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31/12/2008

Index

 

Chapitres Titres
0 Préface
1 Un homme comme un autre
2 Une routine en couverture
3 Hacking by night
4 La nuit de tous les dangers
5 Lendemain de veille
6 Le réveil de l'adversaire
7 On s'inquiète aussi à la maison Poulaga
8 Réflexions à rebrousse poil
9 Desseins : Bleu réseau
10 Préparation de la délégation
11 Le piège découvert piégé
12 Repos programmé
13 Un nième départ
14 Le calme policé avant la tempête
15 L'accord parfait
16 Une proposition mal venue
17 La proie pour l'ombre ou l'ombre des proies
18 Le contrat d'amitié
19 Logique jeune
20 L'extension
21 Investisseurs fantômes
22 Le meilleur dans le meilleur des mondes
23 La réflexion avant surprise
24 Le feu d'artifice à l'envers
25 La douche écossaise
26 Départ précipité
27 Soupçons multiples
28 Macabre découverte
29 Le fil en rougit de honte
30 L'étau, cet outil de malheur, se resserre
31 Une virée, cela se prend quand cela se présente
32 Le bonheur des uns...
33 La pèche à la cigale
34 L'embuscade
35 Le panache flétri

 

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18/10/2008

La Grand Maître virtuel (00)

Le Grand Maître virtuel_00.jpg

Ecrit par Guy Foiréan

(00) Préface

L’informatique, tout le monde en parle. Certains en usent et en abusent. Aucun secteur d’activité humaine ne peut plus travailler sans cet outil du modernisme.

On sait qu’elle peut apporter le meilleur dans la vie de chacun, mais aussi la pire des surprises au coin d’un abandon de garde.

On a entendu parlé de piratage aux noms plus au moins sensibles mais qui passent dans le langage de tous les jours: virus, spams, phishing … et j’en passe que l’histoire inventera, plus tard.

Oui, il existe des outils “anti-” pour chaque type de pirate ou de piratage. Le commerce de la protection n’existe pas uniquement dans les pharmacies. Le 1er décembre, c’est une journée mondiale du SIDA et, donc, du condom. Alors, pourquoi pas de cela en plus ?

Actions, réactions. Une véritable « ligne Maginot informatique » s’est installée sur la majorité des ordinateurs du monde.

Vivre caché est devenu impossible sur la toile. Ouvrir son soi aux yeux de tous sans protection relèverait de la plus condamnable des légèretés.

Rester étranger à toutes interactions frauduleuses avec l’extérieure, serait la panacée. « Offline », comme disent les anglophones.

C’est se condamner à perdre le plus grand intérêt d’un ordinateur : être connecté avec le monde.

Le terme de « ligne Maginot » n’est pas innocente. Se mettre à l'abri? L’adversaire a toujours une longueur d’avance. Le piratage n’est pas seulement financier. Souvent, il s’agit de prestige de recherche à percer les secrets d’autrui. Ce qu’on en fera après n’est parfois pas l'intérêt principal.

Cet “essai”, car il ne s’agit que d’un roman, n’est pas là pour effrayer. C’est de la fiction pure. enfin presque car la fiction est parfois supplantée par les réalités. Un informaticien déterminera très vite les limites de l’impossible.

La Bourse va plâner au dessus de ce nid de vipères.

Les guerres sur Internet, comme en Bourse, auront des armes suivies par des contres armes. Des parades, on y mettra le prix, mais elles perdront tôt ou tard le poil de la bête en ingéniosités. Les utilisateurs, eux, attentistes et victimes, resteront les dindons de la farce et assumeront de bonne ou de mauvaise grâce ce grand jeu de la finance et de l’arnaque.

Dans l’originalité des attaques, c'est là que l'on trouve des gagnants. Casser l’incassable est la motivation principale. L’attrait de gains faciles ensuite.

Un thriller fait ouvrir les yeux et les consciences endormies par l’habitude. Les avantages d’Internet resteront supérieurs aux déconvenues.

Une nouvelle technologie est apparue pour révolutionner l’usage d’Internet: le Web 2.0. MySpace, Quicktime, Facebook en font partie et tentent de personnaliser encore plus les clients internautes. Sérialiser pour mieux appréhender. Cela entraîne cookies et mémorisation des informations. Le partage de séquences vidéo permet de surfer tout azimut avec la confiance innocente de l’internaute, endormie par l’envie d’être mieux servi et mieux cerné. Boîte de Pandorre dans le domaine de l’arnaque. Les sociétés n’intéressent plus vraiment. Les particuliers, par contre, à cause de leur isolement sont des proies favorites. Les PC zombies s’ignorent et sont parfois contrôlé par des organisations mafieuses à l’insu de l’utilisateur perdu dans son espoir de trouver le meilleur du savoir d’Internet. Seul le coût élevé de la pollution des SMS par les spams les libèrent encore.

Une véritable guerre virtuelle, voilà ce que je concocte sans prétention. Le cinéma s’est mis dans cet imaginaire aussi. Le« Die Hard 4.0 », “Retour en enfer”, est un exemple. Très hollywoodien de voir les choses dans ce cas. Pas de femme dans mon histoire. Seulement, un homme comme tout le monde avec une double vie à la recherche de son destin. Pas de passion, pas de sentiments, de la technique pure et dure. Beaucoup d’intelligence au service d’un brin de paranoïa par un gourou informaticien.

Le virtuel ne se joue jamais au grand jour. On y reste seul. Vive les pseudos et les passe-murailles dans ce monde clos où tous les coups sont permis. La Toile, même si ses mailles seront de plus en plus fines, reste perméable. Sans la liberté d’expression d’Internet, ce serait sa mort naturelle.

L’ennemi est fait partie de la peur qu'elle crée.

Remerciements:

* À mon épouse qui a dû endurer des moments d’absence dans mes rêveries.
* À certains amis qui ont commencé à lire et m’ont fait retourner à mes écritures sans ménagement.

Mise à jour 07 juillet 2009 il y est dit:

Une nouvelle faille sur Internet Explorer

mardi 07 juillet 2009, 15:20

Le groupe informatique américain Microsoft a averti qu’une nouvelle faille de sécurité détectée sur son logiciel de navigation sur internet, Internet Explorer, pouvait permettre à des personnes mal intentionnées de prendre à distance le contrôle d’un ordinateur.

La faille réside dans le module ActiveX Video Control, qui permet de lire des contenus audio et vidéo, sur les systèmes d’exploitation Windows XP et Windows Server 2003, a précisé le groupe dans une note de sécurité mise en ligne à l’intention de ses usagers.

« Un pirate informatique capable d’exploiter cette faille avec succès serait susceptible de s’octroyer les mêmes droits que l’utilisateur principal. Nous avons été mis au courant d’attaques visant à tirer profit de ce défaut », a indiqué Microsoft. Les pirates peuvent notamment utiliser ce défaut de conception lorsque les internautes visitent des sites au préalable piégés. Une fois en mesure de prendre le contrôle d’un ordinateur, un pirate peut y consulter ou supprimer des données, y installer des programmes, ou même créer de nouveaux comptes utilisateurs, explique Microsoft.

Le groupe américain a annoncé qu’ » il travaillait actuellement à développer une mise à jour pour Windows pour remédier à la faille » du module ActiveX, qui est également un composant principal de Windows Media Center.

Par mesure de précaution, Microsoft demande cependant aux usagers d’Internet Explorer sur Windows XP et 2003 de désactiver la fonction ActiveX Video Control jusqu’à ce qu’une résolution puisse être apportée au problème.

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12:50 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3)

17/10/2008

La Grand Maître virtuel (01)

Le Grand Maître virtuel_01.jpg(01) Un homme comme un autre?

« Dès lors qu’on a une vie intérieure, on mène déjà une double vie. »Pierre Assouline

Ce soir-là, il rentra chez lui, à peine plus tard que d’habitude. Ce moment correspondait pour la plupart des gens au moment où ceux-ci avaient déjà soupé dans leur petit meublé.

La journée avait été dure. Pas mal de problèmes avaient émaillé le jour de ce grand blond aux yeux bleus. Costume classique sans excès. La cravate décrochée. Le bouton de col apparent. Une barbe naissante. Démarche non-chalante. Du “Brad Pitt” sur le retour et surtout pas de distraction à la manière du Grand blond avec une chaussure noire. Pas idiot pour se faire remarquer de la sorte.

Une jolie fille aurait pu être attirée du premier coup d’œil s’il n’y avait pas la surprise de son visage dur en lame de couteau. Le charme, il en avait à l’extérieur mais sans ostentation voulue. A l’intérieur, aussi, mais il fallait passer plus de temps avec lui pour le découvrir. Et, le temps, c’est ce qu’il n’accordait qu’en extrême urgence et à très peu de monde. Un sourire, oui, une parole en filigrane, à la rigueur, plus, s’abstenir. Le nombre de ses amis, c’est sûr, ne nécessitait aucun doigts que comptait une main. Les amies, c’était simplement “persona incognita”. Asocial, l’amitié, connaît pas. Les femmes ne l’avaient jamais intéressé. Si elles l’ignoraient, il les remerciait sans le leur dire. Lui serait resté de marbre et sans état d’âme.

Pourtant, sous le chapeau résidait un réseau de neurones de première force. Il le savait et il en profitait pour son propre usage en exclusivité. Un psychiatre, sans beaucoup de recherche approfondie, aurait même pu déceler, chez lui, le grain de « psychopathe » en puissance.

Vic était fils unique. Élève très doué, très effacé, construit par lui-même.

Ni sa mère, ni son père n’avaient contribué, en effet, à son élévation de l’esprit. Le temps ou les capacités nécessaires leurs avait manqué. Vic n’avait d’ailleurs recherché aucune aide auprès d’eux. Il ne leur en voulait pas. Jeune, il se réfugiait souvent dans sa chambre. A l’abri des regards et des préoccupations des grands, pour construire son ego, il se berçait de lectures qu’il avait récupéré dans la bibliothèque de son père, ingénieur en électronique et toujours en déplacement à l’étranger. Le suspense de ses intrusions inédites est ce qu’il avait trouvé de mieux pour répondre à ce manque de communications. Sa mère, par contre, n’avait tout simplement pas eu le niveau suffisant intellectuellement pour lui prodiguer plus que des soins typiquement maternels et non scolaires.

A l’école, le potentiel de Vic avait très vite été décelé. Alors que ses condisciples s’attardaient encore à la résolution de problèmes typiquement arithmétiques ou liés aux jeux, lui, prenait ses distances vis-à-vis des programmes dans lesquels il se sentait à l’étroit. Cette avance construite avec opiniâtreté lui permettait d’utiliser l’algèbre à sa mode sans en connaître l’existence. L’abstraction venait déjà au secours du concret. Son instituteur, face à son mutisme, avait même soupçonné, un temps, un certain autisme. Le dé-synchronisme avec le niveau d’étude fut jugé seul responsable. Avancer de classe, le sauva.

Étudiant, il trouva le secteur de l’informatique à ses débuts. Pas encore de sections réservées dans cette discipline. Une licence et un doctorat en intelligence artificielle et robotique lui permirent de conclure des études avec les félicitations du jury. Bardé de ce genre de diplôme, il pouvait voir venir l’avenir avec sérénité. Cela devait être le cas mais, pas nécessairement comme aurait pu l’espérer le bon père de famille. Mais parler de cela, c’est déjà entrer dans notre histoire.

Son job, il le jugeait intéressant, passionnant même. Utiliser, de manière aussi ajustée, son expertise en la matière, le satisfaisait et effaçait largement une progression assez peu cernée à sa juste valeur. Il n’en avait cure. Le travail, il le plaçait au niveau du hobby.

La recherche et le développement constituaient les principales préoccupations de son service. Grâce à leur expertise, aider les autres services dans leurs problèmes informatiques. Un complément très occasionnel, cependant. Les gens qui constituaient l’équipe se retrouvaient au fond d’un couloir et personne n’y avait accès autrement qu’avec une carte de sécurité très spécifique avec quelques éléments supplémentaires, incrustées dans les circuits de la puce électronique pour assurer l’accès aux seuls détenteurs.

Les budgets alloués à l’équipe relevaient d’un véritable secret d’état. A l’extérieur du bureau, on savait que les gens de l’intérieur s’occupaient d’intelligence artificielle sans aucune autre précision. Notre homme était, malgré tout, reconnu comme une sommité dans laquelle tous les autres membres du groupe pouvaient puiser les idées. Les solutions aux problèmes, il pouvait s’en vanter en avoir trouvées et des meilleurs. Pragmatique, les solutions qualifiées d’alambiquées n’avaient jamais eu sa préférence.

Dans cet état d’esprit, les heures supplémentaires étaient très nombreuses. Il n’était pas rare que le portier oublia que ce couloir menait à une porte bien opaque qui cachait des occupants retardataires.

La journée avait bien commencé. Le soleil de juillet avait dardé ses rayons avec beaucoup de générosité. De nombreux problèmes informatiques avaient eu pourtant le malheur d’énerver cette belle journée. Ce type de travail était toujours en porte à faux. Sans agenda précis, réservé aux changements, les extra n’avaient rien d’exceptionnel.

La fatigue avait été accentuée par la chaleur du milieu de journée. Elle régnait dans les bureaux et le conditionnement d’air ne parvenait plus d’en atténuer la moiteur. Les canicules devenaient par trop courantes. Notre homme n’aimait pas cela. Juillet, c’était aussi le mois pendant lequel les absences de personnel se ressentaient le plus. Beaucoup de collègues se doraient ailleurs sous le soleil. Lui, par contre, n’était pas intéressé aux vacances et restait plus souvent comme le dernier des Mohicans, caché à la vue de tous. Le travail et les problèmes subsistaient bel et bien.

Ce soir-là, en regagnant ses pénates, le soleil avait disparu derrière l’horizon depuis de longues minutes. La lumière perdait progressivement du champ par rapport aux luminaires des rues. La moiteur persistante ne se prêtait pas à une volonté de presser le pas.

Arrivé devant son immeuble, la concierge s’affairait encore avec son balai dans les mains. L’apercevant, elle s’arrêta dans son activité. Elle n’était aucunement étonnée de son retard.

Elle l’aimait bien, dans le fond, ce beau ténébreux qui disait tout en condensé.

Relevant la tête avec le sourire, elle ne manqua pas de se lancer dans une parole traditionnelle pour entamer une conversation. Elle savait que celle-ci resterait de courte durée.

- Belle journée, n’est-ce pas, M’sieur. Vous avez dû râler d’avoir à rester dans l’ombre de vot’bureau?, lui dit-elle.

