes réservés aux recherches habituelles via le Web sans rien trouver de très concluant.

L'araignée du net n'était pas encore arrivée dans le concret.

Nous commencions vraiment à nous demander si toute l'affaire de ces Anonymous n'avait pas été une manière de nous faire perdre notre temps.

Leurs revendications tellement peu précises et le manque de réelles catastrophes annoncées par eux faisaient penser à une plaisanterie qui s'était terminée mal par l'enlèvement de Noémie.

Aujourd'hui, vers 10 heures, Noémie m'a demandé de la rejoindre dans la salle de réunion où nous sommes en général tous à écouter les nouvelles directives le vendredi matin

David y était déjà installé.

Noémie commence par relater le récit de son enlèvement.

- J'ai tenu beaucoup de points de mon enlèvement en secret. J'ai été interrogée par le major Vander Taelen à l'étage du dessous.Je n'ai d'ailleurs pu dire que très peu de choses. Mes souvenirs étaient bizarrement vagues comme si j'étais droguée.

Comment j'ai été été kidnappée? Qu'avais-je enduré pendant ma détention? Des questions presque bancales après un enlèvement.

Avais-je été suivie en voiture et à un moment opportun dans un endroit désert, capturée par un ou des hommes qui m'avaient interpelée et chloroformée.

Mon ou mes ravisseurs ont dû avoir repéré les lieux entre notre bureau et chez moi, ou alors lors d'une de mes sorties en ville.

Nos collègues de la police ont probablement depuis consulté les caméras vidéos installées autour de l'OTAN, visualisées dans les heures qui ont précédé l'enlèvement ainsi qu'après.

Ce que je peux dire c'est qu'après mon réveil, je me suis retrouvée les mains attachées derrière le dos, ballonnée, dans le noir absolu, une cagoule sur la tête.

Quand on me l'a ôtée, j'étais devant une caméra et un mur blanc devant moi, dans une chambre sans fenêtres et insonorisée. Au plafond, une lumière artificielle.

Ma réaction immédiate avait été de questionner pour savoir ce que je faisais là et qu'espéraient-ils de moi, au gars qui venait de m'enlever la cagoule tout en se doutant du lien avec les Anonymous.

Aucune réponse tandis que la caméra a commencé à tourner pour prendre les images de l'événement.

Toujours sans rien dire, il était sorti, en me laissant attachée.

Aucune fenêtre et aucun bruit donc difficile de me repérer et de m'orienter.

Le soir, une main qu'on m'avait détachée, l'autre attachée à un radiateur me permit de manger et de boire, ce que le même gars m'apportait.

Les flics n'en ont reçu aucune autre description sommaire.

- Vous n'aviez aucun souvenir des ravisseurs? demande-je.

- En cherchant dans mes souvenirs, les seuls indices que j'avais pu donner de mon agresseur était pour celui qui apportait de la nourriture : taille moyenne, passe-partout, les mains gantées, le visage toujours cagoulé.

Ce manège avait duré jusqu'au 3 décembre au matin quand le processus fut inversé.

A nouveau chloroformée, je me suis réveillée sur un banc parmi d'autres sdf.

L'endroit n'avait certainement aucun rapport avec l'endroit où j'avais été séquestrée.

J'ai pris un tramway pour rejoindre le bureau où les flics l'avaient immédiatement emmenée pour la questionner.

Les milieux du banditisme et les infiltrés de la police ont dû être questionnés sans résultat. 

- Tout cela pour un si maigre résultat. Les flics ont eu raison de ne rien nous dire, on aurait pu se fâcher au sujet de leur efficacité.

- Pas de nouvelle guerre des polices, Greg. J'ai décidé que nous allons installer une nouvelle action pour débusquer les Anonymous, dit Noémie d'une voix décidée.

Voyant mon attention étonnée, elle continue.

- Isolons notre réseau national de l'international dans une sorte de quarantaine, de rétro-ingéniérie. En bref, tous les systèmes de notre arsenal ne dépendent plus que de nos bases opérationnelles à l'étranger. Nous sommes désormais dotés de nouveaux logiciels totalement autonomes. Nous avons bien réagi et notre priorité numéro a toujours été de s'assurer que nos infrastructures ne tombent en panne rendant tous nos ordinateurs HS. Jusqu'ici, rien n'avait échoué et aucune preuve n'a pu être trouvée qui prouverait que nos systèmes sont en danger en dehors de ce message annonciateur.

- Voulez-vous dire que nous abandonnons les recherches vers l'extérieur, demande-je.

- Non, pas du tout. Mais ils s'agit de procéder autrement. Greg, tu permets que qu'on te tutoie.

- Bien sûr, réponds-je surpris et interloqué.

- Tu es une des nouvelles recrues. Nous avons pu remarquer, David et moi, que tu t'es bien adapté et que tu fonctionnes à merveille dans l'équipe.

Nous avons confiance en toi et nous avons décidé de te mettre en chasse.

Il doit y avoir une taupe parmi nous.

Anonymous, un mouvement international? C'est pour moi une blague. Je sais que tu as un utilitaire pour faire des recherches automatiques sur les réseaux.

Interpelé et surpris que Noémie est au courant, je bégaie un peu pour répondre.

- Heu, oui. C'est un outil pour accélérer mes recherches sur le Web.

- Tu as pris cette initiative pour le bien du service. Rien à redire. Je suppose que tu peux le faire tourner en permanence. Comme une option, non?

- Exact. Je dois changer quelques paramètres et un peu de code. Je ne le faisais pas pour ne pas prendre trop de ressources du système mais pour accélérer mon travail de recherche.

- On s'en fout des raisons et des ressources du système. La fin justifie toujours les moyens. Cette fois, il faut détecter notre violeur embusqué pour le mettre hors d'état de nuire. Ce sera notre force de dissuasion. Appelons notre action "Opération Coyote". C'est comme le coyote qui va très vite et qui, installé dans les voitures, prévient des radars et des flics qui cherchent à t'attraper pour excès de vitesse.

Je ne connais ni les coyotes ni les radars sur le chemin de mon passé, mais l'image d'un animal de la taille de grand chien avec une fourrure poivre et sel, de grandes oreilles dressées, un long museau, des yeux noirs et brillants, me vient du fond de ma mémoire.

- Je n'ai pas ce genre de Coyote, mais j'ai remarqué qu'il y avait cela dans les commerces, mens-je puisque ce n'est vraiment pas le genre d'article qui m'intéresserait pour l'installer sur ma petite bécane à deux ou quatre roues.

- Fais courir ton programme coyote même si c'était un outil pour un autre but. Détourne-le de sa fonction initiale et trouve cette putain de taupe qui s'est infiltrée chez nous. Depuis mon rapt, j'ai un garde qui reste coller à mes talons. Je ne pense pas qu'ils vont réessayer de me remettre au pain sec. Tu me tiens personnellement au courant dès que ton coyote fera bip-bip. Levons la séance et au boulot. N'oublie pas, je compte sur toi. Dans une demi heure, je vais faire ma réunion hebdomadaire habituelle avec tous les présents. Tu y viendras aussi mais tu ne poseras aucune question pour te faire remarquer.

S'il y a une leçon à retenir de l'histoire humaine et du coyote, des plus primitives aux plus évoluées, c'est que toutes, sans exception, ont besoin d'un leader qui a des idées.

J'espère seulement que Noémie a vu juste.

Je ne l'aimais pas trop, mais depuis qu'elle a été kidnappée et qu'elle m'a mis dans la confidence de ses intentions, elle est remontée dans mon estime.

Nous nous levons en se regardant l'un l'autre avec un sourire en coin sur les lèvres.

Il était clair que, vu que tout s'était produit très localement, l'internationalité de l'affaire n'était plus à prendre en considération. Nous sommes en plein "problème local". Le major de la police nous l'a fait penser.

- Nous n'avons rien trouvé de très révélateur sur ce qui s'est réellement passé. Vous ne soupçonnez personne en particulier à l'intérieur de nos services?

- Pas à première vue, répondent ensemble Noémie et David après s'être consulté.

- Aucun sévices dans notre exploitation, à part, le message sur vos écrans. Des responsables à l'OTAN ont été questionnés. Rien ne s'y est passé. Pas de guerre mondiale à l'horizon, reprend Noémie.

Noémie et David s'étaient regardés une nouvelle fois, en secouant la tête.

- Je pense qu'il faut creuser cette piste du hacking par l'intérieur. La manière que nous avons été hackés pourrait le faire penser. Nous allons aider la police. Ne réparons pas notre réseau tout de suite pour extraire toutes les preuves de hacking. Suivons votre entourage dans leurs actes. Il est bien possible qu'il n'y a aucun virus dormant dans notre système. Ce n'est que nous qui avons été hackés. Quelqu'un dans nos rangs ne vous veut pas que du bien. Laissons planer le doute d'une invasion de la Russie, de la Chine ou de tous les pays que nous pouvons imaginer. Je ne pense pas qu'il y aura encore un autre avertissement de vos fameux "Anonymous.".

- Les Russes se sentent toujours menacés par l'OTAN et nous sommes, avouons-le très proches avec eux. Êtes-vous prêt à vous tromper?, dis-je.

- Oui et non. Ce sont les premières attaques que nous avons subi qui me permettent de penser à limiter nos recherches. Courons le risque. Du quitte ou double, prenons la première option. Elle coûte bien moins cher.

- Ok, jouons cette carte de l'innocence, pour clôturer cet apéritif informationnel, dit David.

- Oui. Je vais appeler tout le monde pour donner un résumé de mon affaire, dit Noémie

En parlant, elle regarde son PC et lance, toute heureuse.

- Je suis repérée par Google. Je viens de recevoir un mail qui me donne tous mes déplacements. C'est un véritable espion Google. J'ai souvent râlé à ce sujet. Mais, cette fois, je vais les remercier.

Noémie tourne l'écran vers nous.

Le mail a pour titre "Votre récapitulalif de vos trajets pour novembre".

Un bouton à presser "Explorer vos trajets".

Elle fait défiler les pages.

Un autre bouton "Accéder à vos trajets" et un dernier "Accéder aux commandes relatives à l'activité".

Tout est mémorisé. Les lieux ont même une photo. Elle parait étonnée.

- Rien d'anormal. Tu as ton portable et la géolocalisation qui permettent cela. Tu as dû cliquer sur un de tes paramètres pour accepter qu'on puise te géolocaliser, dit David.

- Je ne m'en suis pas rendu compte alors car d'après moi, je n'ai rien changé. Je ne l'aurais pas fait volontairement. J'étais donc surveillée sans le savoir. Mais cette fois, je vais regarder cela avec le plus grand intérêt. Cela pourrait être intéressant. Si c'est le cas, j'irai avec ce rapport chez ce major Van der Taelen. 

- Nous sommes tous surveillés, localisés dans nos déplacements. Après l'apéritif de David, cela pourrait même être de l'espionnite comme plat de résistance avec la cerise anonyme sur la gâteau comme dessert, dis-je content de ma réplique.

- Tu l'as dit, Greg. Désormais toute l'équipe est soupçonnée. A nous d'exercer tes talents de Coyote, dit Noémie en riant.

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31/12/2008

Le Grand Maître virtuel

Chapitres         Titres
00 Préface
01 Un homme comme un autre
02 Une routine en couverture
03 Hacking by night
04 La nuit de tous les dangers
05 Lendemain de veille
06 Le réveil de l'adversaire
07 On s'inquiète aussi à la maison Poulaga
08 Réflexions à rebrousse poil
09 Desseins : Bleu réseau
10 Préparation de la délégation
11 Le piège découvert piégé
12 Repos programmé
13 Un nième départ
14 Le calme policé avant la tempête
15 L'accord parfait
16 Une proposition mal venue
17 La proie pour l'ombre ou l'ombre des proies
18 Le contrat d'amitié
19 Logique jeune
20 L'extension
21 Investisseurs fantômes
22 Le meilleur dans le meilleur des mondes
23 La réflexion avant surprise
24 Le feu d'artifice à l'envers
25 La douche écossaise
26 Départ précipité
27 Soupçons multiples
28 Macabre découverte
29 Le fil en rougit de honte
30 L'étau, cet outil de malheur, se resserre
31 Une virée, cela se prend quand cela se présente
32 Le bonheur des uns...
33 La pèche à la cigale
34 L'embuscade
35 Le panache flétri

 

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Le Grand Maître virtuel_00.jpg(00) Préface

L’informatique, tout le monde en parle. Certains en usent et en abusent. Aucun secteur d’activité humaine ne peut plus travailler sans cet outil du modernisme.

On sait qu’elle peut apporter le meilleur dans la vie de chacun, mais aussi la pire des surprises au coin d’un abandon de garde.

On a entendu parlé de piratage aux noms plus au moins sensibles mais qui passent dans le langage de tous les jours: virus, spams, phishing … et j’en passe que l’histoire inventera, plus tard.

Oui, il existe des outils “anti-” pour chaque type de pirate ou de piratage. Le commerce de la protection n’existe pas uniquement dans les pharmacies. Le 1er décembre, c’est une journée mondiale du SIDA et, donc, du condom. Alors, pourquoi pas de cela en plus ?

Actions, réactions. Une véritable « ligne Maginot informatique » s’est installée sur la majorité des ordinateurs du monde.

Vivre caché est devenu impossible sur la toile. Ouvrir son soi aux yeux de tous sans protection relèverait de la plus condamnable des légèretés.

Rester étranger à toutes interactions frauduleuses avec l’extérieure, serait la panacée. « Offline », comme disent les anglophones.

C’est se condamner à perdre le plus grand intérêt d’un ordinateur : être connecté avec le monde.

Le terme de « ligne Maginot » n’est pas innocente. Se mettre à l'abri? L’adversaire a toujours une longueur d’avance. Le piratage n’est pas seulement financier. Souvent, il s’agit de prestige de recherche à percer les secrets d’autrui. Ce qu’on en fera après n’est parfois pas l'intérêt principal.

Cet “essai”, car il ne s’agit que d’un roman, n’est pas là pour effrayer. C’est de la fiction pure. enfin presque car la fiction est parfois supplantée par les réalités. Un informaticien déterminera très vite les limites de l’impossible.

La Bourse va plâner au dessus de ce nid de vipères.

Les guerres sur Internet, comme en Bourse, auront des armes suivies par des contres armes. Des parades, on y mettra le prix, mais elles perdront tôt ou tard le poil de la bête en ingéniosités. Les utilisateurs, eux, attentistes et victimes, resteront les dindons de la farce et assumeront de bonne ou de mauvaise grâce ce grand jeu de la finance et de l’arnaque.

Dans l’originalité des attaques, c'est là que l'on trouve des gagnants. Casser l’incassable est la motivation principale. L’attrait de gains faciles ensuite.

Un thriller fait ouvrir les yeux et les consciences endormies par l’habitude. Les avantages d’Internet resteront supérieurs aux déconvenues.

Une nouvelle technologie est apparue pour révolutionner l’usage d’Internet: le Web 2.0. MySpace, Quicktime, Facebook en font partie et tentent de personnaliser encore plus les clients internautes. Sérialiser pour mieux appréhender. Cela entraîne cookies et mémorisation des informations. Le partage de séquences vidéo permet de surfer tout azimut avec la confiance innocente de l’internaute, endormie par l’envie d’être mieux servi et mieux cerné. Boîte de Pandorre dans le domaine de l’arnaque. Les sociétés n’intéressent plus vraiment. Les particuliers, par contre, à cause de leur isolement sont des proies favorites. Les PC zombies s’ignorent et sont parfois contrôlé par des organisations mafieuses à l’insu de l’utilisateur perdu dans son espoir de trouver le meilleur du savoir d’Internet. Seul le coût élevé de la pollution des SMS par les spams les libèrent encore.

Une véritable guerre virtuelle, voilà ce que je concocte sans prétention. Le cinéma s’est mis dans cet imaginaire aussi. Le« Die Hard 4.0 », “Retour en enfer”, est un exemple. Très hollywoodien de voir les choses dans ce cas. Pas de femme dans mon histoire. Seulement, un homme comme tout le monde avec une double vie à la recherche de son destin. Pas de passion, pas de sentiments, de la technique pure et dure. Beaucoup d’intelligence au service d’un brin de paranoïa par un gourou informaticien.

Le virtuel ne se joue jamais au grand jour. On y reste seul. Vive les pseudos et les passe-murailles dans ce monde clos où tous les coups sont permis. La Toile, même si ses mailles seront de plus en plus fines, reste perméable. Sans la liberté d’expression d’Internet, ce serait sa mort naturelle.

L’ennemi en fait partie de la peur qu'elle crée.

Remerciements:

* À mon épouse qui a dû endurer des moments d’absence dans mes rêveries.
* À certains amis qui ont commencé à lire et m’ont fait retourner à mes écritures sans ménagement.

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Le Grand Maître virtuel_01.jpg(01) Un homme comme un autre?

« Dès lors qu’on a une vie intérieure, on mène déjà une double vie. »Pierre Assouline

Ce soir-là, il rentra chez lui, à peine plus tard que d’habitude. Ce moment correspondait pour la plupart des gens au moment où ceux-ci avaient déjà soupé dans leur petit meublé.

La journée avait été dure. Pas mal de problèmes avaient émaillé le jour de ce grand blond aux yeux bleus. Costume classique sans excès. La cravate décrochée. Le bouton de col apparent. Une barbe naissante. Démarche non-chalante. Du “Brad Pitt” sur le retour et surtout pas de distraction à la manière du Grand blond avec une chaussure noire. Pas idiot pour se faire remarquer de la sorte.

Une jolie fille aurait pu être attirée du premier coup d’œil s’il n’y avait pas la surprise de son visage dur en lame de couteau. Le charme, il en avait à l’extérieur mais sans ostentation voulue. A l’intérieur, aussi, mais il fallait passer plus de temps avec lui pour le découvrir. Et, le temps, c’est ce qu’il n’accordait qu’en extrême urgence et à très peu de monde. Un sourire, oui, une parole en filigrane, à la rigueur, plus, s’abstenir. Le nombre de ses amis, c’est sûr, ne nécessitait aucun doigts que comptait une main. Les amies, c’était simplement “persona incognita”. Asocial, l’amitié, connaît pas. Les femmes ne l’avaient jamais intéressé. Si elles l’ignoraient, il les remerciait sans le leur dire. Lui serait resté de marbre et sans état d’âme.

Pourtant, sous le chapeau résidait un réseau de neurones de première force. Il le savait et il en profitait pour son propre usage en exclusivité. Un psychiatre, sans beaucoup de recherche approfondie, aurait même pu déceler, chez lui, le grain de « psychopathe » en puissance.

Vic était fils unique. Élève très doué, très effacé, construit par lui-même.

Ni sa mère, ni son père n’avaient contribué, en effet, à son élévation de l’esprit. Le temps ou les capacités nécessaires leurs avait manqué. Vic n’avait d’ailleurs recherché aucune aide auprès d’eux. Il ne leur en voulait pas. Jeune, il se réfugiait souvent dans sa chambre. A l’abri des regards et des préoccupations des grands, pour construire son ego, il se berçait de lectures qu’il avait récupéré dans la bibliothèque de son père, ingénieur en électronique et toujours en déplacement à l’étranger. Le suspense de ses intrusions inédites est ce qu’il avait trouvé de mieux pour répondre à ce manque de communications. Sa mère, par contre, n’avait tout simplement pas eu le niveau suffisant intellectuellement pour lui prodiguer plus que des soins typiquement maternels et non scolaires.

A l’école, le potentiel de Vic avait très vite été décelé. Alors que ses condisciples s’attardaient encore à la résolution de problèmes typiquement arithmétiques ou liés aux jeux, lui, prenait ses distances vis-à-vis des programmes dans lesquels il se sentait à l’étroit. Cette avance construite avec opiniâtreté lui permettait d’utiliser l’algèbre à sa mode sans en connaître l’existence. L’abstraction venait déjà au secours du concret. Son instituteur, face à son mutisme, avait même soupçonné, un temps, un certain autisme. Le dé-synchronisme avec le niveau d’étude fut jugé seul responsable. Avancer de classe, le sauva.

Étudiant, il trouva le secteur de l’informatique à ses débuts. Pas encore de sections réservées dans cette discipline. Une licence et un doctorat en intelligence artificielle et robotique lui permirent de conclure des études avec les félicitations du jury. Bardé de ce genre de diplôme, il pouvait voir venir l’avenir avec sérénité. Cela devait être le cas mais, pas nécessairement comme aurait pu l’espérer le bon père de famille. Mais parler de cela, c’est déjà entrer dans notre histoire.

Son job, il le jugeait intéressant, passionnant même. Utiliser, de manière aussi ajustée, son expertise en la matière, le satisfaisait et effaçait largement une progression assez peu cernée à sa juste valeur. Il n’en avait cure. Le travail, il le plaçait au niveau du hobby.

La recherche et le développement constituaient les principales préoccupations de son service. Grâce à leur expertise, aider les autres services dans leurs problèmes informatiques. Un complément très occasionnel, cependant. Les gens qui constituaient l’équipe se retrouvaient au fond d’un couloir et personne n’y avait accès autrement qu’avec une carte de sécurité très spécifique avec quelques éléments supplémentaires, incrustées dans les circuits de la puce électronique pour assurer l’accès aux seuls détenteurs.

Les budgets alloués à l’équipe relevaient d’un véritable secret d’état. A l’extérieur du bureau, on savait que les gens de l’intérieur s’occupaient d’intelligence artificielle sans aucune autre précision. Notre homme était, malgré tout, reconnu comme une sommité dans laquelle tous les autres membres du groupe pouvaient puiser les idées. Les solutions aux problèmes, il pouvait s’en vanter en avoir trouvées et des meilleurs. Pragmatique, les solutions qualifiées d’alambiquées n’avaient jamais eu sa préférence.

Dans cet état d’esprit, les heures supplémentaires étaient très nombreuses. Il n’était pas rare que le portier oublia que ce couloir menait à une porte bien opaque qui cachait des occupants retardataires.

La journée avait bien commencé. Le soleil de juillet avait dardé ses rayons avec beaucoup de générosité. De nombreux problèmes informatiques avaient eu pourtant le malheur d’énerver cette belle journée. Ce type de travail était toujours en porte à faux. Sans agenda précis, réservé aux changements, les extra n’avaient rien d’exceptionnel.

La fatigue avait été accentuée par la chaleur du milieu de journée. Elle régnait dans les bureaux et le conditionnement d’air ne parvenait plus d’en atténuer la moiteur. Les canicules devenaient par trop courantes. Notre homme n’aimait pas cela. Juillet, c’était aussi le mois pendant lequel les absences de personnel se ressentaient le plus. Beaucoup de collègues se doraient ailleurs sous le soleil. Lui, par contre, n’était pas intéressé aux vacances et restait plus souvent comme le dernier des Mohicans, caché à la vue de tous. Le travail et les problèmes subsistaient bel et bien.

Ce soir-là, en regagnant ses pénates, le soleil avait disparu derrière l’horizon depuis de longues minutes. La lumière perdait progressivement du champ par rapport aux luminaires des rues. La moiteur persistante ne se prêtait pas à une volonté de presser le pas.

Arrivé devant son immeuble, la concierge s’affairait encore avec son balai dans les mains. L’apercevant, elle s’arrêta dans son activité. Elle n’était aucunement étonnée de son retard.

Elle l’aimait bien, dans le fond, ce beau ténébreux qui disait tout en condensé.

Relevant la tête avec le sourire, elle ne manqua pas de se lancer dans une parole traditionnelle pour entamer une conversation. Elle savait que celle-ci resterait de courte durée.

- Belle journée, n’est-ce pas, M’sieur. Vous avez dû râler d’avoir à rester dans l’ombre de vot’bureau?, lui dit-elle.

- Vous avez raison, mais c’est pour la bonne cause, non? , répondit-il avec un sourire engageant, tout en disparaissant.

Encore une fois, vraiment du classicisme à l’état pur.

La concierge avait bien fait une allusion aux voisines de l’étrangeté de cet homme, si affable et si discret, à la fois.

Il s’empressa de monter les marches qui le menaient à son appartement. C’était sa seule activité sportive. L’ascenseur, comme toujours, il le reléguait à des gens moins fortunés du côté santé. Les rencontres, il n’aimait d’ailleurs pas trop.

A l’entrée de son appartement, de son antre, une porte blindée surprenante à plus d’un titre apportait une couche au mystère. L’habitude et, surtout, la révélation qu’il lui avait faite de travailler dans un secteur assez secret avaient suffit à apaiser la curiosité.

Avec la fortune, on approchait progressivement de ce qui l’excitait le plus dans la vie en dehors de la volonté de rester au top de la forme.

Sa véritable fortune, elle existait bel et bien, même si rien ne permettait d’en imaginer l’existence et surtout, d’en soupçonner la construction. Des frais limités aux minimum en dehors de ses passions contribuaient à ce niveau élevé.

Sa profession le gratifiait déjà très largement au-dessus du niveau de l’argent poche par rapport au commun des mortels. Des rentrées financières, encore plus substantielles, venaient encore d’une autre source moins évidentes.

Pendant la journée, les voisins et les collègues rencontraient Mister Jeckill. Une fois rentré chez lui, il se transformait en un Mister Hide plus vrai que nature.

Après quelques rangées de marches, il se retrouva donc devant la porte de son appartement, costaude pour refuser l’accès à tout éléphant. De multiples trous de serrures auraient pu faire penser que les bijoux de la Reine avaient élu domicile chez lui. Un trousseau de clé volumineux et la cachette surprise s’ouvrit, enfin, avec un bruit sourd.

Au début, rien d’anormal. Rien n’aurait pu prévoir de ce que l’on découvrirait au fond de son relativement modeste appartement. Derrière une porte tout aussi protégée dans l’arrière salle, une véritable caverne d’Ali Baba pleine d’électronique de toutes sortes se cachait.

Il y entra. Rien n’avait changé depuis la veille au soir. Il savait que cela devait être le cas, mais, soupçonneux, il aimait toujours mieux s’en assurer. Au centre, cinq PC, dernier cri, trônaient en maître sur le large bureau. Même le spécialiste aurait eu du mal à imaginer l’existence d’une telle technologie.

Des ordinateurs, des serveurs, pour la plupart, continuaient imperturbablement à clignoter tel un arbre de Noël. Le modem dernier cri, lui aussi, scintillait de tous ses feux et à toute vitesse, jour et nuit. Les écrans, au repos, derrière leur « screensaver », ne reflétaient pas l’activité interne de l’ensemble.

Ils allaient bientôt sortir de leur torpeur et entrer en fonctions dans le virtuel dès la première sollicitation.

Dans un esprit guerrier, il se mit au devant de ses multiples claviers et commença à pianoter avec vigueur pour entrer les sésames de toute cette armada technologique. Vic avait regagné son univers virtuel pour le meilleur et pour le pire.

Il allait, une nouvelle fois, se muer en véritable pirate des temps modernes. Si la guerre n’était pas son truc, la guérilla l’était bel et bien.

Le phishing, l’hameçonnage, comme diraient les Français, cette capture des informations des internautes, était son domaine. Les informations captées sur ses victimes passaient au travers de son cerveau démoniaque en utilisant les failles du système qui avaient accaparé son attention. Chaque nouvelle facétie lui apportait, manifestement, plaisir et satisfaction.

Délester les avoirs bien réels de certains avait quelque chose de très jouissif. Qui serait la victime, il ne cherchait pas vraiment à le savoir. Il allait prendre son pied. Peu importait l’importance des gains à engranger par ce piratage. Du jeu, lucratif et puis basta.

Les internautes étaient de grands naïfs. Par eux, il voulait arrondir ses fins de mois. C’était clair.

Les amateurs naturels du grand dieu dollar et les caractères narcissiques reflétés par les nouveaux réseaux sociaux apparus sur Internet étaient seulement ses préférés et les plus facilement repérables. De nouveaux outils tel que ”EgoSpace” avaient apporté le meilleur Cheval de Troie. Celui-ci avait intéressé les plus attirés par la notoriété à se retrouver avec tous ses attributs. La nouveauté, aussi, mais aux dépends de la sécurité. Trouver les noms et les mots de passe, d’abord. Les envoyer dans une base de données de plus en plus complète, ensuite.

Le soin apporté pour ne pas se faire repérer avait été porté au sommet de la technicité et de l’ingéniosité. Savoir jusqu’où aller trop loin était sa préoccupation. Quitter, pour un temps, une partie de son activité litigieuse, il pouvait l’assumer. Il avait le temps. La chronologie des événements, il la fixait lui-même. Rien n’aurait pu le pousser à transgresser ses propres règles rigoureuses.

Un sourire sarcastique s’ébauchait déjà sur ses lèvres. En général, le club des sondés s’agrandissait naturellement. Les nouvelles « recrues » se constituaient d’elles-mêmes.

Comme infrastructure et investissement de départ, il y avait ses ordinateurs et du matériel sophistiqué de toutes sortes.

Une machine qui n’était plus au sommet de ses ambitions, il la remplaçait par le nouveau bijou clinquant neuf avec lequel le vendeur le faisait habituellement saliver. L’investissement en matériel, il fallait, en effet, le réactualiser fréquemment. L’investissement humain, personnel, en recherche et en développement, il en était fan et ne comptait donc pas.

Les hyperliens complétaient son voyage dans Internet dont il connaissait le départ mais jamais l’arrivée.

Sa petite entreprise prit très vite forme avec beaucoup de succès successifs. A peine quelques mois suffirent pour faire ses premiers pas dans le piratage, avec résultats très performants. Les victimes non-consentantes, inconscientes des dangers de la navigation au travers de la toile, s’appuyaient souvent sur un manque de contrôle efficace baignant dans trop de confiance. Une publicité pour les préservatifs lui faisait toujours sourire de bon cœur : « Pour vivre heureux, vivons protégé… ».

En fin de semaine, il gardait ses comptes en parfaite balance et cela rapportait manifestement. Pas de morts sur ce champ de bataille, seulement un peu de dégâts dans le portefeuille des citoyens Lambda. Le jeu en valait la chandelle par le nombre de ses proies potentielles jamais par l’épaisseur du portefeuille de ses commanditaires involontaires.

Dans le côté obscur de son individu, il se nommait lui-même le «Grand Maître virtuel».

Ce surnom, il se l’était approprié lors d’un de ses voyages à Malte. Là, il avait été émerveillé par la magnificence des règnes successifs des «Grands Maîtres de l’Ordre» dans l’histoire de l’île. Il y avait, d’ailleurs, trouvé une de ses planques en retraite.

Une place dans l’Ordre des Templiers le faisait rêver. Par la suite, il remonta le temps à la recherche de ses ancêtres fictifs. Rhodes fut également une des étapes de collégien. Le spectacle de sons et lumières auquel il eut alors l’occasion d’assister dans la jeunesse, restait dans sa mémoire et le remplissait d’orgueil et de passion destructrice.

Ce pseudo de «Grand Maître» de la virtualité, il ne l’utilisait évidemment pas dans ses contacts sur la toile virtuelle.

