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10/01/2026

La Flèche inversée du Temps

Chapitres
01 Rappel du passé et prévisions
02 La soirée avec Noémie

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01. Rappel du passé et prévisions

"Le temps efface le souvenir des malheurs, jamais celui des fautes? La morsure d'un remords se ravive chaque jour plus cruelle dans notre conscience, à mesure que la vie passe", Jean-François Revel

Vendredi, 2 janvier 2026 :

C'était au cours de décembre que notre collègue David avait été abattu devant le bureau. L'épilogue de l'enquête se termina en queue de poisson. Je répète les mots que j'écrivais fin 2019 au sujet du choc que m'avait produit lors de la mort de David descendu en pleine rue par la violence d'un coup de feu. 

"Dans l'aventure, j'ai été gagnant en apportant mon concours par le développement de mon Coyote, n'était-ce pas le principal ? Et bien non, je me sentais responsable une deuxième fois. Mon premier crime était en différé. Si je n'avais pas inventé ce logiciel Coyote, David serait probablement resté en vie. C'est peut-être ça la différence entre la responsabilité et la culpabilité. L'une est morale psychologiquement et l'autre, sociologiquement.

Le temps a donc passé. Nous en avons parlé de multiples fois après que ce maudit coronavirus qui a attaqué le monde entier ainsi que moi-même. Je l'ai contracté et j'ai été mis en quarantaine après avoir été envoyé aux urgences à l'hôpital dans lequel je suis resté plus d'un mois. J'en suis ressorti très fatigué. Mise au repos forcé. L'organisation de mon travail a été adaptée en conséquence. Le télétravail obligatoire a été le lot de plusieurs collègues. A cette époque, nous ne nous voyions plus que très rarement en présentiel. Chacun a pu choisir de travailler plus souvent à partir de chez lui ou de revenir au bureau. Tout se déroulait par écran interposé. Chacun avait reçu un ordinateur et des connections internet, super puissant chez lui. Personnellement, je suis l'heureux détenteur d'un nouveau bijou des technologies à la pointe du progrès. Quand le Covid s'est dissipé, la crise sanitaire s'est apaisée et je suis progressivement retourné au bureau. Je ne suis pas très loin et j'arrive à aimer l'ambiance de recherche dans laquelle nous nous trouvons ensemble en permanence.  

Aujourd'hui, au sujet de l'assassinat de David, je reste toujours sur ma faim. Je ne comprend toujours pas ce qui s'est passé à l'époque. Quel a été le commanditaire de son assassinat déguisé en motard habillé en policier ?

Si cela a été la cause d'un attentat terroriste ou une organisation plus structurée, celle-ci pourrait toujours à nouveau se manifester.

L'assassinat de David s'était passé tellement rapidement. Il n'avait même pas eu le temps de paniquer quand il s'était écroulé mortellement blessé. Pris aussi par la surprise, en étant à quelques mètres derrière lui, je n'aurais pas pu le secourir.

Depuis, chaque fois que je sors du bureau situé à côté de l'OTAN, j'ai gardé une certaine appréhension en regardant à gauche puis à droite avant de m'avancer pour regagner ma petit voiture.

Avant cela, nous sous soupçonnions des attaques informatiques par l'intermédiaire d'arnaques de plus en plus sophistiquées. Mon logiciel a permis de viser David. 

Je me sens coupable d'être l'auteur initiateur involontaire de sa déchéance potentielle dans l'esprit des collègues et de sa mort. Je n'avais reçu que très peu de temps pour tester mon logiciel.

Je l'avais appelé "Coyote". Par simple déduction, il m'avait permis de nous ouvrir les yeux, de sortir une taupe éventuelle de l'ombre et de comprendre qu'en plus d'un fonctionnaire des services publics, il était probablement responsable d'avoir sapé la défense de l'Etat belge.

David avait toujours été très discret tout en faisant très bien son job au bureau. Personne ne pouvait soupçonner d'autres actions moins légitimes.