- Vous avez raison, mais c’est pour la bonne cause, non? , répondit-il avec un sourire engageant, tout en disparaissant.

Encore une fois, vraiment du classicisme à l’état pur.

La concierge avait bien fait une allusion aux voisines de l’étrangeté de cet homme, si affable et si discret, à la fois.

Il s’empressa de monter les marches qui le menaient à son appartement. C’était sa seule activité sportive. L’ascenseur, comme toujours, il le reléguait à des gens moins fortunés du côté santé. Les rencontres, il n’aimait d’ailleurs pas trop.

A l’entrée de son appartement, de son antre, une porte blindée surprenante à plus d’un titre apportait une couche au mystère. L’habitude et, surtout, la révélation qu’il lui avait faite de travailler dans un secteur assez secret avaient suffit à apaiser la curiosité.

Avec la fortune, on approchait progressivement de ce qui l’excitait le plus dans la vie en dehors de la volonté de rester au top de la forme.

Sa véritable fortune, elle existait bel et bien, même si rien ne permettait d’en imaginer l’existence et surtout, d’en soupçonner la construction. Des frais limités aux minimum en dehors de ses passions contribuaient à ce niveau élevé.

Sa profession le gratifiait déjà très largement au-dessus du niveau de l’argent poche par rapport au commun des mortels. Des rentrées financières, encore plus substantielles, venaient encore d’une autre source moins évidentes.

Pendant la journée, les voisins et les collègues rencontraient Mister Jeckill. Une fois rentré chez lui, il se transformait en un Mister Hide plus vrai que nature.

Après quelques rangées de marches, il se retrouva donc devant la porte de son appartement, costaude pour refuser l’accès à tout éléphant. De multiples trous de serrures auraient pu faire penser que les bijoux de la Reine avaient élu domicile chez lui. Un trousseau de clé volumineux et la cachette surprise s’ouvrit, enfin, avec un bruit sourd.

Au début, rien d’anormal. Rien n’aurait pu prévoir de ce que l’on découvrirait au fond de son relativement modeste appartement. Derrière une porte tout aussi protégée dans l’arrière salle, une véritable caverne d’Ali Baba pleine d’électronique de toutes sortes se cachait.

Il y entra. Rien n’avait changé depuis la veille au soir. Il savait que cela devait être le cas, mais, soupçonneux, il aimait toujours mieux s’en assurer. Au centre, cinq PC, dernier cri, trônaient en maître sur le large bureau. Même le spécialiste aurait eu du mal à imaginer l’existence d’une telle technologie.

Des ordinateurs, des serveurs, pour la plupart, continuaient imperturbablement à clignoter tel un arbre de Noël. Le modem dernier cri, lui aussi, scintillait de tous ses feux et à toute vitesse, jour et nuit. Les écrans, au repos, derrière leur « screensaver », ne reflétaient pas l’activité interne de l’ensemble.

Ils allaient bientôt sortir de leur torpeur et entrer en fonctions dans le virtuel dès la première sollicitation.

Dans un esprit guerrier, il se mit au devant de ses multiples claviers et commença à pianoter avec vigueur pour entrer les sésames de toute cette armada technologique. Vic avait regagné son univers virtuel pour le meilleur et pour le pire.

Il allait, une nouvelle fois, se muer en véritable pirate des temps modernes. Si la guerre n’était pas son truc, la guérilla l’était bel et bien.

Le phishing, l’hameçonnage, comme diraient les Français, cette capture des informations des internautes, était son domaine. Les informations captées sur ses victimes passaient au travers de son cerveau démoniaque en utilisant les failles du système qui avaient accaparé son attention. Chaque nouvelle facétie lui apportait, manifestement, plaisir et satisfaction.

Délester les avoirs bien réels de certains avait quelque chose de très jouissif. Qui serait la victime, il ne cherchait pas vraiment à le savoir. Il allait prendre son pied. Peu importait l’importance des gains à engranger par ce piratage. Du jeu, lucratif et puis basta.

Les internautes étaient de grands naïfs. Par eux, il voulait arrondir ses fins de mois. C’était clair.

Les amateurs naturels du grand dieu dollar et les caractères narcissiques reflétés par les nouveaux réseaux sociaux apparus sur Internet étaient seulement ses préférés et les plus facilement repérables. De nouveaux outils tel que ”EgoSpace” avaient apporté le meilleur Cheval de Troie. Celui-ci avait intéressé les plus attirés par la notoriété à se retrouver avec tous ses attributs. La nouveauté, aussi, mais aux dépends de la sécurité. Trouver les noms et les mots de passe, d’abord. Les envoyer dans une base de données de plus en plus complète, ensuite.

Le soin apporté pour ne pas se faire repérer avait été porté au sommet de la technicité et de l’ingéniosité. Savoir jusqu’où aller trop loin était sa préoccupation. Quitter, pour un temps, une partie de son activité litigieuse, il pouvait l’assumer. Il avait le temps. La chronologie des événements, il la fixait lui-même. Rien n’aurait pu le pousser à transgresser ses propres règles rigoureuses.

Un sourire sarcastique s’ébauchait déjà sur ses lèvres. En général, le club des sondés s’agrandissait naturellement. Les nouvelles « recrues » se constituaient d’elles-mêmes.

Comme infrastructure et investissement de départ, il y avait ses ordinateurs et du matériel sophistiqué de toutes sortes.

Une machine qui n’était plus au sommet de ses ambitions, il la remplaçait par le nouveau bijou clinquant neuf avec lequel le vendeur le faisait habituellement saliver. L’investissement en matériel, il fallait, en effet, le réactualiser fréquemment. L’investissement humain, personnel, en recherche et en développement, il en était fan et ne comptait donc pas.

Les hyperliens complétaient son voyage dans Internet dont il connaissait le départ mais jamais l’arrivée.

Sa petite entreprise prit très vite forme avec beaucoup de succès successifs. A peine quelques mois suffirent pour faire ses premiers pas dans le piratage, avec résultats très performants. Le victimes non-consentantes, inconscientes des dangers de la navigation au travers de la toile, s’appuyaient souvent sur un manque de contrôle efficace baignant dans trop de confiance. Une publicité pour les préservatifs lui faisait toujours sourire de bon cœur : « Pour vivre heureux, vivons protégé… ».

En fin de semaine, il gardait ses comptes en parfaite balance et cela rapportait manifestement. Pas de morts sur ce champ de bataille, seulement un peu de dégâts dans le portefeuille des citoyens Lambda. Le jeu en valait la chandelle par le nombre de ses proies potentielles jamais par l’épaisseur du portefeuille de ses commanditaires involontaires.

Dans le côté obscur de son individu, il se nommait lui-même le « Grand Maître virtuel ».

Ce surnom, il se l’était approprié lors d’un de ses voyages à Malte. Là, il avait été émerveillé par la magnificence des règnes successifs des « Grands Maîtres de l’Ordre » dans l’histoire de l’île. Il y avait, d’ailleurs, trouvé une de ses planques en retraite.

Une place dans l’Ordre des Templiers le faisait rêver. Par la suite, il remonta le temps à la recherche de ses ancêtres fictifs. Rhodes fut également une des étapes de collégien. Le spectacle de sons et lumières auquel il eut alors l’occasion d’assister dans la jeunesse, restait dans sa mémoire et le remplissait d’orgueil et de passion destructrice.

Ce pseudo de « Grand Maître » de la virtualité, il ne l’utilisait évidemment pas dans ses contacts sur la toile virtuelle.

Il s’affichait avec des pseudo en cascades et échelons. Le vrai nom, écrit sur sa carte d’identité, n’existait que pour les collègues, eux, bien réels mais ceux-ci ignoraient tout de son activité nocturne.

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16/10/2008

Le Grand Maître virtuel (02)

Le grand Maître virtuel_02.jpg(02) Une routine en couverture

« Tous les gens sont mégalomanes. Ceux qui le montrent, on les traite de malades ; ceux qui le cachent, de modestes. Comme tout employé modèle et, en fait, il l’était vraiment dans les attitudes et dans les gestes, Victor s’éclipsa de chez lui. », Fernand Vanderem

Ce lundi, la journée commençait dans l’excitation.

Comme dans toutes grandes villes, les files de début de semaine s’étiraient toujours un peu plus que le reste de la semaine. Paris en avait fait sa spécialité. La parenthèse des deux jours de week-end, propices à l’oubli du le métro-boulot-dodo habituel, était loin.

La radio l’avait annoncé, embouteillages et accidents, un peu partout. La saison d’été n’arrangeait plus rien comme on aurait pu s’y attendre. Était-ce la chaleur déjà naissante à l’origine de cette excitation maladive? Personne n’aurait pu dire. La métamorphose s’opérait, une fois, à bord de sa belle voiture. Les informations de la radio complétaient le tableau: catastrophes, attentats.

Tous cela n’effleurait que très vaguement l’esprit de Vic.

Vic n’avait pas trop à se plaindre de son trajet pour rejoindre le bureau. A peine trois kilomètres à vol d’oiseau. Il prenait néanmoins toujours sa petite voiture pour y aller.

Le vélo qui prônait, empalé, sur le mûr de son garage, aurait pu le conduire plus aisément et, certainement, plus rapidement. La taille de son PC portable, qui n’avait de portable que le nom, en avait décidé autrement. Son transport, testé sur les épaules ou en bandoulière ne lui avait pas donner satisfaction du côté portabilité. Il y avait renoncé et repris sa petite auto.

L’économie d’énergie à la mode, ce n’était pas son truc. Le sport, aussi, devait faire sans lui. Son vélo avait, depuis longtemps, pris un coup de vieux par manque d’entretien et devait certainement nécessiter un peu d’huile de-ci delà.

La chaleur du lit avait bien tenté de le retenir, fatigué par une nuit de sommeil trop courte. Ses heures de sommeil n’étaient pas très nombreuses en général mais assez pesantes, heureusement, pour le remettre d’aplomb dans un minimum de temps.

Accroc de ses “bécanes”, son addiction, pour elles, aurait pu être facilement comparée aux alcooliques ou aux drogués anonymes. L’informatique était toute sa vie. Pour ses 8 ans, son père, de retour d’un voyage pour une courte semaine, lui avait offert un ordinateur qui prenait dans ce temps-là tout l’espace de son petit bureau d’écolier. Ce cadeau avait changé sa vie. Au départ, le jeu l’avait passionné. Très vite, pourtant, il s’était tourné vers une utilisation beaucoup moins ludique, vers des activités moins futiles et surtout plus rentables. Tout y passait, vacances et argent. Il considérait cette passion comme un investissement.

Son besoin de compter en binaire se reflétait dans sa manière de penser très cartésienne, très logique. Vic était un fou génial, un « gourou », dirait la plupart de ses collègues. Le génie et la folie étaient souvent des comparses d’une même cause.

Le temps, c’était de l’argent et cela il n’était pas prêt de l’oublier. Pour se retrouver au top, le matin, pas besoin de la tasse de café comme l’aurait voulu la pub sur le café, entendue à intervalles réguliers à la radio. Parfois, il aurait aimé allonger le temps dans son appartement. La couverture que constituait son travail dans l’entreprise, avait ses lois. Il n’était pas prêt à les transgresser.

Au compteur des heures de sa Seiko, il venait de sonner 8:00. Le soleil, déjà haut dans le ciel, il s’en moquait éperdument. Il n’avait pas jeté le moindre coup d’oeil dans sa direction.

La petitesse de sa voiture expliquait la facilité apparente à jouer l’anguille dans le trafic. Quelques minutes de route avaient suffit pour rejoindre son entreprise.

A 8h08, le portier de sa Société qui l’avait reconnu de loin, lui fit un signe de la main après avoir levé la barrière.

Par la vitre ouverte, Vic avait bien entendu le portier qui avait tenté de lui dire quelques mots amicaux. Il ne les avait pas compris et n’en avait cure. Il se contenta de répondre par un sourire engageant. Sa place de parking, naturellement vide avait un écriteau, placardé au mur, qui annonçait en lettres majuscules : « Victor Vanderbist Département I.A. ».

Il laissa, très vite, derrière lui, sa petite voiture qui n’avait manifestement pas assez grandi pour remplir la place de parking qui lui était réservée.

Gravissant, quatre à quatre les marches de l’escalier, il avait atteint le 2ème étage et son bureau, sans rencontrer quelqu’un sur son passage. Il s’en félicitait d’ailleurs à chaque fois. C’est déjà ça de pris sur l’ennemi du hasard des rencontres toujours risquées.

Comme presque toujours, il était arrivé premier dans la place. Ses collègues n’avaient pas la même chance d’habiter à une telle proximité. Il se mit à consulter son courrier électronique et à écouter sa boîte vocale. Contrôler les programmes qui avaient tourné pendant le week-end, ensuite.

Dans l’équipe de la Société RobCy (Robots Company), située près de la Défense à Paris, il occupait la place qu’il avait postulée et ses collègues faisaient un peu paravent contre les atteintes de l’extérieur.

Il s’attirait les bonnes grâces de son entourage, il les endormait. Cela pourrait toujours servir par la suite. Ses collègues ne devaient jamais connaître la vérité dans sa totale complexité.

Psychologue, il savait s’attirer du monde à sa table de discussions. Celles-ci commençaient par des événements anodins comme il est naturel pour chauffer la conversation. Le lundi était particulier. Chacun avait à raconter ce qu’il avait fait au cours du week-end. Épisode délicat qu’il devait à tout prix faire dévier. Sujet trop dangereux qui aurait pu révéler son côté obscur. S’échapper surtout du détail. Un lapsus ou une erreur dans son emploi du temps par trop illicite pourrait se transformer en catastrophe.

Son curriculum vitae élogieux, son contrat d’emploi qui stipulait « Ingénieur en informatique » avec diplôme supérieur et qualification en intelligence artificielle devaient suffire. Il était payé pour cela et il s’employait à correspondre à ce profil bien loin du courrier du cœur et de la confidence.

Sa vie d’avant, à part ce qui était indispensable, personne ne la connaissait. Pas d’effet de scoop, motus et bouche cousue.

Au bureau, il y avait, Bob, son préféré, son opposé en tout, aussi. Petit, trapu, jovial à ne savoir qu’en faire.

Entre eux deux, il y avait une réelle complicité. Ils travaillaient d’ailleurs très souvent sur les mêmes projets. Si les opposés s’assemblent, ils en étaient une preuve vivante.