Il s’affichait avec des pseudo en cascades et échelons. Le vrai nom, écrit sur sa carte d’identité, n’existait que pour les collègues, eux, bien réels mais ceux-ci ignoraient tout de son activité nocturne.

 

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Le grand Maître virtuel_02.jpg(02) Une routine en couverture

« Tous les gens sont mégalomanes. Ceux qui le montrent, on les traite de malades ; ceux qui le cachent, de modestes. Comme tout employé modèle et, en fait, il l’était vraiment dans les attitudes et dans les gestes, Victor s’éclipsa de chez lui. », Fernand Vanderem

Ce lundi, la journée commençait dans l’excitation.

Comme dans toutes grandes villes, les files de début de semaine s’étiraient toujours un peu plus que le reste de la semaine. Paris en avait fait sa spécialité. La parenthèse des deux jours de week-end, propices à l’oubli du le métro-boulot-dodo habituel, était loin.

La radio l’avait annoncé, embouteillages et accidents, un peu partout. La saison d’été n’arrangeait plus rien comme on aurait pu s’y attendre. Était-ce la chaleur déjà naissante à l’origine de cette excitation maladive? Personne n’aurait pu dire. La métamorphose s’opérait, une fois, à bord de sa belle voiture. Les informations de la radio complétaient le tableau: catastrophes, attentats.

Tous cela n’effleurait que très vaguement l’esprit de Vic.

Vic n’avait pas trop à se plaindre de son trajet pour rejoindre le bureau. A peine trois kilomètres à vol d’oiseau. Il prenait néanmoins toujours sa petite voiture pour y aller.

Le vélo qui prônait, empalé, sur le mûr de son garage, aurait pu le conduire plus aisément et, certainement, plus rapidement. La taille de son PC portable, qui n’avait de portable que le nom, en avait décidé autrement. Son transport, testé sur les épaules ou en bandoulière ne lui avait pas donner satisfaction du côté portabilité. Il y avait renoncé et repris sa petite auto.

L’économie d’énergie à la mode, ce n’était pas son truc. Le sport, aussi, devait faire sans lui. Son vélo avait, depuis longtemps, pris un coup de vieux par manque d’entretien et devait certainement nécessiter un peu d’huile de-ci delà.

La chaleur du lit avait bien tenté de le retenir, fatigué par une nuit de sommeil trop courte. Ses heures de sommeil n’étaient pas très nombreuses en général mais assez pesantes, heureusement, pour le remettre d’aplomb dans un minimum de temps.

Accroc de ses “bécanes”, son addiction, pour elles, aurait pu être facilement comparée aux alcooliques ou aux drogués anonymes. L’informatique était toute sa vie. Pour ses 8 ans, son père, de retour d’un voyage pour une courte semaine, lui avait offert un ordinateur qui prenait dans ce temps-là tout l’espace de son petit bureau d’écolier. Ce cadeau avait changé sa vie. Au départ, le jeu l’avait passionné. Très vite, pourtant, il s’était tourné vers une utilisation beaucoup moins ludique, vers des activités moins futiles et surtout plus rentables. Tout y passait, vacances et argent. Il considérait cette passion comme un investissement.

Son besoin de compter en binaire se reflétait dans sa manière de penser très cartésienne, très logique. Vic était un fou génial, un « gourou », dirait la plupart de ses collègues. Le génie et la folie étaient souvent des comparses d’une même cause.

Le temps, c’était de l’argent et cela il n’était pas prêt de l’oublier. Pour se retrouver au top, le matin, pas besoin de la tasse de café comme l’aurait voulu la pub sur le café, entendue à intervalles réguliers à la radio. Parfois, il aurait aimé allonger le temps dans son appartement. La couverture que constituait son travail dans l’entreprise, avait ses lois. Il n’était pas prêt à les transgresser.

Au compteur des heures de sa Seiko, il venait de sonner 8:00. Le soleil, déjà haut dans le ciel, il s’en moquait éperdument. Il n’avait pas jeté le moindre coup d’oeil dans sa direction.

La petitesse de sa voiture expliquait la facilité apparente à jouer l’anguille dans le trafic. Quelques minutes de route avaient suffit pour rejoindre son entreprise.

A 8h08, le portier de sa Société qui l’avait reconnu de loin, lui fit un signe de la main après avoir levé la barrière.

Par la vitre ouverte, Vic avait bien entendu le portier qui avait tenté de lui dire quelques mots amicaux. Il ne les avait pas compris et n’en avait cure. Il se contenta de répondre par un sourire engageant. Sa place de parking, naturellement vide avait un écriteau, placardé au mur, qui annonçait en lettres majuscules : «Victor Vanderbist Département I.A.».

Il laissa, très vite, derrière lui, sa petite voiture qui n’avait manifestement pas assez grandi pour remplir la place de parking qui lui était réservée.

Gravissant, quatre à quatre les marches de l’escalier, il avait atteint le 2ème étage et son bureau, sans rencontrer quelqu’un sur son passage. Il s’en félicitait d’ailleurs à chaque fois. C’est déjà ça de pris sur l’ennemi du hasard des rencontres toujours risquées.

Comme presque toujours, il était arrivé premier dans la place. Ses collègues n’avaient pas la même chance d’habiter à une telle proximité. Il se mit à consulter son courrier électronique et à écouter sa boîte vocale. Contrôler les programmes qui avaient tourné pendant le week-end, ensuite.

Dans l’équipe de la Société RobCy (Robots Company), située près de la Défense à Paris, il occupait la place qu’il avait postulée et ses collègues faisaient un peu paravent contre les atteintes de l’extérieur.

Il s’attirait les bonnes grâces de son entourage, il les endormait. Cela pourrait toujours servir par la suite. Ses collègues ne devaient jamais connaître la vérité dans sa totale complexité.

Psychologue, il savait s’attirer du monde à sa table de discussions. Celles-ci commençaient par des événements anodins comme il est naturel pour chauffer la conversation. Le lundi était particulier. Chacun avait à raconter ce qu’il avait fait au cours du week-end. Épisode délicat qu’il devait à tout prix faire dévier. Sujet trop dangereux qui aurait pu révéler son côté obscur. S’échapper surtout du détail. Un lapsus ou une erreur dans son emploi du temps par trop illicite pourrait se transformer en catastrophe.

Son curriculum vitae élogieux, son contrat d’emploi qui stipulait « Ingénieur en informatique » avec diplôme supérieur et qualification en intelligence artificielle devaient suffire. Il était payé pour cela et il s’employait à correspondre à ce profil bien loin du courrier du cœur et de la confidence.

Sa vie d’avant, à part ce qui était indispensable, personne ne la connaissait. Pas d’effet de scoop, motus et bouche cousue.

Au bureau, il y avait, Bob, son préféré, son opposé en tout, aussi. Petit, trapu, jovial à ne savoir qu’en faire.

Entre eux deux, il y avait une réelle complicité. Ils travaillaient d’ailleurs très souvent sur les mêmes projets. Si les opposés s’assemblent, ils en étaient une preuve vivante.

Le dernier en date résidait dans le domaine de l’intelligence artificielle adaptée à la médecine et à l’armée. Un projet ambitieux et innovateur qui par l’intermédiaire d’un robot miniature pourrait permettre une auto-consultation globale du bon niveau de santé d’un individu. Capteurs, palpeurs de toutes sortes en fibres optiques avant impulsions en retour sous forme de micro capsules imprégnées dans les tissus des vêtements. Information transmise ensuite par satellite à l’organisme habilité pour réagir avec efficacité dans les plus brefs délais. Un budget important avait été alloué pour atteindre l’objectif de la miniaturisation maximale. En retour, ces diagnostiques ambulatoires et sans l’aide d’aucun médecin en première instance, pouvaient aider à distance pour remédier à la « panne » corporelle. On pouvait considérer cela comme un système de GPS destiné à la santé de l’individu. Le cerveau fertile de quelqu’un avait imaginé un système qui s’auto-corrigerait jusqu’à éliminer complètement l’entremise du médecin.

Un micro-ordinateur mi-analogique, mi-numérique de conception originale, avait été conçu dans cette tâche.

Le projet progressait mais on était encore loin de mettre la première phase en pratique. La miniaturisation, elle, était encore dans les limbes, au stade d’ébauche sur les plans.

Des tests avec deux singes avaient pourtant été entrepris et étaient encourageants. Des palpeurs, appliqués sur le corps de ces singes de laboratoires, recherchaient ce qu’il pouvait ressentir après certaines impulsions en gardant le plus de confort pour l’animal.

Le troisième larron de l’équipe, Gérard, était un gars assez moyen techniquement mais doué d’une diplomatie hors pair. Vic ne manquait pas de le caractériser souvent comme « faux jeton ». Grâce à lui, pourtant, le projet prenait de l’extension. Véritable fonctionnel de l’équipe, il préparait les expériences dans leur conception. Le Public Relation des projets, c’était lui. Vendeur, dont le rôle était de convaincre les autorités responsables du bien fondé de la vision de l’équipe à la base. L’armée était très intéressée. Les budgets devaient, donc, trouver les ressorts en retour avec la même ampleur des investissements consentis.

Le dernier, c’était le chef, Bill. Lui, on ne le voyait presque jamais. Trop occupé à voyager dans les filiales ou à la Corp. En voyage ou à son domicile, à 70 kilomètres du bureau, il se reliait à l’équipe par des connections haut débit. Il ne se présentait qu’à des moments stratégiques et personne ne s’en plaignait. Sa confiance envers l’équipe était entière. Justifiée et réciproque.

Dans la pièce, la partie réservée aux humains était déficitaire par rapport à celle qu’occupait machines: câbles, modem clignotant en arbres de Noël. Vic avait eu la chance d’avoir une grande baie vitrée vers l’extérieur et la ville. La vue, par ce beau temps, en valait la peine. Il avait perdu pourtant l’habitude de jeter le coup d’œil vers cet horizon.

De retour, le regard sur la lucarne de son écran d’ordinateur, Vic tombait sur une série de mails bien serrés qui se bousculaient pour garder la primeur de l’information. Des rapports et minutes de meeting, très souvent. Des idées pour améliorer le « machin » s’y trouvait aussi.

Ce matin là, pourtant, un courrier attira son attention. Il émanait du nouveau vice président et Vic était copié. Il se mit à lire patiemment mais tout de même avec anxiété.

« Messieurs,

Par la présente, le Comité du Direction a décidé de réduire les budgets alloués au projet surnommé « AutoScan ». De plus, le délai de livraison a également été écourté de six mois. Les objectifs du projet sans être fondamentalement diminués dans les principes seront néanmoins amputés dans une première phase et limités au niveau de la pré miniaturisation. »

Vic s’arrêta dans sa lecture et la rage au cœur de ne pouvoir aboutir à l’efficacité ultime prévue au départ. Il était clair que l’aspect le plus rigoureusement financier avait pris le pas sur l’efficacité du projet. Les militaires avaient-ils aussi raboté la décision? Le civil médical, le plus sceptique, avait déjà moins soutenu le projet. Le projet était-il repoussé aux calendes grecques?

Il se surprit à s’entendre murmurer entre les dents : « Ces financiers seront toujours les gâches métiers incapables de comprendre la finalité des choses ».

Du côté de la porte d’entrée blindée, le déclic d’ouverture se fit entendre. Bob et Gérard apparurent ensemble. Ils discutaient avec fébrilité et leur conversation était entrecoupée de rires qui ne méritaient pas le qualificatif de « silencieux ».

Visiblement, ils avaient encore une fois enduré des bouchons sur la route. Des gestes amples émaillaient les descriptions des parcours pleins de multiples embûches pour y apporter le réalisme.

Vic n’avait pas encore retrouvé l’apaisement. Curieux, ils se ruèrent vers lui avec précipitation et fébrilité.

Mis au courant de la situation, Bob, sanguin, entra dans une colère noire. Gérard, par contre, avait manifestement été mis au parfum précédemment et sa colère n’était déjà plus, en apparence, qu’un lointain souvenir.

Le rituel passait avant l’extraordinaire et l’équipe se rassembla en un véritable pèlerinage quotidien vers l’endroit des conciliations, la cafétéria.

Le café chaud devait avoir lentement raison de la colère de Bob.

- Crois-tu qu’on arrivera dans les temps avec la première phase du projet? , demanda-t-il, peu rassuré, à Vic.

- Je sais que d’après vous deux, un planning a toujours été fixé pour se rendre compte des retards , intervint Gérard, cynique.

Paroles qui, naturellement, remirent Bob à nouveau sur les rails de la colère.

Vic effaça son trouble par une impassibilité feinte.

Les échos des haussements de voix avaient pourtant excité les deux singes qui se trouvaient dans le local d’à côté. Il fallait très vite calmer les nerfs des animaux et leur apporter quelques calmants sous forme de friandises. Les expériences de la journée auraient pu être déforcées par une contagion de mauvais aloi de l’humeur des humains.

Vic s’en chargea naturellement. Les singes sautaient, se renversaient sur eux-mêmes avec des rictus qui n’avaient qu’un très loin rappel avec celui de l’homme.

Quelques bananes et friandises encore vertes calmèrent heureusement très vite cette fébrilité transmise par Bob.

La fébrilité des uns et la colère de l’autre étaient déjà retombés quand il quitta le local.

Bob et Gérard étudiaient déjà, sur la table de travail commune, avec les plans qui reliaient les fils du projet, court-circuité, réduit très probablement par les autorités de la finance.

Une anecdote maudite de plus pour Vic, un éclat pour Bob, une confirmation sans effusion pour Gérard. Chacun avait sa manière de réagir à l’événement à sa mesure.

La journée se poursuivit sans beaucoup d’entrain ni d’événements perturbateurs nouveaux.

Les tests furent entrepris pour occuper les esprits comme l’opium des esprits. L’intelligence naturelle des humains, il fallait l’introduire dans celle qu’on appelait « artificielle ». Et cela était leur besoin intime.

A la fin de la journée, plus aucun reliquat de l’incident du matin ne fut remis en chantier.

Vic s’en retourna avec le sourire feignant ne plus s’en souvenir.

Il s’apprêtait à enlever le masque qu’il avait placé pendant cet espace de temps diurne pour l’échanger contre une présence moins avouable de son activité nocturne.

Le Grand Maître virtuel allait reprendre du service du côté obscur de son individu.

De ce côté-là, aussi, le lundi était un jour particulier.

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Le grand Maître virtuel_03.jpg(03) Hacking by night

« Le timide a peur avant le danger, le lâche au milieu du danger, le courageux après le danger. » Jean-Paul Richter

Quand Vic rentra chez lui, il se mit à rêvasser dans la voiture. Ce n’était pas franchement du rêve mais plutôt une certaine langueur râleuse.

L’évènement du matin lui revenait en mémoire. Il ressentait à nouveau ce coup de poing dans l’estomac que la haute direction leur avait infligé par l’intermédiaire de ce satané mail.

A chaque fois, qu’il y pensait, qu’il y penserait, une crampe mentale monopoliserait son cerveau plus orienté vers l’expertise dans la construction du futur que vers le calcul de ce que coûte sa construction. Une vengeance instinctive naissait indigné par le non respect des engagements vis-à-vis de tous les autres interlocuteurs.

Les budgets rabotés impliquaient, peut-être, des risques de reconsidération du futur du service, lui même. Et, cela lui laissait un goût amer.

Bien que financièrement, il ne risquait rien, la vie et l’ambiance constructive de l’équipe, il y tenait. Sa motivation était à ce prix. Comme le monde lui importait peu, une ambiance, dans un enclos fermé, peut-être, mais avec des gens qui le connaissaient mieux que les autres, lui plaisait plus qu’il ne l’avait supposé. Avec le recul, il s’apercevait que ce n’était pas seulement la couverture que lui apportait son travail de jour, qui avait de l’importance.

Du côté portefeuille, comme le disait Devos dans un sketch, il avait trouvé la délicate combinaison kafkaïenne qui permet de mettre de l’argent de côté tout en gardant un maximum devant lui.

Le soir était là. La journée, toujours aussi belle, avait probablement inspiré les gens à les maintenir dans les terrasses, les jardins et les parcs. Même la concierge s’était hâtée pour terminer sa tâche et profiter de la courette à l’arrière du bâtiment. Vic était pressé. Il grimpa les marches à vive allure sans rencontrer personne. Les trois serrures claquèrent en échos, résonnant sur les murs du couloir.

Une fois à l’intérieur, sans jeter le moindre regard sur la partie normalement habitable, il se précipita dans la partie plus secrète. Sa « planque », c’était ça. Avant d’y entrer, un miaulement retentit, suivi par un frôlement à la jambe. Le seul gardien des lieux que Vic acceptait, vint se coller pour quémander ce qu’il n’avait pas trouvé dans la solitude de sa journée. La faim n’avait pas encore fait ressentir ses effets. Ses préoccupations étaient toutes autres. A tous deux, la priorité était de se désaltérer. Une caresse, un peu de poisson frais eurent raison de l’impatience de l’esseulé naturel.

Dans la pièce cachée, dans un ensemble de reflets et de pénombres, seul les modems clignaient encore de l’oeil avec agitation. Leur lumière blafarde et orangée semblait donner une ambiance de fête en clignotant en alternance. Tout cela dans un silence de cathédrale.

Il n’éteignait jamais ces engins de connexions avec le monde. Le fax avait dû crépiter quelques fois. Plusieurs feuilles gisaient d’ailleurs encore dans le panier de réception.

L’ordinateur serveur était en « stand by » avec son écran dénué de toute vie. Le screensaver avait depuis longtemps dépassé son temps de fonction et avait passé son service au néant.

Vic allait très vite donner vie à tout cet ensemble endormi. Dès le premier attouchement de la souris stationnée près du clavier, l’écran sorti de sa torpeur. Le programme résident en mémoire en permanence était son email. La journée avait été faste de ce côté.

Un à un, le courrier électronique, commença à défiler sous son oeil curieux et impatient.

L’arnaque, qu’il avait lancée la veille, avait été captée par une victime désignée par le hasard. Victime consentante par ignorance, très certainement.

Quand un processus viral germait dans son esprit, il le testait et tout était possible sans complaisance, ni mollesse. L’analogie avec les virus biologiques n’était pas un mythe. La forme informatique était là pour nuire et réduire, pour le moins, la fortune de sa victime. C’était écrit. L’inventeur des virus informatiques, Léonard Adleman, aurait été fier de son émule. Ce spécialiste en biologie moléculaire avait en 1984 écrit les préceptes de cette maladie du quart de siècle suivant. Depuis lors, plus de 100.000 successeurs avaient pris place dans l’histoire mouvementée de cette encore jeune informatique parallèle.

Vic avait pris le flambeau dans cette activité de l’ombre pour son seul prestige personnel. Chercher les “Narcisses” de la toile qui étaient tentés de se faire connaître avec un maximum de détail intimes était sa petite « gâterie ». Les raffinements de l’outil de recherche avaient nécessité des heures innombrables de travaux acharnés de Vic, son concepteur. L’efficacité de sa dernière arnaque, de ce jeu de dupe pour les internautes, était son chef d’oeuvre.

Ce qui lui plaisait le plus, n’était d’ailleurs pas ce qui lui rapportait le plus en argent. Il préférait et de loin ce qui utilisait l’innocence de ses victimes. L’appât du gain était son gagne pain et son gagne plaisir naturel favori. La faiblesse du genre humain, avide d’argent et de gains faciles, l’excitait au plus haut point.

En esprit, il imaginait, avec le sourire en coin, ses victimes avec des yeux en forme de dollars. Avec un certain sadisme, il en jubilait de manière intense et sadique.

La soirée ne faisait que commencer et déjà après le 4ème mail, il sentait que le fil jeté dans la toile, n’avait pas été vain. Une pèche de l’innocence.

La pêche avait été bonne et les poissons hameçonnés sentait bon la friture et la crédulité de l’enthousiasme.

Il lu:

« Cher Monsieur,

Après avoir lu votre proposition qui m’a enthousiasmé tout de suite, je vous prie de prendre en considération ma candidature.

Votre proposition me semble très convaincante et très intéressante. Il serait très innocent de ne pas y faire suite. Veuillez trouver ici après mes données personnelles…

Suivaient toutes les informations qui avaient été demandées de manière très persuasive par Vic.

“Innocent, tu l’as dit”, pensait Vic avec bonheur.

Plus c’est gros, plus c’est apprécié et tentant. La règle de base était toujours d’application dans le monde d’envie.

Décidément, on perd vite les réalités.

Ceci ne constituait qu’une des premières étapes d’un processus de piratage. Le sommet de l’iceberg. Le “réchauffement climatique” de Vic allait commencer à faire fondre le reste de l’iceberg. Mais ne brûlons pas les étapes, pourrait-on dire.

Il fallait nourrir ce beau monde avide de faux gains faciles et tiré sur ce fil amorcé. Le fournisseur de miracle se voulait de bonne grâce pour soulager son client en mal de l’avidité qui le rongeait.

Cette chaîne d’élans innocents, il ne fallait pas en tarir la source et continuer à l’inciter.

C’était son violon d’Ingres. Oui, mais un véritable Stradivarius.

Les notes étaient à sa portée. Il fallait simplement prendre un peu de souffle. Se sustenter, il y pensa tout à coup.

Il n’y avait pas que le chat qui mangeait du poisson. Lui, il l’aimait, aussi.

Nourrir ses neurones, en prime, parait-il.

La nuit ne faisait que commencer.

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Le grand Maître virtuel_04.jpg(04) La nuit de tous les dangers.

« Cachez soigneusement votre supériorité de crainte de vous faire des ennemis. » Arthur Shopenhauer

Après un souper, frugal et rapide, retour dans la petite pièce arrière de l’appartement.

Le tour d’horizon de cette pièce n’était pas très décoratif. Rien au mur à part une grande affiche sur laquelle était griffonné un véritable plan de bataille. Personne n’aurait pu déchiffrer cet organigramme sans l’explication de l’auteur. Bien peu de chance qu’il y en ait un jour, un visiteur autre que Vic. En résumé, tout s’y trouvait pourtant soigneusement décrit. Les couleurs utilisées permettaient de distinguer les différentes phases que constituait le plan de bataille. Pas de fioriture, de la précision avec timing de la progression en sur-couche.

Vic n’était pas croyant du tout. Pourtant en bonne place, il avait en bonne place une petite statuette qu’il vénérait avec un certain humour. Il l’appelait “Sainte Cupidité”. Il savait qu’elle lui était favorable depuis bientôt un an. Pas loin sur un des bureau, pour apporter le divertissement, un échiquier de Machiavel traînait sur un établi.

Un véritable réseau en serveur s’était constitué avec une fortune relativement restreinte à ses débuts.

L’investissement financier en machine avait pourtant beaucoup évolué. Toujours garder une longueur d’avance. Sophistiqué, son serveur, à l’instar des grand pourvoyeur d’espace Internet, aurait même pu se rentabiliser comme fournisseur de temps sur Internet. Mais, cela ne l’inspirait pas.

L’investissement intellectuel personnel en temps avait été le plus important. Une phobie maniaque en précautions, pour ne pas être confondu. Une véritable hantise des surprises du hasard.

Très mauvais perdant, le jeu du chat et de la souris avec des rôles mixés l’excitait.

Avec sa formation en intelligence artificielle, il avait créé un nouveau programme qu’il appelait ironiquement le “Moneyscan”. Ce logiciel scannait les adresses IP en permanence. Pour son propre usage, une adresse IP, il s’en assignait une très temporaire pour ne pas d’être découvert.

La technique de « drainage de pognon » avait fait ses preuves jusqu’ici.

Tester les hameçons, ce que les anglophones appelaient “phishing”, et ajuster de jour en jour.

Quelques mails sans intérêt et puis, une avalanche de poissons, plus intéressants. Des internautes généreux avaient mordu.

L’un d’entre eux, un gars, d’un certain âge, du moins d’après la photo, se présentait et répondait par l’affirmative à sa proposition fictive de l’aider. Une contribution, pour frais de dossier était à la clé du partage d’informations et cela avait été accepté sans contestation par son interlocuteur fraîchement émoulu des hautes études. Visiblement, il était aux abois et sur le carreau depuis des lunes. Le poste revendiqué était élevé, intransigeant sur les solutions proposées. Comme tout chasseur de tête pouvait vivre de cette activité d’intermédiaire, il ne s’était pas méfié par la demande de fonds préliminaire. Le montage de la fable apportait ses fruits. Comment passer par un compte sans laisser de trace? Question cruciale. Les ramifications des comptes écrans par Internet apporta la meilleure solution .

Son montage était en effet, la totale. Des couches qu’un vendeur de produit protection solaire aurait pu appeler indice de protection « Écran total ». D’abord, un nom d’emprunt avec compte en « https ». Ensuite, comme il s’agissait d’intelligence artificielle à la base de sa formation, il l’avait sécurisé par des transferts successifs sans laisser de traces.

En parallèle, une autre piste était encore plus ingénieuse. Entrer dans l’ordinateur de sa victime à l’aide son adresse IP. Partie qui était réservée à un processus qui incluait lecture et écriture à distance existant de base dans les langages de programmation. Des instructions s’incrustaient dans des « cookies » si bien que même, les programmes de détection de ces virus déguisés pouvaient se révéler inefficaces. Ils restaient cachés et de plus s’échappaient dans les arcanes des directoires les moins prévus pour ce genre d’exercice.

Ce n’était que la 2ème couche. Restait à orienter l’argent vers des comptes moins impersonnels et moins fictifs. C’était peut-être la partie la plus délicate du montage.

Sur la Toile, ce qui reste le plus transparent, est sans conteste ce qui ne permet pas de remonter la filière jusqu’à la source.

Le programme espion, injecté sur les PC, se mettait tout de suite au travail avec intelligence artificielle à la recherche des adresses email et de nouvelles personnes « foncièrement » intéressantes. L’infection n’avait pas d’antidote prévu en “freeware”.

Une fois détectées, ces adresses venaient s’ajouter à une liste déjà présente dans la boîte de Pandore sous forme d’un fichier caméléon. Une fois par semaine, avec un timing très précis, cette liste était envoyée par le réseau, vers, devinez qui?

Les sources étaient inépuisables. Leurs utilisations, aussi. Les ressources du programme l’étaient tout autant. C’était un réel bijou de programmation qui s’auto-corrigeait une fois infiltré en une boîte noire, indécelable.

Véritable bombe à retardement en perpétuelle construction dans la destruction de l’environnement virtuel de son utilisateur. Le « go » final dans la mise en oeuvre, était orchestré à loisir par Vic au moment voulu et avec la dose choisie.

Le lundi soir, comme ce soir-là, était le jour de la semaine qui avait été choisi intentionnellement pour rapatrier les informations collectées pendant la semaine. La mise à jour automatique du programme faisait partie du “package” de retour. Des statistiques étaient même dressées pour évaluer les chances de succès pour Vic, de malchances pour ses victimes d’occasion. Tout était calculé au centime près. Le risque et le rendement étaient calculés au plus juste.

Le lendemain du week-end était, en effet, le meilleur jour pour exécuter cette tâche. Se mélanger aux mails en pagaille et en rade de ces deux jours de repos était ce qui normalement allait de pair avec une diffusion de masse.

Vic savait d’expérience que la nuit allait être courte. Des heures de travail pour l’analyse des résultats rassemblés et un résumé analytique en fin du travail de sape.

Les frontières des états ne constituaient pas un obstacle, bien au contraire. Elles correspondaient plutôt à une planche de salut. La langue ne se comportait pas comme un problème majeur. L’anglais était utilisé depuis longtemps de bonne grâce au dessus des particularismes linguistiques naturels des États. Les législations différentes permettaient des largesses chez les uns et plus de précautions chez les autres.

Un thriller de l’été, un de plus, mais par couches successives. Les enquêteurs qui n’allaient pas tarder de se mettre en piste, dès l’ouverture de la “chasse”, se trouveraient devant un casse-tête hors mesure. Si une couche de protection venait à lâcher, une autre prenait la relais automatiquement. La dernière remontait à la case départ pour fermer la boucle.

Un « serial killer» nouvelle vague était né. Son expérience se perfectionnait en plus en « real time ». Il avait l’emprise sur ce que l’homme avait de plus cher et pour longtemps encore, la ”maladie du pognon”.

Malheur à ceux qui avaient stocké trop d’adresses émails. Ils étaient la proie favorite et apportaient à Vic une source d’impulsion maléfique allant en crescendo.

Bientôt, il faudrait ajouter en prémisse un avertissement à l’utilisation d’Internet. Quelque chose comme « Attention, Internet peut nuire à votre santé privée et financière ».

Cela devenait de plus en plus clair, plus le temps passait, plus la contre-attaque allait avoir du fil à retordre pour enrayer le processus.

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0.jpg05: Le lendemain de veille

«J’apprends chaque jour pour enseigner le lendemain.» Emile Faguet

La nuit fut très courte. L’agitation à la fin avait été productive mais éreintante et très consommatrice en capacité de raisonnement.

La check-list qu’il s’était dressée, depuis le début, n’en finissait pas. Le mailing avait donné quelques petits nouveaux "poissons" mais rien de vraiment sensationnel. Le point principal était de vérifier les retours sous forme de dons généreux.

L’analyse du programme, revenu tout ragaillardi, fut, lui, plus intéressant. Si cela devait continuer à cette allure, il sentait qu’il devait bientôt envisager de trouver plus de temps libre. Un travail à plein temps? Cela aurait fait perdre la couverture essentielle à son anonymat. Si partager le boulot apparaissait comme la solution, elle était bien loin d’être dénuée de risques. Comment déléguer sans éveiller les soupçons? La technique de la déchirure du «billet de banque» en différents morceaux venait à l’esprit. Chaque morceau ne donnerait aucune chance de reconstituer l’ensemble. Plus vite dit, que fait. En plus, la répartition et la surveillance des tâches prendrait également du temps.

Apparemment, ces attaques virales avaient été décelées. Repérées par touches successives. Programmes anti-virus ou suite à la perspicacité humaine? Peu importait. Cela demandait une réaction rapide.

Le programme de piratage avait, pourtant, bien réagi. Toujours protégé en lecture derrière des noms de fichiers cachés, il s’était mis au repos, automatiquement, en suivant les ordres inclus dans son architecture. Sa présence en mémoire aurait pu être décelée. En action, les palpitations des loupiotes signalaient sa présence. Cela pouvait, heureusement, être confondu avec l’activité du modem, lui-même. Ce travail de recherche fonctionnait seulement pendant les périodes de travail d’autres programmes se fondaient dans l’ensemble.

N’empêche que, cette fois, il fallait réagir, il était surveillé. Sans changer la donne, il fallait s’assurer de ne pas tomber dans les pièges légitimes lancés par la maréchaussée ou de programmes anti-piratage trop efficaces. Sous estimer ses adversaires n’était pas l’habitude de la «maison».