S'il s'agissait vraiment d'un rôle d'espionnage de notre service, il avait merveilleusement compris la manière de faire semblant, avec une efficacité surprenante et redoutable. Je ne peux qu'apporter mon admiration mêlée au regret de sa mort et regretter d'avoir perdu un ami.

Un agent double signe au bas de son contrat qu'il doit travailler seul. Ill ne faut pas espérer qu'un organisme étranger revendique qu'ils n'ait envoyé un espion à leur service.

Se sachant découvert dans une fonction d'agent double d'une organisation d'espionnage, peut-être avait-il été prévenu par ses commanditaires d'avoir été brûlé. Si c'était le cas, ils avaient dû prendre leurs précautions. Il n'a jamais été jugé pour trahison par contumace.

Le meurtre de David a évidemment été suivi par une enquête de police avec les interrogatoires de témoins, peu nombreux et de collègues comme moi qui étaient proches de David au moment du drame.

Non, je répète, personne parmi tous mes collègues n'aurait pu penser que sa fin aurait pu être aussi brutale. 

Les espions sur les réseaux sociaux ont souvent une longueur d'avance sur nos découvertes dont nous suivons les enquêtes dans l'analyse de leurs coups fourrés dans la cyberguerre. 

C'est David avec notre cheffe, Noémi, qui étaient venus me sortir de prison prématurément. Mon expérience de hacker du passé avait servi mais qui était devenu tellement lointaine pour moi aujourd'hui. 

Certaines affaires sont restées non éclaircies.

Les raisons de rester dans l'ombre pour raison d'Etat ne pouvaient être transmises dans la presse et partagées avec la population pour ne pas l'effrayer surtout que les alliances entre Etats peuvent changer dans le temps.

Le film "Le professionnel" n'est qu'un exemple parmi d'autres d'un retournement de situation politique.
Tous les acteurs potentiels de telles situations délicates mentent toujours et deviennent des proies suite à la déception de n'avoir pas compris un destin qui évolue sur une autre voie.

Je n'ai plus eu envie de remonter la filière dans le cas de David pour déterminer qui a fait quoi dans son meurtre et le temps a passé en clôturant avec ma seule conclusion "Paix à son âme".
Le souvenir de mon amitié avec lui a perduré surtout lors des anniversaires de ce drame.
Ce matin de décembre, les collègues me trouvent pensif à ne rien faire.
- Alors tu dors, m'a lancé l'un d'eux ce vendredi.
- Je réfléchis. C'est permis, non? ai-je répondu en me réveillant à la suite d'un rêve, plutôt agressif. C'est le jours du drame de David qui me revenait en mémoire mais je n'avais pas envie de l'avouer.
- Non pas du tout. Mais tu oublies notre réunion du vendredi. Noémie ne va pas être contente que tu restes plantée dans tes rêves.

Je ne réponds pas à son rappel.

Il a raison, le vendredi, c'est notre réunion hebdomadaire avec Noémie pour rassembler les différents rapports que notre équipe et elle-même ont préparés pour cette nouvelle année 2026. 

Ce matin, le souvenir de l'assassinat de David en 2019, va peut-être évoqué par elle. Ses recommandations pour éviter que cela ne se reproduise, aussi. Mais à part cela, plus rien.

Le temps a tout effacé dans les mémoires.

Tous les collègues se sont installés très vite dans la salle de réunion et Noémie a commencé son discours.

Ce qu'il contenait n'avait rien de nouveau.