Le dernier en date résidait dans le domaine de l’intelligence artificielle adaptée à la médecine et à l’armée. Un projet ambitieux et innovateur qui par l’intermédiaire d’un robot miniature pourrait permettre une auto-consultation globale du bon niveau de santé d’un individu. Capteurs, palpeurs de toutes sortes en fibres optiques avant impulsions en retour sous forme de micro capsules imprégnées dans les tissus des vêtements. Information transmise ensuite par satellite à l’organisme habilité pour réagir avec efficacité dans les plus brefs délais. Un budget important avait été alloué pour atteindre l’objectif de la miniaturisation maximale. En retour, ces diagnostiques ambulatoires et sans l’aide d’aucun médecin en première instance, pouvaient aider à distance pour remédier à la « panne » corporelle. On pouvait considérer cela comme un système de GPS destiné à la santé de l’individu. Le cerveau fertile de quelqu’un avait imaginé un système qui s’auto-corrigerait jusqu’à éliminer complètement l’entremise du médecin.

Un micro-ordinateur mi-analogique, mi-numérique de conception originale, avait été conçu dans cette tâche.

Le projet progressait mais on était encore loin de mettre la première phase en pratique. La miniaturisation, elle, était encore dans les limbes, au stade d’ébauche sur les plans.

Des tests avec deux singes avaient pourtant été entrepris et étaient encourageants. Des palpeurs, appliqués sur le corps de ces singes de laboratoires, recherchaient ce qu’il pouvait ressentir après certaines impulsions en gardant le plus de confort pour l’animal.

Le troisième larron de l’équipe, Gérard, était un gars assez moyen techniquement mais doué d’une diplomatie hors pair. Vic ne manquait pas de le caractériser souvent comme « faux jeton ». Grâce à lui, pourtant, le projet prenait de l’extension. Véritable fonctionnel de l’équipe, il préparait les expériences dans leur conception. Le Public Relation des projets, c’était lui. Vendeur, dont le rôle était de convaincre les autorités responsables du bien fondé de la vision de l’équipe à la base. L’armée était très intéressée. Les budgets devaient, donc, trouver les ressorts en retour avec la même ampleur des investissements consentis.

Le dernier, c’était le chef, Bill. Lui, on ne le voyait presque jamais. Trop occupé à voyager dans les filiales ou à la Corp. En voyage ou à son domicile, à 70 kilomètres du bureau, il se reliait à l’équipe par des connections haut débit. Il ne se présentait qu’à des moments stratégiques et personne ne s’en plaignait. Sa confiance envers l’équipe était entière. Justifiée et réciproque.

Dans la pièce, la partie réservée aux humains était déficitaire par rapport à celle qu’occupait machines: câbles, modem clignotant en arbres de Noël. Vic avait eu la chance d’avoir une grande baie vitrée vers l’extérieur et la ville. La vue, par ce beau temps, en valait la peine. Il avait perdu pourtant l’habitude de jeter le coup d’œil vers cet horizon.

De retour, le regard sur la lucarne de son écran d’ordinateur, Vic tombait sur une série de mails bien serrés qui se bousculaient pour garder la primeur de l’information. Des rapports et minutes de meeting, très souvent. Des idées pour améliorer le « machin » s’y trouvait aussi.

Ce matin là, pourtant, un courrier attira son attention. Il émanait du nouveau vice président et Vic était copié. Il se mit à lire patiemment mais tout de même avec anxiété.

« Messieurs,

Par la présente, le Comité du Direction a décidé de réduire les budgets alloués au projet surnommé « AutoScan ». De plus, le délai de livraison a également été écourté de six mois. Les objectifs du projet sans être fondamentalement diminués dans les principes seront néanmoins amputés dans une première phase et limités au niveau de la pré miniaturisation. »

Vic s’arrêta dans sa lecture et la rage au cœur de ne pouvoir aboutir à l’efficacité ultime prévue au départ. Il était clair que l’aspect le plus rigoureusement financier avait pris le pas sur l’efficacité du projet. Les militaires avaient-ils aussi raboté la décision? Le civil médical, le plus sceptique, avait déjà moins soutenu le projet. Le projet était-il repoussé aux calendes grecques?

Il se surprit à s’entendre murmurer entre les dents : « Ces financiers seront toujours les gâches métiers incapables de comprendre la finalité des choses ».

Du côté de la porte d’entrée blindée, le déclic d’ouverture se fit entendre. Bob et Gérard apparurent ensemble. Ils discutaient avec fébrilité et leur conversation était entrecoupée de rires qui ne méritaient pas le qualificatif de « silencieux ».

Visiblement, ils avaient encore une fois enduré des bouchons sur la route. Des gestes amples émaillaient les descriptions des parcours pleins de multiples embûches pour y apporter le réalisme.

Vic n’avait pas encore retrouvé l’apaisement. Curieux, ils se ruèrent vers lui avec précipitation et fébrilité.

Mis au courant de la situation, Bob, sanguin, entra dans une colère noire. Gérard, par contre, avait manifestement été mis au parfum précédemment et sa colère n’était déjà plus, en apparence, qu’un lointain souvenir.

Le rituel passait avant l’extraordinaire et l’équipe se rassembla en un véritable pèlerinage quotidien vers l’endroit des conciliations, la cafétéria.

Le café chaud devait avoir lentement raison de la colère de Bob.

- Crois-tu qu’on arrivera dans les temps avec la première phase du projet? , demanda-t-il, peu rassuré, à Vic.

- Je sais que d’après vous deux, un planning a toujours été fixé pour se rendre compte des retards , intervint Gérard, cynique.

Paroles qui, naturellement, remirent Bob à nouveau sur les rails de la colère.

Vic effaça son trouble par une impassibilité feinte.

Les échos des haussements de voix avaient pourtant excité les deux singes qui se trouvaient dans le local d’à côté. Il fallait très vite calmer les nerfs des animaux et leur apporter quelques calmants sous forme de friandises. Les expériences de la journée auraient pu être déforcées par une contagion de mauvais aloi de l’humeur des humains.

Vic s’en chargea naturellement. Les singes sautaient, se renversaient sur eux-mêmes avec des rictus qui n’avaient qu’un très loin rappel avec celui de l’homme.

Quelques bananes et friandises encore vertes calmèrent heureusement très vite cette fébrilité transmise par Bob.

La fébrilité des uns et la colère de l’autre étaient déjà retombés quand il quitta le local.

Bob et Gérard étudiaient déjà, sur la table de travail commune, avec les plans qui reliaient les fils du projet, court-circuité, réduit très probablement par les autorités de la finance.

Une anecdote maudite de plus pour Vic, un éclat pour Bob, une confirmation sans effusion pour Gérard. Chacun avait sa manière de réagir à l’événement à sa mesure.

La journée se poursuivit sans beaucoup d’entrain ni d’événements perturbateurs nouveaux.

Les tests furent entrepris pour occuper les esprits comme l’opium des esprits. L’intelligence naturelle des humains, il fallait l’introduire dans celle qu’on appelait « artificielle ». Et cela était leur besoin intime.

A la fin de la journée, plus aucun reliquat de l’incident du matin ne fut remis en chantier.

Vic s’en retourna avec le sourire feignant ne plus s’en souvenir.

Il s’apprêtait à enlever le masque qu’il avait placé pendant cet espace de temps diurne pour l’échanger contre une présence moins avouable de son activité nocturne.

Le Grand Maître virtuel allait reprendre du service du côté obscur de son individu.

De ce côté-là, aussi, le lundi était un jour particulier.

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15/10/2008

Le Grand Maître virtuel (03)

Le grand Maître virtuel_03.jpg(03) Hacking by night

« Le timide a peur avant le danger, le lâche au milieu du danger, le courageux après le danger. » Jean-Paul Richter

Quand Vic rentra chez lui, il se mit à rêvasser dans la voiture. Ce n’était pas franchement du rêve mais plutôt une certaine langueur râleuse.

L’évènement du matin lui revenait en mémoire. Il ressentait à nouveau ce coup de poing dans l’estomac que la haute direction leur avait infligé par l’intermédiaire de ce satané mail.

A chaque fois, qu’il y pensait, qu’il y penserait, une crampe mentale monopoliserait son cerveau plus orienté vers l’expertise dans la construction du futur que vers le calcul de ce que coûte sa construction. Une vengeance instinctive naissait indigné par le non respect des engagements vis-à-vis de tous les autres interlocuteurs.

Les budgets rabotés impliquaient, peut-être, des risques de reconsidération du futur du service, lui même. Et, cela lui laissait un goût amer.

Bien que financièrement, il ne risquait rien, la vie et l’ambiance constructive de l’équipe, il y tenait. Sa motivation était à ce prix. Comme le monde lui importait peu, une ambiance, dans un enclos fermé, peut-être, mais avec des gens qui le connaissaient mieux que les autres, lui plaisait plus qu’il ne l’avait supposé. Avec le recul, il s’appercevait que ce n’était pas seulement la couverture que lui apportait son travail de jour, qui avait de l’importance.

Du côté portefeuille, comme le disait Devos dans un sketch, il avait trouvé la délicate combinaison kafkaïenne qui permet de mettre de l’argent de côté tout en gardant un maximum devant lui.

Le soir était là. La journée, toujours aussi belle, avait probablement inspiré les gens à les maintenir dans les terrasses, les jardins et les parcs. Même la concierge s’était hâtée pour terminer sa tâche et profiter de la courette à l’arrière du bâtiment. Vic était pressé. Il grimpa les marches à vive allure sans rencontrer personne. Les trois serrures claquèrent en échos, résonnant sur les murs du couloir.

Une fois à l’intérieur, sans jeter le moindre regard sur la partie normalement habitable, il se précipita dans la partie plus secrète. Sa « planque », c’était ça. Avant d’y entrer, un miaulement retentit, suivi par un frôlement à la jambe. Le seul gardien des lieux que Vic acceptait, vint se coller pour quémander ce qu’il n’avait pas trouvé dans la solitude de sa journée. La faim n’avait pas encore fait ressentir ses effets. Ses préoccupations étaient toutes autres. A tous deux, la priorité était de se désaltérer. Une caresse, un peu de poisson frais eurent raison de l’impatience de l’esseulé naturel.

Dans la pièce cachée, dans un ensemble de reflets et de pénombres, seul les modems clignaient encore de l’oeil avec agitation. Leur lumière blafarde et orangée semblait donner une ambiance de fête en clignotant en alternance. Tout cela dans un silence de cathédrale.

Il n’éteignait jamais ces engins de connexions avec le monde. Le fax avait dû crépiter quelques fois. Plusieurs feuilles gisaient d’ailleurs encore dans le panier de réception.

L’ordinateur serveur était en « stand by » avec son écran dénué de toute vie. Le screensaver avait depuis longtemps dépassé son temps de fonction et avait passé son service au néant.

Vic allait très vite donner vie à tout cet ensemble endormi. Dès le premier attouchement de la souris stationnée près du clavier, l’écran sorti de sa torpeur. Le programme résident en mémoire en permanence était son email. La journée avait été faste de ce côté.

Un à un, le courrier électronique, commença à défiler sous son oeil curieux et impatient.

L’arnaque, qu’il avait lancée la veille, avait été captée par une victime désignée par le hasard. Victime consentante par ignorance, très certainement.

Quand un processus viral germait dans son esprit, il le testait et tout était possible sans complaisance, ni mollesse. L’analogie avec les virus biologiques n’était pas un mythe. La forme informatique était là pour nuire et réduire, pour le moins, la fortune de sa victime. C’était écrit. L’inventeur des virus informatiques, Léonard Adleman, aurait été fier de son émule. Ce spécialiste en biologie moléculaire avait en 1984 écrit les préceptes de cette maladie du quart de siècle suivant. Depuis lors, plus de 100.000 successeurs avaient pris place dans l’histoire mouvementée de cette encore jeune informatique parallèle.

Vic avait pris le flambeau dans cette activité de l’ombre pour son seul prestige personnel. Chercher les “Narcisses” de la toile qui étaient tentés de se faire connaître avec un maximum de détail intimes était sa petite « gâterie ». Les raffinements de l’outil de recherche avaient nécessité des heures innombrables de travaux acharnés de Vic, son concepteur. L’efficacité de sa dernière arnaque, de ce jeu de dupe pour les internautes, était son chef d’oeuvre.

Ce qui lui plaisait le plus, n’était d’ailleurs pas ce qui lui rapportait le plus en argent. Il préférait et de loin ce qui utilisait l’innocence de ses victimes. L’appât du gain était son gagne pain et son gagne plaisir naturel favori. La faiblesse du genre humain, avide d’argent et de gains faciles, l’excitait au plus haut point.

En esprit, il imaginait, avec le sourire en coin, ses victimes avec des yeux en forme de dollars. Avec un certain sadisme, il en jubilait de manière intense et sadique.

La soirée ne faisait que commencer et déjà après le 4ème mail, il sentait que le fil jeté dans la toile, n’avait pas été vain. Une pèche de l’innocence.

La pêche avait été bonne et les poissons hameçonnés sentait bon la friture et la crédulité de l’enthousiasme.

Il lu:

« Cher Monsieur,

Après avoir lu votre proposition qui m’a enthousiasmé tout de suite, je vous prie de prendre en considération ma candidature.

Votre proposition me semble très convaincante et très intéressante. Il serait très innocent de ne pas y faire suite. Veuillez trouver ici après mes données personnelles…

Suivaient toutes les informations qui avaient été demandées de manière très persuasive par Vic.

“Innocent, tu l’as dit”, pensait Vic avec bonheur.

Plus c’est gros, plus c’est apprécié et tentant. La règle de base était toujours d’application dans le monde d’envie.

Décidément, on perd vite les réalités.

Ceci ne constituait qu’une des premières étapes d’un processus de piratage. Le sommet de l’iceberg. Le “réchauffement climatique” de Vic allait commencer à faire fondre le reste de l’iceberg. Mais ne brûlons pas les étapes, pourrait-on dire.

Il fallait nourrir ce beau monde avide de faux gains faciles et tiré sur ce fil amorcé. Le fournisseur de miracle se voulait de bonne grâce pour soulager son client en mal de l’avidité qui le rongeait.

Cette chaîne d’élans innocents, il ne fallait pas en tarir la source et continuer à l’inciter.

C’était son violon d’Ingres. Oui, mais un véritable Stradivarius.

Les notes étaient à sa portée. Il fallait simplement prendre un peu de souffle. Se sustenter, il y pensa tout à coup.

Il n’y avait pas que le chat qui mangeait du poisson. Lui, il l’aimait, aussi.