Vic commença par apporter quelques correctifs pour atténuer le côté corrosif du programme en rendant le processus moins prévisible. Des tests de sécurité furent sa préoccupation principale pour le reste de la nuit.

Ce qu’il faut savoir, c’est que la technicité de son “malware” était démoniaque. Les softwares des utilisateurs sur les ordinateurs des victimes avaient été légèrement modifiés à leur insu. Vic avait détricoté certains programmes usuels qu’il avait découverts. A l’aide d’une sophistication géniale qu’il serait trop technique d’expliquer ici, certaines fonctionnalités peu utilisées avaient été remplacées par du code méthode “Vic”. La signature, le poids en bits de ces programmes avaient été rigoureusement équilibré pour passer outre la plupart des tests d’antivirus. Une véritable “bombe à retardement” était en place. La plus grande difficulté était devenu de ne pas s’infecter lui-même.

Aller se coucher vers les 5 heures du matin n’allait certainement pas lui ramener la récupération adéquate. Ses collègues le ressentiraient très certainement. Mais, ce n’était pas la première fois et de plus, il avait préparé le terrain des questions pour le lendemain.

Souvent dans ces cas, sans attendre la question fatidique, il pensait sortir, les yeux mi-clos, la phrase habituelle pour endormir les soupçons éventuels:

-J’ai encore eu la visite de mon copain Bertrand. On a discuté jusqu’aux petites heures. On devrait certainement avoir bu 2 ou 3 bouteilles de Saint Emilion, aurait-il dit à Bob. Bertrand avait été l’ami imaginaire qui lui venait parfois à l’esprit.

-Je vois le manège d’ici, aurait-il répondu normalement. Ce genre d’argument, Bob connaissait et il n’insistait jamais le sourire aux lèvres.

Vic, comme d’habitude, le remercierait implicitement du coin du regard pour sa discrétion et surtout pour son faible degré de curiosité.

A 08:45, le réveil sonna. Vic avait encore des bribes de rêve en mémoire. Encore fourbu, il aurait bien aimé rester sous la douce chaleur des draps de lit. Il manqua d’ailleurs se rendormir pour de bon. Une cloche d’église sonna à 9 heures et en décida autrement. Il ne devait pas se plier à un horaire trop rigoureux, mais, sortir d’une routine rassurante était un luxe.

Ce matin-là, l’atmosphère était plus lourde, plus moite que la veille. On sentait la fin de la belle période des jours ensoleillés. L’orage était proche.

Il arriva au bureau, vers 09:20, sans accentuer son retard.

Bob était déjà au bureau et visiblement, il n’avait pas bien dormi non plus et pas digéré le raccourcissement du projet.

Le masque de l’honnêteté avait regagné le visage de Vic et il entreprit immédiatement un rôle de séduction en lui soufflant de fausses idées de sécurité.

Encore une fois, plus c’était gros, mieux cela passait.

Le principe était de rigueur de jour et de nuit pour toute population. Vic le savait et pouvait, en période de trouble collectif, apposer son flegme rassurant.

N’était-ce pas le but et sa principale activité de jour comme de nuit?

Inspirer confiance, tous simplement…  

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Le grand Maître virtuel_06.jpg (06) Le réveil de l’adversaire

« Le vainqueur est celui qui fait une faute de moins que l’adversaire. » Philippe Bergeroo

Pendant ce temps, dans un ailleurs, il y avait un bureau des fraudes. Trois inspecteurs se faisaient face sur des bureaux engorgés de machines. Pour tout un secteur du territoire, ils étaient en charge de surveiller le réseau contre la pédophilie, les malversations qui se déroulent insidieusement sur la toile.

Des écrans de surveillance étaient même plus nombreux que les claviers auxquels ils devaient se relier normalement à l’autre bout des unités centrales.

- Patrick, viens voir. Il y a quelque chose de bizarre », lança, tout à coup, l’un d’eux. Patrick se leva curieux, mais sans entrain. Il avait l’habitude de découvrir des choses curieuses. Le métier le voulait, mais cela ne l’excitait plus outre mesure. Les enfants l’avaient épuisés la veille et cela ne devait pas éveiller en lui une fougue particulière.

- Que se passe-t-il? Qu’as-tu découvert? », fit-il, semblant s’intéresser à son collègue.

- Hier, déjà, j’avais remarqué une activité suspecte sur le net. Tout de suite, j’ai placé nos détecteurs de virus en éveil. L’antivirus, l’anti-fishing installés sont au niveau de la dernière version. Le grand jeux habituel, quoi. Aujourd’hui, tout a disparu. Je ne comprends rien. Plus rien.

- Es-tu vraiment sûr de la version de tes parapluies? » répondit-il, avec un sourire sarcastique aux lèvres.

- Bien sûr et c’est ça qui est inquiétant. J’ai téléphoné à notre fournisseur car bien que la recherche de mise à jour ne donnait rien, je préférais m’en assurer. Quelle version as-tu, toi?

- Attends, je vérifie. Voilà, je l’ai : la 25.12.

- C’est la bonne. J’ai la même, pas de problème. Pourtant, je suis certain de ne pas avoir eu la berlue. Je vais revoir les listings de log. On verra bien si tout est normal. »

Un hochement de tête de Raymond mis fin temporairement à cette alerte passagère. Surveiller le réseau et surveiller encore, Patrick savait de quoi il fallait parler. Il avait communiqué son manque de sérénité à son collègue au passage. Il avait ainsi obéi au devoir de la maison. Travail d’équipe que ce service. Chacun sentait bien depuis longtemps qu’il était à l’étroit dans les effectifs.

Ce que Bernard et Patrick ignoraient c’est que le programme avait lui aussi détecté cette levée de bouclier. Il réagissait comme un humain, plus vite que lui, et se plongea en léthargie, à l’écart et près à se dupliquer. En même temps, un processus de ralentissement s’accroissait de manière exponentielle, s’était installé dans la machine de sa victime. La machine, dès lors, délivraient, progressivement et insensiblement, de moins en moins de Mips prévu par contrat avec l’achat de la machine.

Seulement un peu de processus perdu en pertes et profits, de temps en temps. Un “overhead” de plus, aurait pu penser l’anglophone expert qui résidait en Patrick.

Les varices au cerveau seraient pour plus tard, mais ils ne pouvaient pas encore s’en douter.

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Le grand Maître virtuel_07.jpg(07)  On s'inquiète aussi à la maison Poulaga

« Le temps n’est pas seulement le seul véritable ennemi de l’homme, c’est également et surtout son ennemi le plus sournois, le plus lâche. Et, bien sûr, le seul que l’on n’ait pas la moindre chance de vaincre » Jacques Sternberg

Le lendemain, un télex arriva sur le téléscripteur de la police anti-piratage sans attirer l’attention. Il ne fit que s’insérer parmi d’autres déjà présents sans attirer l’attention.

Patrick, agent spécial de la brigade, en avait l’habitude et aucune précipitation n’aurait pu l’inciter à le récupérer dans la pile.

Après un certain temps, il s’exclama en surprenant les autres:

- Mais, qu’est-ce qu’elle a ma bécane? Elle rame de plus belle. Cette fois, j’en suis sûr.

- Tu n’en as décidément jamais assez de vitesse », rétorqua Bernard, son collègue le plus proche. Il continua par une réponse en rictus « Tu viens d’obtenir le processeur le plus puissant, *ingrat. Les deniers publics, qu’en fais-tu ? ».

- Je t’assure que c’est nouveau. Jamais, je n’avais ressenti du plomb dans les connexions de mon PC. Il me semble que je traîne des casseroles dans mes circuits.

Cette fois, Bernard fronça les sourcils et s’approcha intrigué.

- Tu n’as vraiment rien chargé de nouveau récemment? », fit-il dubitatif pour répondre à un diagnostique naturel en de telles circonstances par réflexes conditionnés.

- Rien. Depuis une semaine. J’en suis sûr », conclura Patrick presque contrit de ne pouvoir donner une réponse plus sensée à son collègue.

Bien que la conversation entre eux n’avait pas pris des allures trop exaltées à une altitude de voix exagérée, la porte du bureau du fond s’ouvrit et le chef, Donald, apparut.

- Vous avez des problèmes? », s’enquit-il l’air inquiet.

- C’est à dire qu’il me semble que mon Pc a pris un coup de vieux en moins d’une semaine et j’aime pas ça. A part hier, un léger soupçon que quelque chose d’anormal aurait pu se passer mais rien ne pouvait justifier un ralentissement », dit Patrick, décontenancé.

- Je vous rappelle qu’il faut m’avertir immédiatement de toutes choses qui vous paraissent anormale », s’énerva-t-il sans plus.

Traduction littérale et instinctive pour tous les autres: « C’est à vous de prendre des initiatives et de frapper à ma porte pour me mettre au courant. Je suis votre supérieur direct. Il ne faudrait pas l’oublier. J’ai un maximum de contacts avisés qui me permettent de réagir avec efficacité. La sécurité, ça me connaît. Je suis là pour cela ».

La cerise sur le gâteau ou le sel sur la morsure aurait été : « Je vous ai donné toute ma confiance ».

Patrick, rouge, non de honte d’avoir mal agis, mais à cause de la surprise de l’attaque déguisée, répondit bougon:

- Je ne vois aucune raison valable d’ameuter tout un département pour une question de soupçon personnel et de machine qui a décidé de prendre quelques vacances.

Mentalement, ces derniers mots lui rappelait qu’il y avait bien longtemps qu’il n’en avait pas prise de vacances. Cette altercation aurait au moins eu cet effet rétroactif et bénéfique pour le moral.

Donald, mis sa fausse colère en sourdine, plus intéressé par l’objet de la discussion lui-même.

Objectifs et psychologie, les deux mamelles d’une direction bien enseignée. Il prit la bonne attitude et s’effaça.

- Ne vous inquiétez pas. Je vais interroger la base de données pour voir si nous sommes les seuls à avoir détecté une anomalie. », répondit le chef conciliateur.

Il prit au passage la pile de télex qui avait gonflé lentement dans le bac de réception.

Une fois assis dans son bureau, Donald reprit le paquet de feuilles imprimées.

Dès la 4ème page, son attention fut attirée.

« Détection d’une présence anormale en machine, suivie d’un ralentissement constaté. Possibilité de virus informatique ».

Flash. La bile lui remonta dans la gorge et, d’un coup brusque, il se projeta sur la porte, fier d’apporter ses conclusions, trop content aussi de manifester de manifester son utilité.

- Patrick », cria-t-il, sans s’en rendre compte, pour être entendu bien au delà des oreilles de l’intéressé, «vous avez ici la raison de votre problème », en tendant, du bout des doigt, le télex qui donnait raison à sa perspicacité. « Faites vite un « system check » et téléphonez à notre fournisseur d’antivirus », furent ses dernières paroles.

Le doute n’était plus permis. Une attaque virale nécessitant une comparaison avec une image de la situation du disque, initiale et saine, s’imposait. Il avait mis les pendules à l’heure et ne voulant pas envenimer la situation, retourna dans son bureau.

N’en menant pas large, Patrick s’exécuta.

- Allo. Ici, la brigade anti-piratage de la police. Nous avons l’impression de subir une attaque virale de nos systèmes informatiques. Notre software de détection est mis à jour automatiquement. Version 25.22 depuis 6 jours. N’avez-vous rien de nouveau à nous servir?

- Non, vous avez bien la dernière version. C’est assez calme pour le moment. Période de vacances. Nous allons pourtant vérifier un peu plus et nous vous rappellerons s’il y a des nouvelles. Merci de votre appel et pour votre patience.

Patrick raccrocha. Il n’était nullement rassuré pour autant. Si personne n’avait détecté quoique ce soit chez eux, on était mal parti. Deux impressions de piratage, ce n’est pourtant pas rien, se disait-il. Il n’avait pas rêvé.

Son enquête personnelle ne faisait que commencer mais il se faisait fort de découvrir ce qui générait l’inconvénient bobo de sa machine.

Quelques télex d’avertissement à envoyer aux collègues tout d’abord, après les grandes manœuvres pour tâter le terrain.

Il faut aller vite car la contagion peut dépasser les frontières à la vitesse de la lumière et il le savait.

Il lança la validation simple de son système prévu par l’antivirus.

Après 10 minutes, il était fixé ou, plutôt, il aurait aimé l’être car aucun virus n’avait montré le bout du nez. Rien. Nothing. Nada.

Ça ce corsait, donc. Il fallait les grandes manœuvres. Une vérification par comparaison avec cette fameuse image devrait lui faire découvrir le pot aux roses fanées ou du moins des indices.

Les signatures des fichiers sont les moyens les plus efficaces pour identifier tout intrus, se dit-il confiant.

Bernard suivait, du coin de l’oeil, l’excitation de son collègue dans ses agissements avec inquiétude. Quelle forme l’attaque allait-elle prendre? Les bonnes surprises, tout le monde les aime, mais les poissons d’avril en plein été, il y avait de la marge qu’un inspecteur ne peut franchir à l’insu de son plein gré.

Une heure de processing intense fut bien nécessaire pour arriver au bout de la comparaison signature par signature du début avec les actuelles.

Une liste de discordances de près de 3 pages avait été imprimée comme résultat.

Cela ne voulait pas dire que chaque ligne de la liste était suspecte. Bien au contraire et heureusement d’ailleurs. Seul, le potentiel de malversation existait dans ces lignes sans plus.

90% des différences s’expliqueraient facilement en fonction de l’évolution du disque et de son utilisation normale. 8% demanderaient de la recherche plus intensive. Et, au bout de la recherche, comme toujours, le prédateur identifié.

Patrick sentait que sa journée de travail allait être bouffée par l’opération « Monsieur Propre ».

Il valait mieux prévenir l’épouse qu’un retard dans le retour aux pénates, avait beaucoup de chance de se produire. Des heures sup, je vais pouvoir payer quelques petits cadeaux pour le gamin, se dit-il pour s’encourager.

Avant que quelque chose ait pu éveiller le déclic de l’alerte rouge chez les fournisseurs d’antivirus, il aurait eu le temps d’analyser la situation utilement. Une course contre la montre excitait son ego. Dans ce cas, le jeu de Colin-maillard ne lui déplaisait qu’à moitié. Le fournisseur d’antivirus avait déjà fait preuve d’un manque d’élasticité et de promptitudes.

Ce qu’il ne savait pas, et pour cause, c’est qu’il ne pouvait rien découvrir. A part, une comparaison octet par octet de tous les fichiers, rien n’aurait pu ressortir comme danger potentiel.

Le poids total des fichiers était rigoureusement identique. Donc, c’était « choux blanc » assuré en fin de parcours.

Certaines fonctionnalités, substituées sans laisser de trace, avec la perfection de Vic, il n’avait aucune chance. Le camouflage parfait.

Les heures passèrent. Pas de coup de fil salvateur. Pas d’« Eureka » à proférer en signe de victoire pour sa récompense.

Il avait l’impression de nager dans une eau troublée dont l’agitation n’allait jamais trouver de fin. La sueur au front participait dans le processus. Le stress prenait tout doucement le dessus en cassant son ego.

Pas de bouée de sauvetage et pas de port d’attache pour s’esquiver de sa tâche. Il avait demandé de rester seul et fier.

Penaud, déçu à une heure avancée, les collègues qui s’étaient esquivés depuis longtemps, un à un, sans oser le déranger, il fallait bien se résigner à rentrer chez lui.

La vexation produite par une vérification infructueuse était ce qui l’exaspérait le plus.

Demain, allait être un autre jour et pas nécessairement meilleur.

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Le Grand Maître virtuel_08.jpg(08)  Réflexions à rebrousse poil

« Rêver est souvent une manière de compenser pour ce que nous n’avons pas ou n’osons pas. », Roch Carrier

« Non, par pitié. Non, laissez-moi. Je ne vous ai rien fait. »

De vilaines bestioles volaient au dessus de sa tête. En piqué, elles assénaient des piqûres douloureuses et infligeaient des cicatrices sur la peau dénudée de Patrick.

Celui-ci frappait à gauche et à droite, protégeant ses yeux aux mieux. Les oiseaux de Hitchcock étaient des oiseaux de chœur en comparaison avec ces rapaces qui le déchiquetait de toutes parts.

Alors, il courra à toutes jambes droit devant lui sans espoir de reconnaître son chemin de retour. Il frappa encore un grand coup et un oiseau de malheur s’abattit à ses pieds. Il buta sur lui et essaya vainement de se rattraper.

Sur un plan existentiel différent, il se sentit secoué et une voix rageuse vint à ses oreilles:

- Arrête, réveilles-toi, tu es en sueur et tu me découvres.

Le déclic fut immédiat. Il s’éveilla surpris de la moiteur de sa couche.

Il ne mit pas longtemps à revenir complètement à lui. Le coup que sa femme avait reçu sur le bras témoignait de la violence de son combat cauchemardesque. Une ecchymose prenait des allures bleuâtres du plus mauvais effet.

Elle acceptait déjà difficilement des nuits pendant lesquelles son homme s’évadait en ronflant à tue tête. Alors, prendre des allures de femmes battues ne lui plaisait absolument pas.

Le reste de la nuit, il resta éveillé et réfléchissant dans la sueur.

La matinée, qui suivit, commençait manifestement très mal.

Sa femme lui rappela les péripéties de la nuit et lui fit ressentir son ressentiment, consentant jusqu’à un certain point, de manière bruyante et explicite.

Le petit déjeuner se déroula dans un silence noir. Beaucoup d’images, mais plus de son. Ce silence, il continua à le mettre à profit. Réfléchissant, des éclairs de logique lui permirent de sortir d’un état de torpeur qu’il détestait.

Et si ce n’était pas des fichiers exécutables qui torpillaient mon ordinateur? . Des virus polymorphiques, il en avait déjà entendu parlé sans en rencontrer d’acteur aussi parfaitement incognito. Qu’est-ce que j’ai accédé hier? Quels sont les fichiers d’informations qui me sont parvenus? Des fichiers PDF, de données parvenues par email ? Mais oui, c’est peut-être cela. En général, les virus se retrouvaient dans les programmes exécutable pas dans une forme anonyme et inopérante contenant des données. Et si cette fois, les choses avaient changé.

Il savait, cette fois, au cas où aucune nouvelle ne parvenait, à ce à quoi il allait destiner sa journée. Cela le rassura un maximum. Il allait débusquer l’intrus, la « bête », dans son trou. Il le fallait et il était décidé à y mettrait le temps mais cela n’était pas le problème.

Contrairement aux autres jours, il était pressé de regagner son bureau. Au diable, le patron, s’il s’avisait de proférer une remarque désobligeante. Aucune interférence à son plan de bataille ne serait acceptée. La veille, son épouse avait bien tenté de lui demander des explications à son mutisme rêveur. Sans succès. Son regard était resté impassible

La journée allait être faste en découverte, il le sentait intimement. Il n’avait pas tort. Elle allait se révéler bien en deçà de son imagination.

Encore une fois, il ne pouvait pas le savoir. S’il l’avait su, il aurait certainement préférer rester où il était.

Le lit a de ses avantages incontestables.

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Le Grand Maître virtuel_09.jpg(09): Desseins « Bleu réseaux »

« On méprise les grands desseins lorsqu’on ne se sent pas capable des grands succès. », Vauvenargues

Ce matin-là, Vic se senti vraiment frais et dispos. Il y a des jours où on se sent pouvoir faire des miracles. Le sommeil avait été profond et réparateur.

Rien n’avait imposé une veille prolongée et il s’était couché de relative bonne heure. Son esprit avait pour l’occasion, fait le vide. Ses neurones rafraîchis étaient prêts à donner un maximum d’efficacité alliée à son imagination fertile.

Il restait toujours surpris de l’attraction que l’argent manifestait pour ses semblables. Il aimait l’argent, oui, mais pas pour les mêmes raisons. Il en avait sur plusieurs comptes locaux ou étrangers prêts à donner le coup de pouce nécessaire en cas de besoin dans sa « petite entreprise parallèles ». Mais ce n’était pas là qu’il fallait rechercher ses motivations et convictions.

Le jeu, lui, aurait pu, peut-être, mieux entrer dans ses cordes, mais il n’aimait pas perdre ni compter sur le hasard comme entremetteur. L’argent symbole de pouvoir était sa pensée comme une abstraction déplacée dans la virtualité et qu’on ne matérialise dans le tangible. Il était devenu fictif, représenté par une seule écriture comptable sous la ponctuation d’un clic et d’une souris en balade sur l’écran.

L’art du haut vol, style Arsène Lupin avait existé dans le monde d’avant. En ce temps, on allait sur les lieux du forfait. La modernité et le virtuel apportaient seulement de nouvelles voies bien plus efficaces.

Le rêve, il le réservait en fin de compte aux autres. Il n’y avait que lui pour savoir qu’en finale, il se terminerait en cauchemar pour les tiers. La sonnette d’alarme pour le client était devenue trop peu opérante par l’aveuglement de la rentabilité. Face à la facilité apparente de doubler une fortune dans un laps de temps anormalement court, la résistance est toujours minimale. L’interdit attise la motivation dans ces transactions de dupe. Une fois, la supercherie découverte, le client reste tellement imbriqué dans le jeu de la perversion qu’il ne pourra que mollement sortir du pétrin dans lequel il s’était glissé de bonne grâce.

Au bureau, Vic ne pensait plus à cet état de la fragilité humaine. Son esprit s’était mis à fonctionner en multiprocesseurs.

D’un côté, le projet pour lequel on le payait généreusement et de l’autre, l’extension de son entreprise nocturne qui manifestement ne connaissait pas la crise et qui nécessitait de plus en plus de temps.

Le problème, c’est que, pour être efficace, il aurait fallu une aide supplémentaire.

Quelqu’un de confiance se construit avec le temps.

Durant la journée, de nouvelles idées lui vinrent à l’esprit.

Le projet « Autoscan » de la Société, même si les instances supérieures en avaient coupé un bout des ailes, demandait un degré d’urgence bien plus important qu’il n’y paraissait. On s’impatientait en haut lieu.

Des appel d’offres avaient été lancés sur Internet et des CV commençaient à entrer plutôt péniblement. Le recrutement avait été assigné à Gérard pour les premiers contacts et à Vic pour la partie plus technique des interviews.

A partir de 10:30, il avait deux interviews planifiées et il se disait secrètement que si l’un d’entre eux ne convenait pas mais qui exprimait une motivation suffisante pour le gain, il pourrait lui proposer une place pour un ‘ami’ embaucheur. Celui-ci aurait naturellement été en voyage et difficilement joignable. Vic, représentant, serait là en agent recruteur.

Son plan personnel devait seulement éviter certains risques.

Découper le travail sans en dévoiler la structure dans son ensemble, allait occuper son esprit jusqu’à l’heure des interviews.

A 11:35, le premier se présenta. Un manque d’expérience était son plus grand défaut. La décision finale ne lui appartenant pas, il cotait les prestations dans une échelle de 1 à 10. Il termina l’échange assez vite par un immuable « On vous écrira ». Cote: 4/10.

Le second fut en retard et s’en excusa par les transports en commun trop peu fiables à son goût.

Son problème personnel vis-à-vis de RobCy résidait dans son éloignement. Un absentéisme physique rédhibitoire et caractéristique n’allait pas plaire aux supérieurs de la société.

Il correspondait par contre très bien au profil que Vic cherchait.

Il embraya donc tout de suite en lui présentant le stratagème qu’il avait mis en boîte quelques heures auparavant.

Jeune et malgré tout plein de talents et d’expériences en informatique, c’était indéniable. Il avait répondu aux questions comme s’il s’agissait de répondre avec assurance aux questions que le film de la veille à la télé avait laissé en suspend. Il avait des atouts que Vic avait ressentis dès le départ. Il n’avait pas seulement des connaissances théoriques apprises dans les bouquins, il avait su lire entre les lignes du savoir par l’expérience et la réflexion. Ne pas pouvoir se rendre au bureau très facilement importait peu pour le travail que Vic lui proposerait à titre personnel. Il trouvait que c’était même un atout majeur car il n’avait pas de bureau à lui proposer. Son plan imposait un employé à domicile. Les communications type internet, téléphone, mail relieraient le tout. L’aspect ‘intelligence artificielle’ stipulé dans l’annonce pouvait être une lacune et un point faible aux yeux de RobCy. Pour Vic, c’était le cadet de ses soucis avantageusement remplacé par son besoin de travailler le plus rapidement possible.

Sa place ne sera donc pas à RobCy mais chez Vic & Co. Il le fit ressentir à son jeune interlocuteur. Il lui fit comprendre que son « ami » lui avait laissé les coudés franches et qu’il pouvait considérer se sentir engager. Une signature fut même présente dans la conclusion de ce pacte mi-présent, mi-absent pour la deuxième signature fictive de l’ami absent.

Dès la semaine prochaine, Vic reprendrait contact. Tout avait été dit. Une poste restante fut proposée pour faire l’échange de matériel, son adresse privée comme lieu de rendez-vous une boîte électronique pour les contacts de confiance. Plus tard, d’autres portes pourraient s’ouvrir mais on n’était pas encore à ce stade.

La journée avait décidément bien commencé. Vic avait son aide, son Pygmalion. A lui de répartir intelligemment les tâches sans éveiller les soupçons dès le départ.

De cela, il n’avait pas trop de crainte. Pour un informaticien, scinder un projet en blocs fonctionnels, cela s’appelait dans le jargon « Couper un projet en « objets » ou en boîtes noires (’black box’) ». Il suffisait de les rendre un peu moins noires en les réunissant progressivement. Mais, cela restait une tâche d’un chef d’orchestre. Vic en avait la carrure intellectuelle.

L’expérience naissait avec la première fois. Tester faisait aussi partie de la panoplie de l’informaticien.

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Le Grand Maître virtuel_10.jpg(10)    Préparation de la délégation

« On peut déléguer des tâches mais pas les responsabilités. » Yannick Therrien

La nuit suivante, une excitation supplémentaire occupait l’esprit de Vic. Il avait écourté ses obligations quotidiennes au bureau. De ce côté, cela devenait de la véritable routine bien huilée.

Lundi soir, prochain, il y aurait le retour programmé des informations récoltées par son fameux programme espion: le « MoneyScan ». Pendant la semaine, le rôle de Vic se limitait à répondre aux emails en restant le plus possible masqué par pseudo interposé. Plusieurs courriers avaient attiré son attention et lui confirmaient que le processus de boule de neige était en marche inexorablement.

Plus efficace que le bouche à oreille, Internet avait des ressources insoupçonnées et écourtait de manière drastique les échanges d’informations.

Dans le lot d’informations, il était clair pour le nez fin de Vic que la plupart manquait d’intérêts. Cela n’avait aucune importance. Il s’agissait de correspondances style donnant-donnant en tâtant le terrain à la base. Uniquement les questions-réponses créait le progrès pas la question. Dans ce cas, il y mettait immédiatement fin et le silence radio. S’il avait le temps, en gros, il ne fallait pas que ce soit en pure perte.

Cinq adresses Internet tournantes qu’il utilisait comme vitrine de son activité, pardon comme écran, avaient bien servi ses desseins. Bien utilisées et usées, il était souvent judicieux de sentir le moment propice qui sonnait l’abus. Le sentiment de l’arrivée de moment n’avait aucune alerte bien précise. Une faible sonnette par l’expérience tintait alors, seulement pour avertir de la fin de la récréation. Alors, il les fermait tout de go et en ouvrait d’autres plus fraîches avec une apparence semblable mais en s’efforçant d’éliminer les traces qui menaient à son repérage.

Pour vivre heureux sur la toile, il fallait, plus que partout ailleurs, vivre caché et se découvrir juste un peu moins que le temps nécessaire.

Hors, les outils modernes “sociaux” comme on dit, allaient à contre sens. On aime se montrer, se définir plus qu’il ne faudrait. On tombe en adoration de son image, même. On aime les précisions. Pour ce faire, pas de limite, du moment que l’autre pourra catégoriser son interlocuteur. Le narcissisme plaît. “Être la plus belle pour aller danser” se fait désormais sans bouger. Alors, on entre dans l’intimité de ses avoirs. On veut trouver l’âme soeur. C’est tellement pratique avec Internet.

Cela c’était le des fonds de commerce de Vic par excellence : user de l’ego.

Pour se donner de l’entrain et de l’imagination, il alluma la chaîne haute fidélité connectée à son PC. Une musique douce de Mozart emplit la pièce de toute part en octophonie. Cette douceur ne tranchait qu’en apparence avec la fougue de Vic. Le calme musical lui donnait la pincée nécessaire à son envie d’inventions. Les notes emplirent l’espace réduit de ce bureau futuriste de manière tellement anachronique. Vic aimait être entouré de notes douces dans le registre classique. Ces moments de douceurs lui permettaient d’extraire le maximum de lui.

Il n’était désormais plus seul en piste. La priorité résidait dans le partage et les attributions de la charge de travail. Il fallait que tout paraisse normal dans les normes des pratiques de relation entre chef et exécutant. Laisser transparaître une odeur de sainteté sur les tâches distribuées était la règle de conduite prudente. Transgresser cette loi demandait la préparation de l’antidote.

Très méthodique, il créa un tableau dans son tableur. Une colonne pour les fonctionnalités, une autre pour le degré de risque, un autre encore pour décrire le processus adopté et une dernière avec artifice pour endormir les soupçons les plus subtils. La gradation dans les réparties était à imaginer avec le maximum de détails.

Les étapes en lignes ne manquaient pas. Ce travail de répartition était fastidieux mais, pour lui, absolument nécessaire. Le degré de difficulté des tâches et l’urgence des tâches entrèrent en fin.

Une organisation du travail claire à l’avantage de diminuer le stress.

Presque en même temps, le énième CD arriva en bout de course et la musique s’éteignit.

Un esprit plus va-t-en guerre était plus propice. Du Wagner, lui vint tout de suite à l’esprit. L’ouverture des Maîtres Chanteurs s’adaptait parfaitement à l’instant solennel.

De retour à sa feuille de travail, il la tria par degré de dangerosité vis-à-vis de l’extérieur.

Du degré 1 à 5, il pouvait déléguer la tâche. Au dessus, pas question de sortir de la pièce sans risquer d’éveiller un esprit trop inquisiteur. Il se les attribuait.

Le sort en était jeté. Il savait qu’il fallait joué serré. Travailler à deux a toujours demandé du doigté pour un chef d’orchestre dont les membres ne peuvent connaître qu’une partie de la partition. Le nouveau « clarinettiste » allait devoir jouer en finesse sous sa fine baguette. Jamais, il n’avait imaginé que cela s’harmoniserait aussi bien qu’avec la musique.

Battre la mesure, faire la composition et l’orchestration, il s’attribua ces tâches plus à sa propre mesure. La composition de cette musique devait donner un duo corrosif et très productif mais style “allegro” mais jamais “furioso”.

Le travail accompli, il n’eut aucune peine à s’endormir du sommeil du juste.

Enfin « juste ». Faut s’entendre sur les mots: du côté pile, bien entendu.