- Tout d'abord tous mes bons vœux pour l'année nouvelle. Je vous ai réuni encore une fois pour parler de la situation de guerres perpétuelles dans laquelle les médias sont friands. Reparler de David, je ne vais pas le faire. La police n'a rien découvert depuis toutes ces années et je pense qu'elle ne trouvera plus rien sans nouvel indice de réouverture du dossier. Pour la police, c'est une affaire classée. Pour nous aussi. Si quelqu'un veut en parler qu'il vienne dans mon bureau après la réunion. L'essentiel est maintenant de voir l'avenir du service. Certains réseaux sociaux du Dark Web nous attaquent souvent sans qu'on puisse en trouver les origines. Ils veulent nuire notre la société et les intérêts nationaux. Il y a des restructurations de personnel, un peu partout dans le secteur privé. L'ambiance de guerre existe en Ukraine-Russie avec le titre tendancieux de "Opération militaire spéciale" depuis près de quatre ans et nous en ressentons les effets dans la chevelure de la comète. En 2025, nous avons vu apparaitre Trump version 2 qui a changé nos relations avec les Américains et son gouvernement. Il a lancé une nouvelle opération secrète contre le Venezuela et capturé Nicolas Maduro. Si Trump attaque le Groenland, ce sera la fin de l'alliance transatlantique. 

Après un court silence pour reprendre son souffle comme initialisation à son speech, elle continue par une série de principes de précaution que notre service se doit de connaître sur le bout des doigts comme une litanie implicite. 

- La vigilance est la clé puisque les Etats Unis nous ont lâchés. Les complotistes ont été très actifs l'année passé. Ne pas perdre la mémoire, douter, explorer les théories séduisantes par l'absurde s'y cachent. Les espions sont parmi nous comme vous pouvez l'imaginer dans une ville globe comme Bruxelles. Des drones nous ont survolés. Pas besoin de faire un dessin, de donner la provenance et les noms de ceux qui ne nous aiment pas qui ont l'esprit de la démocratie en horreur. La foi en dehors de nos frontières n'a rien de démocratique. Sa destruction est devenue une obsession du malin par la force grâce à des réflexes qui leurs sont propres. Il n'y a pas que les organisations et les élites qui sont visées par des actions malveillantes. Les obsessions sont divinatoires ajoutées par un instinct maléfique des Etats et de leurs populations. Découvrir les indices, c'est cartographier les complots construits avec une architecture surprenante. Il s'agit de jouer le même jeu qu'eux dans la même direction mais en les contrant en sens inverse. Déstabiliser les adversaires en prédisant la ligne rouge qui pourrait les démasquer. Résister, c'est souvent utiliser les mêmes armes par des contre-poisons. Ces derniers temps, nos actions ont été très sollicité par la cyberguerre. Je n'ai pas beaucoup d'autres choses à vous dire.  Certains d'entre vous ont pris congé et d'autres sont restés en alerte. Pour les chanceux vacances, je leur demanderai de garder leur Smartphone allumé au cas où un événement inattendu se produirait. Si quelqu'un a une autre idée à exprimer, c'est le moment. Levez-vous sans peur", dit-elle d'une traite.

Personne ne lève le doigt ni ne se lève. Tout le monde a senti que la séance se termine. Chacun sent le moment de se lever pour quitter la salle de réunion et regagner sa propre place.    

- Ok. Je vous souhaite encore une fois, mes meilleurs vœux de plaisir pour l'année 2026, conclut-elle. 

Applaudissements et souhaits réciproqués.  

Tout le monde sort, elle ferme la porte de la salle

Au moment de sortir de la pièce, Noémie me retient par le bras avec un clin d'œil sur le visage en m'invitant à me rassoir. Elle prend une chaise face à moi.

- Je n'ai plus rien eu à dire pendant ma présentation, de la terreur comme les années précédentes, de la terreur peut-être quand David a été assassiné. Il y a six ans déjà et il faut calmer les émotions et les tristesses. Je ne voulais pas en début d'année et ne pouvais pas propager la peur que cela avait engendré. Mais il faut rester positif et prêt. Nous pouvons tous être sujet à ce genre de situation de risques. Il faut seulement penser au présent et au futur en s'adaptant à cette insécurité qui existe dès qu'on sort du bureau pour regagner son logis. On peut rester caché derrière nos fonctions de contrôle et de détection des attaques sur Internet mais il y a des moments qui peuvent être dangereux une fois seul. Il faut vivre avec les risques de notre métier qui ne sont pas nuls. Pour David, s'il n'avait pas été assassiné, cela aurait dû être doublement difficile à vivre quand on l'a peut-être repéré grâce à votre logiciel qui l'a pointé.