Nourrir ses neurones, en prime, parait-il.

La nuit ne faisait que commencer.

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14/10/2008

Le Grand Maître virtuel (04)

Le grand Maître virtuel_04.jpg(04) La nuit de tous les dangers.

« Cachez soigneusement votre supériorité de crainte de vous faire des ennemis. » Arthur Shopenhauer

Après un souper, frugal et rapide, retour dans la petite pièce arrière de l’appartement.

Le tour d’horizon de cette pièce n’était pas très décoratif. Rien au mur à part une grande affiche sur laquelle était griffonné un véritable plan de bataille. Personne n’aurait pu déchiffrer cet organigramme sans l’explication de l’auteur. Bien peu de chance qu’il y en ait un jour, un visiteur autre que Vic. En résumé, tout s’y trouvait pourtant soigneusement décrit. Les couleurs utilisées permettaient de distinguer les différentes phases que constituait le plan de bataille. Pas de fioriture, de la précision avec timing de la progression en sur-couche.

Vic n’était pas croyant du tout. Pourtant en bonne place, il avait en bonne place une petite statuette qu’il vénérait avec un certain humour. Il l’appelait “Sainte Cupidité”. Il savait qu’elle lui était favorable depuis bientôt un an. Pas loin sur un des bureau, pour apporter le divertissement, un échiquier de Machiavel traînait sur un établi.

Un véritable réseau en serveur s’était constitué avec une fortune relativement restreinte à ses débuts.

L’investissement financier en machine avait pourtant beaucoup évolué. Toujours garder une longueur d’avance. Sophistiqué, son serveur, à l’instar des grand pourvoyeur d’espace Internet, aurait même pu se rentabiliser comme fournisseur de temps sur Internet. Mais, cela ne l’inspirait pas.

L’investissement intellectuel personnel en temps avait été le plus important. Une phobie maniaque en précautions, pour ne pas être confondu. Une véritable hantise des surprises du hasard.

Très mauvais perdant, le jeu du chat et de la souris avec des rôles mixés l’excitait.

Avec sa formation en intelligence artificielle, il avait créé un nouveau programme qu’il appelait ironiquement le “Moneyscan”. Ce logiciel scannait les adresses IP en permanence. Pour son propre usage, une adresse IP, il s’en assignait une très temporaire pour ne pas d’être découvert.

La technique de « drainage de pognon » avait fait ses preuves jusqu’ici.

Tester les hameçons, ce que les anglophones appelaient “phishing”, et ajuster de jour en jour.

Quelques mails sans intérêt et puis, une avalanche de poissons, plus intéressants. Des internautes généreux avaient mordu.

L’un d’entre eux, un gars, d’un certain âge, du moins d’après la photo, se présentait et répondait par l’affirmative à sa proposition fictive de l’aider. Une contribution, pour frais de dossier était à la clé du partage d’informations et cela avait été accepté sans contestation par son interlocuteur fraîchement émoulu des hautes études. Visiblement, il était aux abois et sur le carreau depuis des lunes. Le poste revendiqué était élevé, intransigeant sur les solutions proposées. Comme tout chasseur de tête pouvait vivre de cette activité d’intermédiaire, il ne s’était pas méfié par la demande de fonds préliminaire. Le montage de la fable apportait ses fruits. Comment passer par un compte sans laisser de trace? Question cruciale. Les ramifications des comptes écrans par Internet apporta la meilleure solution .

Son montage était en effet, la totale. Des couches qu’un vendeur de produit protection solaire aurait pu appeler indice de protection « Écran total ». D’abord, un nom d’emprunt avec compte en « https ». Ensuite, comme il s’agissait d’intelligence artificielle à la base de sa formation, il l’avait sécurisé par des transferts successifs sans laisser de traces.

En parallèle, une autre piste était encore plus ingénieuse. Entrer dans l’ordinateur de sa victime à l’aide son adresse IP. Partie qui était réservée à un processus qui incluait lecture et écriture à distance existant de base dans les langages de programmation. Des instructions s’incrustaient dans des « cookies » si bien que même, les programmes de détection de ces virus déguisés pouvaient se révéler inefficaces. Ils restaient cachés et de plus s’échappaient dans les arcanes des directoires les moins prévus pour ce genre d’exercice.

Ce n’était que la 2ème couche. Restait à orienter l’argent vers des comptes moins impersonnels et moins fictifs. C’était peut-être la partie la plus délicate du montage.

Sur la Toile, ce qui reste le plus transparent, est sans conteste ce qui ne permet pas de remonter la filière jusqu’à la source.

Le programme espion, injecté sur les PC, se mettait tout de suite au travail avec intelligence artificielle à la recherche des adresses email et de nouvelles personnes « foncièrement » intéressantes. L’infection n’avait pas d’antidote prévu en “freeware”.

Une fois détectées, ces adresses venaient s’ajouter à une liste déjà présente dans la boîte de Pandore sous forme d’un fichier caméléon. Une fois par semaine, avec un timing très précis, cette liste était envoyée par le réseau, vers, devinez qui?

Les sources étaient inépuisables. Leurs utilisations, aussi. Les ressources du programme l’étaient tout autant. C’était un réel bijou de programmation qui s’autocorrigeait une fois infiltré en une boîte noire, indécelable.

Véritable bombe à retardement en perpétuelle construction dans la destruction de l’environnement virtuel de son utilisateur. Le « go » final dans la mise en oeuvre, était orchestré à loisir par Vic au moment voulu et avec la dose choisie.

Le lundi soir, comme ce soir-là, était le jour de la semaine qui avait été choisi intentionnellement pour rapatrier les informations collectées pendant la semaine. La mise à jour automatique du programme faisait partie du “package” de retour. Des statistiques étaient même dressées pour évaluer les chances de succès pour Vic, de malchances pour ses victimes d’occasion. Tout était calculé au centime près. Le risque et le rendement étaient calculés au plus juste.

Le lendemain du week-end était, en effet, le meilleur jour pour exécuter cette tâche. Se mélanger aux mails en pagaille et en rade de ces deux jours de repos était ce qui normalement allait de pair avec une diffusion de masse.

Vic savait d’expérience que la nuit allait être courte. Des heures de travail pour l’analyse des résultats rassemblés et un résumé analytique en fin du travail de sape.

Les frontières des états ne constituaient pas un obstacle, bien au contraire. Elles correspondaient plutôt à une planche de salut. La langue ne se comportait pas comme un problème majeur. L’anglais était utilisé depuis longtemps de bonne grâce au dessus des particularismes linguistiques naturels des États. Les législations différentes permettaient des largesses chez les uns et plus de précautions chez les autres.

Un thriller de l’été, un de plus, mais par couches successives. Les enquêteurs qui n’allaient pas tarder de se mettre en piste, dès l’ouverture de la “chasse”, se trouveraient devant un casse-tête hors mesure. Si une couche de protection venait à lâcher, une autre prenait la relais automatiquement. La dernière remontait à la case départ pour fermer la boucle.

Un « serial killer» nouvelle vague était né. Son expérience se perfectionnait en plus en « real time ». Il avait l’emprise sur ce que l’homme avait de plus cher et pour longtemps encore, la ”maladie du pognon”.

Malheur à ceux qui avaient stocké trop d’adresses émails. Ils étaient la proie favorite et apportaient à Vic une source d’impulsion maléfique allant en crescendo.

Bientôt, il faudrait ajouter en prémisse un avertissement à l’utilisation d’Internet. Quelque chose comme « Attention, Internet peut nuire à votre santé privée et financière ».

Cela devenait de plus en plus clair, plus le temps passait, plus la contre-attaque allait avoir du fil à retordre pour enrayer le processus.

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13/10/2008

Le Grand Maître virtuel (05)

(05) Lendemain de veille.

0.jpg«J’apprends chaque jour pour enseigner le lendemain.» Emile Faguet

La nuit fut très courte. L’agitation à la fin avait été productive mais éreintante et très consommatrice en capacité de raisonnement.

La check-list qu’il s’était dressée, depuis le début, n’en finissait pas. Le mailing avait donné quelques petits nouveaux "poissons" mais rien de vraiment sensationnel. Le point principal était de vérifier les retours sous forme de dons généreux.

L’analyse du programme, revenu tout ragaillardi, fut, lui, plus intéressant. Si cela devait continuer à cette allure, il sentait qu’il devait bientôt envisager de trouver plus de temps libre. Un travail à plein temps? Cela aurait fait perdre la couverture essentielle à son anonymat. Si partager le boulot apparaissait comme la solution, elle était bien loin d’être dénuée de risques. Comment déléguer sans éveiller les soupçons? La technique de la déchirure du «billet de banque» en différents morceaux venait à l’esprit. Chaque morceau ne donnerait aucune chance de reconstituer l’ensemble. Plus vite dit, que fait. En plus, la répartition et la surveillance des tâches prendrait également du temps.

Apparemment, ces attaques virales avaient été décelées. Repérées par touches successives. Programmes anti-virus ou suite à la perspicacité humaine? Peu importait. Cela demandait une réaction rapide.

Le programme de piratage avait, pourtant, bien réagi. Toujours protégé en lecture derrière des noms de fichiers cachés, il s’était mis au repos, automatiquement, en suivant les ordres inclus dans son architecture. Sa présence en mémoire aurait pu être décelée. En action, les palpitations des loupiotes signalaient sa présence. Cela pouvait, heureusement, être confondu avec l’activité du modem, lui-même. Ce travail de recherche fonctionnait seulement pendant les périodes de travail d’autres programmes se fondaient dans l’ensemble.

N’empêche que, cette fois, il fallait réagir, il était surveillé. Sans changer la donne, il fallait s’assurer de ne pas tomber dans les pièges légitimes lancés par la maréchaussée ou de programmes anti-piratage trop efficaces. Sous estimer ses adversaires n’était pas l’habitude de la «maison».

Vic commença par apporter quelques correctifs pour atténuer le côté corrosif du programme en rendant le processus moins prévisible. Des tests de sécurité furent sa préoccupation principale pour le reste de la nuit.

Ce qu’il faut savoir, c’est que la technicité de son “malware” était démoniaque. Les softwares des utilisateurs sur les ordinateurs des victimes avaient été légèrement modifiés à leur insu. Vic avait détricoté certains programmes usuels qu’il avait découverts. A l’aide d’une sophistication géniale qu’il serait trop technique d’expliquer ici, certaines fonctionnalités peu utilisées avaient été remplacées par du code méthode “Vic”. La signature, le poids en bits de ces programmes avaient été rigoureusement équilibré pour passer outre la plupart des tests d’antivirus. Une véritable “bombe à retardement” était en place. La plus grande difficulté était devenu de ne pas s’infecter lui-même.

Aller se coucher vers les 5 heures du matin n’allait certainement pas lui ramener la récupération adéquate. Ses collègues le ressentiraient très certainement. Mais, ce n’était pas la première fois et de plus, il avait préparé le terrain des questions pour le lendemain.

Souvent dans ces cas, sans attendre la question fatidique, il pensait sortir, les yeux mi-clos, la phrase habituelle pour endormir les soupçons éventuels:

-J’ai encore eu la visite de mon copain Bertrand. On a discuté jusqu’aux petites heures. On devrait certainement avoir bu 2 ou 3 bouteilles de Saint Emilion, aurait-il dit à Bob. Bertrand avait été l’ami imaginaire qui lui venait parfois à l’esprit.

-Je vois le manège d’ici, aurait-il répondu normalement. Ce genre d’argument, Bob connaissait et il n’insistait jamais le sourire aux lèvres.

Vic, comme d’habitude, le remercierait implicitement du coin du regard pour sa discrétion et surtout pour son faible degré de curiosité.

A 08:45, le réveil sonna. Vic avait encore des bribes de rêve en mémoire. Encore fourbu, il aurait bien aimé rester sous la douce chaleur des draps de lit. Il manqua d’ailleurs se rendormir pour de bon. Une cloche d’église sonna à 9 heures et en décida autrement. Il ne devait pas se plier à un horaire trop rigoureux, mais, sortir d’une routine rassurante était un luxe.

Ce matin-là, l’atmosphère était plus lourde, plus moite que la veille. On sentait la fin de la belle période des jours ensoleillés. L’orage était proche.

Il arriva au bureau, vers 09:20, sans accentuer son retard.

Bob était déjà au bureau et visiblement, il n’avait pas bien dormi non plus et pas digéré le raccourcissement du projet.

Le masque de l’honnêteté avait regagné le visage de Vic et il entreprit immédiatement un rôle de séduction en lui soufflant de fausses idées de sécurité.

Encore une fois, plus c’était gros, mieux cela passait.

Le principe était de rigueur de jour et de nuit pour toute population. Vic le savait et pouvait, en période de trouble collectif, apposer son flegme rassurant.

N’était-ce pas le but et sa principale activité de jour comme de nuit?

Inspirer confiance, tous simplement…



 

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12/10/2008

Le Grand Maître virtuel (06)

Le grand Maître virtuel_06.jpg(06) Le réveil de l’adversaire

« Le vainqueur est celui qui fait une faute de moins que l’adversaire. » Philippe Bergeroo

Pendant ce temps, dans un ailleurs, il y avait un bureau des fraudes. Trois inspecteurs se faisaient face sur des bureaux engorgés de machines. Pour tout un secteur du téritoire, ils étaient en charge de surveiller le réseau contre la pédophilie, les malversations qui se déroulent insidieusement sur la toile.

Des écrans de surveillance étaient même plus nombreux que les claviers auxquels ils devaient se relier normalement à l’autre bout des unités centrales.

- « Patrick, viens voir. Il y a quelque chose de bizarre », lança, tout à coup, l’un d’eux. Patrick se leva curieux, mais sans entrain. Il avait l’habitude de découvrir des choses curieuses. Le métier le voulait, mais cela ne l’excitait plus outre mesure. Les enfants l’avaient épuisés la veille et cela ne devait pas éveiller en lui une fougue particulière.

- « Que se passe-t-il? Qu’as-tu découvert? », fit-il, semblant s’intéresser à son collègue.

- « Hier, déjà, j’avais remarqué une activité suspecte sur le net. Tout de suite, j’ai placé nos détecteurs de virus en éveil. L’antivirus, l’anti-fishing installés sont au niveau de la dernière version. Le grand jeux habituel, quoi. Aujourd’hui, tout a disparu. Je ne comprends rien. Plus rien. »

- « Es-tu vraiment sûr de la version de tes parapluies? » répondit-il, avec un sourire sarcastique aux lèvres.