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Le grand Maître virtuel_11.jpg(11)  Le piège découvert piégé

La mouche qui veut échapper au piége ne peut être plus en sûreté que sur le piège même.”, (Georg Christoph Lichtenber)

Il en avait entendu parlé mais ne voulait pas y croire.

Tout ordinateur moderne s’enlise dans les télé-chargements de plus en plus nombreux. Il le savait et était préparé et formé pour contrer les situations les plus dangereuses. L’utilisateur lambda, lui, n’aurait évidemment pas pris la peine d’aller aussi loin dans la surveillance. Cette idée de “cachette surprise” frisait vraiment la perfection, Patrick devait le reconnaître. Il était fier de s’être mis au niveau de cette perfection. Cela n’allait pas se passer comme il le pensait encore une fois.

A la police, par contre, ces télé-chargements autorisés ne se comptaient heureusement que sur les doigts d’une main au cours d’une année. Charger les parapluies, les paratonnerres, oui. Pas la pluie ni le tonnerre.

Cela augmentait les chances de Patrick d’autant pour permettre à celui-ci d’élaguer, d’éclaircir un peu mieux le « comment ». Le « pourquoi », le « avec quoi » et « par quoi » restaient à découvrir.

La police ne disposait pas encore d’un programme de détection aussi perfectionné que celui de Vic. La science fiction avait été dépassé par la réalité dans la passion de la perfection. De cela Patrick ne pouvait pas s’en douter.

Le nom du fichier litigieux, Patrick s’en doutait, ne devait pas correspondre à rien de fâcheux. Chercher ce qui était nouveau et normalement découvrir le pot aux roses.

Son réflexe automatique en tant qu’utilisateur averti, lui fit perdre pourtant des points dans l’échelle de la perspicacité.

Le problème fut vite identifié. Il détruisit, aussi vite trouvé, le fichier de tous les dangers. Il se réfugia dans la poubelle d’attente. En attente d’une analyse par un service compétent. Le fichier du purgatoire pourrait-on dire.

Une fois le ravage opéré sous sa forme virulente initiale, les fichiers de données, en faux frères, se métamorphosaient, s’endormaient avec une extension sans intérêt pour tout programme sensés les éradiquer et s’infiltraient dans un directoire de repos caché non prévu par l’usage habituel.

Ce qui était programmé de base se mit en marche très normalement. En détruisant le virus, l’infection s’auto-regénéra avec un nom tout neuf et une location résidente totalement différente.

En plus de cette résurrection instantanée, une écriture d’une petite note dans un log se mémorisa et prêt à avertir qui de droit ou plutôt qui de pouvoir.

En plus, Patrick n’avait rien éradiqué du tout en agissant de la sorte. Il perdait en plus une chance de refaire avec facilité l’opération une nouvelle fois par la suite. Un coup de l’arroseur arrosé moderne.

« Un sous-marin coulé » aurait scandé triomphalement un joueur de combat naval. C’était plutôt un jeu de l’oie. Par le décompte d’une unité, c’était un retour à la case départ.

Un raté, de plus. Patrick l’ignorait encore à ce stade. Le sommeil avait repris ce virus.

Malheur à l’expert qui n’a d’expert qu’au nom de l’expérience et pas de l’imagination.

En réutilisant le fichier, plus tard, sans meilleur protection, il allait s’infecter à nouveau, fortifié, avant de re-mourir dans le cimetière des fichiers virtuels.

A tout hasard, Patrick compléta son rapport et envoya ce fichier de malheur à un expert qu’il connaissait chez le fournisseur « Antivir » avec mention spéciale et tête de mort pour faire vrai sur l’étiquette.

Il respira mieux, le travail accompli.

Le bonheur allait, comme on s’en doute, n’être que de courte durée.

Chacun sait que le futur doit toujours garder son effet de surprise intact pour apporter le piment à la vie. Encore, fallait-il ne pas être trop sensible.

Les pièges du Grand Maître ne faisaient que reprendre du souffle. Un pas en arrière pour mieux sauter.

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Le grand Maître virtuel_12.jpg(12)  Repos programmé

Quand le mort repose, laisse reposer sa mémoire ” Ben Sira

Le week-end qui suivit, Vic s’octroya quelques vacances dans sa deuxième résidence à Malte. C’était sa contrepartie à sa rigueur. L’exclusive contre l’exclusive.

Il avait réservé une place en première dans l’avion de ligne. Il restait toujours loin de tous touristes qui devaient pulluler en cette saison.

A bord, comme reflex, il sortit son portable comme il avait deux heures devant lui. Pour avoir déjà subit son ‘non’ catégorique, l’hôtesse ne le dérangea plus. Le champagne, oui. La conversation, même avec le beau sourire, il valait mieux chercher ailleurs.

Il aimait le côté monotone du bruit des réacteurs. Les nuages qui défilaient par les hublots n’eurent d’ailleurs aucune chance d’attirer son regard blazé, l’espace d’un coup d’oeil. Le temps passa vite perdu dans des plans machiavéliques mais rêveurs.

A peine, les derniers rivages de la Sicile s’estompaient que l’avion commença à descendre précédée d’une voix douce l’annonçant dans un laïus parfaitement rodé.

Il jeta le premier regard vers le hublot, par habitude.

L’île de Malte apparut très vite. Toute petite, au départ et s’accompagnant de ses deux alter ego bien plus petites encore. D’abord, au centre, la ville de Mosta avec son dôme en téton apparut derrière le hublot sur la colline qui surplombe le reste de l’île. Bien vite, cependant, la capitale maltaise, La Valette apparut tel qu’un vaisseau de pierre calcaire doré. Fier, cet esquif pierreux fendait les eaux bleues de la Méditerranée surplombées d’un soleil en pleine forme. Cette impression, décrite dans les guides touristiques, restait inchangée comme une ville endormie depuis sa fondation depuis trois siècle. Cité bâtie par des grands et pour des grands gentilshommes qu’étaient les chevaliers organisés en guilde. Dirigée en alternance par ces Chevalier de l’Ordre de Saint Jean en provenance de tous les horizons de l’époque. Vic aimait leur histoire. Rejetés de Jérusalem et de Rhodes, ses héros avaient dû défendre leur existence par des effets d’armes de hautes gloires. Le fort de Saint Elme protégeait encore la ville et le port de bateaux en provenance d’orient et d’occident. Cet éperon rocheux trouvait une harmonie avec des rues rectilignes, en croisillons équerres parfaits pour apporter le rationnel au service de leur stratégie. Vic aimait cet esprit de rigueur.

Miniature pour un habitant de San Francisco, La Valette avait ses rues plongeantes dans la mer. De multiples clochers confirmaient la piété toujours respectée par les habitants.

Atterrissage rapide. Pas de bagage. Dédouané, il se retrouva à l’extérieur de l’aéroport.

Les bus avec les ex-voto, les images de sainteté de couleurs vives apportaient l’exotisme au touriste qui pouvait le voir. Ce n’était pas le cas de Vic.

A destination, sa maigre mallette d’une main et son PC en bandoulière, il se dirigea vers le taxi le plus proche.

Sa villa ne se situait pas sur l’île même mais sur celle de Gozo, tout à côté. Il aimait transiter par la capitale médiévale ne fut-ce que le temps d’une courte promenade en taxi, à la recherche d’un bateau rapide. Toute adresse est tellement exotique, tellement bizarre qu’il valait mieux l’écrire sur papier que de la prononcer. L’anglais ne s’accordait pas encore à cette prononciation même si c’était la langue usuelle.

Marsaxlokk, la ville de sirocco, nom typique guttural n’était qu’un exemple parmi bien d’autres. Mais, cette fois, destination à pleine vitesse vers Gozo et Marsalform, station balnéaire principale, marina d’où la villa de Vic était visible, plantée pas bien loin à l’ouest.

La mer turquoise entourait cette ville plantée au bout de l’île comme un éperon.

Il venait se ressourcer comme dirait les touristes mais pas à leur manière classique. Les moments de cogitations viendraient plus tard. Il voulait se donner une parenthèse pendant ces quelques heures de repos.

Sur Gozo, le taxi se dirigea vers sa planque de second niveau. Autour, aucun voisin à moins d’un kilomètre à la ronde, les pieds dans l’eau.

Véritable mausolée dédié à la solitude ou cocon à l’épreuve des intrus. Il eut vite fait d’oublier la petite auto, le boulot par le dodo réparateur. Cette solitude, il se la considérait comme les moments privilégiés de la vie toujours en solo.

Lundi, comme toujours, il y aurait les heures supplémentaires tout aussi solitaires, mais c’était encore loin. Nous étions le week-end et il réussirait, c’était écrit, à passer des moments magiques.

Il devait repartir, comme toujours, en homme neuf avec des idées neuves et originales.

Sous le parasol, surtout, pour ne pas revenir avec un teint trop cuivré et devoir donner son emploi du temps avec trop de précision aux collègues. Expliquer quel banc solaire avait servi pour lui donner ces couleurs pain d’épice, c’était pas trop son truc. Il s’endormit.

Dans son rêve, il imagina Bill qui s’était payé une petite virée en ville avec sa dernière conquête. Sans insister, il avait proposé de multiples fois de se revoir pendant les week-end.

Bill ne comprenait pas pourquoi ce grand blond n’avait pas encore découvert l’âme soeur et pourquoi il ne dépensait pas plus pour profiter de la vie.

- Tu es un ascète », lui répétait-il très souvent avec un sourire en coin. « Une petite bouffe entre copains et copines te ferait le plus grand bien du côté couleur », complétait-il dans le même temps frisant l’ingérence. Une grimace suivit de colère se peignait sur les traits d’un Vic toujours en visite chez Morphée. Il était presque près de bondir à la gorge de Bill.

En fait, ces idées-là correspondaient précisément à tout ce qu’avait Vic en horreur. Cela, rendait ce beau taciturne, inquiet et mal à l’aise.

Installé à dix mètres à peine de la mer, le léger ressac et son humeur irascible le réveillèrent.

Le réel était là. La crique à l’entour rendaient l’endroit idyllique. Les arbres n’étaient pas nombreux mais, donnaient par leur rareté une couleur tranchée à ce cadre paré de bleu vif. Le café turc ne fumait plus dans le petit verre devant lui préparé avant son sommeil.

Le regard vide, fixé sur la mer sans la voir, il lança sa vision intérieure travailler. Rêvasser et rechercher les idées au plus profond de lui-même.

Ses yeux photographiaient instinctivement le paysage dans sa rétine. Bien plus tard, il le savait, il n’aurait eu aucun mal à décrire avec précision le charme de l’horizon sans l’appareil numérique qu’il réservait à la ‘gent turista’.

Pour lui, le concret n’avait rien de vrai dans l’immédiat. Il ne le passionnait pas. Le virtuel était son terrain privilégié.

C’est alors qu’un déclic, qu’une idée géniale jaillit de son passé profond.

Étudiant, il y a près de 20 ans déjà, il avait écrit un programme en avance sur son temps qui permettait d’augmenter considérablement les chances de gagner en Bourse.

Son utilisation lui avait même permis d’arrondir substantiellement son maigre budget que lui concédait son père assez chiche avec lui. Une bourse apportait, chaque année, trop peu d’oxygène nécessaire. Il terminait toujours ces années avec distinction. Un investissement sur un futur très rentable, après coup, investissement sans reproche.

Vic, cartésien jusqu’au bout des ongles, avait brillé dans toutes les matières qualifiées de sciences exactes. Il le savait sans ostentation.

Les souvenirs lui revinrent par touches colorées de péripéties réussies ou ratées.

- Comment s’appelait-il encore ce fameux programme? », se demandait-il mentalement.

Le mot « martingale » lui vint tout de suite comme le mieux adapté au mode de pensée « Vic », jeune adolescent.

Fébrile, il se plongea immédiatement sur son PC et orienta ses recherches par les voies nominatives et datées.

Le programme de recherche ne mit pas très longtemps à le trouver.

- Mais, c’est bien sûr ! », s’exclama-t-il presque tout haut « martagal.bas » un fichier en langage basic. Huit caractères maxima pour les noms de fichiers.

Il fallait maintenant se rappeler des fonctionnalités et des techniques.

Cela ne devrait pas me prendre trop de temps, pensait-il confiant.

Deux heures, plus tard, il en avait fait presque le tour. Quelques notes prises au passage, quelques bribes d’instructions, un organigramme et le tour était joué. Il en avait même évalué les faiblesses et les mises à jour qu’il fallait y apporter pour le remettre en piste. Le fond, la finalité et l’efficacité démoniaque étaient pourtant présents et intacts.

En gros, le look ne correspondait plus aux goûts du jour, comme seule obsolescence. Relooké, le programme aurait été bon car l’algorithme tenait toujours la route.

Les performances boursières devaient clairement être au bout du chemin. Un projet naissait déjà dans son esprit. Ce qu’il allait en faire se clarifiait plus il y réfléchissait.

Tout à coup, un réveil cinglant le ramena à des considérations plus terre à terre. La faim, insidieuse avait miné son corps trop penché vers les choses de l’esprit.

Un dernier ouzo bien frappé pour temporiser cette faim calamiteuse fut sa dernière tentative. Les cogitations primordiales devaient trouver un intermède et Vic connaissait le moyen de le réaliser avec les meilleures chances de succès. Dans son agenda, en place de choix, il y avait un numéro de téléphone du plus grand restaurant de l’île.

Dès la deuxième sonnerie du téléphone, une voix doucereuse retentit à l’autre bout à cheval dans un mélange d’anglais et de maltais. Le nom de référence qu’il donna eut la force de tous les sésames de la terre. Changeant alternativement de langue, partagé entre confusion et obséquiosité, cela prenait des accords de nouvelle langue tout à fait amusante.

Malgré sa présence rare sur l’île, son nom restait gravé dans le souvenir dans la mémoire des commerçants avisés.

Quand le taxi arriva, la nuit noire avait déjà envahi le ciel.

Le hasard fit que le taximan n’était pas inconnu non plus. Les bons pourboires avaient aussi donné, comme il se doit, une mémoire éternelle à son récepteur. Comme l’anglais n’avait pas eu l’heur de pénétrer ses neurones de grecs d’un temps jadis, le chauffeur eut une conversation limitée pour l’essentiel à des courbettes, des sourires d’une largeur sans pareil. Cela faisait sourire d’aise, Vic.

Le restaurant apparu dans le pare brise de la voiture. Un garde chiourme s’affairait autour de la Cadillac qui précédait. Le taxi de Vic s’avança lentement et à la vue de l’occupant, une réception « cinq étoiles » s’empara de sa personne. Le pourboire au taxi-man permit d’apposer une nouvelle couche indélébile aux souvenirs.

Un garçon tout de blanc vêtu à l’accent parfaitement british lui fut assigné pour le reste de la soirée par le maître d’hôtel. La grandeur de la carte n’avait d’égal que celle des montants qui suivaient une description à rallonge des plats servis. Un trio jouait dans un coin des notes internationales ou mêlées d’accent de bouzoukis pour meubler les oreilles les plus exigeantes de sons enchanteurs.

Le sommelier avait un faible pour les connaisseurs.

« Doctor Vic Vanderbist », comme il l’appelait pompeusement, amusait notre héro. Le sommelier jouissait avec son hôte en prodiguant les meilleurs conseils à son illustre œnologue.

La nourriture était somptueuse. Le repas dura bien plus que deux heures. Pas besoin d’ajouter qu’il fut à la hauteur de l’espérance des hôtes.

Le « Grand Veneur » savait reconnaître ses hôtes de marque.

Quand de petits extra en monnaie sonnante et trébuchante existèrent la note, les déférences n’eurent pas de pareil. Le « merci » était servi en toutes les langues connues.

Ce week-end d’exception, Vic perdait complètement toute obligation d’économie.

Il aimait l’île et l’île le lui rendait bien. Peu importait la dépense. Cela ne faisait pas partie des préoccupations du pouvoir des idées.

L’autre vie reprendrait bien assez tôt dès que la parenthèse serait refermée. Une minute, il voulait seulement la prolonger à l’extrême.

Il ne reviendrait pas les mains vides. Son nouveau projet remontait progressivement dans l’échelle des valeurs au niveau des grandes priorités.

L’ambition et réussir, Vic en avait fait sa religion.

Dieu, c’était lui. Pas besoin de tierce personne pour cela.

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Le grand Maître virtuel_13.jpg(13)  Un nième départ

« Tendre vers l’achevé, c’est revenir à son point de départ. » Colette

Ce n’est que dans la journée de lundi qu’il rentra chez lui.

Cette journée du lundi, il l’avait prise en jour de congé. Son nouveau projet valait bien le déplacement.

L’avion avait posé ses roues sur le tarmac tout à fait dans les temps.

Son rendez-vous virtuel hebdomadaire avec ses « victimes » était prévu pour 15 heures. Son plan de bataille et la répartition des tâches dans la poche, il savait que l’information qu’il en tirerait, prendrait bien deux heures.

Tout devait être très détaillé du début à la fin. L’annexe projetée devait être parfaitement réalisable techniquement. Il le savait.

A 17:30, il recommençait sa pèche aux hameçonnés de tous les horizons.

Il acheva le dépouillement vers 18:00 et il ne fut pas déçu.

Il y avait un « peu de tout » dans la toile. Des araignées piégées ou déjà croquées, des prédateurs qui se retrouvaient dans les rets du super prédateur. Certains avaient tenté de détourner les attaques subies à leurs propres avantages. Sans y parvenir, bien entendu.

Pour ceux-là, Vic était devenu l’inconnu célèbre. Des louanges angéliques succédaient aux poisons et aux pièges. Le fichier polymorphe et espion avait été décrypté. Le log des opérations rassemblées donnait des graphiques édifiants en synopsis. Bien explicites, que ces graphiques ! La tache d’huile brûlante du piratage s’étendait mais était découverte.

La conclusion était simple: il fallait prendre encore plus de précautions. Temporiser sur certains plans et attaquer sur d’autres avec encore plus de doigté. Le risque excitait Vic, mais il n’abusait jamais de sa dose d’adrénaline. La santé mentale et financière en dépendait.

Les frontières des états avaient été allègrement outrepassées. Son action diabolique était devenue à 70% internationale.

Pour changer de crémerie, il entreprit immédiatement de traduire la partie documentation de son nouveau projet. Les textes d’aide et de manipulations de son programme de jeunesse prirent un peu plus de temps à ce polyglotte qu’était Vic de longue date.

A la base en français, une traduction en anglais s’imposait. Une partie important de la nuit y passa. Une correspondance dans la langue de Shakespeare et son adresse référencée dans un catalogue de langues potentielles.

La mise en forme type 21ème siècle était désormais assignée à Grégory, son nouvel employé, originaire de Roumanie, dont il ne reconnaissait que la seule pellicule de compétence théorique.

Attendre et rassembler les pièces du puzzle et commencer la promotion dans monde de l’informatique avide de sensations fortes.

Une pub par ricochet mais pas en première ligne. Mieux valait prendre un profil bas pour le reste. Tout va tellement vite dans ce réseau en étoile et les événements allaient se superposer, tout seul, sans pousser sur le champignon.

Dans le grand jeu virtuel du chat et de la souris, il n’y avait pas place pour les débutants. Le scénario était toujours le même: le plus gros chat allait happé tous les plus petits dans une série sans fin.

Il ne pouvait en être autrement. Le chat avait trop bien travaillé et trop investi dans son projet initial.

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Le grand Maître virtuel_14.jpg(14): Le calme policé avant la tempête

« Calme et sérénité sont les valeurs de la dignité. Rien ne se valorise dans l’excitation et la débauche. » Paul Melki

Après sa découverte, Patrick aurait pu espérer garder l’élan retrouvé de son ordinateur, d’il y a quelques semaines à peine. Son utilisation rendait celui-ci, insidieusement toujours plus lent. Les raisons de cette lenteur devaient être ailleurs.

Psychologiquement, il était sûr d’avoir démasqué l’espion perturbateur. Sa fierté supportée par la découverte du virus, ne pouvait subir le partage de l’adversité.

Pour un temps, il avait repris son travail avec entrain et sérieux oubliant son anxiété.

Brûler les étapes à problème au plus vite. La bonne humeur fut de courte durée.

Sa machine peinait manifestement de plus en plus pour retrouver sa vitesse de croisière.

La cavalerie des Mips cachait toujours un plaisantin qui poussait en même temps sur l’accélérateur et le frein, agitant le processeur entre désinvolture et gourmandise.

De guerre lasse, sa mauvaise humeur éclata d’un coup.

Chercher les malversations d’Internet, les failles du système, était de son domaine jusqu’à un certain point seulement.

Etre envahi et voir casser son propre rythme, était moins passionnant.

Certaines entreprises avait cette prérogative comme raison d’être. Celles-ci restaient bizarrement muettes jusqu’ici. Désarmé, il commençait vraiment à ne plus accepter ce manque d’agilité et de ferveur.

Ce qui l’inquiétait plus encore, c’était l’inconnu, la réelle finalité cachée de cette espionite.

Le plus souvent, ce genre de maladie se limitait à de simples limitations d’efficacité. Était-ce le cas?

La semaine suivante s’écoula dans le doute et il faut bien le dire. La rage contre les fournisseurs d’antivirus endormis, ne faisait que s’accroître. Et, il avait renoncé à poursuivre l’intrus lui-même.

Les ponts du 15 août avaient provoqué un ralentissement des activités pour tous. Les esprits étaient ailleurs. Les fournisseurs d’antivirus travaillaient aussi au ralenti.

A effectifs réduits, les experts se retrouvaient sous des cieux plus cléments. Cela ajoutait une touche de plus au manque de motivations.

Virus de tous poils et autres « gâteries » du genre pouvaient bien attendre une semaine de plus.

Patrick, de ce fait, avait mis sa gène en sourdine, contraint et forcé. Il essayait de ne plus en parler pour ne pas accroître l’impression de raté qu’il pouvait donner de lui-même.

On s’habitue vite à la lenteur tout comme au progrès d’ailleurs.

Aucune catastrophe plus virulente encore ne semblait, heureusement, pas vouloir se produire.

En attendant, match nul, partie remise et suite à la prochaine surprise du Robin de la Toile, se disait-il peu réconforté tout de même.

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Le Grand Maître virtuel_15.jpg(15): L’accord parfait.

« Le bonheur c’est lorsque vos actes sont en accord avec vos paroles. » Gandhi

Vic avait décidément bien choisi son comparse. Le développement était son violon d’Ingres et il se révéla hors pair et digne de toutes les félicitations. Ils aimaient tous deux les communications. Le courant passait.

Les contacts avec lui avaient été nombreux et fructueux. Des prototypes laissaient entrevoir le produit fini avec un look d’enfer très prometteur.

Comme il est à constater presque toujours, l’informaticien vrai par vocation ne réagit jamais comme le commun des employés. A l’opposé de ceux-ci, les fonctions vitales comme manger ou boire, dormir ou se divertir et s’entourer d’amis ne font pas parties des préoccupations de base et ne demandaient, de ce fait, aucun raffinement. Plus enclins à s’étourdir dans la technicité. Véritable interface entre machine et humain et dans cet ordre, en tant qu’informaticiens, ils bossaient souvent sans s’apercevoir que le soleil avait été remplacé par un clair de lune dans la voûte céleste.

Pragmatique et dichotomique d’esprit, Vic aimait cet esprit chez les autres aussi bien que pour lui-même. Il l’avait reconnu la trempe de Gregory. Il aurait eu du mal en suivant ce principe de ne pas lui laisser les coudées franches. Le courant passait entre eux manifestement.

De l’imagination, son acolyte en avait à revendre. Sa jeunesse n’avait pas retardé son potentiel. Ses idées originales en imposaient à Vic et cadraient ses ambitions. En plus de son tallent de programmeur, il lui reconnaissait aussi des dons innés de graphistes.

Une véritable perle sertie à merveille dans son écrin, pensait-il.

Vic s’apprêtait à lui déléguer plus de responsabilités pour encourager son esprit d’initiative décuplant du même coup la force de frappe de l’ensemble. Quelques directives générales de départ suffisaient dans la souplesse pour se lancer dans le développement.

Une première version fut bientôt prête pour la publication. Le “bouche à oreille” par la suite devrait très vite marcher à merveille. Des mensuels d’informatique l’insérèrent dans le CD offert en freeware avec leur publication. Le « petit cadeau » devait faire le bonheur des investisseurs en mal de réussites boursières. Ce qu’ils ignoraient, c’est que pour cette étape de diffusion finale, Vic avait complété le « cadeau » par son piège concocté en cheval de Troie.

Un panel de paravents devait garder les créateurs, Vic et Greg, incognitos.

Le programme « Martagal » était en piste parallèle pour le meilleur pour l’équipe de l’insolite, des deux associés et surtout le pire pour l’utilisateur lambda.

Tout le monde était content, clients et fournisseurs.

Qu’espérer de mieux?

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Le Grand Maître virtuel_16.jpg(16) : Une proposition mal venue

« Même l’intelligence ne fonctionne pleinement que sous l’impulsion du désir. » Paul Claudel

Les premiers orages avaient perturbé nature et humains.

La chaleur et l’ambiance électrique qui régnaient dans les bureaux et dans les maisons, l’énervement des troupes ne permettaient plus la sérénité nécessaire à la saine créativité des services de détections des fraudes.

La chaleur n’endormait pas, elle excitait en pure perte comme l’aurait fait la mouche du coche de La Fontaine.

La climatisation avait démobilisé quelques éléments importants des équipes par les souffleries qui ne se mariaient pas avec les faiblesses nasales.

Bizarre que les plus experts d’entre eux communiaient souvent avec les fragilités extrêmes.

Résultat des courses, rien n’avançait vraiment. Une semaine faisait place à une autre sans découverte fracassante. De nouvelles versions des programmes antivirus avaient été chargées automatiquement sans apporter de réels remèdes à la lenteur de l’utilisation de la machine.

Du côté ‘police’, on ne se faisait plus trop d’illusion mais on priait intimement pour que le pirate ait remis son drapeau dans la cabine d’essayage du capitaine.

Chez RobCy, ce matin-là, Vic fut pris en aparté par Gérard. Le public relation de l’équipe à la base du projet Autoscan fut tout sourire en accompagnant sa question à Vic:

- Est-ce qu’on ne se ferait pas une petite bouffe ensemble, ce midi ?

Cela n’arrivait pas souvent. En général, tous les membres de l’équipe n’étaient pas mis au courant ensemble des décisions prises pour le service. Alors pourquoi, cette aparté, cette fois? Car il s’agissait bien d’annoncer un événement. Que lui voulait-il avec ses « petits sabots »? Était-ce encore des suites du raccourcissement du projet? Une autre tuile, plus grave encore?

Ce qu’il allait lui demander allait l’énerver encore plus.

Quelques paroles mielleuses de mise en bouche ne parviendraient pas à sucrer l’ambiance de douceurs très longtemps. Au restaurant, entre entrée et plat consistant, Gérard lança son filet à la tête de Vic.

- Alors, Vic, tu en as déjà eu quelques interviews à ton actif !

- Très difficile de trouver l’oiseau rare », confirma Vic avec résignation. « La semaine dernière, je croyais vraiment avoir trouvé la perle que l’on cherchait. Il avait les qualifications. L’expérience en IA n’était évidemment pas son cheval de bataille. Avec quelques cours bien sélectionnés, on aurait pu espérer en tirer quelque chose. Malheureusement, il a trouvé un job plus proche de son domicile et notre proposition n’a pas eu d’écho chez lui. »

Pas besoin d’en dire plus, pensait Vic secrètement. Gérard l’écoutait avec attention tout en arquant un sourire en coin qui ne disait rien qui vaille à la perspicacité de Vic. Il n’avait pas tort.

- Écoute, Vic. Je viens d’avoir une discussion en coup de vent avec Bill. Il était très ennuyé visiblement de me demander de chercher une solution à notre problème de personnel. De commun accord, nous avons pensé à une alternative. Contrairement à Bob, qui a charge de famille, pourrais-tu passez quelques heures supplémentaires au bureau pour accélérer le projet « Autoscan »? Nous savons que tu es le meilleur élément de l’équipe. De plus, nous savons que cela ne pourrait pas trop te gêner. »

Le sang de Vic ne fit qu’un tour. Voilà la pire des suggestions qu’il était à mille lieux d’avoir imaginé. Que répondre? Il comprenait bien qu’il était normalement le plus habilité à donner un coup de pouce au projet. Le problème, c’est que dans son cas, cette « normalité » devenait « impossibilité » pure et dure. Ni Gérard, ni personne ne pouvait imaginer, pour lui, un angle aussi obtus à cette quadrature du cercle. Vic avait besoin de son temps libre à temps plein. Pas question de trouver une excuse valable par la révélation de son emploi du temps après les heures dans sa vie parallèle. Par contrat, il ne pouvait accepter une autre activité rémunérée. Et, même si demain, par on ne sait quel miracle, on avait trouvé la personne bien sous tous rapports pour donner l’impulsion nécessaire, elle ne pourrait se rendre efficace qu’après quelques mois, au mieux. Cela, Vic, le savait et le chagrinait au plus haut point.

Vic réfléchissait vite. Il se sentait coincé de toutes parts. S’il avait su, il se serait payé quelques jours de vacances pour ne pas devoir donner une réponse portée ensuite à son passif.

Son travail du soir, il ne pouvait l’abandonner et il s’accroissait de jour en jour. Gregory, heureusement, produisait à temps plein mais il ne pouvait lui lâcher tous les élastiques du projet dans son ensemble. Il travaillait sous le contrôle d’un contrat honnête. Les heures supplémentaires se justifient au monde extérieur mais pas dans l’obscurité de l’être.

Non, il n’y avait qu’une solution « ralentir » sa petite entreprise qui quoique rentable, ne lui permettait pas de rompre avec RobCy. La couverture était trop protectrice pour la dénigrer et la classer dans le superflu.

Après avoir repoussé avec fraîcheur cette proposition qui financièrement pourtant, rapporterait des applaudissements jubilatoires en d’autres circonstances, il accepta de guerre lasse. Il fallait très vite mettre les pendules à l’heure et attribuer des priorités mieux ajustées aux tâches de ses nuits suivantes. Le temps n’avait jamais été aussi en accord avec l’argent.

Mardi en huit, premier septembre, fut désigné comme départ à une carrière en alternance entre simple et double shift.

Aviser comme toujours ensuite au moment opportun.

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Le Grand Maître virtuel_17.jpg(17): La proie pour l’ombre ou l’ombre des proies

« L’illusion est une ombre qui vaut mieux que la proie. » Pierre Véron

Rentré chez lui, Vic examina tout ce qui pouvait attendre et ce qui, au contraire, devait trouver une réaction rapide. Important et urgent dans les plateaux différents de la balance du temps.

Un nouveau « lundi » et il n’allait pas être triste. Garanti sur facture.