Elle arrête, un moment puis revient :

- Etes-vous libre, ce soir ? J'aimerais vous inviter en tête à tête au restaurant pour parler de tout cela et d'une autre idée vous concernant. J'ai un peu marre de jouer la cheffe incontestée, de faire des discours dans cet auditoire tous les vendredi pour prêcher la bonne parole, de gaver des conseils en bonne samaritaine sans assurance. J'ai participé à une réunion avec les le top niveau en fin 2025. A ce sujet, j'ai une nouvelle proposition à vous faire.  Cela suffit pour éviter les drames de conscience dont nous avons vécu par de seuls prémices de suspicion. Qu'en pensez-vous? 

Pris de court, interloqué par cette déclaration intime et directe, je reste de longues secondes sans quoi répondre alors que j'aurais pu répondre seulement par les mots "merci pour l'invitation".

- Bien sûr, je comprends. Oui, je suis libre ce soir et disponible en effet, ai-je répondu en faisant semblant d'hésiter.

- Ok. Disons à 19:00 heure, devant le bureau. Si je me souviens bien, vous habitez près d'ici. 

- Oui, à peine quelques kilomètres. Ça marche. C'est le temps pour me préparer après la sortie du bureau au changement de l'équipe de nuit. J'arriverai à l'heure à bord de ma nouvelle auto de la société. 

- A toute à l'heure, dit-elle avant de quitter la pièce.

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02. La soirée avec Noémie

"Un soir, on rencontre une inconnue que l'on connait pourtant tous les jours et qui devient une histoire d'amour" 

Vu son anxiété, Noémie doit déjà avoir attendu un certain temps avant mon arrivée. Elle semble s'impatienter appuyée sur le capot de sa voiture, . 

Noémie aurait fait une parfaite playmate dans un salon de l'auto pour représenter sa Mercédès bleue.

Ma petite voiture de service en Leasing ne paye pas de mine à côté de la sienne.

Ma surprise est totale. Noémie serait-elle toute différente de ses habitudes dans le privé ? J'ai presque l'impression de ne pas la reconnaître. Beaucoup moins guindée et masculine qu'à son habitude pendant la journée au bureau, moulée dans un jean très masculin aux couleurs délavées pour faire jeune.

Quand je dis différente, en réalité, sa féminité est manifestement plus intérieure qu'extériorisée par sa tenue vestimentaire. La forme opposée au fond.

Elle porte une robe semblable à celle d'Audrey Hepburn dans le film "Diamants sur canapé" avec un col qui lui monte jusqu'à la racine des cheveux.

Ses jambes fines sont visibles sous une courte jupe bleue ciel et une chemise à fleurs roses avec un voile de mousseline noué autour du menton.

Sa voiture décapotable est rebâchée. En été, ouverte, elle aurait des problèmes pour permettre de maintenir sa coiffure presque intacte. En hiver, elle a dû prendre l'habitude de la refermer.

Elle se rend compte que je l'examine de la tête aux pieds.

Voyant ma tête surprise, admirative et étonnée, un large sourire se dessine sur ses lèvres. Des gants laissent échapper les bouts de ses doigts et des ongles vernis au rouge sang.

- Oui, je suis peut-être une cheffe de service en journée, mais le soir, après le boulot; je suis aussi une femme et je ne manque pas de me changer du tout au tout, dit elle.

- Je dirais même plus, une femme très jolie, répondis-je pour calmer mon trouble trop visible de manière involontaire.

Elle ne répond pas.

Elle s'empresse d'ouvrir sa portière et de m'inviter à prendre la place de convoyeur.