- « Bien sûr et c’est ça qui est inquiétant. J’ai téléphoné à notre fournisseur car bien que la recherche de mise à jour ne donnait rien, je préférais m’en assurer. Quelle version as-tu, toi? »

- « Attends, je vérifie. Voilà, je l’ai : la 25.12 »

- « C’est la bonne. J’ai la même, pas de problème. Pourtant, je suis certain de ne pas avoir eu la berlue. Je vais revoir les listings de log. On verra bien si tout est normal. »

Un hochement de tête de Raymond mis fin temporairement à cette alerte passagère. Surveiller le réseau et surveiller encore, Patrick savait de quoi il fallait parler. Il avait communiqué son manque de sérénité à son collègue au passage. Il avait ainsi obéi au devoir de la maison. Travail d’équipe que ce service. Chacun sentait bien depuis longtemps qu’il était à l’étroit dans les effectifs.

Ce que Bernard et Patrick ignoraient c’est que le programme avait lui aussi détecté cette levée de bouclier. Il réagissait comme un humain, plus vite que lui, et se plongea en léthargie, à l’écart et près à se dupliquer. En même temps, un processus de ralentissement s’accroissait de manière exponentielle, s’était installé dans la machine de sa victime. La machine, dès lors, délivraient, progressivement et insensiblement, de moins en moins de Mips prévu par contrat avec l’achat de la machine.

Seulement un peu de processus perdu en pertes et profits, de temps en temps. Un “overhead” de plus, aurait pu penser l’anglophone expert qui résidait en Patrick.

Les varices au cerveau seraient pour plus tard, mais ils ne pouvaient pas encore s’en douter.

 

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11/10/2008

Le Grand Maître virtuel (07)

(0Le grand Maître virtuel_07.jpg7) On s’inquiète aussi à la maison Poulaga

« Le temps n’est pas seulement le seul véritable ennemi de l’homme, c’est également et surtout son ennemi le plus sournois, le plus lâche. Et, bien sûr, le seul que l’on n’ait pas la moindre chance de vaincre » Jacques Sternberg

Le lendemain, un télex arriva sur le téléscripteur de la police anti-piratage sans attirer l’attention. Il ne fit que s’insérer parmi d’autres déjà présents sans attirer l’attention.

Patrick, agent spécial de la brigade, en avait l’habitude et aucune précipitation n’aurait pu l’inciter à le récupérer dans la pile.

Après un certain temps, il s’exclama en surprenant les autres:

- « Mais, qu’est-ce qu’elle a ma bécane? Elle rame de plus belle. Cette fois, j’en suis sûr. »

- « Tu n’en as décidément jamais assez de vitesse », rétorqua Bernard, son collègue le plus proche. Il continua par une réponse en rictus « Tu viens d’obtenir le processeur le plus puissant, *ingrat. Les deniers publics, qu’en fais-tu ? ».

- « Je t’assure que c’est nouveau. Jamais, je n’avais ressenti du plomb dans les connexions de mon PC. Il me semble que je traîne des casseroles dans mes circuits. »

Cette fois, Bernard fronça les sourcils et s’approcha intrigué.

- « Tu n’as vraiment rien chargé de nouveau récemment? », fit-il dubitatif pour répondre à un diagnostique naturel en de telles circonstances par réflexes conditionnés.

- « Rien. Depuis une semaine. J’en suis sûr », conclura Patrick presque contrit de ne pouvoir donner une réponse plus sensée à son collègue.

Bien que la conversation entre eux n’avait pas pris des allures trop exaltées à une altitude de voix exagérée, la porte du bureau du fond s’ouvrit et le chef, Donald, apparut.

- « Vous avez des problèmes? », s’enquit-il l’air inquiet.

- « C’est à dire qu’il me semble que mon Pc a pris un coup de vieux en moins d’une semaine et j’aime pas ça. A part hier, un léger soupçon que quelque chose d’anormal aurait pu se passer mais rien ne pouvait justifier un ralentissement », dit Patrick, décontenancé.

- « Je vous rappelle qu’il faut m’avertir immédiatement de toutes choses qui vous paraissent anormale », s’énerva-t-il sans plus.

Traduction littérale et instinctive pour tous les autres: « C’est à vous de prendre des initiatives et de frapper à ma porte pour me mettre au courant. Je suis votre supérieur direct. Il ne faudrait pas l’oublier. J’ai un maximum de contacts avisés qui me permettent de réagir avec efficacité. La sécurité, ça me connaît. Je suis là pour cela ».

La cerise sur le gâteau ou le sel sur la morsure aurait été : « Je vous ai donné toute ma confiance ».

Patrick, rouge, non de honte d’avoir mal agis, mais à cause de la surprise de l’attaque déguisée, répondit bougon:

- « Je ne vois aucune raison valable d’ameuter tout un département pour une question de soupçon personnel et de machine qui a décidé de prendre quelques vacances. »

Mentalement, ces derniers mots lui rappelait qu’il y avait bien longtemps qu’il n’en avait pas prise de vacances. Cette altercation aurait au moins eu cet effet rétroactif et bénéfique pour le moral.

Donald, mis sa fausse colère en sourdine, plus intéressé par l’objet de la discussion lui-même.

Objectifs et psychologie, les deux mamelles d’une direction bien enseignée. Il prit la bonne attitude et s’effaça.

- « Ne vous inquiétez pas. Je vais interroger la base de données pour voir si nous sommes les seuls à avoir détecté une anomalie. », répondit le chef conciliateur.

Il prit au passage la pile de télex qui avait gonflé lentement dans le bac de réception.

Une fois assis dans son bureau, Donald reprit le paquet de feuilles imprimées.

Dès la 4ème page, son attention fut attirée.

« Détection d’une présence anormale en machine, suivie d’un ralentissement constaté. Possibilité de virus informatique ».

Flash. La bile lui remonta dans la gorge et, d’un coup brusque, il se projeta sur la porte, fier d’apporter ses conclusions, trop content aussi de manifester de manifester son utilité.

- « Patrick », cria-t-il, sans s’en rendre compte, pour être entendu bien au delà des oreilles de l’intéressé, «vous avez ici la raison de votre problème », en tendant, du bout des doigt, le télex qui donnait raison à sa perspicacité. « Faites vite un « system check » et téléphonez à notre fournisseur d’antivirus », furent ses dernières paroles.

Le doute n’était plus permis. Une attaque virale nécessitant une comparaison avec une image de la situation du disque, initiale et saine, s’imposait. Il avait mis les pendules à l’heure et ne voulant pas envenimer la situation, retourna dans son bureau.

N’en menant pas large, Patrick s’exécuta.

- « Allo. Ici, la brigade anti-piratage de la police. Nous avons l’impression de subir une attaque virale de nos systèmes informatiques. Notre software de détection est mis à jour automatiquement. Version 25.22 depuis 6 jours. N’avez-vous rien de nouveau à nous servir? »

- « Non, vous avez bien la dernière version. C’est assez calme pour le moment. Période de vacances. Nous allons pourtant vérifier un peu plus et nous vous rappellerons s’il y a des nouvelles. Merci de votre appel et pour votre patience. »

Patrick raccrocha. Il n’était nullement rassuré pour autant. Si personne n’avait détecté quoique ce soit chez eux, on était mal parti. Deux impressions de piratage, ce n’est pourtant pas rien, se disait-il. Il n’avait pas rêvé.

Son enquête personnelle ne faisait que commencer mais il se faisait fort de découvrir ce qui générait l’inconvénient bobo de sa machine.

Quelques télex d’avertissement à envoyer aux collègues tout d’abord, après les grandes manœuvres pour tâter le terrain.

Il faut aller vite car la contagion peut dépasser les frontières à la vitesse de la lumière et il le savait.

Il lança la validation simple de son système prévu par l’antivirus.

Après 10 minutes, il était fixé ou, plutôt, il aurait aimé l’être car aucun virus n’avait montré le bout du nez. Rien. Nothing. Nada.

Ca ce corsait, donc. Il fallait les grandes manœuvres. Une vérification par comparaison avec cette fameuse image devrait lui faire découvrir le pot aux roses fanées ou du moins des indices.

Les signatures des fichiers sont les moyens les plus efficaces pour identifier tout intrus, se dit-il confiant.

Bernard suivait, du coin de l’oeil, l’excitation de son collègue dans ses agissements avec inquiétude. Quelle forme l’attaque allait-elle prendre? Les bonnes surprises, tout le monde les aime, mais les poissons d’avril en plein été, il y avait de la marge qu’un inspecteur ne peut franchir à l’insu de son plein gré.

Une heure de processing intense fut bien nécessaire pour arriver au bout de la comparaison signature par signature du début avec les actuelles.

Une liste de discordances de près de 3 pages avait été imprimée comme résultat.

Cela ne voulait pas dire que chaque ligne de la liste était suspecte. Bien au contraire et heureusement d’ailleurs. Seul, le potentiel de malversation existait dans ces lignes sans plus.

90% des différences s’expliqueraient facilement en fonction de l’évolution du disque et de son utilisation normale. 8% demanderaient de la recherche plus intensive. Et, au bout de la recherche, comme toujours, le prédateur identifié.

Patrick sentait que sa journée de travail allait être bouffée par l’opération « Monsieur Propre ».

Il valait mieux prévenir l’épouse qu’un retard dans le retour aux pénates, avait beaucoup de chance de se produire. Des heures sup, je vais pouvoir payer quelques petits cadeaux pour le gamin, se dit-il pour s’encourager.

Avant que quelque chose ait pu éveiller le déclic de l’alerte rouge chez les fournisseurs d’antivirus, il aurait eu le temps d’analyser la situation utilement. Une course contre la montre excitait son ego. Dans ce cas, le jeu de Colin-maillard ne lui déplaisait qu’à moitié. Le fournisseur d’antivirus avait déjà fait preuve d’un manque d’élasticité et de promptitudes.

Ce qu’il ne savait pas, et pour cause, c’est qu’il ne pouvait rien découvrir. A part, une comparaison octet par octet de tous les fichiers, rien n’aurait pu ressortir comme danger potentiel.

Le poids total des fichiers était rigoureusement identique. Donc, c’était « choux blanc » assuré en fin de parcours.

Certaines fonctionnalités, substituées sans laisser de trace, avec la perfection de Vic, il n’avait aucune chance. Le camouflage parfait.

Les heures passèrent. Pas de coup de fil salvateur. Pas d’« Eureka » à proférer en signe de victoire pour sa récompense.

Il avait l’impression de nager dans une eau troublée dont l’agitation n’allait jamais trouver de fin. La sueur au front participait dans le processus. Le stress prenait tout doucement le dessus en cassant son ego.

Pas de bouée de sauvetage et pas de port d’attache pour s’esquiver de sa tâche. Il avait demandé de rester seul et fier.

Penaud, déçu à une heure avancée, les collègues qui s’étaient esquivés depuis longtemps, un à un, sans oser le déranger, il fallait bien se résigner à rentrer chez lui.

La vexation produite par une vérification infructueuse était ce qui l’exaspérait le plus.

Demain, allait être un autre jour et pas nécessairement meilleur.

 

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10/10/2008

La Grand Maître virtuel (08)

Le Grand Maître virtuel_08.jpg(08) Réflexions à rebrousse poil.

« Rêver est souvent une manière de compenser pour ce que nous n’avons pas ou n’osons pas. », Roch Carrier

« Non, par pitié. Non, laissez-moi. Je ne vous ai rien fait. »

De vilaines bestioles volaient au dessus de sa tête. En piqué, elles assénaient des piqûres douloureuses et infligeaient des cicatrices sur la peau dénudée de Patrick.

Celui-ci frappait à gauche et à droite, protégeant ses yeux aux mieux. Les oiseaux d’Hitchcock étaient des oiseaux de choeur en comparaison avec ces rapaces qui le déchiquetait de toutes parts.

Alors, il courra à toutes jambes droit devant lui sans espoir de reconnaître son chemin de retour. Il frappa encore un grand coup et un oiseau de malheur s’abattit à ses pieds. Il buta sur lui et essaya vainement de se rattrapper.

Sur un plan existentiel différent, il se sentit secoué et une voix rageuse vint à ses oreilles:

- « Arrête, réveilles-toi, tu es en sueur et tu me découvres. »

Le déclic fut immédiat. Il s’éveilla surpris de la moiteur de sa couche.

Il ne mit pas longtemps à revenir complètement à lui. Le coup que sa femme avait reçu sur le bras témoignait de la violence de son combat cauchemardesque. Une échymose prenait des allures bleuâtres du plus mauvais effet.

Elle acceptait déjà difficilement des nuits pendant lesquelles son homme s’évadait en ronflant à tue tête. Alors, prendre des allures de femmes battues ne lui plaisait absolument pas.

Le reste de la nuit, il resta éveillé et réflichissa dans la sueur.

La matinée, qui suivit, commençait manifestement très mal.

Sa femme lui rappela les péripéties de la nuit et lui fit ressentir son ressentiment, consentant jusqu’à un certain point, de manière bruyante et explicite.

Le petit déjeuner se déroula dans un silence noir. Beaucoup d’images, mais plus de son. Ce silence, il continua à le mettre à profit. Réfléchissant, des éclairs de logique lui permirent de sortir d’un état de torpeur qu’il détestait.

Et si ce n’était pas des fichiers exécutables qui torpillaient mon ordinateur? . Des virus polymorphiques, il en avait déjà entendu parlé sans en rencontrer d’acteur aussi parfaitement incognito. Qu’est-ce que j’ai accédé hier? Quels sont les fichiers d’informations qui me sont parvenus? Des fichiers PDF, de données parvenues par email ? Mais oui, c’est peut-être cela. En général, les virus se retrouvaient dans les programmes exécutable pas dans une forme anonyme et inopérante contenant des données. Et si cette fois, les choses avaient changé.

Il savait, cette fois, au cas où aucune nouvelle ne parvenait, à ce à quoi il allait destiner sa journée. Cela le rassura un maximum. Il allait débusquer l’intrus, la « bête », dans son trou. Il le fallait et il était décidé à y mettrait le temps mais cela n’était pas le problème.

Contrairement aux autres jours, il était pressé de regagner son bureau. Au diable, le patron, s’il s’avisait de proférer une remarque désobligeante. Aucune interférence à son plan de bataille ne serait acceptée. La veille, son épouse avait bien tenté de lui demander des explications à son mutisme rêveur. Sans succès. Son regard était resté impassible

La journée allait être faste en découverte, il le sentait intimement. Il n’avait pas tort. Elle allait se révéler bien en deçà de son imagination.