Avec le freeware projeté à la passion du boursicoteur, Vic n’allait pas chômer. Tous les records de fréquentation avaient été battus. Les courbes passaient dans l’exponentiation. Élaguer les emails prenait de plus en plus de temps. Il fallait ralentir tout cela sous peine d’exploser.

Ensuite, prendre contact avec Grégory. Tâter le terrain et trouver des solutions ensemble.

- Salut Greg, comment va? Pas de questions ou d’idées à débattre? », fit-il au téléphone avec une secrète envie que cela soit « oui ».

Semblant ne pas avoir entendu la question, tout fier, Greg répondit:

- J’ai acheté le magazine avec le Cd qui contient notre programme « Martagal ». Pas mal, la description et les appréciations qu’ils en ont faite, non? Tout avance parfaitement. Le module me donne encore de nouvelles idées. Nous devrions nous rencontrer un de ces quatre. D’autres projets? Je serais heureux de l’étudier.

Vic s’apercevait qu’il déviait la conversation mais la réponse était dans ses cordes. Il n’en espérait pas moins. Il ne pouvait pas casser son engouement. Une rencontre, c’est ce qu’il espérait sans le dire pour trouver la ligne à définir sans risque entre superficiel et coeur du système.

Cette rencontre, il la voulait mais la craignait aussi. Le point d’équilibre entre eux deux était à rechercher. En quel endroit autre que son appartement pouvait-elle avoir lieu?

Dans un café? Pas très sérieux de le penser.

Il fallait s’y résigner son appartement personnel devait être violé, cette fois. Une véritable « première ».

Il restait à camoufler au mieux la fameuse porte qui donnait accès à son antre pour la rendre infranchissable. Ensuite, sortir le laptop pour faire illusion.

- Bonne idée, disons ce soir. Viens chez moi pour souper. Nous ferons un peu mieux connaissance. Ce n’était pas un traquenard malgré les hésitations de départ.

Vic osait l’espérer. Il suffirait d’invoquer un prétexte pour sortir du carcan des heures supplémentaires qu’il s’était vu imposé. Prétexter une fatigue naturelle ne devrait pas paraître anormal. Le stress du projet diminuait et les derniers tests étaient encourageants. Les zones du cerveau avaient été parfaitement identifiées dans leur fonctionnalité comme centre d’informations. Les impulsions dues aux maux faisaient transiter cette reconnaissance par la mémoire immédiate de l’hypothalamus. La persistance des informations passait par le cortex. L’étape de positionnement de la douleur représentait la plus grande complexité. Des palpeurs sur le corps des singes décelaient ces impulsions. Une fois identifiées, il fallait y apporter la solution adéquate. Les maux superficiels étaient les mieux reconnus. Les autres nécessitaient une recherche plus minutieuse. Beaucoup d’erreurs à corriger. Un inventaire des actions à prendre avait été dressé. Une véritable “checklist” pour ne rien oublier.

La machine reproduisait en grandeur plus importante que nature, ce corps physiologique dans sa fragilité. Le programme d’intelligence artificielle se chargeait de décider de l’action appropriée. Un remède local d’abord, une information envoyée au satellite dans les cas plus difficiles.

Les progrès du projet étaient visibles.

La veille, une visite impromptue du grand patron, d’un général de l’armée de terre et de deux hauts gradés médecins avait permis d’assurer la confiance au sommet. Les sourires étaient sur toutes les lèvres pour confirmer l’appréciation positive. Les remarques avaient été constructives. Exactement, ce que Vic acceptait d’un tel déploiement de forces du travail et de la finance. Il prenait cela comme une interruption récréative pour recharger les accus. Vic était content de ce sentiment et ne pouvait contester l’utilité d’un contrôle du sommet. La journée avait été préparée avec soin comme il se doit pour que les visiteurs en gardent le meilleur souvenir. Une démonstration du procédé prouvait que la décision et les investissements dans cette technologie nouvelle avaient été justifiés et parfaitement rentables. Vu le genre d’invités, l’aspect militaire avait été mis en avant. Pour concrétiser la situation, les singes avaient été mis alternativement dans une ambiance de confort et de stress. Le satellite avait été mis en fonction pour réagir et transmettre ses ordres de correction. La démonstration avait convaincu. Le projet continuait.

Le suivi de sa vie nocturne, c’était autre chose. Il ne l’aurait permis à personne qu’à lui-même. Le « pas vu, pas pris » qui faisait désormais partie de sa vie en demi teinte, était devenu une doctrine qui ne s’enseigne pas à l’école. Elle se construit par la seule constatation de la faiblesse humaine. La cupidité maladive des uns récupérée par l’à propos de l’autre.

L’intelligence à l’état pur et, aussi, dur.

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Le Grand Maître virtuel_18.jpg(18): Le contrat d’amitié

« Le problème du contrat est de savoir sur quoi il se fonde. », André Glucksmann

Vic rentra tôt. Chercher quelques victuailles, un rideau qui couvrirait la porte de son antre, cadre de son intimité.

Du côté boissons, il était paré. Le vin et les bouteilles chantaient bon les meilleures crus et l’excellence des sources d’approvisionnement. Les étiquettes prestigieuses en faisaient foi.

Il dressa la table ronde pour deux convives de marque avec le chic que le meilleur hôte aurait pu imaginer. Le souvenir de ses sorties de haut vol de sa jeunesse constituait encore la meilleure préparation à son savoir faire.

De trop rares moments pour faire la cuisine étaient permis dans son emploi du temps trop chargé, relié à la technique et à l’innovation.

Vic avait cependant des dons innés ou simplement transmis par son père qui aimait, le dimanche, faire la cuisine pour la famille. Un ou deux bouquins de cuisine garnissaient une étagère de la bibliothèque en souvenir de cette époque glorieuse mais ils avaient jauni et n’étaient certainement plus au goût du jour. Ils étaient, par contre, tout à fait submergés par une foule de livres, de manuels de toutes sortes qui avaient un lien quelconque avec l’informatique et de ce qui se rapprochait de près ou de loin avec les sciences parlant de l’étude du cerveau.

Vic voulait en imposer à son « employé » en une étape mémorable. Il voulait surtout concrétiser ce qu’il avait ressenti dans la personnalité de Grégory: un synchronisme de motivations, de compétence et de volonté de réaliser les objectifs sans tergiverser sur les moyens à mettre en œuvre.

La mise en scène était parfaite et la fin justifiait les moyens et pas l’inverse.

L’appartement n’avait plus été renouvelé depuis un certains temps. Vic y passait trop peu de temps utile vis-à-vis de la tâche et pour y consacrer trop de frais. Le mobilier d’époque n’avait cependant pas pris trop de rides. Le soleil n’y entrait pas. Pas de fumée de cigarette pour auréoler les plafonds. Peu de déplacements en pagaille. Pas de visites inopinées. Un petit rajeunissement seul s’imposait.

Seule une lumière tamisée, filtrée parvenait à croiser le fer avec le temps.

Une garçonnière avec en plus, une table dressée, cette fois, au milieu. Vic aurait pu croire à une rencontre d’un troisième type surnaturelle.

A 19:30, la sonnette retentit. Elle était une surprise en elle-même. Grégory était là. Évènement marquant pour l’appartement et pour l’homme des lieux qui n’avait pas vu le moindre visiteur.

L’ascenseur mena Gregory devant la porte de son employeur.

Vic en avait dégoupillé la plupart des serrures de sécurité pour ne pas perdre de temps et pour ne pas paraître maniaque ou paranoïaque.

Un sourire pour toute réponse à un manque de palabres et de questions superflues en préalables.

- Salut Greg. On n’a pas jamais assez en sécurité de nos jours », lança-t-il en suivant le regard de son visiteur. « J’ai fait installé cela quand j’ai entendu parler d’un cambriolage dans le quartier ».

Ce n’était pas vrai. S’il avait eu réellement lieu, il n’en aurait jamais été averti. Le vraisemblable suffisait toujours dans les situations les plus scabreuses et Grégory n’y pensait, visiblement, déjà plus.

Une fois entré, Grégory conserva son sourire s’entourant d’une certaine gène perceptible.

Vic se sentait aussi mal à l’aise que lui. Son rôle de présentation et de tour du propriétaire était nouveau. Pour se retrouver une bonne heure plus tard, il aurait bien pu dépenser une fortune.

Pourtant, la gène s’estompa bien vite. Grégory avait emporté son portable et il le déposa à côté de celui de Vic qui prônait temporairement ouvert sur la table de salon. L’appartement devait faire penser à un lieu du culte entièrement dédié à la maîtresse « informatique ».

Avec entrain, Grégory commença à démontrer sa part de développement. Présenter ses ambitions pour un futur bien étudié allait être réservé pour l’apothéose.

Vic le remercia. Pour faire bonne figure, l’obligea à temporiser cet engouement fougueux.

- « Nous avons tous le temps pour faire discuter nos deux bécanes en stéréo et en crescendo. Prenons l’apéro pour commencer. Ensuite, le poisson qui en a marre de nager à fonds perdus, la volaille en pagaille, le fromage qui se répand en courants et le désert sur son 31. Et surtout pas de conversation sérieuse avant le café » conclut-il avec le plus de verve possible pour huiler l’atmosphère.

La manière de Vic de présenter le menu à Grégory ne semblait pas déplaire à ce dernier.

Pour initier les ouvertures de coeur, il s’enquit auprès de son hôte, du choix de l’apéritif.

Le bar du salon ne manquait pas de choix. La discussion franche s’instaura dès l’abord. Des choses sans importance qui sont là uniquement pour planter le décor de la personnalité de son hôte.

Grégory avait 27 ans. Son expérience, il l’avait volée de ci de là avec justesse, efficacité et la fougue de la motivation.

Roumain, mais descendant d’une famille polonaise émigrée, il avait étudié à la dure. Un père très exigeant au côté d’une mère complaisante complétait un tableau de famille aux équilibres subtils. Les études de Grégory avaient toujours été faciles, considérées comme un jeu de dominos dont il connaissait toutes les ficelles et dont il trouvait les lauriers sans partage en fin d’année. L’université avait été le point d’orgue comme ingénieur en informatique. Véritable passion. De cette vision du bien fondé, du cossu de la gente sécurisée et bourgeoise, il n’en avait pas vraiment du mépris. L’envie semblait le guider. Les chemins les plus aventureux lui plaisaient. Ce qui ne voulait pas dire qu’il s’embarquerait sans avoir une foule de garde fous. Les trompes l’œil n’étaient pas son genre. Juste un peu trop de fougue impulsive.

Le repas se déroula dans la grande camaraderie. Le « tu » avait depuis longtemps effacé le « vous » de tradition.

Arrivé au café, sans qu’un feu vert ne fût donné par aucun d’eux, pour ouvrir le «bal des gens comme il faut», ils se trouvèrent côte à côte devant les PC.

- Quand tu as décidé de lancer la première version de notre programme, j’ai su que cela allait intéresser beaucoup de monde. C’était écrit. » constatait Grégory. « Quelques jours après, j’ai acheté le magazine qui contenait le freeware et je l’ai essayé.

Le visage de Vic marqua le pas, tandis que Grégory continuait.

- J’ai été très étonné de ressentir un certain ralentissement de ma machine. Mon antivirus n’avait pourtant rien détecté d’anormal.

Cette fois, Vic sentit une rougeur au visage et la transpiration suinter sur le corps entre les omoplates.

L’air innocent, Vic répondit, victime de son propre stratagème, l’air dubitatif:

- C’est bizarre, Pourquoi en serait-il ainsi? Laisse-moi examiner ton problème.

L’air le plus naturel du monde, Vic, semblant comparer les versions, s’empara du PC de Grégory et s’empressa de transférer sa propre version contenant l’antidote à son piège, antidote qui devait annihiler tous les effets nocifs présents et à venir.

Son tour de magie effectué, il simula une continuation dans sa recherche. Le forfait avait été effacé mais pas de la vue experte de Grégory. Éradiquer par le transfert d’autre chose aurait pu passer la rampe d’un observateur moins expert. Pas de Grégory.

- Non, je ne vois rien d’anormal », conclu Vic avec l’accent le plus sincère possible, sans perdre un instant le PC de l’œil.

Mais, au fait, qu’as-tu envie d’inclure dans le soft? » fit-il pour détourner l’attention sur son forfait.

- Élargissons notre horizon, veux-tu », dit Grégory de manière victorieuse et péremptoire.

Vic avait cru jouer son va-tout de passe-passe, mais ce qu’il ignorait c’est qu’il ne venait que d’apporter confirmation aux soupçons de son interlocuteur.

- Oui, élargissons. Pensons à un futur plus juteux encore. », répéta Grégory enflammé, près à lancer l’estocade.

Pris sur le fait, Vic constatait par ce langage, tinté d’un certain mystère, que son subterfuge avait été dévoilé. Ses joues ne tardèrent pas à s’empourprer sans qu’il ne puisse en atténuer les effets. Les paroles lui manquaient pour présenter le bouclier bien nécessaire. Grégory continua sur sa lancée.

- Capter les informations perso par l’intermédiaire d’un outil qui attirerait la convoitise, c’était génial. Mais, il y a mieux. », fit Greg.

Le plan de Vic était découvert avec les preuves en sus. L’élève se voulait plus efficace que le Maître. Celui-ci avait tout à coup vieilli de dix ans. Les boucliers de la sécurité qu’il avait mis en place à l’aide de temps, de patience, n’avaient pas suffi.

Voilà qu’un jeune s’était payé la tête de son maître à danser.

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Le Grand Maître virtuel_19.jpg(19): Logique jeune

« Logique : un bon outil qu’on nous vend presque toujours sans la manière de s’en servir. », Pierre Véron

Qu’est ce qu’il était venu faire dans cette galère? Qu’allait-il lui exposer comme solution pour l’élargir?, pensait Vic en cascade, lui qui s’était retranché derrière un anonymat digne du « Principe de Précaution » de l’extrême. Il ne tremblait pas mais n’en menait pas large pour le moins. Seule la rougeur des joues de Vic laissait transparaître son émotion, mais cela avait suffi pour Grégrory.

Petit à petit, pourtant, le stress du moment de la surprise s’estompa.

Grégory sentait bien qu’il avait marqué des points mais il n’avait nulle intention de s’en gratifier les bénéfices dès le départ.

Pour rassurer, toujours calme, il poursuivit de plus belle sa démonstration et son raisonnement sans laisser la moindre impression de victoire.

- J’ai pensé qu’il serait très intéressant d’utiliser nos entrées illicites dans un domaine bien plus rentable. Financièrement s’entend.

Vic resta sans voix. Abasourdi et impatient à la fois d’apprendre l’insoutenable vérité et son dénouement. Pris au piège, il n’aimait pas de ne pas mener le bal à sa manière. De nouvelles règles imposées changeaient la donne. La curiosité fut pourtant plus forte. Quand on se sent dans les filets d’un concurrent, autant connaître la largeur des mailles et regarder une dernière fois avant l’emprisonnement.

Il ne fut pas déçu. Grégory avait bien calculé son coup. La démonstration allait tenir la route. L’extension allait être réelle.

- Cher Vic, tu m’arrêteras si tu estimes que je fais fausse route ou si je m’étais complètement fourvoyé dans tes intentions », lança Grégory en préambule.

Il continua tout de go.

- Quand tu as fait appel à mes services, j’ai très vite compris que j’avais à faire à très forte partie avec toi. Même si ta position à la RobCy avait bien suffi à la plupart des employés modèles de la boîte, je pressentais que ce n’était pas le violon d’Ingres que tu grattais en silence. Je n’avais aucune preuve évidemment. Il faut le mettre à l’article de la pure intuition. Élevé par ma mère, j’ai eu un enseignement de tout premier ordre du côté « intuition ». Sans avoir subit des cours de psychologie, elle avait ce don d’ubiquité qui frisait le paranormal. Avec mon père, il valait mieux savoir où mettre les pieds dans le concret.

Grégory, fier d’avoir impressionné, marqua une pause. Pause que Vic occupa en remplissant les verres. Intrigué à l’extrême par les révélations de son protégé, il était prêt si nécessaire à passer la nuit pour éclaircir ce trouble. Après s’être humidifié le gosier par une rasade de whisky, Gregory remit l’aiguille de son pick-up secret dans le microsillon de ses informations là où il l’avait laissé.

- J’ai tout de suite senti que nous étions fait du même bois, avec un simple décalage en années pour nous différencier. J’ai toujours eu beaucoup de projets en tête. Je les étudie et les archive pour un futur encore plus « stabilisé » du côté ”potentiel” et surtout plus assuré. Parfois, en fonction de nouvelles donnes, je les ressors et les réactualise. Quand j’ai découvert que quelque chose clochait dans ton emploi du temps en contradiction avec ton goût pour l’argent. Je l’avais décelé mais je n’aurais jamais cassé le filtre qui existait entre nous sans avoir eu la preuve de ma suspicion.

- Tu me fais languir, Gregory », interrompit Vic. « Qu’est-ce qui te fait dire que je suis un dissimulateur. Quelle faille as-tu découvert? »

- Dissimulateur, je ne dis pas. Fin limier de la faiblesse humaine, tu l’es très certainement. Le développement du programme que tu te disposais à diffuser parmi tous ceux qui en exprimait le désir m’a donné la puce à l’oreille. Le rôle d’altruiste ne t’allait pas du tout. Je me suis mis à suivre ton projet avec le plus d’intérêt, mais avec une envie, un pari personnel de découvrir ton secret. Rien ne présageait de la présence d’une astuce. Le logiciel de Bourse était génial. Je l’ai seulement un peu mieux “décoré”. Quand la publication de l’article avec le CD attaché, comprenant ta “merveille”, est parue, je l’ai acheté et je l’ai essayé aussitôt. Pas de lézard, en apparence. En apparence, seulement. Tu vois de quoi je veux parler, j’en suis sûr. Je ne connaissais pas le fin mot. Je soupçonnais seulement que le catalyseur de tes projets venait d’ailleurs. Il devait y avoir un piège là dessous. Je t’ai demandé d’avoir un rendez-vous et me voici avec mon bagage et mes certitudes. Le CD et le programme “Martagal”, je l’admets, contiennent vraiment le virus le plus sournois destiné à manger le processeur de son hôte et, probablement, de bien autre chose dont tu vas me révéler l’efficacité. Réduire le PC à une machine à laver, fallait le faire. Aussi, je suis très intéressé d’y ajouter ma touche personnelle.»

yes”, grommela Vic, entre ses dents, le souffle coupé.

- Tu es une clé sur porte de la finesse et de l’ambition structurée, Grégory. "Tu te caches bien, mon lapin”, pensa-t-il avec un sourire mi figue mi raisin. Heureusement, je parviens à lire aussi les instincts même quand la boule de cristal est pleine de brouillard, conclut-il en silence.

Il était découvert. Il fallait que cela arrive. Résister aurait été ridicule.

Alors, il ne put s’empêcher d’applaudir à la suite de cet exposé. Il n’ignorait pas qu’en exprimant ses félicitations, il se dévoilait complètement devant son élève tellement doué. Pieds et poings liés, Grégory aurait pu le renvoyer devant ses juges et derrière les barreaux. Ceux-ci n’auraient rien de virtuels, eux. Mais, il ne l’avait pas fait. Son but était ailleurs. C’était déjà un point positif pour l’avenir.

- Bravo, quelle perspicacité ! Tu ne connais pas tout, mais je peux envoyer des fleurs à ta chère mère. Elle a fait de toi un atout majeur dans le domaine des ‘briseurs de cerveaux’. Je sens que la suite va être très intéressante. Si on marquait une pause avant de pousser dans les extensions ?

L’alcool a toujours des effets miraculeux de compensation au stress. Abuser était peut-être risqué. Mais, cette fois, quand il s’agissait de pacifier et de communiquer des secrets, rien ne lui rendrait plus d’équilibre qu’une rasade de la bouteille sur la table.

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Le Grand Maître virtuel_21.jpg(20): L’extension

« Huit forces soutiennent la Création : Le mouvement et l’immobilité La solidification et la fluidité L’extension et la contraction L’unification et la division. », Morihei Ueshiba

La bouteille aida, en effet, dans le rôle de briseur de secrets mal contenus.

Quelques petits gâteaux sucrèrent aussi un peu plus une atmosphère tendue mais qui, progressivement, se relâchait entre Vic et Gregory dans une complicité nouvelle.

Chacun avait ressenti qu’il manquait des pièces du puzzle dans chaque camp du grand mécano.

L’oeuvre maîtresse se jouait à présent. Les raccords, il fallait en avoir le coeur net, n’étaient plus qu’une question de forme mais pas de fond. Vic mettrait une part de ses secrets sur la table par après. Nous avions la nuit pour cela.

Le monologue repris dans la voix fébrile et assurée de Grégory, trop heureux d’apporter sa propre pierre à l’édifice.

- Je ne sais si tu t’es vraiment intéressé à la Bourse au point ou je l’ai été. Très jeune, j’ai fait partie d’une agence de courtage. On brassait des milliards tous les jours. On achetait, on vendait sur appel téléphonique. Le courtage pris au passage était notre source de revenu. Je me souviens pour l’anecdote que j’avais été tellement étonné de voir autant de téléphones sur une table ronde que je me suis mis à douter de l’efficacité et penser aux risques de cette folle course à l’argent. Quand tous les téléphones sonnent en même temps, le client, qui suivait, devait trépigner d’impatience. Les investisseurs devaient agir vite. Trop vite. On agit sur impulsion, jamais sur un raisonnement de longue haleine. Les transactions n’attendent pas un hypothétique téléphone qui se réveille. La rentabilité est affaire de vitesse. Le malheur, c’est qu’il était naturel qu’à certains moments de la journée, beaucoup d’affaires se perdaient dans la bousculade des appels trop concentrés. Le petit porteur captait autant l’attention que celui qui se présente comme « Rockefeller ». Etudiant, j’avais mission d’informatiser les transactions. Je n’étais pas payé. Nous étions encore au début des télécommunications comme nous le connaissons aujourd’hui avec Internet. Tout à évolué depuis. Les opérations de Bourse transitent de manière virtuelle et les boursicoteurs investissent eux-mêmes sans interruption dans le cale de leur sofa. Pour changer cette manière de travailler, les ordres ont dû être sécurisés davantage. Une mise globale était demandée d’entrée de jeu sur compte en banque qui permettait d’engager des luttes de casino avec l’ordinateur. Les actions et les titres vont et viennent de main en main. Même dans la même journée. Mais les « mains » sont virtuelles, cette fois. On ne sait plus qui détient quoi. On ne cherche même plus à savoir ce qui se cache derrière les actions et qui en détient. Dans ce jeu qui tourne parfois au « massacre », plus ou moins contrôlé, il y a évidemment, à chaque opération, une dîme versée automatiquement au site internet qui prête son espace virtuel par le généreux donateur investisseur. Le courtage reste la pierre angulaire du système pour l’intermédiaire. Alors, question: quel pourcentage de ces dépôts en compte, crois-tu, voyage et sort de ces comptes pour effectuer les transactions de ces boursicoteurs en herbe? 

Vic, encore sous le charme de l’exposé, surpris par la question, n’en avait aucune idée. En soulevant les épaules, il répondit sans réfléchir:

- 50%, je suppose, mais je n’en aucune idée

- Et bien non, loin de là. J’ai découvert que seulement 15% de ces fonds changeaient de main en moyenne chaque année. Le reste dort gentiment à l’abri du regard. Argent de toutes les couleurs, blanc ou noir, et de toutes origines, douteuses ou créées à la force du poignet. On attend de faire l’affaire du siècle. On oublie de la faire car les petits porteurs sont souvent trop occupés ailleurs. Alors, on boucle sur l’attente patiente. Les courtiers le savent bien d’ailleurs. L’intérêt accordé pendant cette période de sommeil plus ou moins prolongée est très souvent inférieur à ce que le boursicoteur pourrait obtenir sur le marché officiel. Rien que cette différence permet à nos courtiers de se payer quelques émoluments bien placés, eux. Le boursicoteur lambda joue parfois gros, porté par l’adrénaline sous-jacente aux risques. Sans intuition véritable ni de compétence, il se « ballade » dans un étau de roulette russe. Alors, seulement, on rêve et on s’imagine devenir tout à coup riche. Le site courtier s’approprie l’argent des clients et touchent avant, après et pendant leurs transactions par la seule garde des comptes. Pas de lézard. C’est parfaitement exempt de toutes magouilles. Ce genre d’information m’a souvent donné des idées, mais je n’avais pas découvert les clés de l’utilisation intermédiaires de ces fonds à mon profit. Le sésame, c’est probablement toi qui vas me l’apporter. Tu es dans la place en parallèle par ton freeware. Il est presque certain qu’il va être utilisé par les boursicoteurs moins frileux sous le chapeau d’Internet. Ta martingale donne des atouts majeurs à celui qui sait s’en servir. Donc, si l’on parvient à donner des ordres de vente ou d’achat à un tarif préférentiel pour nous, en empruntant l’argent de la caisse, et qu’ensuite, on réintègre la caisse après le prélèvement du bénéfice, les véritables possesseurs de fonds n’y verront aucun changement sur leur compte… Tu vois où je veux en venir?

Grégory n’attendit pas la réponse de Vic et poursuivit avec la même envie d’étonner.

- J’ai gardé des listes avec leur degré de fréquentation de clients de l’époque. Leurs IP et tous leurs renseignements patiemment rassemblés. Il y aurait bien 30% de ceux-ci toujours actifs. Enfin, « actif » dans les mêmes marges que nous venons de revoir. Voilà, ce que j’ai à te proposer. Tu t’arranges pour me donner des entrées sur les ordinateurs et je fais fructifier artificiellement le pot commun avec « martagal ». Je connais pas mal de ficelles de métier. Avec ton aide, je me fais fort de faire dévier quelques millions au passage sans éveiller beaucoup de soupçons. Éveiller les capitaux endormis uniquement bien entendu. Le seul objectif, faire fructifier l’argent que d’autres oublie de faire. Cela devrait se réaliser dans l’espace d’un mois car un rapport d’activités est envoyé aux intéressés en fin de période. Il y aura du déchet. Ce sont les risques calculés pour nous au plus juste et ce sera dommage pour quelques malchanceux qui auront accusé une perte involontaire. Si nous pouvions être prêt pour décembre, ce serait bien synchro. Le période ferait le plein. De plus pour ne pas perturber les opérations pendant cette période, les programmes sont gelés et aucun ne reçoit de modifications. Donc, pas question de corriger des erreurs sans l’approbation de grands pontes quand il en reste. Moins d’activité pendant la trêve des confiseurs pour les acteurs mais pas pour les transactions de fin d’année. Les entreprises de courtage pourraient même nous remercier pour avoir fait grimper leur chiffre d’affaire et les cours de certaines actions. 

Il avait le sourire aux lèvres en terminant sa phrase, le souffle un peu plus court qu’au départ de sa tirade.

Vic avait évidemment tout compris. La construction de cette pièce montée nécessitait une réorientation temporaire des efforts à consentir. Mais pas insurmontables. Les efforts bien encadrés de ces idées méritaient toute l’attention et valaient financièrement la chandelle. Et puis, on restait dans ses buts intimes.

Si tout se passait sans surprises, ce laps de temps calculé par Grégory paraissait tout à fait réalisable dans une échelle de temps pour spécialistes dont il se sentait faire partie à juste titre. Il était d’accord pour l’ensemble du plan et déjà, celui-ci prenait forme en écho entre cerveaux de génies.

Vic avait trouvé un successeur et cela le remplissait de joie et d’admiration. Un nouveau Grand Maître du virtuel, pensa-t-il.

Il n’en dira pas plus cependant pour ne pas trop excité un instant qui était déjà arrivé à un paroxysme dans des songes de grandeur exponentielle.

Une amitié solide semblait se dessiner.

La virtualité dans l’ombre solitaire n’aura pas le dernier mot. C’est la seule différence.

La puissance au carré semblait bien se poser sur ces deux piliers parfaitement stables, compétence et motivation.

C’était à Vic d’ajouter un peu de “sa couleur locale”. 

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Le Grand Maître virtuel_20.jpg(21): Investisseurs fantômes

« A vivre au milieu des fantômes, on devient fantôme soi-même et le monde des démons n’est plus celui des étrangers mais le nôtre, surgi non de la nuit mais de nos entrailles. », Antoine Audouard

Le dernier lundi de novembre, Vic reçut le retour hebdomadaire habituel d’Internet. La pèche aux alouettes s’était orientée plus spécifiquement vers les candidats aux investissements chez cette grand dame: la Bourse.

Cette sélection drastique ne présentait plus que le sommet de l’iceberg du potentiel immense dans le jardin de l’Eden de la haute finance.

Cette réduction était voulue, espérée même.

Cela suffisait amplement à l’exercice de style que Grégory et Vic s’apprêtaient à jouer sur la scène de l’impalpable légèreté de l’âme boursière. Cela lui permettait de creuser un peu plus dans son nouveau “passe-temps”.

Les fonds de grenier étaient pleins chez les investisseurs qui semblaient attendre les bonnes occasions fomentées par les résultats des entreprises soutenues par des fusions entre elles. Les sociétés en place, les prêteurs sur gage, boursicoteurs ne s’attendaient pas à ce nouveau tandem de prospecteurs qu’étaient Vic et Grégory. Seul des spectateurs attentifs auraient pu attribuer un nom à tous ces faux acteurs dans le grand jeu de la haute finance.

Comme par le passé, Grégory avait vu les courtiers à l’oeuvre, il n’eut aucune peine à jouer ce rôle à plus grande échelle et avec l’argent d’autrui dont il pouvait disposer sans l’accord du prêteur lui-même. Les adresses fournies par Greg correspondaient encore pour la plupart. Percer les sécurités des comptes fut son nouveau chalenge. Il y arriva après quelques nuits d’insomnie et des essais tout azimut.

De faux clients commencèrent à acheter et à vendre sous le chapeau d’ordres falsifiés, des actions que lui, courtier virtuel avait repéré avec le plus grand soin épaulé par « Martagal ».

La nouvelle version du logiciel était vraiment géniale et démoniaque à la fois. Il devait se féliciter pour sa précocité. Sur la même journée, des ordres de vente d’une action revenaient sous forme d’achat, pour repartir aussitôt en véritable “trader”. La plus value en nombres d’actions n’arrivaient pas à rester dans le portefeuille de départ, mais c’était admis dans ce grand jeu « enfants non admis ». Quelques comptes dans des banques différentes avaient été ouverts pour les différences quantitatives au nom de Georges Vregroicy, anagramme qui imbriquait Vic et Gregory dans l’anonymat avec la boutade en supplément. Ce jeu servait à s’exercer et suivre les prémices du plan planifié pour décembre avec le feu d’artifice de fin de mois.

Ce citoyen virtuel, sorti de l’imagination, allait au cours des jours de décembre prendre beaucoup de poids dans des portefeuilles virtuels.

La dématérialisation des actions voulues par les gouvernements pour pouvoir plus facilement évaluer les fortunes prenait un caractère débridant et bien à propos. Les titres n’étaient plus dans les coffres dormants, ils étaient toujours prêts à l’emploi.

L’arithmétique prenait des allures toutes particulières. Un plus un ne faisait plus deux, mais parfois deux et demi ou trois, et quatre en fin de parcours.

"Ce désordre était corrigé par des manipulations salvatrices", pensait-il.

Vic aidait et prenait sa part du travail d’acheteur vendeur mais en plus il s’attribuait la fonction de comptable. Ce plan de haut vol nécessitait, en effet, un suivi et une balance plus qu’hebdomadaire.

Les quatre vendredis de décembre ouvraient des perspectives très encourageantes pour les comparses. Ils puisaient dans les comptes ouverts depuis par Vic et l’aide providentiel d’Internet un peu aiguillée vers des destinées très peu orthodoxes. Ils se voyaient plus souvent dans l’appartement de Vic.

Vic avait pris deux semaines de congés en fin d’année chez RobCy comme beaucoup de collègues et de compatriotes avides d’une récupération méritée. Pour se « ressourcer », comme il est d’habitude et pour s’éloigner du gentil patron et tout oublier dans le merveilleux de Noël.

Pour lui, commençait, au contraire, une période fébrile de travail acharné bien plus rentable que ces mêmes collègues dans une période de temps différente.

Le champagne pouvait déjà prendre le frais dans l’appartement de Vic. Les comptes le prouvaient sur factures. Les derniers jours de Bourse, en général bien calmes, avaient pris une allure bien différente portés par des cours en constante progression. Les résultats de la petite entreprise de Monsieur Georges Vregroicy se présentaient sous les meilleurs auspices.

En fin, comme il se doit pour un boursier en père de famille, il fallait réaliser, transformer les bénéfices de ces plus values toujours virtuelles en du plus concret. L’entreprise de récupération s’échelonna sur la dernière journée de l’année boursière. Quelques lignes d’écritures inconnues pour les généreux prêteurs mais bien réelles pour nos deux compères.

A peine 5% de malheureux se retrouveraient avec un portefeuille légèrement plus mince si la chance ne parvenait pas à redresser la barre à temps. Les autres avaient pris leur envol avant un atterrissage à la case départ avec différentiel aiguillé vers des poches virtuelles et des espèces parfaitement réelles.

Les plaintes, s’il y en avait, viendraient peut-être de ces « malchanceux », mais bien plus tard, trop tard.

Le courrier leur rappelant leurs transactions n’arriveraient qu’au plus tôt à mi-janvier. Il faut le temps pour se souhaiter la bonne année, non? Les comptes de transits auraient été vidés depuis belle lurette. Internet est l’outil de base dont l’homme n’avait décidément pas encore compris la rapidité de l’électron.

Pour Vic et Grégory, l’excitation avait été mêlée de jubilation du travail bien fait.

Chacun prend son pied comme il le peut. Alors, quand ce pied prend des allures de pieuvre…

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Le Grand Maître virtuel_22.jpg(22): Le meilleur dans le meilleur des mondes.

« Dieu n’est pas compatible avec les machines, la médecine scientifique et le bonheur universel. », Aldous Uxley

Pour le dernier mois de l’année, la Bourse se faisait belle aux investisseurs. Ceux-ci avaient dû ronger leur frein avec les ponts de novembre. Décembre se devait de rattraper le retard en trois semaines qui précèdent la période de Noël.

Souvent les courtiers râlaient devant cette obligation du calendrier. Suivre le marché des actions avec le manque à gagner créé par les clôtures forcées des transactions riches en courtage, c’était pas trop leur truc.

Mais, la trêve de Noël était sacrée. On espérait donc faire du chiffre de manière condensée. On priait Saint Nicolas de faire sauter les dernières hésitations des boursicoteurs. Les journaux financiers étaient tâtés, scannés horizontalement et verticalement pour sortir des dernières affaires juteuses. Les clients allaient tenter le diable en espérant ne pas virer du rêve au cauchemar. Vendre ou acheter, peu importe, surtout pas d’absentéisme pour les beaux yeux de la Grande Dame.

Cette année-là, cela se présentait bien. De gros échanges arrivaient sans aucune interventions ni sollicitations. Pas de vent d’optimisme ou de pessimisme caractériels pourtant. Le volume enflait de jour en jour, très progressivement. Des clients, souvent très paisibles, se réveillaient. Cela rassure et on applaudit. Cela en devenait même troublant que les liquidités ressortent dans un monde qui se dit en pleine pénurie. Quand les liquidités sont là, tout va, on ne se pose pas trop de questions. On laisse faire le marché. Il a toujours raison.

Nous étions le matin du 20 et Martine Ravin, analyste boursière dans la plus grande banque du pays, consultait les statistiques pour rapprocher les résultats avec ceux de la même période de l’année précédente. Visiblement, les courbes accusaient une remontée spectaculaire.

- Vais-je vanter cette situation à l’autorité supérieure?, se questionna-t-elle mentalement.

Mais cette question ne fit pas long feu dans son esprit. Pourquoi faudrait-il se plaindre? Qui écouterait? Une perte de vitesse dans les ventes aurait les honneurs d’une réplique troublée, mais, pas l’inverse. Ce qui aurait dû l’inquiéter un peu plus, c’était certains nouveaux comptes, toujours les mêmes, qui servaient de base de retranchement et qui balançaient achats et ventes.

Les habitués jouaient gros et, peut-être, un nouveau riche avait décidé de s’amuser un peu dans ce grand casino, se disait-elle presque convaincue.

Les bordereaux, eux, s’amoncelaient sur le bureau.

En fin de journée, il fallait en faire la balance des débits et des crédits. “Exceptionnel” était le mot. Une prime pourrait même couronner les efforts et les heures supplémentaires de tous les acteurs.

Elle se félicitait secrètement que l’informatique lui fournirait le récapitulatif réconciliateur en fin de mois. La nuit, encore une fois, allait être longue. Ca commençait à faire l’habitude pour les derniers rescapés en piste dans cette période pendant laquelle les entreprises vivaient sur leurs réserves personnelles.

Le compte fictif qui nous intéresse avait enregistré des écritures de crédits dont le nombre et l’importance aurait-il pu paraître plus anormal aujourd’hui que hier? Pas vraiment. Des précédents sont là pour calmer les suspicions.

La liste s’allongeait mais tout paraissait normal sans l’oeil d’un spécialiste tourné plus précisément vers le profit brut. L’intuition féminine n’allait pas encore jusque là.

Le courtage avait encore été particulièrement important cette fin d’année. Point.

On comptabilise et on pense à autre chose. Au réveillon, tout proche, par exemple.

Encore une journée RAS ou plutôt ATC, “A Tout Casser”.

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Le Grand Maître virtuel_23.jpg(23): La réflexion avant surprise

« Connais-toi, mais réserve-toi des surprises », Jacques Deval

Cette soirée de réveillon devait être le feu d’artifice d’une amitié qui avait à peine deux mois d’âge. Tout s’accordait entre Vic et Grégory. Le génie et la motivation commune. La recherche de la perfection dans ce qu’ils entreprenaient et une certaine cupidité. Tout cela basé, sur ce qu’il faut bien avouer, sur la bêtise du reste du monde. Souvent, Vic avait une pensée bête et méchante: « Quand tu vois la connerie humaine, tu as une idée de ce que pourrait être l’infini ».

Personne n’avait, jusqu’ici, découvert le pot aux roses. Le destin allait pourtant en dessiner d’autres voies inattendues à des fins moins cadastrées dans l’habitude.

Grégory avait un côté caché de son être. Une volonté plus jeune d’aller toujours plus vite et de brûler les étapes de manières bien moins feutrées que Vic. Pour cela, il aurait pris des risques que l’autre n’entrevoyait même pas. Le génie et la folie intégrée. Un pilote d’avion à réaction mais sans siège éjectable.

Il n’avait pas uniquement découvert le génie de Vic en s’introduisant dans sa vie. A son avis, il le jugeait comme un spéculateur en herbe jaunie. Il aimerait aller plus loin, bien plus loin. Son interprétation de l’efficacité de Vic qui l’avait poussé à appuyer sur le champignon avait été applaudie par son maître. Les résultats du changement de politique avait porté des fruits bien plus exotiques et donc les plus chers. Le Martagal, l’outil d’appât et le cheval de Troie enrobé de virus avaient été presque du gâteau pour Grégory. La cerise sur le gâteau, il voulait se l’approprier sur la construction du « Système Greg ». Chapeauté l’ensemble était son désir intime et pas nécessairement l’entente cordiale au sein d’une équipe soudée. Des envies d’extension du projet ne parvenaient plus à calmer son esprit jeune qui voulait à tout jamais repousser les affres de la précarité et de la médiocrité dans le rayon des objets perdus.

S’il ne recevait aucun mail à la place de Vic, il en avait compris les secrets et le machiavélisme. L’impression du travail bien fait l’avait impressionné pour un temps mais cette tentation d’aller toujours plus loin ne parvenait plus à calmer son esprit vif et secrètement “rapace”.

Sa première pensée fut de tâter le terrain de l’esprit de Vic. Plusieurs coup de téléphone pour sonder les idées sur l’évolution, l’avaient laisser sur sa faim. Vic resterait le patron et Grégory devait l’admette ou sortir du jeu. L’obliger, il n’y pensait même pas. Contourner le problème dans une cogitation en boucle? Non, il devait bien se rendre à l’évidence: Vic n’accepterait jamais une montée en puissance trop rapide ni de prendre plus de risque dans l’urgence.

Pourtant, effacer sa pensée “progressiste”, il n’aurait pu l’imaginer bien longtemps. Abandonner sur sa lancée serait faire preuve d’un défaitisme que le prestige de Grégory ne pouvait supporter.

Les différents chemins de la pensée, mis côte à côte, il fallait se rendre à l’évidence: il fallait éliminer Vic. De quelle façon? Des solutions de secours commencèrent à vagabonder dans son esprit écorchée. Les risques, il en connaissait un bout. Mais par quel bout le prendre? Le bon ou le mauvais?

Le sésame du système était en poche. Le futur de la technique assuré par l’expérience. Une simple étape intermédiaire pour passer à l’étape finale en feu d’artifice était seulement nécessaire de son point de vue.

Deux coqs sur un même fumier ne peuvent subsister bien longtemps quand les objectifs ne sont pas compris de la même façon. Il fallait donc un « nettoyage » idéologique.

De la sensiblerie, il n’en avait pas un stock inépuisable. Une peur de l’inconnu, du raté magistral venait bien sûr en sur-couche sans parvenir à le calmer. Elle ajoutait à son excitation. Le risque grise les esprits les mieux construits intellectuellement.

Un plan d’extermination prémédité, il y pensa. La phase « exécution » le mieux et le plus vite possible serait pour après. La dilemme ne s’arrêtait plus au « To do or not to do » mais du ”when” and “how”.

Grégory, contrairement à Vic, lisait beaucoup en dehors des notes explicatives et des articles du net. Il en avait évidemment plus de temps.

Le dernier thriller qu’il venait de terminer parlait d’un “serial killer”. Il assassinait ses victimes à coup de pic à glace. C’était sa marque de fabrique pour identifier ses crimes de manière plus fine que par la méthode. Pas question de passer par cette technique. Il n’en voulait pas d’un dénouement qui se solda par des années de prison comme dans tous les bons bouquins du genre. Pas de traces derrière lui. Surtout pas de vagues.

Trop de sang dans son bouquin. La série de meurtre, cette fois, se limiterait à l’unité, incognito. Parano ou criminel de métier, il ne voulait pas être considéré comme tel. Psychopathe, encore moins. Éliminer un gêneur et puis s’en vont. Un inventaire des possibilités vint tout naturellement.

Une arme, un objet contondant ne lui plaisait pas. Son coup devait rester « plus classe », « plus propre ».

L’empoisonnement présentait des avantages, mais comment obtenir les produits efficaces et suffisamment rapidement nécessaires? Un avantage de la formule, une possibilité de passer le crime sous la forme d’un suicide. Les contacts qu’il avait chez RobCy prouvaient que Vic était apprécié par son comportement bien stable et bien organiser. Une volonté de suicide se ressent dans l’entourage par certains indices. Donc, extrémité à ne pas rejeter d’office mais à mettre en balance avec d’autres.

L’assommer et l’étouffer ensuite dans son sommeil forcé? Cette formule avait l’avantage d’être plus ou moins rapide mais laisserait des traces physiques. Pas question de passer pour de l’auto réalisation.

Vic dans son immeuble avait toujours recherché l’anonymat et écarté les relations trop poussées. Le manque d’assurance de Vic lors de sa première visite chez lui, prouvait ce manque de relations avec l’extérieur. Son appartement restait une place forte avec accès exclusif à lui même. Les voisins ne le connaissaient pas, c’était clair. Les cancans ou les « on dit » ne fusaient pas sur son dos manque de matière de réflexion. Les odeurs de corps, qu’il fallait prendre en considération, ne transpirent qu’après plusieurs jours. Combien? Il n’en avait aucune expérience.

Cette bulle de morbidité explosa tout à coup dans son esprit et il arrêta son “analyse”. Le hasard devrait choisir à sa place. Oublier la préméditation.

Il s’en réserverait simplement le pardon pour un autre monde dans lequel l’argent et le pouvoir n’avaient plus court.

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Le Grand Maître virtuel_24.jpg(24): Le feu d’artifice à l’envers

« Une poule est l’artifice qu’utilise un oeuf pour produire un autre oeuf. » Umberto Eco

Le soir du réveillon arriva très vite. Trop vite.

Rien n’aurait pu dire si l’oeuvre de diminution des portefeuilles avaient joué un rôle de sape suffisant et définitif.

Les achats de Noël sont généralement une cause naturelle d’augmentation des ventes dans le commerce. Pour la Bourse, c’est en général partagé entre dépenses et envie de bonnes affaires du côté des placements.

L’effet de levier que certains acteurs en lice se produit très souvent quand une désertion est à l’ordre du jour. Il faut toujours pousser les rêves.

Comme la Bourse montait et que la presse en faisait écho, l’effet boule de neige, ensuite, prit la relève et joua à plein.

Tout à coup, après cette période d’achat effrénée, des transactions inverses plus importantes que d’habitude se présentèrent en fin de période.

Cela avait pris des allures de montagnes russes dans la phase descendante par des ventes massives. Les mises de départ reprenaient leur position comme si rien n’avait changé sans panique. Le tumulte n’a qu’un temps. Comme on dit dans le secteur: les arbres ne montent jamais jusqu’au ciel.

Au milieu, il devait bien y avoir eu des prises de bénéfices. Naturel. L’augmentation des transactions n’avaient pas été perdues pour tout le monde. Le marché des producteurs de PC et de matériel informatique avait eu aussi son lot de ventes actives si pas « radio actives ».

Les ventes de matériel informatique avaient littéralement explosé. Remplacer les parcs de vieilles machines tournait à l’hérésie. Vic se demandait s’il en était la source. Des ruptures de stock avaient seul limité la fièvre acheteuse. Quand le punch de l’ordinateur n’y est plus, combien d’utilisateurs pensent rationnellement et recherchent la véritable raison du problème? Et puis, c’est Noël. Une période où l’on oublie tout.

Des constructeurs de chips avaient décidé, bien à propos, de lancer leurs nouvelles puces trois mois plus tôt que les plans initiaux.

Un renouveau associé à un engouement artificiel et temporaire.

Les ordinateurs des sociétés se montèrent aussi plus gourmands que d’habitude pour aboutir dans leurs opérations comptables de fin d’année. L’année avait été bonne. Pourquoi résister à une vague de renouveau?

Pour les entreprises, le retard dans la sortie des chiffres, rapport de toute une année fiscale, touchait probablement dans le domaine de l’insoutenable. Les budgets informatiques avaient été maintenus artificiellement. Alors, il fallait cette fois ouvrir les cordons de la bourse pour expliquer les bons ou les mauvais résultats. Les conseils d’administrations en étaient convaincus. Quand on doit aimer, on ne compte plus, là, non plus.

Cela mena à une pénurie de composants. Le reste ne devait suivre que bien plus tard.

En arrière plan, tout y était pour sortir nos deux compères de la précarité pour longtemps. Au compteur, on pouvait s’étonner du résultat mais il était bien là: cela tournait autour de 15 millions d’euros. Net d’impôts, évidemment. Pas de délits d’initier. Seulement, un forcing de transactions, plus ou moins transparent.

Vic et Grégory restaient conscients que les événements qui allaient suivre ne se répèteraient pas. Être à la source et au moulin avec une technique trouble dans un environnement boursier ne fonctionne que pendant un laps de temps court.

Le fric n’a jamais eu d’odeur et quand, en plus, il restait dans le virtuel, il fallait le garer, en user avec charme et délectation, tout en reconnaissant les limites de la sécurité.

Eux, ils avaient investi dans leur temps et les autres dans leur portefeuille par des placements dont ils ne verraient que la couleur bien délavée plus tard.

Vic et Greg triomphaient incontestablement. Chacun d’eux devaient se mettre à l’ouvrage dans un réinvestissement de ce gain dont ils ne connaissaient pas encore l’ampleur à l’euro près. Il s’agissait bien plus que d’un parachute doré et aucune entreprise ne les avait pas virés. Ils étaient devenus non seulement « Grands Maîtres virtuels » mais aussi, grâce à ce curseur en épée de Damoclès, ils l’étaient devenus du monde du web et du monde tout court.

Vic, ce soir de réveillon, avait mis les petits plats dans les grands.

L’appartement était méconnaissable. La fameuse porte intérieure était restée ouverte. Plus de secret pour Grégory qui devait arrivé très bientôt. Des traiteurs avaient défilés et apporté des menus de plats préparés de choix. Huîtres, caviar, homards faisaient partie des plats de haut vol. Des victuailles avec les salamalecs des fournisseurs en prime ne pouvaient se balancer que pour ajuster les frais.

Le réveillon se dessinait sous les meilleurs auspices. Il devait être à la mesure de leur réussite. Mieux vaut trop que pas assez, se disait Vic. La surabondance en aval du rêve capitalisé. Sabler le champagne était devenu une obligation auquel il ne fallait pas déroger.

Entre temps, Vic avait réservé des billets d’avion pour deux en partance pour Malte et sa résidence pour le vol du week-end prochain. Il laissa les tickets bien en évidence sur le buffet.

L’avenir, ils pouvaient l’envisager avec sérénité financièrement parlant. Le risque de la découverte subsistait mais ils seraient loin et tout pouvaient encore s’ajuster dans le futur pour ce couple de l’intelligence. Le virtuel avait eu, pour eux deux, des atouts que le réel ignorait.

Inoubliable, ce réveillon? Oui, il le sera.

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Le grand Maître virtuel_25.jpg(25): La douche écossaise.

« Si je suis seul, c’est parce que ça a des avantages. Tu n’attends pas pour avoir la douche… et si elle est sale, tu sais qui c’est ! », Patrick Timsit

Grégory arriva vers 21 heures. Il n’attendit pas à la porte plus d’une seconde. Vic attendait avec impatience de fêter une année à rebondissement qui couronnait la communion de deux esprits d’exception.

La porte était grande ouverte et le sourire de Vic était éclatant pour son hôte sortant de l’ascenseur. Grégory ne put répondre qu’avec un engouement et une richesse d’émotions plus réduite.

La soirée allait être bonne. Elle le devait. Vic avait tout misé pour cela. Les désirs et les réalités sont parfois aux antipodes.

En entrant, Grégory inspecta les lieux avec une attention passive à l’extérieure mais très active de l’intérieure.

Vic ne remarqua rien dans l’attitude gênée de son invité, trop heureux de fêter l’événement.

Grégory était nerveux, absent. Il était seul à savoir qu’il s’était fixé une tâche plus spéciale et moins en accord avec la fête du calendrier. Les sentiments de chacun tranchaient. Entre crainte et exubérance. Chacun sur son propre chemin de réflexions.

Fier des résultats, Vic faisait étalage avec enthousiasme des événements qui les avaient rendus riches en peu de temps, avec une joie non feinte. Les statistiques qu’il avait eu le temps de dresser, étaient là pour le prouver.

Gregory, par contre, calculait mais avec autre chose que des chiffres. Comment allait-il mettre à exécution son plan macabre? Le “moment” et le “comment” de passer à l’acte ne manquaient pas de monopoliser son esprit. Novice dans l’art de tuer, il manquait d’expérience dans le choix du moment opportun, le moins risqué, le moins gênant psychologiquement peut-être aussi.

Un coup de grâce à donner chez un ami comparse ne s’invente pas. Il se prépare mais cale toujours au moment fatidique et craque dans la conscience du novice.

- Tu vois, ton idée était géniale. Rien que chez les petits poissons, nos bénéfices dépassent allègrement les 70% de notre chiffre d’affaire. Ils ont investi et gagné de l’or sans s’en rendre compte, clamait Vic peu enclin à partager le manque de chaleur de son acolyte.

- C’est formidable et inespéré, ajoutait sans fougue et laconiquement Grégory sans commune mesure avec la situation réelle et sans pouvoir s’intégrer dans la liesse de son interlocuteur. Un véritable dialogue de sourd commença. Un esprit, manifestement ailleurs que Vic ne percevait pas.

Vic continuait de plus belle toujours avec des graphiques à l’appui.

Les yeux de Grégory, près de la perte de conscience, tombèrent, tout à coup, sur un objet qui prônait près du PC de Vic. Cet objet volumineux mais suffisamment malléable le fascina et il ne put en quitter le regard.

- Mais, tu m’écoutes?, lança Vic subitement.

La question fusa comme un coup de gong pour Grégory et le sortit de sa rêverie oiseuse.

Il ne pouvait se permettre de garder un air perdu dans ses pensées face à l’image de Vic, interrogateur. Éveiller les soupçons était le pire du scénario.

- Oui, bien sûr, mais j’imaginais déjà des extensions futures à notre coup, parvint-il à dire en bredouillant.

- Pas si vite, il faut s’assurer et savoir où les choses ont foiré. Car, dans le processus, il doit y avoir nécessairement des voies de garage à éviter dans le futur.

Confiant, Vic continua et se contenta de cette raison fictive, justificative de l’absence de son visiteur.

Le regard de Grégory retourna tout aussitôt sur l’objet qui l’attirait comme un aimant.

En douceur, comme pour se dégourdir les jambes, il s’en rapprocha insensiblement. Arrivé à mi-course entre l’objet et Vic, tout s’accéléra.

D’un geste brusque qui tranchait avec son apathie apparente, il s’en empara d’une main et de toutes ses forces, sans en avoir imaginé le poids réel, asséna un coup sur l’arrière de la tête de Vic. Le saisissement se lut dans les yeux horrifiés de celui-ci et se figea dans une expression en perdition. Sa tête s’affala sur le clavier du PC dans un bruit sourd. Il n’avait même pas eu le temps de sortir de son étonnement. Le sang gicla sur le clavier. Un bruit sourd avait emporté la vie de Vic.

Grégory, pétrifié par son acte, pendant un laps de temps, ne put faire le moindre mouvement. C’était impensable. Surpris par son audace, il pensa un court instant à secourir Vic. Étourdi, comment penser à effacer ce nouveau silence d’éternité par une vérification de la situation? Il souleva la tête inerte et s’enquit de la mort de Vic en plaçant son oreille sur la poitrine de cette vie qui avait passé. Le pouls ne donna plus de signe de palpitation. Plus de signe de vie.

C’était fait. Son plan de liquidation avait réussit.

Il glissa alors le corps sur le sol et prépara une mise en scène pour faire penser à une chute malencontreuse. Du sang sur l’objet, il en nettoya le pourtour avec soin.

Un tabouret métallique s’ajouta à la scène théâtrale. Une tête en aurait heurté le bord après avoir glissé sur le sol de tout son long. Un objet à roulette trouvé dans le placard compléterait parfaitement la mise scène.

Nettoyer le sang ailleurs qu’à l’endroit où il était sensé être tombé. Son tallent d’assassin n’était pas encore au top, mais il fallait apprendre vite. Très vite. L’odeur et la vue du sang le gênaient dans son travail et le rendaient malade. Il fallait quitter les lieux au plus vite sans rien oublier.

Copier et détruire éléments et preuves du passé récent et des autres options que celle d’un accident.

Récupérer les tickets d’avion pour Malte qui trônaient, sur la table, comme récompense de leurs efforts en commun. Il y avait bien droit à cette retraite, pensait-il. Rassembler tout l’argent qui constituait une partie du butin. Sauver les informations qui pouvaient lui servir dans la suite. Prendre le PC, le plus transportable en plus du sien. Toutes ces opérations dans un désordre sans nom. Cette partie du plan n’avait simplement pas été étudiée. Surtout, changer d’air, le plus rapidement possible.

Fermer, sans se retourner, quitter cet endroit de malheur au plus vite. Tout ne prit que quelques minutes condensées.

La porte claqua derrière lui en sortant. Il dévala les marches à grande vitesse sans attendre l’ascenseur.

Arrivé au rez-de-chaussée, une porte s’ouvrit et des voix de fête éclatèrent de l’intérieur. La concierge apparut légèrement éméchée.

- Bonne année, Monsieur, fit elle en l’apercevant.

Oui,... et bonne santé, répondit-il en automate avant de s’échapper.

Aucune autre réflexion n’aurait pu sortir de ses lèvres devenues tout à coup trop lourdes.

..

Le Grand Maître virtuel_26.jpg(26): Départ précipité

« Celui qui croit mener une double vie ne se rend pas compte qu’il mène, en réalité, deux demi-vies. »Philippe Geluck

Arrivé à l’aéroport très tôt le lendemain matin, Grégory, épuisé, n’était pas parvenu à trouver le sommeil. Le visage ensanglanté de Vic lui restait comme un masque sur le visage. Le sommeil, il l’avait tenté sur toutes les coutures de son matelas. Sans succès. La sueur avait accentué son cauchemar.

La ville était dégagée et dormait encore.

Le taximan fut muet tout le trajet, trop content de prendre de la vitesse et de larguer son passager au plus vite. Un passager sans réels bagages encombrants et sans envie de parler: le rêve.

Le bureau d’enregistrement des billets de l’aéroport venait de s’ouvrir. Du coin de l’oeil, il épiait sans parvenir à contrôler tous les vigiles de Vigipirate qui se baladaient à l’affût d’un bagage laissé à l’abandon trop longtemps. Peu soupçonneux d’habitude, il se sentait faussement surveillé de partout. L’heure de départ approchait. Après un appel au micro concernant les voyageurs à destination de Malte, il s’engagea dans les premiers rangs d’embarquement.

- Bon voyage, Monsieur, lui lança, le sourire aux lèvres, l’hôtesse en complet bleu qui lui rendait son ticket d’avion après contrôle.

- Merci, fit-il, presque surpris, interrompu dans son scanning de l’environnement immédiat. Il reprit ses papiers et son bagage léger sans demander son reste.

Les billets de banques ne pèsent pas lourds et c’est cela qu’il transportait presque exclusivement dans une petite mallette. Le poids des PC et des sauvetages des informations captés en dernière minute avant sa fuite, par contre, ne faisaient pas le contrepoids idéal.

Presque exceptionnellement, l’avion ne prit pas de retard. Nous étions le premier janvier et les vols se passaient plus du côté des retours que des départs dirigés, eux, vers d’autres pistes.

L’avion décolla dans la brume du matin comme un bel oiseau en transhumance.

Sans secousses, aucunes. Rien n’aurait pu pourtant effacer le dernier cauchemar de la veille. L’adresse de la villa de Vic était encore dans sa poche précieusement. Le voyage se déroula dans la parfaite ignorance des nuages qui défilaient devant le hublot. Atterrir en douceur. Sortir de l’aéroport en vitesse. Récupérer un taxi en catimini. Cascade d’actions sans émotion aucune.

Le chemin pour arriver à destination n’était pas inconnu du chauffeur. Arrivé à l’embarcadère, une vedette rapide l’emporta et ils arrivèrent très vite à Gozo après une traversée courte. L’air frais du bateau rapide lui avait apporté l’air qui lui manquait dans les poumons. Il se sentait beaucoup mieux.

La maison se présentait tel que Vic l’avait décrite. Grande, bien placée, les pieds dans l’eau à l’abri d’une crique aux eaux cristallines. Le décor idyllique n’était pas usurpé. Seul le principal intéressé manquait à l’appel, sinon tout y était.

Un transat traînait sur la terrasse et il s’endormit tout aussitôt après avoir garé sa mallette au trésor, légère en poids mais moins en pouvoir d’achat. Tout doucement, l’envie de sommeil fut plus forte que l’angoisse qui stagnait et l’oppressait dans les veines.

Vers midi, il se réveilla. Le soleil commençait à faire sentir l’ardeur de ses rayons. La peau sensible de Grégory n’était pas préparée à cet afflux de radiation. Un coup de soleil rougissait son visage et ses bras. Nordiste de toujours, sa peau commençait à le faire souffrir au toucher. Un coup d’oeil dans le miroir confirmât son manque de précaution.

De la crème solaire, stockée dans l’armoire à pharmacie, lui apporta un peu de douceur dont il ne connaissait pas encore les effets réparateurs.

Le repas de la veille était loin et la collation dans l’avion ne parvenait plus à voiler une faim de plus en plus contraignante. Des biscuits garés dans une armoire trompèrent pour un temps les appels de l’estomac.

L’après-midi, il fallait ouvrir un compte, peut-être plusieurs, pour garer les billets de la mallette. Quelques achats bien placés devaient aussi meubler son temps en première urgence.

Demain, on aviserait pour le moins vital mais, non moins tentant pour un nouveau riche qui se respecte.

Le rêve après le cauchemar. N’est-ce pas ainsi que devait se terminer tout conte de fée?

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Le Grand Maître virtuel_27.jpg(27): Soupçons multiples.

« Confiance et défiance sont également la ruine des hommes. », Hésiode

Les premiers jours de janvier, rien ne se passa à Paris. Puis, tout se précipita en cascade.

RobCy, d’abord, ne voyant pas Vic revenir trouva le temps long. Une lettre partit et resta sans réponse. Ses collègues n’avaient pas l’habitude de l’absence prolongée de Vic sans avertissement de sa part. On commençait à s’inquiéter sérieusement. Un coup de téléphone à la police fut la réaction normale. La série de réactions en tout sens commençait.

En parallèle, à la Bourse et à la lecture du rapport mensuel, certains investisseurs s’étonnaient, à leurs courtiers, de certaines transactions qu’ils déclaraient sur l’honneur ne jamais avoir réalisées. Rien ne pouvait les contredire. Des preuves avaient même été avancées. Les transactions n’étaient pas venues du néant. Des montants trop importants pour ne pas laisser de traces dans les mémoires.

Quelque chose avait foiré. Quelque chose qui n’était peut-être pas en odeur de sainteté.

La brigade anti-fraudes fut contactée très vite et un inspecteur fut délégué chez le patron de la Bourse de Paris.