Encore une fois, il ne pouvait pas le savoir. S’il l’avait su, il aurait certainement préférer rester où il était.

Le lit a de ses avantages incontestables.

 

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09/10/2008

La Grand Maître virtuel (09)

Le Grand Maître virtuel_09.jpg(09): Desseins « Bleu réseaux »

« On méprise les grands desseins lorsqu’on ne se sent pas capable des grands succès. », Vauvenargues

Ce matin-là, Vic se senti vraiment frais et dispos. Il y a des jours où on se sent pouvoir faire des miracles. Le sommeil avait été profond et réparateur.

Rien n’avait imposé une veille prolongée et il s’était couché de relative bonne heure. Son esprit avait pour l’occasion, fait le vide. Ses neurones rafraîchis étaient prêts à donner un maximum d’efficacité alliée à son imagination fertile.

Il restait toujours surpris de l’attraction que l’argent manifestait pour ses semblables. Il aimait l’argent, oui, mais pas pour les mêmes raisons. Il en avait sur plusieurs comptes locaux ou étrangers prêts à donner le coup de pouce nécessaire en cas de besoin dans sa « petite entreprise parallèles ». Mais ce n’était pas là qu’il fallait rechercher ses motivations et convictions.

Le jeu, lui, aurait pu, peut-être, mieux entrer dans ses cordes, mais il n’aimait pas perdre ni compter sur le hasard comme entremetteur. L’argent symbole de pouvoir était sa pensée comme une abstraction déplacée dans la virtualité et qu’on ne matérialise dans le tangible. Il était devenu fictif, représenté par une seule écriture comptable sous la ponctuation d’un clic et d’une souris en balade sur l’écran.

L’art du haut vol, style Arsène Lupin avait existé dans le monde d’avant. En ce temps, on allait sur les lieux du forfait. La modernité et le virtuel apportaient seulement de nouvelles voies bien plus efficaces.

Le rêve, il le réservait en fin de compte aux autres. Il n’y avait que lui pour savoir qu’en finale, il se terminerait en cauchemar pour les tiers. La sonnette d’alarme pour le client était devenue trop peu opérante par l’aveuglement de la rentabilité. Face à la facilité apparente de doubler une fortune dans un laps de temps anormalement court, la résistance est toujours minimale. L’interdit attise la motivation dans ces transactions de dupe. Une fois, la supercherie découverte, le client reste tellement imbriqué dans le jeu de la perversion qu’il ne pourra que mollement sortir du pétrin dans lequel il s’était glissé de bonne grâce.

Au bureau, Vic ne pensait plus à cet état de la fragilité humaine. Son esprit s’était mis à fonctionner en multiprocesseurs.

D’un côté, le projet pour lequel on le payait généreusement et de l’autre, l’extension de son entreprise nocturne qui manifestement ne connaissait pas la crise et qui nécessitait de plus en plus de temps.

Le problème, c’est que, pour être efficace, il aurait fallu une aide supplémentaire.

Quelqu’un de confiance se construit avec le temps.

Durant la journée, de nouvelles idées lui vinrent à l’esprit.

Le projet « Autoscan » de la Société, même si les instances supérieures en avaient coupé un bout des ailes, demandait un degré d’urgence bien plus important qu’il n’y paraissait. On s’impatientait en haut lieu.

Des appel d’offres avaient été lancés sur Internet et des CV commençaient à entrer plutôt péniblement. Le recrutement avait été assigné à Gérard pour les premiers contacts et à Vic pour la partie plus technique des interviews.

A partir de 10:30, il avait deux interviews planifiées et il se disait secrètement que si l’un d’entre eux ne convenait pas mais qui exprimait une motivation suffisante pour le gain, il pourrait lui proposer une place pour un ‘ami’ embaucheur. Celui-ci aurait naturellement été en voyage et difficilement joignable. Vic, représentant, serait là en agent recruteur.

Son plan personnel devait seulement éviter certains risques.

Découper le travail sans en dévoiler la structure dans son ensemble, allait occuper son esprit jusqu’à l’heure des interviews.

A 11:35, le premier se présenta. Un manque d’expérience était son plus grand défaut. La décision finale ne lui appartenant pas, il cotait les prestations dans une échelle de 1 à 10. Il termina l’échange assez vite par un immuable « On vous écrira ». Cote: 4/10.

Le second fut en retard et s’en excusa par les transports en commun trop peu fiables à son goût.

Son problème personnel vis-à-vis de RobCy résidait dans son éloignement. Un absentéisme physique rédhibitoire et caractéristique n’allait pas plaire aux supérieurs de la société.

Il correspondait par contre très bien au profil que Vic cherchait.

Il embraya donc tout de suite en lui présentant le stratagème qu’il avait mis en boîte quelques heures auparavant.

Jeune et malgré tout plein de talents et d’expériences en informatique, c’était indéniable. Il avait répondu aux questions comme s’il s’agissait de répondre avec assurance aux questions que le film de la veille à la télé avait laissé en suspend. Il avait des atouts que Vic avait ressentis dès le départ. Il n’avait pas seulement des connaissances théoriques apprises dans les bouquins, il avait su lire entre les lignes du savoir par l’expérience et la réflexion. Ne pas pouvoir se rendre au bureau très facilement importait peu pour le travail que Vic lui proposerait à titre personnel. Il trouvait que c’était même un atout majeur car il n’avait pas de bureau à lui proposer. Son plan imposait un employé à domicile. Les communications type internet, téléphone, mail relieraient le tout. L’aspect ‘intelligence artificielle’ stipulé dans l’annonce pouvait être une lacune et un point faible aux yeux de RobCy. Pour Vic, c’était le cadet de ses soucis avantageusement remplacé par son besoin de travailler le plus rapidement possible.

Sa place ne sera donc pas à RobCy mais chez Vic & Co. Il le fit ressentir à son jeune interlocuteur. Il lui fit comprendre que son « ami » lui avait laissé les coudés franches et qu’il pouvait considérer se sentir engager. Une signature fut même présente dans la conclusion de ce pacte mi-présent, mi-absent pour la deuxième signature fictive de l’ami absent.

Dès la semaine prochaine, Vic reprendrait contact. Tout avait été dit. Une poste restante fut proposée pour faire l’échange de matériel, son adresse privée comme lieu de rendez-vous une boîte électronique pour les contacts de confiance. Plus tard, d’autres portes pourraient s’ouvrir mais on n’était pas encore à ce stade.

La journée avait décidément bien commencé. Vic avait son aide, son Pygmalion. A lui de répartir intelligemment les tâches sans éveiller les soupçons dès le départ.

De cela, il n’avait pas trop de crainte. Pour un informaticien, scinder un projet en blocs fonctionnels, cela s’appelait dans le jargon « Couper un projet en « objets » ou en boîtes noires (’black box’) ». Il suffisait de les rendre un peu moins noires en les réunissant progressivement. Mais, cela restait une tâche d’un chef d’orchestre. Vic en avait la carrure intellectuelle.

L’expérience naissait avec la première fois. Tester faisait aussi partie de la panoplie de l’informaticien.

 

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08/10/2008

La Grand Maître virtuel (10)

Le Grand Maître virtuel_10.jpg(10): Préparation de la délégation.

« On peut déléguer des tâches mais pas les responsabilités. » Yannick Therrien

La nuit suivante, une excitation supplémentaire occupait l’esprit de Vic. Il avait écourté ses obligations quotidiennes au bureau. De ce côté, cela devenait de la véritable routine bien huilée.

Lundi soir, prochain, il y aurait le retour programmé des informations récoltées par son fameux programme espion: le « MoneyScan ». Pendant la semaine, le rôle de Vic se limitait à répondre aux emails en restant le plus possible masqué par pseudo interposé. Plusieurs courriers avaient attiré son attention et lui confirmaient que le processus de boule de neige était en marche inexorablement.

Plus efficace que le bouche à oreille, Internet avait des ressources insoupçonnées et écourtait de manière drastique les échanges d’informations.

Dans le lot d’informations, il était clair pour le nez fin de Vic que la plupart manquait d’intérêts. Cela n’avait aucune importance. Il s’agissait de correspondances style donnant-donnant en tâtant le terrain à la base. Uniquement les questions-réponses créait le progrès pas la question. Dans ce cas, il y mettait immédiatement fin et le silence radio. S’il avait le temps, en gros, il ne fallait pas que ce soit en pure perte.

Cinq adresses Internet tournantes qu’il utilisait comme vitrine de son activité, pardon comme écran, avaient bien servi ses desseins. Bien utilisées et usées, il était souvent judicieux de sentir le moment propice qui sonnait l’abus. Le sentiment de l’arrivée de moment n’avait aucune alerte bien précise. Une faible sonnette par l’expérience tintait alors, seulement pour avertir de la fin de la récréation. Alors, il les fermait tout de go et en ouvrait d’autres plus fraîches avec une apparence semblable mais en s’efforçant d’éliminer les traces qui menaient à son repérage.

Pour vivre heureux sur la toile, il fallait, plus que partout ailleurs, vivre caché et se découvrir juste un peu moins que le temps nécessaire.

Hors, les outils modernes “sociaux” comme on dit, allaient à contre sens. On aime se montrer, se définir plus qu’il ne faudrait. On tombe en adoration de son image, même. On aime les précisions. Pour ce faire, pas de limite, du moment que l’autre pourra catégoriser son interlocuteur. Le narcissisme plaît. “Être la plus belle pour aller danser” se fait désormais sans bouger. Alors, on entre dans l’intimité de ses avoirs. On veut trouver l’âme soeur. C’est tellement pratique avec Internet.

Cela c’était le des fonds de commerce de Vic par excellence : user de l’ego.

Pour se donner de l’entrain et de l’imagination, il alluma la chaîne haute fidélité connectée à son PC. Une musique douce de Mozart emplit la pièce de toute part en octophonie. Cette douceur ne tranchait qu’en apparence avec la fougue de Vic. Le calme musical lui donnait la pincée nécessaire à son envie d’inventions. Les notes emplirent l’espace réduit de ce bureau futuriste de manière tellement anachronique. Vic aimait être entouré de notes douces dans le régistre classique. Ces moments de douceurs lui permettaient d’extraire le maximum de lui.

Il n’était désormais plus seul en piste. La priorité résidait dans le partage et les attributions de la charge de travail. Il fallait que tout paraisse normal dans les normes des pratiques de relation entre chef et exécutant. Laisser transparaître une odeur de sainteté sur les tâches distribuées était la règle de conduite prudente. Transgresser cette loi demandait la préparation de l’antidote.

Très méthodique, il créa un tableau dans son tableur. Une colonne pour les fonctionnalités, une autre pour le degré de risque, un autre encore pour décrire le processus adopté et une dernière avec artifice pour endormir les soupçons les plus subtils. La gradation dans les réparties était à imaginer avec le maximum de détails.

Les étapes en lignes ne manquaient pas. Ce travail de répartition était fastidieux mais, pour lui, absolument nécessaire. Le degré de difficulté des tâches et l’urgence des tâches entrèrent en fin.

Une organisation du travail claire à l’avantage de diminuer le stress.

Presque en même temps, le nième CD arriva en bout de course et la musique s’éteignit.

Un esprit plus va-t-en guerre était plus propice. Du Wagner, lui vint tout de suite à l’esprit. L’ouverture des Maîtres Chanteurs s’adaptait parfaitement à l’instant solennel.

De retour à sa feuille de travail, il la tria par degré de dangerosité vis-à-vis de l’extérieur.

Du degré 1 à 5, il pouvait déléguer la tâche. Au dessus, pas question de sortir de la pièce sans risquer d’éveiller un esprit trop inquisiteur. Il se les attribuait.

Le sort en était jeté. Il savait qu’il fallait joué serré. Travailler à deux a toujours demandé du doigté pour un chef d’orchestre dont les membres ne peuvent connaître qu’une partie de la partition. Le nouveau « clarinettiste » allait devoir jouer en finesse sous sa fine baguette. Jamais, il n’avait imaginé que cela s’harmoniserait aussi bien qu’avec la musique.

Battre la mesure, faire la composition et l’orchestration, il s’attribua ces tâches plus à sa propre mesure. La composition de cette musique devait donner un duo corrosif et très productif mais style “allegro” mais jamais “furioso”.

Le travail accompli, il n’eut aucune peine à s’endormir du sommeil du juste.

Enfin « juste ». Faut s’entendre sur les mots: du côté pile, bien entendu.

 

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07/10/2008

Le Grand Maître virtuel (11)

Le grand Maître virtuel_11.jpg(11): Le piège découvert piégé

La mouche qui veut échapper au piége ne peut être plus en sûreté que sur le piége même.”, (Georg Christoph Lichtenber)

Il en avait entendu parlé mais ne voulait pas y croire.

Tout ordinateur moderne s’enlise dans les télé-chargements de plus en plus nombreux. Il le savait et était préparé et formé pour contrer les situations les plus dangereuses. L’utilisateur lambda, lui, n’aurait évidemment pas pris la peine d’aller aussi loin dans la surveillance. Cette idée de “cachette surprise” frisait vraiment la perfection, Patrick devait le reconnaître. Il était fier de s’être mis au niveau de cette perfection. Cela n’allait pas se passer comme il le pensait encore une fois.

A la police, par contre, ces télé-chargements autorisés ne se comptaient heureusement que sur les doigts d’une main au cours d’une année. Charger les parapluies, les paratonnerres, oui. Pas la pluie ni le tonnerre.

Cela augmentait les chances de Patrick d’autant pour permettre à celui-ci d’élaguer, d’éclaircir un peu mieux le « comment ». Le « pourquoi », le « avec quoi » et « par quoi » restaient à découvrir.

La police ne disposait pas encore d’un programme de détection aussi perfectionné que celui de Vic. La science fiction avait été dépassé par la réalité dans la passion de la perfection. De cela Patrick ne pouvait pas s’en douter.

Le nom du fichier litigieux, Patrick s’en doutait, ne devait pas correspondre à rien de fâcheux. Chercher ce qui était nouveau et normalement découvrir le pot aux roses.

Son réflexe automatique en tant qu’utilisateur averti, lui fit perdre pourtant des points dans l’échelle de la perspicacité.

Le problème fut vite identifié. Il détruisit, aussi vite trouvé, le fichier de tous les dangers. Il se réfugia dans la poubelle d’attente. En attente d’une analyse par un service compétent. Le fichier du purgatoire pourrait-on dire.