La concierge de l’immeuble de Vic, si elle n’avait pas l’honneur de partager beaucoup d’idées avec ce propriétaire toujours perdu dans ses pensées, le voyait néanmoins une fois par jour. La dernière fois, elle en était sûre, remontait au réveillon. Elle ne l’avait plus vu mais entendu, trop occupée à préparer les festivités de son propre réveillon. Mais, elle avait entendu et vu, tard dans la soirée ou tôt le matin, un homme qu’elle ne connaissait pas et qui avait fêté la saint Sylvestre chez Vic.

Elle revoyait la scène de sa sortie avec un instinct photographique de concierge.

Bizarre, on ne le voyait plus, ce gentil garçon blond, peu loquace, mais qui lui plaisait par son côté “beau garçon ténébreux”.

Elle s’en inquiéta à son tour. Son amie, également concierge, lui conseilla de s’adresser à la police pour signaler un disparu, un perdu de vue.

Ce jour-là, un inspecteur, avait déjà eu vent d’une disparition inquiétante. On était sur des pistes parallèles. Pas de temps perdu dans le mélange des informations. Fusionner des affaires, c’était la panacée de la police. On aime les rapprochements. Mais, cela, c’est seulement l’expérience qui permet ce genre de confrontation de situations.

- Asseyez-vous, chère Madame, fit-il à la concierge de l’immeuble de Vic.

Donc, un de vos locataire ou propriétaire, vous a fait faux bon, parait-il? Rappelez-moi son nom.

il faisait semblant d’avoir récolté l’information qui n’était au contraire jamais apparue réellement.

- Attendez, Vic,…"Victor Vanderbist", se rappela-t-elle enfin. J’ai l’habitude de le voir tous les jours et je m’inquiète.

Elle mentait mais cela n’enlevait rien au problème.

- Avez-vous une photo? Pouvez-vous me le décrire?

- Pas de photo. Un beau garçon, bien distant, très peu sociable. Il vivait seul depuis toujours. Je crois qu’il travaille en informatique, mais je ne sais pas où exactement. Je crois qu’il s’agissait d’une affaire très secrète. Je ne connais même pas la société qui l'emploie.

- Qu’est-ce qui vous fait croire qu’il a disparu? Ne s’absente-t-il jamais pendant plusieurs jours? Nous sommes en période de vacances...

- Si, mais une fois par mois au plus et l’espace d’un week-end. Il prend une petite valise et son ordinateur en bandoulière avec lui. Cela sans jamais dépasser le week-end".

- Je vous avouerai que votre histoire m’inquiète aussi. Nous venons de recevoir un appel d’une firme d’informatique qui n’a pas reçu la visite depuis plus d’une semaine d’un de ses employés. Avez-vous un double de la clé pour entrer dans son appartement?

- Non, je n’en ai jamais reçu. Même que le gérant était mécontent de ne pouvoir accéder à l’appartement en cas de sinistre.

- Ok. Nous allons faire appel à un serrurier et nous y allons tout de suite.

La journée ne faisait que commencer. L’enquête et le suspense commençaient.

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Le Grand Maître virtuel_28.jpg(28) Macabre découverte

« Ce qui est macabre dans la mort, ce n’est pas la séparation du corps et de l’esprit, c’est ce qui reste. Une sombre copie inerte, impuissante, exposée à la vue de tous les curieux. », Dielle Doran

Il ne fallut pas attendre bien longtemps le serrurier. Fournisseur des services de la police, celui-ci savait par expérience qu’il ne fallait pas trop traîner les choses avec un client très pressé comme la police. Il commença par s’affairer avec un trousseau de clé dont il disposait pour étalonner les serrures. Le travail n’allait certainement pas être de la petite bière en fonction du nombre de serrures visibles. Deux des trois serrures se révélèrent étrangement plus faciles à ouvrir. En fait, les tours n’avaient pas été engagés. Seul la troisième résistait. Les goupillons pénétraient dans le sol empêchant toute effraction. Après une demi heure de travail acharné pendant lesquelles le serrurier remerciait le ciel que nous étions en janvier et non pas en période de canicule.

Un déclic sonore se fit entendre et la porte s’ouvrit. Une lampe de poche à la main, ils s’avancèrent dans la pièce. Il subsistait une certaine ambiance de fête. Des victuailles de premier choix, non consommées, traînaient en évidence en pure perte dans un état de décomposition. La fête avait dû tourner court. On avait voulu rajeunir l’ensemble, mais les visiteurs avaient du mal à trouver la réponse à la question de qui pourrait aimer vivre dans un endroit pareil. La couleur terne des murs, les meubles plus que spartiates, trop sobres poussait à s’enfuir le plus vite possible.

De plus, une odeur âcre de sang séché mêlée d’une autre que seul l’inspecteur connaissait, prit à la gorge. L’inspecteur avait quelques « bonnes » heures de vol et cette odeur ne pouvait le tromper: la mort devait roder quelque part. Il ne parvint pas à arrêter la progression de la concierge dans la pièce. Celle-ci entra et ne put s’abstenir de lâcher un cri d’effroi.

A l’intérieur, ni la concierge, ni l’inspecteur n’eurent le temps de faire une inspection des lieux, seul le corps au milieu de la place attirait les regards plus ou moins affolés en fonction du découvreur. La tête du mort baignait dans une flaque de sang. Le cri de la concierge s’étouffa avec les mains sur le visage. Dans son cerveau, il devait se bousculer quelques résidus de films à suspense à la télé. La réalité, le pur et dur, c’était autre chose. Le policier en avait vu d’autres. La mort, il l’avait rencontré de multiples fois et ne l’émouvait plus.

Réputé pour son efficacité et perspicacité, il allait devoir le prouver. Un challenge de fin de manège, cette fois, avant la retraite. La séquence d’actions que l’expérience lui avait apprise, prit forme. Quelques coups de téléphone et tout se mit en branle.

Un médecin légiste arriva très vite sur les lieux et dévoila la date de la mort qui devait se situer en ce début d’année d’après la rigidité du corps. Peut-être bien pendant le réveillon, lui-même, si l’on en croyait les révélations de la concierge.

Dispute ayant entraîné la mort? Mort accidentelle? Il fallait très vite en fixer les contours. Une craie sur le sol délimita le corps. Quelques photos et le corps fut introduit dans une enveloppe en plastic avant de disparaître. Une pièce qui jonchait le sol pouvait bien avoir été le cheval de Troie qui avait entraîné la victime dans une chute mortelle. Mais, c’est ce que l’on voulait faire croire. Certains points paraissaient pourtant étranges. Un sentiment de maquillage de la scène prenait forme dans l’esprit du policier. Ce que lui avait dit la concierge confirmait ses soupçons. Une tierce personne devait être à l’origine de l’”accident”. Les révélations de la concierge étaient spontannée. Plus il analysait la situation, plus meutre devenait de plus en plus plausible. En plus, ce “visiteur” du réveillon n’avait pas demandé son reste et s’était débinné sans laisser d’adresse. La bosse que la victime avait à l’arrière de la nuque semblait avoir été provoquée par un objet contondant plutôt qu’être des suites d’une chute.

L’avenir allait confirmer de manière irrévocable que son idée de départ était consistante. Au fond du clavier de l’ordinateur démonté, des gouttes de sang séchées, traînaient alors que le clavier avait été nettoyé soigneusement en surface. Un mort ne fait jamais cela après son passage dans l’autre monde. En fonction de cette découverte, la victime n’était manifestement pas tombée telle qu’on l’avait retrouvé.

Le crime était la seule possibilité résultante. Il fallait creuser l’idée et vite. Le temps est l’ennemi dans ces cas-là. Plus vite, on se rapproche du coeur du problème, plus grand sera le gâteau à déguster au poste lors de sa remise de médaille pour les bons services. Le temps avait déjà trop avancé.

La concierge était son seul lien avec le drame. Avec son esprit plein de souvenir allait-elle pouvoir en donner un portrait robot assez ressemblant et précis pour le diffuser avec un chance de succès? L’assassin était certainement déjà loin. Il fallait probablement appelé Interpol.

Mais, qui était-il ce passager d’un soir?

Il n’était pas un habitué des lieux. A part, la concierge, aucun autre locataire n’avait eu l’occasion de croiser un visiteur du propriétaire des lieux. Personne ne connaissait vraiment la victime. La police scientifique fut invitée à récupérer le matériel et les ordinateurs. Il était probable que des informations stockées dans les mémoires des disques expliqueraient le meurtre ou ses raisons intimes.

Les progrès de l’affaire auraient pu prendre beaucoup de temps, mais des concours de circonstance allaient accélérer le processus d’enquête.

La société RobCy fut le second raccord à l’histoire après le signalement de la disparition. Cette fois, la police allait connaître le personnage victime de ce crime odieux en chair et en os avec les souvenirs des ses collègues. Une description assez précise physiquement était essentielle. Chacun le connaissait par son côté très peu communicatif chez lui.

Sa vie privée inconnue? Une visite à cette société RobCy?

Quant au drame, quels en étaient les prémices et les motifs? Cette partie restait une énigme.

L’affaire commençait bien et mal à la fois.

Le soir, au poste, le policier reprit l’inventaire des affaires en cours pour y ajouter un complément d’information. Les procès verbaux n’étaient pas très nombreux.

La chance fut pourtant de la partie. Dès le troisième document qu’il consulta, il fut attiré par des coïncidences. Par un fluide magique, celles-ci attirèrent son attention.

Le document relatait déjà une connivence avec un autre plus ancien.

Il s’agissait d’une compilation, d’une constatation des troubles à l’utilisation des ordinateurs, établi par la police des fraudes. C’était associé à une série de plaintes à la Bourse. Aucun lien de prime abords. Mais, qui sait? Il se concentra.

Les plaintes de la Bourse concernant des malversations de transactions par des auteurs fictifs. Le policier n’était pas un spécialiste dans les problèmes financiers autour de l’environnement boursier. Cela n’empêche que l’affaire semblait avoir des liens. Une simple odeur de déjà vu.

Et, si cela cachait le mobile à sa nouvelle affaire?, finit-il par penser.

L’argent serait-il comme toujours le fauteur de troubles dans les esprits de ses clients?

Il se promit de prendre contact avec les inspecteurs qui se trouvaient en signature au bas des procès verbaux.

Si jamais, il se trouvait sur la bonne piste… Il eut des difficultés à trouver le sommeil.

Le grand classique : un meurtre au parfum d’oseille?

La routine, quoi…

..

Le Grand Maître virtuel_29.jpg(29) Le fil en rougit de honte

« Les morts se défendent avec moins d’aisance encore que les vivants. », Louis Scutenaire

Le lendemain, le policier de la Crime essaya de contacter son collègue de la brigade de quartier qui avait fait la déposition de la société RobCy. La réponse fut, au départ, un coup dans la vague.

- Oui, Inspecteur, je vois en effet qu’il y a eu un procès verbal, fait par mon chef, mais je suis désolé, il est en mission actuellement. J’ai essayé de le toucher sur son portable mais je n’ai reçu qu’un message de répondeur. Il ne m’a pas rappelé et je dois bien avoué que je ne connais pas beaucoup à l’affaire. », fit le brigadier qui avait cosigné le PV.

- Ok, je retéléphonerai plus tard, mais prenez mes coordonnées, l’affaire qui m’occupe, est très probablement criminelle. Tout renseignement est important. Alors, n’hésitez pas à me déranger, peu importe l’heure. », répondit le brigadier.

Retourner au rapport et contacter désormais, le suivant dans la liste. L’inspecteur de la Financière devait avoir un autre aspect de ce rapport biface sinon triface.

- C’est exact, Inspecteur, nous avons reçu des plaintes de boursicoteurs par l’intermédiaire de quelques courtiers. Il s’agirait, comme vous pouvez le lire dans mon rapport, de transactions boursières aussi bien à l’achat qu’à la vente que ne reconnaissent pas les possesseurs des comptes eux-mêmes. Ce qui est bizarre ou peut-être plus clair qu’il n’y parait pour vous, en fonction de votre enquête, c’est que les transactions n’ont rapporté aucun bénéfice ni aucune perte. Du moins, en général. Il y a des exceptions, mais elles sont rares. Comme elles sont généralement au détriment du possesseur des titres, je me suis dit qu’il devait y avoir magouille et que les bénéfices avaient été réorientés vers d’autres comptes. », s’empressa de dire le brigadier de la Financière.

- Je fais peut-être fausse route, mais l’affaire criminelle, qui m’occupe actuellement, n’a pas de mobile apparent. Mon expérience me dit qu’il y a toujours une raison, disons, le plus souvent « technique », répondit-il, un peu rassuré par ses décisions prises de poursuivre dans des voies multiples.

- Je ne vois pas tout de suite le lien avec votre affaire. Mais vous avez peut-être raison.

- L’affaire a été initiée par l’agent de quartier. La société RobCy, située près de la Défense, a été alertée par une disparition inquiétante. Nous avons été prévenu un peu par hasard.

- Nous avons seulement remonté la filière jusqu’aux comptes qui encaissaient les plus values. Le nom de l’encaisseur n’existe pas. Il a été présenté très probablement et enregistrer sur base d’une fausse carte d’identité. Donc délit financier, il y a, c’est incontestable. ».

- J’attends l’appel du chef de la Brigade pour l’instant. Son service est prévenu. Merci pour votre collaboration et tenez-moi au courant des derniers développements. », acheva l’initiateur des recherches.

- Ce sera fait. N’ayez crainte.

Le reste de l’après-midi, l’inspecteur de la « Crime » pensa se rendre sur les lieux et consulter les représentants de la firme RobCy. Quel genre de travaux faisaient-ils? RobCy représentait une société à fonds secrets, liée à l’armée. Y avait-il une affaire d’espionnage industriel la dessous?

La victime vivait seule. Les ordinateurs qui se trouvaient encore sur les lieux lors de l’entrée sur les lieux du crime prouvaient que l’occupant était pour le moins un fanatique de la “click mania”. L’équipement de tout premier ordre ferait pâlir d’envie tous les bureaux de police. Il y avait des câbles qui jonchaient le sol, ce qui pouvait laisser penser que du matériel avait disparu.

Les disques de données avaient été envoyés au service informatique qui normalement était le plus habilité à donner des conclusions sur l’internaute hobbyiste ou de profession, sinon les deux, qui pratiquait ces ordinateurs de dernière génération avec autant de fanatisme.

Le téléphone sonna.

- Ici le laboratoire informatique. C’est au sujet des données découvertes sur les ordinateurs que nous avons analysés .

- Oui, je sais. Ne me faites pas languir. Quelles sont vos conclusions?

- Bien. Ce n’est pas très concluant jusque maintenant. Nous avons affaire à un internaute paranoïaque. Tout est camouflé. Tout est crypté et protégé derrière une série de barrières, de mots de passe divers. Je ne vous aurais pas téléphoné aussitôt si vous ne m’aviez pas demandé de vous révéler les progrès de notre enquête technique même s’il n’y en avait pas. Je dois avouer que c’est un “fana” de la capote à plusieurs couches. », fit-il avec un sourire dans la voix.

- En fait, vous n’avez rien découvert? », s’enquit-il.

- Si, mais peu. Les adresses e-mail, elles, ont été plus parlantes. Il s’agit de contacts les plus divers en provenance de tous les coins de la terre. C’est à croire qu’il était une mondanité de haut niveau. Le monde entier lui a fait écho. Dialogues qui pourtant sont très tendances. Il y aurait de l’arnaque dans l’air que ça ne m’étonnerait pas. Mais, je donnerai plus de conclusions, plus tard. Je vous re-contacte dès qu’il y a du nouveau. ».

Voilà le lien avec mon affaire, se dit l’Inspecteur de la Crime, tout content. L’argent, toujours ce foutu pognon", se répéta-t-il.

Un nouveau coup de fil, à peine une heure plus tard.

- Je suis l’inspecteur de la Financière. Je vous avais parlé tout à l’heure. 

- Oui, bien sûr. Racontez-moi la suite. Je suis avide d’informations, vous ne pouvez pas savoir.

Les quelques courtiers qui nous ont mis la puce à l’oreille. Nous leur avons téléphoné. Apparemment, ce n’est pas du pipo. La fraude s’élèverait à plusieurs millions d’euros. Nous avions à faire à très forte partie. Cela ne s’est jamais passé. Ils en étaient très surpris eux-mêmes. En fait, il s’agit d’intermédiaires qui se sont invités à la table des échanges boursiers. Ils ont fait fructifier avec des achats suivis de ventes à des moments très opportuns qui font penser à une martingale, tellement, cela a marché du tonnerre. Les achats massifs de fin d’années qui se font en périodes creuses laissent des traces. Cela se termine en véritables boules de neige. Avec notre climat qui se réchauffe, le mot « neige » est à réintroduire dans notre vocabulaire. », fit-il pour donner un peu d’humour qui manquait à l’ensemble des contacts.

- Je vois. Cela confirme que nous sommes sur la bonne piste. J’attends encore des nouvelles de l’autre brigade. Cela ne devrait plus tarder et j’irai avec lui à la Société RobCy. Merci pour votre diligence dans vos contacts avec moi. ».

Il raccrocha.

Plus rien ne se passa avant le soir, vers 20 heures.

L’inspecteur de la Crime soupait avec son épouse quand le portable sonna imperceptiblement au fond de la poche de sa veste accrochée au vestiaire.

Généralement, il maugréait et n’aimait pas être interrompu pendant les repas du soir.

Cette fois, il sauta de sa chaise, effrayant du même coup son épouse peu habituée à un sursaut de la part de son inspecteur de mari, si près de la retraite.

- Inspecteur, c’est moi, le brigadier Jeanson qui ai fait le rapport de PV des collègues du préposé qui a disparu récemment. Je n’ai pas entrepris de recherche plus avant en suivant les consignes qui se veulent très précises. Ne pas entamer de recherche trop coûteuse avant un temps d’attente. Vous savez, nos effectifs ont été encore réduits de ….

- Ne vous excusez pas. Je connais le problème. », coupa-t-il.

- Que vous ont dit ces collègues prévenants? 

- Pas beaucoup plus que ce qui est dans le rapport. Nous pourrions retourner, ensemble, à la société demain . Qu’en pensez-vous?

- J’allais vous le proposer. A 9 heures, je leur téléphone. J’ai leur numéro sur le PV. Je vous attends à 9:30 devant le bâtiment. Bonne soirée. 

La nuit n’apporte pas toujours de conseils, elle fait rêver aussi.

L’inspecteur ne cherchait plus les souvenirs de sa journée. Il se devait de respecter un principe de sagesse: “dormir”.

Cela se faisait aussi dans la police même si les événements pourraient ne pas y faire penser.

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Le Grand Maître virtuel_31.jpg(30) L’étau, cet outil de malheur, se resserre.

« Ne ronge pas ton frein, ce que tu as sur le coeur, dis-le. Tu verras qu’un secret étalé au soleil rétrécit à vue d’oeil. » Yves Thériault

Le brigadier de quartier attendait déjà devant les marches de RobCy quand l’inspecteur de la Crime arriva.

Celui-ci avait la ferme intention de s’intéresser d’un peu plus près au personnage de Victor Vanderbist.

Les fichiers étaient complètement muets sur ses états de services. Rien n’aurait pu le destiner à une mort aussi violente.

Était-ce un règlement de compte entre complices ?

Drôle de jour, celui du réveillon, puisque cela devenait de plus en plus clair que le drame s’était déroulé à ce moment, pour finir une carrière qui semblait très prometteuse. Cela ne cadrait pas.

Ils s’engagèrent sans palabres inutiles dans les locaux de la société où une hôtesse les firent patenter très peu de temps.

Le public relation était très affable. Beau parleur. Très vite pour ne faire perdre aucune minutes aux deux partis, il s’empressa de faire une description complète de l’employé modèle qu’était Vic à ses yeux.

La surprise de l’employé était totale quand le drame lui fut révélé. On ne lui connaissait aucun ennemi à Vic. Certaines personnes du genre féminin dans la société auraient probablement la larme à l’œil quand la nouvelle serait propagée.

De sa vie intime, on ne connaissait rien. Son emploi du temps en dehors, on n’en avait que des bribes distillées avec parcimonie. Peut-être aussi fausses. C’est-à-dire, rien de tangible. Certains commentaires de sa part pour éclaircir cette énigme avaient bien semblé en dé-synchronisme avec les réalités du moment. Personne n’aurait aimé le contrer trop fort sur ce plan. Vic était uniformément reconnu comme une tête en informatique et en intelligence artificielle. Pour le reste?

D’après ce que l’inspecteur avait découvert dans son appartement, cela confirmait.

Professionnellement, c’était un gars bien sous tous les rapports, productif, avec esprit d’équipe. Il avait même accepté de faire des heures supplémentaires récemment. Les administrateurs aimaient sa force de travail et son efficacité.

Rien à redire de ce côté. Employé modèle, zélé en plus, qui ne comptabilisait pas les heures supplémentaires.

Pourtant, ce qu’il y avait entre ces idées sans failles, il devait bien y avoir des points qui justifiaient cette mise à la retraite prématurée hors du commun.

L’inspecteur sentait que l’entretien perdait de son sel et que personne n’apporterait rien de plus à son enquête.

Le brigadier avait parfaitement rempli sa tâche dans son rapport.

Rien à dire de plus. Rien de plus à en tirer et ils décidèrent de quitter les lieux.

Les salutations d’usage après le rappel qu’il fallait prévenir si tout élément nouveau survenait, les serrements de main et retour chez soi.

En sortant, l’inspecteur s’apprêtait à une enquête longue et pleine de caches murailles.

En descendant les marches de la société, le portable résonna de sa petite voix nasillarde pré-enregistrée embourbée par le bruit du trafic.

- Oui, inspecteur. Vous avez donc des nouvelles au sujet de l’ensemble des recherches concernant la malversation boursière. 

Nous avons remonté la filière des achats et des ventes d’actions. Toutes les transactions se retrouvaient en définitive sur trois comptes. Les sommes étaient devenues très importantes. Alors nous nous sommes intéressés à ce qui s’est passé ensuite avec ces comptes. Là, cela n’a pas été triste du tout. Les comptes étaient tous trois au nom de Grevorcy, ou quelque chose comme cela. A peu près, au même moment, ils ont été tous vidés en même temps le 31 décembre de presque la totalité des fonds. La signature des retraits était parfaitement illisible. Un seul virement final sortait du pays. Comme vous pouvez le comprendre nous nous sommes intéressé auquel. Je vous le donne en mille. Il s’agit de Malte. Comme nos relations avec eux sont encore assez nouvelles depuis leur adhésion à la Communauté Européenne, j’ai lancé un télex dans mon plus anglais pour trouver les bons interlocuteurs. Je n’ai pas encore de retour. Ils vont certainement collaborer trop contents de faire acte de présence en Europe. Mais à quelle vitesse ? J’ai aussi téléphoné à la Commission à Bruxelles. J’ai eu une liste de nouveaux contacts là-bas. Si cela traîne, je relancerai la vapeur tout azimut. 

Il avait fini sa tirade d’une traite comme s’il était essoufflé après la montée des 5 étages d’un immeuble sans ascenseur.

- Je vois. Donc, nous cernons de très près notre bonhomme. On ne connaît pas son nom, mais il a des manies très, disons, conservatrices et solidaires entres elles », fit-il en souriant fier de lui et de son commentaire.

- Je vous remercie de suivre l’affaire et de continuer à me prévenir. Je suis chargé de l’enquête. 

Après avoir replié son portable, il commença à réfléchir. La clé du problème devait probablement se situer à Malte. Inconnue de l’inspecteur jusqu’au nom. Depuis peu, il en avait appris les premières bribes. Il s’agissait d’une île, mais pour la localiser en Méditerranée et donner des détails, il valait mieux parler d’autre chose.

Il fallait qu’il prenne un peu plus connaissance de cette île par l’intermédiaire d’Internet. Une telle ignorance ne s’ébruite pas trop. Ensuite, il y a Interpol à lancer dans la bataille. Cette dernière couche, police des polices nationales était parvenue à harmoniser les flux d’information inter états. Cette affaire crimino-financière place décidément beaucoup de monde au travail.

Avant cela, il fallait encore l’intervention possible des candidats aux voyages vers cette île entre le réveillon et les jours qui ont suivi. Les hommes seuls, en partance vers cette île, pourraient donner une bonne piste.

Avec une liste de ces solitaires, remonter à leur fournisseur de ticket pourrait rétrécir le champ d’investigation. Normalement, le ticket qui devrait attirer l’attention serait celui qui aurait été délivré avec un autre, non utilisé, lui.

Si en plus l’un des tickets pouvait porter un nom connu par les services, là, ce serait du gâteau.

Au bureau, il chargea son collègue pour ce qui concerne les recherches dans cette direction.

Interpol devait être averti et il s’en chargea sans attendre.

Les efforts de recherche entrepris dès les premiers jours ont toujours les meilleurs rendements de réussite.

Après la partie adverse s’est organisée et s’est agrippée avec trop de prises.

La pèche est affaire de rapidité dans des gestes et décisions précis et sans tergiversation.

Il avait trop d’expérience pour l’ignorer. Il consulta Internet tout le reste de la journée.

..

Le Grand Maître virtuel_30.jpg(31) Une virée, cela se prend quand cela se présente.

« Profite d'aujourd'hui que tu tiens dans ta main ; Crois le moins possible à demain. », Horace

Grégory eut bien un cauchemar cette nuit-là, mais imprécis, il ne s'en rappelait même pas dans le détail. Il pouvait s'en douter, mais il ne le voulait pas. Il voulait tourner la page le plus rapidement possible. L'horreur, c'était derrière et l'oubli fabriqué est parfois plus efficace quand le naturel revient au galop. Il fallait pourtant oublier et jouir des promesses de la vie.

Aller à Marsalforn et au besoin retourner à la capitale, La Valette, pour réaliser un rêve de grandeur loin de toute précarité dont il avait ressenti le besoin dans sa jeunesse. Où était le mal? Comment résister à l'incompressible tentation de sortir du lot et d'élargir sa destinée?

Un taxi l'avait conduit à ce village d'antan qui était devenu une petite ville en période de vacances pendant laquelle deux tiers des visiteurs venaient loger pour profiter des plages et de la Baie d'azur toute proche, véritable atoll de Pacifique à seulement deux heures de vol pour l'européen du nord.

Marsalforn était au creux d'une baie et paraissait endormie quand il y arriva. Le taxi ne reçu son ticket de liberté qu'après avoir fait le tour de la ville. Gregory avait bien préciser le but de la visite: voir les endroits des quartiers commerçants les plus chics possible. Le taxi-man avait répondu avec le plus large sourire par « Yes, Ok », il l'avait fait promener de long en large revenant parfois sur ses pas sans que Grégory n'en ressente le moindre indice. La course était plus longue, le tarif allait de pair. Tout le monde était content. Chauffeur et passager.

Au passage, une banque avait eu l'heur de plaire à Grégory pour garer la plus grosse partie de ses « jeunes » avoirs.

Pour le reste, rien ne correspondit à sa vision d'un homme riche. Aucun concessionnaire de Ferrari, Lotus, Lamborghini. La déception était à la mesure de sa volonté de grandeur. Cela sentait le bide à plein nez. Il fallait se retourner vers d'autres horizons plus centraux. La Valette devrait pouvoir le satisfaire, pensa-t-il. Ce serait pour plus tard. On avait le temps.

Des costumes de prestige, par contre, il en avait repéré un et avait noté au passage l'adresse. Janvier n'était pas froid mais nécessitait néanmoins un peu d'effets vestimentaires à ne pas négliger surtout de nuit.

Le port lui révéla des possibilités pour l'achat d'un bateau qui lui permettrait de se déplacer plus facilement dans un environnement insulaire. Il n'eut pas trop de difficulté à satisfaire cet aspect.

Après 2 heures de virages tout azimut, le restaurant dont Vic avait parlé avec emphase, fut son arrêt pour le déjeuner.

« Le Grand Veneur » méritait bien son nom. Faire comme Vic avait fait pendant tous ces mois qui ont précédés, représentait la meilleure victoire sur l'adversité.

Il était mûr pour prendre la place du maître en disciple bien formé.

Il s'attacha à prendre la place au fond de la salle comme Vic lui avait raconté. De là, il pouvait tout observé à son aise. Il n'effleura pas la moindre allusion de connivence avec son prédécesseur bien connu par les hôtes de ce lieu prestigieux.

La carte de visite, il hésitait à se la créer à force de pourboire bien distribués comme l'avait fait Vic. Probablement, d'abord plus pingre que son prédécesseur.

Mais aussi, pas besoin de créer un lien qui pourrait le desservir plus tard.

La grandeur de la carte du menu l'impressionnait autant que les déférences dont on l'entourait. Une certaine fierté se lisait dans ses yeux de nouveau riche.

Les mets prestigieux se succédèrent ainsi pendant plus de deux heures agrémentés par des vins importés des cottages les plus connus d’ici et d’ailleurs.

Rien ne pouvait l'empêcher de combler ce manque qu'il lui avait noué l'estomac depuis tant d'années. Il s'en mettrait plein quitte à péter d'indigestion.

Tous les points de la salle étaient étudiés par Grégory dans ses moindres détails. Déguster du regard ce qui avait été épié avant lui par son maître, en dégustant des mets de prestige, qu'espérer de mieux pour un disciple.

On apprend vite à se tenir bien quand la motivation devient naturelle.

Alors, la vie n'a plus que des points positifs.

Le repas princier s'acheva pour un Prince.

Quand il fut temps de partir, quelques pourboires discrets ne réchauffèrent pas complètement l'atmosphère.

Il reviendrait sur les lieux. Pas besoin d'excès, laisser un souvenir de sa personne de marque mais pas dans l'extase.

Écarter au plus vite Vic des mémoires et le remplacer à petites doses sans rapprochements douteux et dangereux.

Gravir les marches de la noblesse et de la renommée des gens qui ont de l'argent devant eux, tout en gardant un maximum de côté, comme disait Raymond Devos dans un de ses sketchs.

Le lendemain, il continuerait son chemin avec délice. Un petit tour à La Valette pour faire d'autres emplettes digne de lui. La pub « Devenez scandaleusement riche » dont il râlait souvent auparavant, il l'a voulait sienne.

Le rêve ne faisait que commencer.

Après, il faudrait assurer mais on en était loin de ce moment de sagesse.

Se presser lentement et profiter entre-temps.

..

Le Grand Maître virtuel_32.jpg(32) « Le bonheur des uns… »

« Bonheur : sensation de bien-être qui peut conduire à l'imprudence. Si vous nagez dans le bonheur, soyez prudent, restez là où vous avez pied. », Marc Escayrol

La journée du lendemain devait être très certainement la journée des policiers. Un des acteurs que nous venons de connaître dans le contre courant, collègue du policier en charge de l’affaire, après plusieurs coups de fil aux agences de réservations des tickets lança un joyeux et péremptoire « Bingo, je l’ai. »

Trop heureux d'avoir eu la chance de sa courte carrière, il ne prit pas beaucoup de précaution en entrant précipitamment dans le bureau de l'inspecteur chef.