Une fois le ravage opéré sous sa forme virulente initiale, les fichiers de données, en faux frères, se métamorphosaient, s’endormaient avec une extension sans intérêt pour tout programme sensés les éradiquer et s’infiltraient dans un directoire de repos caché non prévu par l’usage habituel.

Ce qui était programmé de base se mit en marche très normalement. En détruisant le virus, l’infection s’autoregénéra avec un nom tout neuf et une location résidente totalement différente.

En plus de cette résurrection instantanée, une écriture d’une petite note dans un log se mémorisa et prêt à avertir qui de droit ou plutôt qui de pouvoir.

En plus, Patrick n’avait rien éradiqué du tout en agissant de la sorte. Il perdait en plus une chance de refaire avec facilité l’opération une nouvelle fois par la suite. Un coup de l’arroseur arrosé moderne.

« Un sous-marin coulé » aurait scandé triomphalement un joueur de combat naval. C’était plutôt un jeu de l’oie. Par le décompte d’une unité, c’était un retour à la case départ.

Un raté, de plus. Patrick l’ignorait encore à ce stade. Le sommeil avait repris ce virus.

Malheur à l’expert qui n’a d’expert qu’au nom de l’expérience et pas de l’imagination.

En réutilisant le fichier, plus tard, sans meilleur protection, il allait s’infecter à nouveau, fortifié, avant de re-mourir dans le cimetière des fichiers virtuels.

A tout hasard, Patrick compléta son rapport et envoya ce fichier de malheur à un expert qu’il connaissait chez le fournisseur « Antivir » avec mention spéciale et tête de mort pour faire vrai sur l’étiquette.

Il respira mieux, le travail accompli.

Le bonheur allait, comme on s’en doute, n’être que de courte durée.

Chacun sait que le futur doit toujours garder son effet de surprise intact pour apporter le piment à la vie. Encore, fallait-il ne pas être trop sensible.

Les pièges du Grand Maître ne faisaient que reprendre du souffle. Un pas en arrière pour mieux sauter.

 

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06/10/2008

Le Grand Maître virtuel (12)

Le grand Maître virtuel_12.jpg(12) Repos programmé.

Quand le mort repose, laisse reposer sa mémoire ” Ben Sira

Le week-end qui suivit, Vic s’octroya quelques vacances dans sa deuxième résidence à Malte. C’était sa contrepartie à sa rigueur. L’exclusive contre l’exclusive.

Il avait réservé une place en première dans l’avion de ligne. Il restait toujours loin de tous touristes qui devaient pulluler en cette saison.

A bord, comme reflex, il sortit son portable comme il avait deux heures devant lui. Pour avoir déjà subit son ‘non’ catégorique, l’hôtesse ne le dérangea plus. Le champagne, oui. La conversation, même avec le beau sourire, il valait mieux chercher ailleurs.

Il aimait le côté monotone du bruit des réacteurs. Les nuages qui défilaient par les hublots n’eurent d’ailleurs aucune chance d’attirer son regard blazé, l’espace d’un coup d’oeil. Le temps passa vite perdu dans des plans machiavéliques mais rêveurs.

A peine, les derniers rivages de la Sicile s’estompaient que l’avion commença à descendre précédée d’une voix douce l’annonçant dans un laïus parfaitement rodé.

Il jeta le premier regard vers le hublot, par habitude.

L’île de Malte apparut très vite. Toute petite, au départ et s’accompagnant de ses deux alter ego bien plus petites encore. D’abord, au centre, la ville de Mosta avec son dôme en téton apparut derrière le hublot sur la colline qui surplombe le reste de l’île. Bien vite, cependant, la capitale maltaise, La Valette apparut tel qu’un vaisseau de pierre calcaire doré. Fier, cet esquif pierreux fendait les eaux bleues de la Méditerranée surplombées d’un soleil en pleine forme. Cette impression, décrite dans les guides touristiques, restait inchangée comme une ville endormie depuis sa fondation depuis trois siècle. Cité bâtie par des grands et pour des grands gentilshommes qu’étaient les chevaliers organisés en guilde. Dirigée en alternance par ces Chevalier de l’Ordre de Saint Jean en provenance de tous les horizons de l’époque. Vic aimait leur histoire. Rejetés de Jérusalem et de Rhodes, ses héros avaient dû défendre leur existence par des effets d’armes de hautes gloires. Le fort de Saint Elme protégeait encore la ville et le port de bateaux en provenance d’orient et d’occident. Cet éperon rocheux trouvait une harmonie avec des rues rectilignes, en croisillons équerres parfaits pour apporter le rationnel au service de leur stratégie. Vic aimait cet esprit de rigueur.

Miniature pour un habitant de San Francisco, La Valette avait ses rues plongeantes dans la mer. De multiples clochers confirmaient la piété toujours respectée par les habitants.

Atterrissage rapide. Pas de bagage. Dédouané, il se retrouva à l’extérieur de l’aéroport.

Les bus avec les ex-voto, les images de sainteté de couleurs vives apportaient l’exotisme au touriste qui pouvait le voir. Ce n’était pas le cas de Vic.

A destination, sa maigre mallette d’une main et son PC en bandoulière, il se dirigea vers le taxi le plus proche.

Sa villa ne se situait pas sur l’île même mais sur celle de Gozo, tout à côté. Il aimait transiter par la capitale médiévale ne fut-ce que le temps d’une courte promenade en taxi, à la recherche d’un bateau rapide. Toute adresse est tellement exotique, tellement bizarre qu’il valait mieux l’écrire sur papier que de la prononcer. L’anglais ne s’accordait pas encore à cette prononciation même si c’était la langue usuelle.

Marsaxlokk, la ville de sirocco, nom typique guttural n’était qu’un exemple parmi bien d’autres. Mais, cette fois, destination à pleine vitesse vers Gozo et Marsalform, station balnéaire principale, marina d’où la villa de Vic était visible, plantée pas bien loin à l’ouest.

La mer turquoise entourait cette ville plantée au bout de l’île comme un éperon.

Il venait se ressourcer comme dirait les touristes mais pas à leur manière classique. Les moments de cogitations viendraient plus tard. Il voulait se donner une parenthèse pendant ces quelques heures de repos.

Sur Gozo, le taxi se dirigea vers sa planque de second niveau. Autour, aucun voisin à moins d’un kilomètre à la ronde, les pieds dans l’eau.

Véritable mausolée dédié à la solitude ou cocon à l’épreuve des intrus. Il eut vite fait d’oublier la petite auto, le boulot par le dodo réparateur. Cette solitude, il se la considérait comme les moments privilégiés de la vie toujours en solo.

Lundi, comme toujours, il y aurait les heures supplémentaires tout aussi solitaires, mais c’était encore loin. Nous étions le week-end et il réussirait, c’était écrit, à passer des moments magiques.

Il devait repartir, comme toujours, en homme neuf avec des idées neuves et originales.

Sous le parasol, surtout, pour ne pas revenir avec un teint trop cuivré et devoir donner son emploi du temps avec trop de précision aux collègues. Expliquer quel banc solaire avait servi pour lui donner ces couleurs pain d’épice, c’était pas trop son truc. Il s’endormit.

Dans son rêve, il imagina Bill qui s’était payé une petite virée en ville avec sa dernière conquête. Sans insister, il avait proposé de multiples fois de se revoir pendant les week-end.

Bill ne comprenait pas pourquoi ce grand blond n’avait pas encore découvert l’âme soeur et pourquoi il ne dépensait pas plus pour profiter de la vie.

- « Tu es un ascète », lui répétait-il très souvent avec un sourire en coin. « Une petite bouffe entre copains et copines te ferait le plus grand bien du côté couleur », complétait-il dans le même temps frisant l’ingérence. Une grimace suivit de colère se peignait sur les traits d’un Vic toujours en visite chez Morphée. Il était presque près de bondir à la gorge de Bill.

En fait, ces idées-là correspondaient précisément à tout ce qu’avait Vic en horreur. Cela, rendait ce beau taciturne, inquiet et mal à l’aise.

Installé à dix mètres à peine de la mer, le léger ressac et son humeur irascible le réveillèrent.

Le réel était là. La crique à l’entour rendaient l’endroit idyllique. Les arbres n’étaient pas nombreux mais, donnaient par leur rareté une couleur tranchée à ce cadre paré de bleu vif. Le café turc ne fumait plus dans le petit verre devant lui préparé avant son sommeil.

Le regard vide, fixé sur la mer sans la voir, il lança sa vision intérieure travailler. Rêvasser et rechercher les idées au plus profond de lui-même.

Ses yeux photographiaient instinctivement le paysage dans sa rétine. Bien plus tard, il le savait, il n’aurait eu aucun mal à décrire avec précision le charme de l’horizon sans l’appareil numérique qu’il réservait à la ‘gent turista’.

Pour lui, le concret n’avait rien de vrai dans l’immédiat. Il ne le passionnait pas. Le virtuel était son terrain privilégié.

C’est alors qu’un déclic, qu’une idée géniale jaillit de son passé profond.

Étudiant, il y a près de 20 ans déjà, il avait écrit un programme en avance sur son temps qui permettait d’augmenter considérablement les chances de gagner en Bourse.

Son utilisation lui avait même permis d’arrondir substantiellement son maigre budget que lui concédait son père assez chiche avec lui. Une bourse apportait, chaque année, trop peu d’oxygène nécessaire. Il terminait toujours ces années avec distinction. Un investissement sur un futur très rentable, après coup, investissement sans reproche.

Vic, cartésien jusqu’au bout des ongles, avait brillé dans toutes les matières qualifiées de sciences exactes. Il le savait sans ostentation.

Les souvenirs lui revinrent par touches colorées de péripéties réussies ou ratées.

- « Comment s’appelait-il ce fameux programme? », se demandait-il mentalement.

Le mot « martingale » lui vint tout de suite comme le mieux adapté au mode de pensée « Vic » jeune adolescent.

Fébrile, il se plongea immédiatement sur son PC et orienta ses recherches par les voies nominatives et datées.

Le programme de recherche ne mit pas très longtemps à le trouver.

« Mais, c’est bien sûr ! », s’exclama-t-il presque tout haut « martagal.bas » un fichier en langage basic. Huit caractères maxima pour les noms de fichiers.

Il fallait maintenant se rappeler des fonctionnalités et des techniques.

Cela ne devrait pas me prendre trop de temps, pensait-il confiant.

Deux heures, plus tard, il en avait fait presque le tour. Quelques notes prises au passage, quelques bribes d’instructions, un organigramme et le tour était joué. Il en avait même évalué les faiblesses et les mises à jour qu’il fallait y apporter pour le remettre en piste. Le fond, la finalité et l’efficacité démoniaque étaient pourtant présents et intacts.

En gros, le look ne correspondait plus aux goûts du jour, comme seule obsolescence. Relooké, le programme aurait été bon car l’algorithme tenait toujours la route.

Les performances boursières devaient clairement être au bout du chemin. Un projet naissait déjà dans son esprit. Ce qu’il allait en faire se clarifiait plus il y réfléchissait.

Tout à coup, un réveil cinglant le ramena à des considérations plus terre à terre. La faim, insidieuse avait miné son corps trop penché vers les choses de l’esprit.

Un dernier ouzo bien frappé pour temporiser cette faim calamiteuse fut sa dernière tentative. Les cogitations primordiales devaient trouver un intermède et Vic connaissait le moyen de le réaliser avec les meilleures chances de succès. Dans son agenda, en place de choix, il y avait un numéro de téléphone du plus grand restaurant de l’île.

Dès la deuxième sonnerie du téléphone, une voix doucereuse retentit à l’autre bout à cheval dans un mélange d’anglais et de maltais. Le nom de référence qu’il donna eut la force de tous les sésames de la terre. Changeant alternativement de langue, partagé entre confusion et obséquiosité, cela prenait des accords de nouvelle langue tout à fait amusante.

Malgré sa présence rare sur l’île, son nom restait gravé dans le souvenir dans la mémoire des commerçants avisés.

Quand le taxi arriva, la nuit noire avait déjà envahi le ciel.

Le hasard fit que le taximan n’était pas inconnu non plus. Les bons pourboires avaient aussi donné, comme il se doit, une mémoire éternelle à son récepteur. Comme l’anglais n’avait pas eu l’heur de pénétrer ses neurones de grecs d’un temps jadis, le chauffeur eut une conversation limitée pour l’essentiel à des courbettes, des sourires d’une largeur sans pareil. Cela faisait sourire d’aise, Vic.

Le restaurant apparu dans le pare brise de la voiture. Un garde chiourme s’affairait autour de la Cadillac qui précédait. Le taxi de Vic s’avança lentement et à la vue de l’occupant, une réception « cinq étoiles » s’empara de sa personne. Le pourboire au taxi-man permit d’apposer une nouvelle couche indélébile aux souvenirs.

Un garçon tout de blanc vêtu à l’accent parfaitement british lui fut assigné pour le reste de la soirée par le maître d’hôtel. La grandeur de la carte n’avait d’égal que celle des montants qui suivaient une description à rallonge des plats servis. Un trio jouait dans un coin des notes internationales ou mêlées d’accent de bouzoukis pour meubler les oreilles les plus exigeantes de sons enchanteurs.

Le sommelier avait un faible pour les connaisseurs.

« Doctor Vic Vanderbist », comme il l’appelait pompeusement, amusait notre héro. Le sommelier jouissait avec son hôte en prodiguant les meilleurs conseils à son illustre oenologue.

La nourriture était somptueuse. Le repas dura bien plus que deux heures. Pas besoin d’ajouter qu’il fut à la hauteur de l’espérance des hôtes.

Le « Grand Veneur » savait reconnaître ses hôtes de marque.

Quand de petits extra en monnaie sonnante et trébuchante existèrent la note, les déférences n’eurent pas de pareil. Le « merci » était servi en toutes les langues connues.

Ce week-end d’exception, Vic perdait complètement toute obligation d’économie.

Il aimait l’île et l’île le lui rendait bien. Peu importait la dépense. Cela ne faisait pas partie des préoccupations du pouvoir des idées.

L’autre vie reprendrait bien assez tôt dès que la parenthèse serait refermée. Une minute, il voulait seulement la prolonger à l’extrême.

Il ne reviendrait pas les mains vides. Son nouveau projet remontait progressivement dans l’échelle des valeurs au niveau des grandes priorités.

L’ambition et réussir, Vic en avait fait sa religion.

Dieu, c’était lui. Pas besoin de tierce personne pour cela.

 

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05/10/2008

Le Grand Maître virtuel (13)

Le grand Maître virtuel_13.jpg(13): Un nième départ.