- Le nom de notre gars est Patrick Dorsinitch J'ai continué l'enquête. Il s'agit d'un Roumain de 27 ans qui n'a pas vraiment de domicile bien fixe. J'ai pris la permission de prendre des contacts avec RobCy qui m'a raconté qu'il y avait bien un nom pareil dans leurs rapports d'embauche. Il avait, en fait, postulé chez eux comme candidat à une place d'informaticien. Le rapport précisait que Vic Vanderbist l'avait interviewé mais que son point faible avait été ses capacités nulles en IA.

- Bravo. Bonne initiative. Tu as gagné ta journée. C'est sûr que c'est lui. Nous approchons, nous approchons ! » répéta l'inspecteur trop content d'avoir eu le bon coup de poignet. Le poisson n'était ferré que virtuellement, mais c'était très prometteur. Place à l'hameçon qui devra entrer dans la chair. Mouliner ensuite n'était plus qu'une question de routine. Chez les humains, le nom suffit pour tirer le corps. Les poissons, eux ne s'attrapent qu'à la force du poignet. Le nom du poisson importe peu. Avertir Interpol de l'identification pour assurer la prise restait l'étape obligée et naturelle suivante. Cela fut fait sur le champ.

Deux heures sans nouvelles fracassantes quand le téléphona sonna.

Allô, ici l'inspecteur Rambolle d'Interpol. Nous avons repéré votre gars. Il est arriver le premier jour de l'an à La Valette. On ne sait pas où il est descendu. Apparemment, ce ne devrait pas être un hôtel .

L'inspecteur en chef n'en fut pas tellement étonné pour autant. Il devait probablement y avoir une planque là-bas.

Il fallait maintenant penser à la suite et s'inquiéter de réserver une place pour un vol en partance pour cette île que l'on dit paradisiaque avec La Valette comme point de départ.

Depuis lors, il s'était parfaitement documenté sur cette destination de rêve pour touristes. Sa mémoire immédiate avait réservé un coin de neurones sur le sujet prêt à l'emploi.

Un jeu radiophonique avec des questions sur cette île, aurait fait de lui un expert de premier ordre.

Les informations d'Interpol contenait les noms de contacts de la police de La Valette.

Il fallait les contacter pour initier la procédure de recherche en ce nouveau territoire européen. Un nouveau terrain de chasse avec un goût de vacances en arrière plan. En hiver, ce ne pouvait pas être mal, non plus. Deux heures de vol suffisent pour atteindre La Valette, était-il dit.

L'inspecteur arriva vers 14 heures. Il n'avait pris avec lui que le nécessaire pour deux jours d'absence.

Une fois, la petite valise réceptionnée, il s'engagea vers la sortie mais n'eut pas le temps d'aller plus loin. Un homme en civil lui barra le chemin.

- Inspecteur Bertille de Paris ? », fit-il dans un français tout à fait honnête.

- Vous supposer bien. Je m’apprêtais à vous appeler. 

- Inspecteur Matto. Enchanté. Un de vos collègues nous a averti de votre visite. Il m’a mis au courant de votre affaire. Je suis là pour vous servir de guide et d’interprète si nécessaire car le Maltais n’est certainement une langue bien connue en Europe. Pas encore venu chez nous ? » , lança-t-il le sourire aux lèvres.

- Non, c’est la première fois. Il y a peu, j’ignorais où Malte pouvait se trouver sur la carte. 

Le maltais devait avoir l’habitude de ce genre de réponse et ne releva pas la remarque.

- Une voiture nous attend à la sortie de l’aéroport. Suivez-moi. 

La conversation dans la voiture ne s’éloigna pas des banalités d’usage offert en automatisme aux touristes de l’île.

Le bureau de police de la Valette ne se trouvait pas bien loin de l’aéroport.

Il était par contre très loin de ce qu’un policier parisien pouvait imaginer. Celui-ci ne fit aucune remarque pour exprimer sa surprise. Il n'était pas là pour faire l'inventaire des différences.

Dans le bureau, les choses sérieuses vinrent dans la conversation sans retard. Matto commença.

- Pour résumer, vous cherchez un Français qui aurait assassiné un compatriote, informaticien et qui pourrait être impliqué dans une affaire financière, en plus. 

- C’est cela. A part qu’il ne s’agit pas d’un Français, mais d’un Roumain vivant à Paris. On connaît son nom mais sans beaucoup de précision jusqu’ici. »

- Après avoir connu cet élément, nous avons commencé à rechercher votre homme en scannant les voyageurs en provenance de Paris...

- Le nom qu’on vous a communiqué, y était-il ? » interrompit le Français.

Oui. Il était bien dans la liste du vol du 1erjanvier, mais nous n’avons pas sa destination finale. Cela ne veut pas dire que nous avons été bloqués dans nos actions. Notre police fonctionne bien à l’échelle de notre pays, bien sûr. Vous avez eu raison de nous envoyer un fax avec la photo robot de la personne qui a été assassinée. Mon collègue s'est mis en route pour vous servir et déblayer le chemin. Il paraît qu'il est parfaitement connu sur les îles maltaises. L'assassin, son nom, ne disent rien à personne. Je vais contacter immédiatement le brigadier sur l'affaire pour voir s'il y a des nouvelles. 

Sur ce le Maltais s’empara de son téléphone portable qui visiblement ne datait pas des derniers perfectionnements en la matière.

Une conversation s’engagea dont le Français ne comprit pas le moindre mot. Aucun repère, aucun nom de ville qui aurait pu localiser les bribes de conversation dans le concret.

Après ces quelques minutes de paroles incompréhensibles, il s’arrêta de tourner à vide aux oreilles du Français.

- Mon inspecteur est déjà bien avancé dans notre enquête. Il parait que le Roumain n’est pas resté très longtemps à La Valette. Mais, ne vous inquiétez pas, il n’est pas aller loin. Il n’a pas quitté les îles. Il devrait être à Gozo. Une petite île près d’ici. Un bateau à moteur lui a servi pour l’y mener. Nous avons retrouvé son pilote. Celui-ci s’en souvient encore. Il a été très généreux et cela ne s’oublie pas. Marsalforn fut la destination où il a débarqué. Du visage, il ne se souvient pas vraiment. Je vous proposerais de postposer notre entretien jusque demain. Installez-vous à l’hôtel. Nous avons réservé une chambre à l’Hôtel International. Je suis sûr que vous allez aimé. Nous irons ensemble demain matin.

Sur ce, il fit signe à un brigadier. Le mot « International » parvint cette fois aux oreilles du Français. Un serrement de main, un sourire et un « A demain, 10 heure. On viendra vous chercher. Ok ? »

Le Français acquiesça et suivit le brigadier dans la petite voiture de police.

Tout se présentait mieux que prévu. Une nuit avec le confort et la piscine, cela ne se refuse pas même pour un officier de la police française.

..

(33) Le Grand Maître virtuel_33.jpgLa pêche à la cigale

« Dieu pêche les âmes à la ligne, Satan les pêche au filet. » , Alexandre Dumas

Le lendemain, tout se passa comme prévu. Le même brigadier arriva à l’hôtel pour prendre en charge le policier français. La soirée avait été délicieuse pour ce dernier. On lui avait dit d'emporter un maillot et il profita de la piscine avec délice. L'hôtel méritait le nom d'"International". La nourriture n'était pas locale mais ne désorientait pas les palais délicats des gens du nord.

Déjà, dans le hall, il reconnu le brigadier maltais de la veille et le suivit sans attendre avec un vague sourire en guise de bonjour. La voiturette était au parking et démarra premier quart de tour en les emportant.

Le port n’était pas loin et l’inspecteur principal de Matto était déjà à bord de la navette. Quelques salutations de pure forme ne retardèrent pas le lancement du moteur en direction de Gozo.

La mer était aussi lisse que l’on pouvait imaginer pour un grand lagon bleu. Ce n'en était encore que les prémisses. A Gozo, il n'y aurait plus de doute possible.

La couleur de la mer était, dans la traversée, seulement plus dure, avec la transparence troublée seulement par quelques effluves de mazout irisé.

Le bateau s’élança sans attendre à vitesse réduite d’abord pendant une centaine de mètres nécessaire pour quitter le port.

La brise du large cingla les visages muets des trois occupants à l’arrière de la navette. Rien n’aura pu les faire dévier de leurs réflexions internes. Les envies de passer le temps pour partager des impressions communes étaient courtcircuitées par le bruit assourdissant du moteur.

La ville s’éloignait de plus en plus vite et ne fut bientôt qu’un vague souvenir dont seul quelques clochers rappelaient l’existence.

Ce n’était pas la saison touristique et cela se ressentait. La température était pourtant, déjà lourde, heureusement rafraîchie par les embruns qui parvenaient sur ces visages vides d’expression. On osait, alors, fendre la rade sans trop de crainte d’entrer en collision avec un yacht en mal de reconnaissance des lieux. L’ambiance, il fallait la chercher manifestement ailleurs.

Les plages étaient résolument désertes. Les criques défilèrent l’une après l’autre sans beaucoup de variétés.

L’île, elle-même, disparu bientôt du champ de vision.

Le ressac, dû à la vitesse, secouait méchamment les barques de pèche croisées au passage. Personne n’en avait cure. Ni les secoueurs, ni les secoués. Chacun sa barque et ses préoccupations.

Les vedettes rapides se croisaient en ajoutant un peu d'excitation supplémentaire.

L’une d’entre elle aurait pu les intéresser plus qu’il n’y paraissait. Sans le savoir, une autre navette qui allait dans le sens opposé avait à son bord un seul passager, un homme jeune, comme un autre apparemment et qui pourtant cachait un passé récent très peu commun.

Un touriste roumain d’origine, jeune, était à son bord, plein aux as et cela le pilote qui était devant lui l’ignorait et n’aurait jamais voulu le savoir. Gregory, pour lui donner son nom, avait également le regard ailleurs et n’aurait pu imaginer que son destin se croisait, allait bientôt se jouer et être déterminé par les deux hommes de l’autre esquif. Pour le moment, c’était seulement chacun sa route, chacun son destin voulu par le hasard.

Il était reparti à La Valette pour faire ses emplettes et rien n’aurait pu le retenir. Ses pensées et ses rêves en dépendaient depuis trop longtemps. Rien n’aurait pu gâcher une journée aussi belle. Le temps pressait même. Il avait droit à sa récompense en consommateur de produits de luxe. La précarité qui avait accompagné sa jeunesse, il voulait l’effacer à jamais. L’avenir, il le voulait tout autre à l’instar de cette nature construite d’illusions.

Il allait pouvoir vivre de ses rentes, faire ce qui lui plaisait sans devoir en référer à quiconque. Faire et défaire au gré de ses fantasmes. Cela avait l’heur de le détendre et de lui procurer une humeur à faire pâlir d’envie Crésus, lui-même.

Souvenir de ce hasard en rapproché quelques lames de fond et un remous qui sortirent de leurs préoccupations, en même temps et par effet retard, les occupants des deux embarcations. Pas de mouvement de tête pourtant de part et d’autre dans la direction de l’autre fauteur de troubles. Imperturbables.

Les policiers continuaient à regarder devant eux les cheveux tirés vers l’arrière dans un vent qui n’avait aucune peine à marquer sa présence. Surtout éviter les conversations en égosillant la voix en pure perte dans le ronflement du moteur.

Bien vite, Gozo apparut. L’eau, réellement turquoise, remplaça le bleu azur profond. Pas bien loin, un dauphin décida de donner un pas de conduite en espérant par ses bonds attirer l’attention sur lui. Les humains étaient malheureusement trop peu soucieux de la beauté du paysage pour y prêter attention.

Contourner l’île par le nord ne prit pas beaucoup de temps. La baie de Marsalforn se pointa sans donner son nom. Pointer du doigt par l’inspecteur maltais sans un mot suffisait pour se faire comprendre.

Le moteur hoqueta et un premier soubresaut suite à la réduction de la vitesse fit comprendre que la mini croisière touchait à sa fin.

La plage était presque vide. En autre temps, le slalom aurait été la base de tout déplacement dans l’eau et sur le sable.

Ce fut le moment choisit par le portable de l’inspecteur français de lancer sa musique électronique. Le bruit s'adoucit.

- Allô, ici, l’inspecteur Derville de la police division "informatique". Au sujet de l’affaire Vanderbist, nous avons analysé et décrypté les données de l’ordinateur de votre suspect que vous nous avez ramené du fameux appartement. 

- Et, quels sont les résultats de votre enquête informatique ? » fit le policier de manière plus forte qu’à son habitude encore brouillé par le bruit du moteur.

- Pour tout vous dire, nous avons été très surpris et émerveillé à la fois. Il s’agissait d’un beau poisson que vous avez pris. Il était à la tête d’une arnaque à l’échelle mondiale. Une véritable machination dont il détenait les clés et les rênes pour suivre son bon plaisir. A tout moment, il aurait pu contrôler les réseaux informatiques et s’offrir les plus gros gags dans le domaine du piratage. Je peux vous assurer que le monde a risqué gros. Le curseur de la peur n’était pas encore poussé trop haut, heureusement pour nous. Il gardait le pied sur le frein. Vraiment, surprenant. » fit-il encore excité.

- Quels sont les dégâts jusqu’ici pour l’économie ? Car il a tout de même puiser dans la Bourse.

- Pas vraiment l’économie. Quoiqu’il aurait pu. Pas beaucoup de lésés. C’était bien plus fin. Une véritable partie d’échec style Kasparov dans laquelle la reine n’avait pas encore quitté la case de départ. Si je me fais bien comprendre. ». Il parlait avec emphase mais surtout avec une admiration sans borne. « En fait, il a fait fructifié la Bourse et ses actionnaires sans que ceux-ci aient eu le moindre orgueil de responsabilité. Génial. Une fois, le rendement atteint, il s’éclipsait encaissant les gains au passage. Ni vu, ni connu. Il y en a pour des millions. Pour y arriver, il détenait une martingale qui lui permettait de garder un maximum de chance de son côté. Il l'avait même utilisé récemment pour appâter de nouveaux clients. Avant cela, d'autres arnaques, tout aussi fines dans l'arsenal de la piraterie informatique avaient eu leurs heures. Je vous dis, une merveille d’horlogerie mise au service de l’informatique boursière. »

- Je vois. Cela devient clair et troublant à la fois. Je ne pouvais m’imaginer que l’on puisse arriver à ce point. Je vous remercie pour vos informations. N’hésitez pas à me contacter si vous trouver encore autre chose ». Il pressa le bouton "stop" de son portable.

Ils venaient de toucher le sable. Il paraissait très chaud à l’inspecteur français.

Torride, même.

..

Le Grand Maître virtuel_34.jpg(34) L’embuscade

« Pour tendre des embuscades, il faut d’abord être sûr du terrain et des populations environnantes sous peine de voir le piège se retourner contre soi. », Patrice Fanceschi

Une visite à la maison du port apporta de précieux renseignements sur un étranger qui par deux ou trois fois avait fait appel à eux. La basse saison, encore une fois, par son manque de touristes, précisait les rencontres avec plus d’acuité.

Une description plus ou moins fidèle complétait les traits du portrait robot que l’on avait pu établir grâce à l’aide de la concierge de l’immeuble qu’occupait Vanderbist. Certains se souvenaient, avec enthousiasme, les yeux exorbités, l’avoir rencontré. De Greg, personne ne le connaissait. Le nom n’arrangeait rien.

La villa fut même désignée du doigt derrière la colline pour permettre aux enquêteurs de poursuivre le jeu de piste. Pris par le jeu, ils ne ’arrêtèrent même pas pour déjeuner alors que l’heure du repas avait sonné depuis bien longtemps. Les deux policiers étaient, pour des raisons différentes, pressés de conclure.

Une voiturette de la police les mena bien vite, sans hésitation, à l’endroit précisé. A l’écart, loin des chemins touristiques et des yeux indiscrets, la villa était bien située au détour d’un chemin tournant autour de la colline.

La villa était simple mais belle. Toute blanche. Peu de décorations extérieures superfétatoires. Seul, des fleurs aux balcons donnaient par l’avant une couleur de contraste par touches massives. Les fleurs avaient seulement un peu trop séchées et n’avaient pas gardé la couleur de la jeunesse. Volets clos, elle paraissait inhabitée.

Les murs d’entrée cachaient le plus beau. En les contournant, le blanc éclatant de la façade allait trancher et laisser la place à une eau turquoise. Limpide, ridée seulement par un léger mouvement final du ressac à la rencontre du sable. Tout respirait paix et volupté. Si quelqu’un avait été chargé de faire de la pub du paradis, il n’aurait pu choisir meilleur endroit.

Ils sonnèrent à l’entrée. Le silence répondit ensuite à ce tintement perçant.

Pas de réaction. Pas de mouvement. La répétition ne donna pas plus de résultat.

Aucun voisin aux environs pour s’informer des allers et venues dans la maison. Contourner l’immeuble n’apporta pas le retour du propriétaire des lieux. La villa avait été occupée récemment. C’était sûr. Des traces récentes de pneu et de pas le confirmaient. La sécheresse de l’endroit n’aurait pu les effacer. Même si la saison était la plus pluvieuse, comme partout, le réchauffement de la planète avait dû contrecarrer les plans du “grand régulateur céleste”.

Que restait-il à faire sinon se mettre en embuscade sous l’ombre d’un arbre et attendre.

Combien de temps? Ils n’auraient pu le prédire. En espérant qu’il ne faudrait pas y passer la nuit. Le gibier devait tôt ou tard se représenter. L’affût commença dans la petite voiture trop étroite pour trois personnes et surtout sans conditionnement d’air. Le jour était loin d’avoir fini sa course. Le soleil dardait encore ses rayons avec force en cette belle après-midi. Une planque sous de rares arbres bien maigres s’imposait. Au départ, la protection fut assurée. Mais les heures passaient et le soleil tournait, dégageant progressivement le capot de la voiture. La chaleur faisait suffoquer les occupants.

La faim accentua leur énervement. Inquiets de peur de rater leur proie, ils n’avaient pas pris le temps de chercher ce qu’il fallait pour passer le temps plus agréablement. D’abord la soif, puis la faim les tenaient mais aucun d’eux n’aurait accepté de chercher à réparer cette omission et leur faire perdre une chance de cueillir leur proie au bercail.

Vers 17:30, un taxi arriva. En descendit un grand jeune homme. L’inspecteur français aurait aimer comparer ses traits avec un portrait robot. Il n’en avait pas. Pas de doute, pourtant.

Cela devait être lui, pas d’autres habitants à la ronde.

Un taximan descendit du taxi, le contourna et ouvrit le coffre. Aider au maximum le client quand les touristes n’étaient pas courants, pouvait donnait l’espoir d’un pourboire plus substantiel. A l’intérieur, il y avait toujours une personne qu’il était encore impossible de définir les traits.

Une multitude de paquets apparurent devant les yeux des policiers. Il était presque surprenant que temps de choses puissent avoir occupé un coffre d’une petite voiture. En souriant, le policier française se rappelait une pub qui avait marqué son esprit, récemment à la télé française pour vanter sa contenance. L’impossible n’existait manifestement pas dans le domaine de la charge d’un coffre. La seule différence avec la pub, pas de belle-mère installée à l’intérieur du coffre.

La Valette avait eu manifestement un très bon client. Un consommateur de haut vol. Celui-ci apparut enfin. Leur assassin était là. Jeune, grand, plein d’allants. Il rétribua le chauffeur qui fit des mouvements de tête de remerciement avant de reprendre le volant et de s’éloigner.

Tout doucement, les policiers se glissèrent au dehors de leur véhicule en miniature sans claquer les portières. La proie, toujours insensible aux bruissements du vent et aux bruits légers, ne se méfait pas. Il commença à se charger les épaules en bandoulière pour finir par les bras et les mains. Il devait probablement regretter de ne pas s’appeler Shiva avec les bras multiples prêts à tout. Les policiers grimpèrent sur le chemin et emboîtèrent les pas de ce grand gars chargé, surchargé de paquets de toutes dimensions.

Gregory n’eut pas la chance d’atteindre le seuil de la villa et aboutir sous la protection des murs de la villa, fondement de ses rêves et de sa protection.

Une voix sèche et en français résonna derrière lui comme le glas en lui glaçant le dos.

- Monsieur Grégory Dorsinitch. Pourrions-nous vous parler ? 

Son nom prononcé ainsi, dans une langue bien connue, le paralysa plus que l’épaisseur des paquets qu’il tenait dans les bras. La face vers la façade, la surprise n’aurait pu se lire sur ses traits, mais elle était bien présente.

Une chape de plomb envahit tout son être. Le courage lui manquait pour détaller à toutes jambes. Laisser échapper les paquets sur le sol et courir. Il y pensa l’espace d’une seconde.

Mais pour aller où? Et comment?

Intelligent, il arrêta cet élan réactif. Il savait que s’échapper d’une île était impossible. La transpiration lui suinta au front et n’avait aucune relation avec la chaleur extérieure.

Il se retourna et avec le visage le plus naturel du monde, répondit en gentleman bienveillant.

- Oui, Messieurs, c’est moi. Veuillez prendre la peine de me suivre. » répondit-il avec une voix bredouillante.

Qu’aurait-il pu dire de plus dans ce moment solennel? La partie d’échec se terminait par un mat, seulement un peu vite à son avis.

La coup fatal viendrait-il plus tard? Il le redoutait mais il s’en doutait.

..

Le Grand Maître virtuel_35.jpg(35) Le panache flétri

« Ne méprise jamais la dignité en faveur du panache. » Anita Nair

Plus les instants passaient, plus Greg savait que le destin avait changé sa voie. Les choses étaient claires, il savait que le bout de chemin était à portée de vue. Un long tunnel obscur, à l’abri de la lumière, se présentait devant lui. Les différents paquets qui gisaient ostensiblement dans le salon n’auront manifestement aucune chance de prendre le large et satisfaire leur acheteur.

Coincé, il se sentait avoir des boulets énormes au pied. La cage, il sentait qu’elle n’allait plus rester longtemps entrouverte. Les policiers s’étaient présentés à lui. D’une voix mal ajustée à la circonstance, Greg eut encore le courage de demander si les policiers voulaient quelques choses à boire.

Comment limiter sa responsabilité qu’il savait entière? Jusqu’à quel point de l’enquête, étaient arrivés les inspecteurs qu’il avait devant lui?

Les neurones de Greg brûlaient une énergie folle en réflexions dans toutes les directions.

Laisser parler et voir venir. Voilà, la décision finale. Le jeu de la cigale avait du plomb dans l’aile.

Avec les verres en main, il s’assit en face de ses visiteurs du soir. Donnant l’impression d’un maximum d’innocence, il lança le dialogue.

- Alors, Messieurs, que me vaut l’honneur de votre visite dans ce coin perdu ? 

- Je crois que vous vous en doutez. Je n’irai donc pas par quatre chemins. Nous sommes ici pour vous arrêter. 

Cela ne commençait pas trop bien mais correspondait aux perspectives sans surprises.

- Qu’avez-vous à me reprocher ?», relança-t-il avec l’accent de l’innocence.

- Pas mal de griefs. Je suis bien obligé de vous le dire. » répondit l’inspecteur avec un sourire en coin.

Il se prit au jeu en chat qui explique à la souris le pourquoi de sa petitesse devant le rouleau compresseur de la justice.

Tout fut raconté d’une traite en bouchant toutes les pièces du puzzle dans un ordre qui ne correspondait pas nécessairement à la chronologie réelle. Qu’est-ce que cela changerait d’ailleurs? Peu importait d’ailleurs à condition qu’en fin de partie, le puzzle n’ait plus de trou à combler.

Greg semblait toute ouïe comme s’il allait apprendre quelque chose sur sa vie récente. Il n’en laissait rien paraître mais subissait le pire des supplices. Il aurait donné la fortune qu’il avait garée en banque sans la moindre hésitation, pourvu que cela finisse au plus vite.

Au bout d’une demi heure, le monologue arriva à sa fin, Greg se sentait près de l’effondrement. Toute sa superbe avait fondu. Il n’avait jamais eu à subir un tel déshonneur sans pouvoir se défendre.

Bredouillant, la transpiration au front, il se rappelait, tout à coup, de Vic qui avait applaudit quand lui-même l’avait projeté dans les cordes. Les « Bastos, c’est toujours plus facile à donner qu’à recevoir » aurait dit Michel Audiard, dans la voix de Gabin pour cadrer avec la situation.

- Messieurs, à part le timing, je suis obligé de l’avouer, vous avez énuméré les points principaux qui ont hantés les jours du mois qui vient de s’achever. Je suis votre homme, bien malgré moi”.

Ce fut ses derniers mots avant de se voir accroché des bracelets dont il n’avait vu l’existence que dans les films de son enfance. Encadré de ses nouveaux gardes du corps, Greg quitta cette maison qu’il avait rêvé depuis très longtemps. Il n’avait pas encore le temps d’en faire les contours. Le désespoir se lisait sur ses traits en entrant dans la voiturette qui les ramènerait vers le point de départ. Le temps avait passé trop vite.

A la tête de cette fortune, vite faite, Vic aurait choisi la douceur. La question, style, « Comment dépenser, au mieux, l’argent? » aurait pris une échelle de temps élargie. Mais Vic, c’était de l’histoire ancienne.

Les neurones de Greg, eux, auront simplement été mis entre parenthèses dans ce sport de l’extrême. Une construction d’un château en Espagne avec en fin de parcours un château de cartes.

Un scénario complet ne réussit que dans la préparation minutieuse de toutes les étapes de la mise en scène avec la sortie du spectateur et des risques cachés des commentaires.

Vic avait eu deux entreprises. Une de jour et une de nuit.

Celle de jour, lui avait permis d’assurer, de rassurer avec un bonheur calculé, mitigé dans des contraintes précises.

Celle de nuit, apportait des rêves et des ambitions en équilibre sans couverture morale mais avec un passe-temps en remue neurones. Donner une correction à celui qui n’avait pas compris quelques règles de base de la vie, il avait aimé. L’argent était le nerf de la guerre, sans plus. Outil de pouvoir de décision, obtenu par les vices des autres mais sans contrainte pour lui. Percer les failles du système mais en connaissant toutes les cartes et embrayer à la vitesse supérieure au bon moment sans casser la boîte de Pandore. Une devise aurait pu être « Think and do it, if ».

Greg, nouvel Icare, avait pris un autre envol, trop haut pour lui. Vic, son maître, son mentor, était resté à l’étage, du dessous. Étage de l’efficacité protégée par des gardes fous qu’il voulait garder toujours près à rétracter.

Le crime parfait restait à inventer. Le Grand Maître virtuel n’avait pas compté sur ce grain de sable du temps, cette couverture qui se rétrécit toujours quand on la divise.

Greg aurait eu encore plus à souffrir s’il avait compris le but final de l’action de Vic. Le jeu de « gagne petit » de Vic n’était qu’illusion. Son ambition était bien plus énorme qu’il n’y paraissait. De « Grand Maître virtuel », il serait monter au grade de « Grand Maître du Monde » sans ce coup du sort. « Vic », n’était-ce pas un diminutif de « Victoire »?

Jeu à qui perd, gagne?

Du côté positif, Vic avait aussi changé grâce à Greg. Plus humain, l’idée de partage de la solidarité sur un chemin parallèle. Il avait été guéri de son côté psychopathe pendant l’espace de quelques mois. Il avait même commencé à imaginer fonder une famille. Une femme? Pourquoi pas? Il fallait qu’il en sache un peu plus de cette moitié de population.

D’autres lois à digérer. Le sort ne lui en avaient pas laissé le temps.

Les victimes dans ce monde de la finance abrutie avaient fait coup double. Se débarrasser d’un crime financier et d’un crime de sang.

L’aventure en tandem de Vic avec son coéquipier, Greg, avait échoué à cause d’une « monogame » finale sans pédale douce.

Vic avait aimé le pouvoir dans son absolu, c’était sa force et sa faiblesse de n’avoir pas reconnu d’autre alternative. L’argent, il s’en foutait.

Grégory, lui, aimait l’argent pour l’argent et, en nouveau consommateur, ne comptait plus qu’à s’en servir comme d’une servitude.

Histoire très controversée par des sentiments multiples que celle de cet Icare d’aujourd’hui.

Entrer dans la grande histoire nécessitait un charisme et du doigté à toute épreuve. Greg n’en avait connu que la technicité. La fibre spéciale du génie du Grand Maître du virtuel ne l’avait rattrapé. L’élève n’avait pas pris le temps d’arriver au stade de son maître. Il venait de s’en apercevoir à ses dépends.

Le temps aura eu seulement le dernier mot. Il n’aime pas ni les mensonge, ni les erreur. Il explique tout à l’homme qui sait l’écouter.

Dans la voiture et la vedette qui les ramenèrent à la Valette, la vie de Greg lui revint en mémoire accélérée.

La Roumanie, tout d’abord, qu’il avait quitté, il y a bien longtemps.

Époque autoritaire sous la joute du pouvoir de Ceaucescu. Période pendant laquelle, seulement, les privilégiés gravissaient les échelons du pouvoir et parvenaient à vivre dans une opulence insolente.

Famille de paysans, ses parents n’en avaient jamais mené large. Aîné de quatre enfants, chargé de ses frères et sœurs, Greg avait été élevé à la dure. L’intelligence et une mémoire phénoménale avaient permis de sortir d’un futur tout tracé de paysan. La peur du lendemain et de ne pas avoir vécu comme dans ses rêves. Imperméable à son entourage.

L’informatique, dans son bocal fermé, semblait avoir été inventé pour lui. Très jeune, il s’y adonna dans ses seuls moments de délassement.

La fuite à Paris à l’âge de vingt ans, comme une impulsion qui provoque la fin des tourments.

La rencontre avec Vic qui s’enchaîna dans un accord parfait. Un Grand Maître du virtuel qui connaissait tant de filières. Une force tranquille qu’il avait voulu dépasser par méconnaissance des règles et des détails de la construction. Trop d’obligations qu’il ne pouvait assumer, trop pris par son ascension propre qui ne se partage pas. Des risques mal calculés. La chute brutale pris dans les filets de la police. L’intelligence n’y était pour rien.

Un nouveau départ se présentait désormais. Il l’imaginait déjà sans la solitude cette fois.

Peut-être dans une autre vie, bien plus tard, Greg aura-t-il l’occasion de se donner une autre chance. Le vol d’Icare se termine parfois par une renaissance et des rééditions.

La vie n’était décidément pas une partie d’échec comme les autres.

Pour les autres humains, les navigateurs du virtuel, le côté positif, c’est que leur monde avait à se féliciter, une fois de plus, d’un répit.

Jusqu’à quand? Question sans réponse mais pleine de surprises.

« Les mensonges n’ont d’importance que si l’on se fait prendre. », Christine Ockrent 

 

Fin

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