« Tendre vers l’achevé, c’est revenir à son point de départ. » Colette

Ce n’est que dans la journée de lundi qu’il rentra chez lui.

Cette journée du lundi, il l’avait prise en jour de congé. Son nouveau projet valait bien le déplacement.

L’avion avait posé ses roues sur le tarmac tout à fait dans les temps.

Son rendez-vous virtuel hebdomadaire avec ses « victimes » était prévu pour 15 heures. Son plan de bataille et la répartition des tâches dans la poche, il savait que l’information qu’il en tirerait, prendrait bien deux heures.

Tout devait être très détaillé du début à la fin. L’annexe projetée devait être parfaitement réalisable techniquement. Il le savait.

A 17:30, il recommençait sa pèche aux hameçonnés de tous les horizons.

Il acheva le dépouillement vers 18:00 et il ne fut pas déçu.

Il y avait un « peu de tout » dans la toile. Des araignées piégées ou déjà croquées, des prédateurs qui se retrouvaient dans les rets du super prédateur. Certains avaient tenté de détourner les attaques subies à leurs propres avantages. Sans y parvenir, bien entendu.

Pour ceux-là, Vic était devenu l’inconnu célèbre. Des louanges angéliques succédaient aux poisons et aux pièges. Le fichier polymorphe et espion avait été décrypté. Le log des opérations rassemblées donnait des graphiques édifiants en synopsis. Bien explicites, que ces graphiques ! La tache d’huile brûlante du piratage s’étendait mais était découverte.

La conclusion était simple: il fallait prendre encore plus de précautions. Temporiser sur certains plans et attaquer sur d’autres avec encore plus de doigté. Le risque excitait Vic, mais il n’abusait jamais de sa dose d’adrénaline. La santé mentale et financière en dépendait.

Les frontières des états avaient été allègrement outrepassées. Son action diabolique était devenue à 70% internationale.

Pour changer de crémerie, il entreprit immédiatement de traduire la partie documentation de son nouveau projet. Les textes d’aide et de manipulations de son programme de jeunesse prirent un peu plus de temps à ce polyglotte qu’était Vic de longue date.

A la base en français, une traduction en anglais s’imposait. Une partie important de la nuit y passa. Une correspondance dans la langue de Shakespeare et son adresse référencée dans un catalogue de langues potentielles.

La mise en forme type 21ème siècle était désormais assignée à Grégory, son nouvel employé, originaire de Roumanie, dont il ne reconnaissait que la seule pellicule de compétence théorique.

Attendre et rassembler les pièces du puzzle et commencer la promotion dans monde de l’informatique avide de sensations fortes.

Une pub par ricochet mais pas en première ligne. Mieux valait prendre un profil bas pour le reste. Tout va tellement vite dans ce réseau en étoile et les événements allaient se superposer, tout seul, sans pousser sur le champignon.

Dans le grand jeu virtuel du chat et de la souris, il n’y avait pas place pour les débutants. Le scénario était toujours le même: le plus gros chat allait happé tous les plus petits dans une série sans fin.

Il ne pouvait en être autrement. Le chat avait trop bien travaillé et trop investi dans son projet initial.

 

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04/10/2008

Le Grand Maître virtuel (14)

Le grand Maître virtuel_14.jpg(14): Le calme policé avant la tempête

« Calme et sérénité sont les valeurs de la dignité. Rien ne se valorise dans l’excitation et la débauche. » Paul Melki

Après sa découverte, Patrick aurait pu espérer garder l’élan retrouvé de son ordinateur, d’il y a quelques semaines à peine. Son utilisation rendait celui-ci, insidieusement toujours plus lent. Les raisons de cette lenteur devaient être ailleurs.

Psychologiquement, il était sûr d’avoir démasqué l’espion perturbateur. Sa fierté supportée par la découverte du virus, ne pouvait subir le partage de l’adversité.

Pour un temps, il avait repris son travail avec entrain et sérieux oubliant son anxiété.

Brûler les étapes à problème au plus vite. La bonne humeur fut de courte durée.

Sa machine peinait manifestement de plus en plus pour retrouver sa vitesse de croisière.

La cavalerie des Mips cachait toujours un plaisantin qui poussait en même temps sur l’accélérateur et le frein, agitant le processeur entre désinvolture et gourmandise.

De guerre lasse, sa mauvaise humeur éclata d’un coup.

Chercher les malversations d’Internet, les failles du système, était de son domaine jusqu’à un certain point seulement.

Etre envahi et voir casser son propre rythme, était moins passionnant.

Certaines entreprises avait cette prérogative comme raison d’être. Celles-ci restaient bizarrement muettes jusqu’ici. Désarmé, il commençait vraiment à ne plus accepter ce manque d’agilité et de ferveur.

Ce qui l’inquiétait plus encore, c’était l’inconnu, la réelle finalité cachée de cette espionite.

Le plus souvent, ce genre de maladie se limitait à de simples limitations d’efficacité. Était-ce le cas?

La semaine suivante s’écoula dans le doute et il faut bien le dire. La rage contre les fournisseurs d’antivirus endormis, ne faisait que s’accroître. Et, il avait renoncé à poursuivre l’intrus lui-même.

Les ponts du 15 août avaient provoqué un ralentissement des activités pour tous. Les esprits étaient ailleurs. Les fournisseurs d’antivirus travaillaient aussi au ralenti.

A effectifs réduits, les experts se retrouvaient sous des cieux plus cléments. Cela ajoutait une touche de plus au manque de motivations.

Virus de tous poils et autres « gâteries » du genre pouvaient bien attendre une semaine de plus.

Patrick, de ce fait, avait mis sa gène en sourdine, contraint et forcé. Il essayait de ne plus en parler pour ne pas accroître l’impression de raté qu’il pouvait donner de lui-même.

On s’habitue vite à la lenteur tout comme au progrès d’ailleurs.

Aucune catastrophe plus virulente encore ne semblait, heureusement, pas vouloir se produire.

En attendant, match nul, partie remise et suite à la prochaine surprise du Robin de la Toile, se disait-il peu réconforté tout de même.

12:39 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

03/10/2008

Le Grand Maître virtuel (15)

Le Grand Maître virtuel_15.jpg(15): L’accord parfait.

« Le bonheur c’est lorsque vos actes sont en accord avec vos paroles. » Gandhi

Vic avait décidément bien choisi son comparse. Le développement était son violon d’Ingres et il se révéla hors pair et digne de toutes les félicitations. Ils aimaient tous deux les communications. Le courant passait.

Les contacts avec lui avaient été nombreux et fructueux. Des prototypes laissaient entrevoir le produit fini avec un look d’enfer très prometteur.

Comme il est à constater presque toujours, l’informaticien vrai par vocation ne réagit jamais comme le commun des employés. A l’opposé de ceux-ci, les fonctions vitales comme manger ou boire, dormir ou se divertir et s’entourer d’amis ne font pas parties des préoccupations de base et ne demandaient, de ce fait, aucun raffinement. Plus enclins à s’étourdir dans la technicité. Véritable interface entre machine et humain et dans cet ordre, en tant qu’informaticiens, ils bossaient souvent sans s’apercevoir que le soleil avait été remplacé par un clair de lune dans la voûte céleste.

Pragmatique et dichotomique d’esprit, Vic aimait cet esprit chez les autres aussi bien que pour lui-même. Il l’avait reconnu la trempe de Gregory. Il aurait eu du mal en suivant ce principe de ne pas lui laisser les coudées franches. Le courant passait entre eux manifestement.

De l’imagination, son acolyte en avait à revendre. Sa jeunesse n’avait pas retardé son potentiel. Ses idées originales en imposaient à Vic et cadraient ses ambitions. En plus de son tallent de programmeur, il lui reconnaissait aussi des dons innés de graphistes.

Une véritable perle sertie à merveille dans son écrin, pensait-il.

Vic s’apprêtait à lui déléguer plus de responsabilités pour encourager son esprit d’initiative décuplant du même coup la force de frappe de l’ensemble. Quelques directives générales de départ suffisaient dans la souplesse pour se lancer dans le développement.

Une première version fut bientôt prête pour la publication. Le “bouche à oreille” par la suite devrait très vite marcher à merveille. Des mensuels d’informatique l’insérèrent dans le CD offert en freeware avec leur publication. Le « petit cadeau » devait faire le bonheur des investisseurs en mal de réussites boursières. Ce qu’ils ignoraient, c’est que pour cette étape de diffusion finale, Vic avait complété le « cadeau » par son piège concocté en cheval de Troie.

Un panel de paravents devait garder les créateurs, Vic et Greg, incognitos.

Le programme « Martagal » était en piste parallèle pour le meilleur pour l’équipe de l’insolite, des deux associés et surtout le pire pour l’utilisateur lambda.

Tout le monde était content, clients et fournisseurs.

Qu’espérer de mieux?

 

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02/10/2008

Le Grand Maître virtuel (16)

Le Grand Maître virtuel_16.jpg(16) : Une proposition mal venue

« Même l’intelligence ne fonctionne pleinement que sous l’impulsion du désir. » Paul Claudel

Les premiers orages avaient perturbé nature et humains.

La chaleur et l’ambiance électrique qui régnaient dans les bureaux et dans les maisons, l’énervement des troupes ne permettaient plus la sérénité nécessaire à la saine créativité des services de détections des fraudes.

La chaleur n’endormait pas, elle excitait en pure perte comme l’aurait fait la mouche du coche de La Fontaine.

La climatisation avait démobilisé quelques éléments importants des équipes par les souffleries qui ne se mariaient pas avec les faiblesses nasales.

Bizarre que les plus experts d’entre eux communiaient souvent avec les fragilités extrêmes.

Résultat des courses, rien n’avançait vraiment. Une semaine faisait place à une autre sans découverte fracassante. De nouvelles versions des programmes antivirus avaient été chargées automatiquement sans apporter de réels remèdes à la lenteur de l’utilisation de la machine.

Du côté ‘police’, on ne se faisait plus trop d’illusion mais on priait intimement pour que le pirate ait remis son drapeau dans la cabine d’essayage du capitaine.

Chez RobCy, ce matin-là, Vic fut pris en aparté par Gérard. Le public relation de l’équipe à la base du projet Autoscan fut tout sourire en accompagnant sa question à Vic:

- « Est-ce qu’on ne se ferait pas une petite bouffe ensemble, ce midi ? »

Cela n’arrivait pas souvent. En général, tous les membres de l’équipe n’étaient pas mis au courant ensemble des décisions prises pour le service. Alors pourquoi, cette aparté, cette fois? Car il s’agissait bien d’annoncer un événement. Que lui voulait-il avec ses « petits sabots »? Était-ce encore des suites du raccourcissement du projet? Une autre tuile, plus grave encore?

Ce qu’il allait lui demander allait l’énerver encore plus.

Quelques paroles mielleuses de mise en bouche ne parviendraient pas à sucrer l’ambiance de douceurs très longtemps. Au restaurant, entre entrée et plat consistant, Gérard lança son filet à la tête de Vic.

- « Alors, Vic, tu en as déjà eu quelques interviews à ton actif ! »

- «Très difficile de trouver l’oiseau rare », confirma Vic avec résignation. « La semaine dernière, je croyais vraiment avoir trouvé la perle que l’on cherchait. Il avait les qualifications. L’expérience en IA n’était évidemment pas son cheval de bataille. Avec quelques cours bien sélectionnés, on aurait pu espérer en tirer quelque chose. Malheureusement, il a trouvé un job plus proche de son domicile et notre proposition n’a pas eu d’écho chez lui. »

Pas besoin d’en dire plus, pensait Vic secrètement. Gérard l’écoutait avec attention tout en arquant un sourire en coin qui ne disait rien qui vaille à la perspicacité de Vic. Il n’avait pas tort.

- « Écoute, Vic. Je viens d’avoir une discussion en coup de vent avec Bill. Il était très ennuyé visiblement de me demander de chercher une solution à notre problème de personnel. De commun accord, nous avons pensé à une alternative. Contrairement à Bob, qui a charge de famille, pourrais-tu passez quelques heures supplémentaires au bureau pour accélérer le projet « Autoscan »? Nous savons que tu es le meilleur élément de l’équipe. De plus, nous savons que cela ne pourrait pas trop te gêner. »

Le sang de Vic ne fit qu’un tour. Voilà la pire des suggestions qu’il était à mille lieux d’avoir imaginé. Que répondre? Il comprenait bien qu’il était normalement le plus habilité à donner un coup de pouce au projet. Le problème, c’est que dans son cas, cette « normalité » devenait « impossibilité » pure et dure. Ni Gérard, ni personne ne pouvait imaginer, pour lui, un angle aussi obtus à cette quadrature du cercle. Vic avait besoin de son temps libre à temps plein. Pas question de trouver une excuse valable par la révélation de son emploi du temps après les heures dans sa vie parallèle. Par contrat, il ne pouvait accepter une autre activité rémunérée. Et, même si demain, par on ne sait quel miracle, on avait trouvé la personne bien sous tous rapports pour donner l’impulsion nécessaire, elle ne pourrait se rendre efficace qu’après quelques mois, au mieux. Cela, Vic, le savait et le chagrinait au plus haut point.

Vic réfléchissait vite. Il se sentait coincé de toutes parts. S’il avait su, il se serait payé quelques jours de vacances pour ne pas devoir donner une réponse portée ensuite à son passif.

Son travail du soir, il ne pouvait l’abandonner et il s’accroissait de jour en jour. Gregory, heureusement, produisait à temps plein mais il ne pouvait lui lâcher tous les élastiques du projet dans son ensemble. Il travaillait sous le contrôle d’un contrat honnête. Les heures supplémentaires se justifient au monde extérieur mais pas dans l’obscurité de l’être.

Non, il n’y avait qu’une solution « ralentir » sa petite entreprise qui quoique rentable, ne lui permettait pas de rompre avec RobCy. La couverture était trop protectrice pour la dénigrer et la classer dans le superflu.

Après avoir repoussé avec fraîcheur cette proposition qui financièrement pourtant, rapporterait des applaudissements jubilatoires en d’autres circonstances, il accepta de guerre lasse. Il fallait très vite mettre les pendules à l’heure et attribuer des priorités mieux ajustées aux tâches de ses nuits suivantes. Le temps n’avait jamais été aussi en accord avec l’argent.

Mardi en huit, premier septembre, fut désigné comme départ à une carrière en alternance entre simple et double shift.

Aviser comme toujours ensuite au moment opportun.

 

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