- Il y a un restaurant près du centre de Bruxelles que je connais bien. J'y ai été plusieurs fois pour le boulot et j'y ai trouvé la nourriture excellente. Le chef des cuisines est très sympathique. Avant de venir, j'ai parlé avec lui, seule, avant que d'autres clients n'arrivent. Je lui ai confirmé que je ne serais plus seule en revenant. Il ne comprenait pas que je ne sois pas seule à table comme à mon habitude. Nous allons prouver que je peux être accompagnée. Je connais le chemin le plus court pour arriver au restaurant. Ne traînons pas, en route. A cette heure, il y a encore beaucoup de trafic. Les grandes avenues sont souvent un cauchemar à cette heure. Elle est connue pour connaître des bouchons sans fin. 

Je l'aurais bien suivie en enfer même si elle me l'avait proposé.

Mais je tiens cette réflexion enjouée pour moi.

Le soleil est couché depuis longtemps. Pas beaucoup de lumière artificielle. Il a neigé et il faut faire attention à ne pas déraper. L'hiver est là.

Pour la première fois de ma vie, je prends place dans une Mercédès flambant neuve dans laquelle je n'avais pensé me laisser conduire par une femme même en rêve. Le moteur fait un bruit de ronflement digne d'une horlogerie fine. Elle est électrique. Elle démarre sans bruit. Instinctivement, je m'agrippe à la manette latérale mais ce n'est pas nécessaire. 

Dès le départ, les petites rues s'enchaînent sous la conduite d'une experte au volant. Le trafic est quasiment à l'arrêt à cause de la neige. Sur les trottoirs, peu de monde. Tous se sont réfugiés chez eux.

Naomie ne dit rien pendant de longues minutes avant de jouer au guide.

- Vous connaissez le Cinquantenaire à votre gauche avec le parc qui l'entoure?

- Oui, bien sûr. J'y connais. J'ai visité le salon Autoworld et de l'armée. Mais je ne m'y suis pas vraiment promené suffisamment pour m'imprégner du lieu dans les détails.

- A ta droite, le parc Léopold, un lieu d'histoire où, au début du 20ème siècle, se réunissaient les plus grandes sommités scientifiques de l'époque entre autres, Einstein.

Je regarde mais je ne réponds rien, étourdi par ses révélations.

- Nous y sommes presque. Après le rond-point Schumann. Le restaurant est à proximité. Il faut dire que c'est aussi un hôtel restaurant. Une clientèle assez sélecte avec des ressources financières non négligeables s'y rencontre comme les institutions européennes à proximité. Une clientèle de lobbyistes qui tentent d'influencer les hommes d'Etat et les hommes d'affaires, des journalistes et personnalités qui viennent assister à des réunions. Je t'en parlerai ce soir. Sur la place de l'hôtel, détail amusant, du temps de Madame Merkel, elle était venue manger des frites renommées dans tout Bruxelles", annonce-t-elle.

- Je ne suis ni jamais passé par ces petites rues, ni mangé des frites comme Madame Merkel. J'emprunte souvent les grands axes. Celui-ci d'après le GPS indique le chemin le plus court en kilomètres pour arriver où il faut aller sans donner des renseignements touristiques. Je ne m'embarrasse pas trop pour trouver les chemins les plus courts pendant la journée", dis-je.

Noémie gare sa voiture enfin sur une grande place avec des cafés tout autour. Elle introduit sa carte dans un parcmètre. Dix mètres à faire et nous voici devant l'hôtel restaurant où elle désire m'inviter. Difficile de le rater. Une grande façade bien éclairée. Une double entrée à tourniquet. Rien à voir avec le petit restaurant que Noémie m'avait annoncé. A droite, une réception moderne. Un salon énorme à l'avant qui permet de s'asseoir dans des fauteuils de couleurs pour prendre du repos avec une vue ouverte surmontée par une baie vitrée et une vue sur les chambres différentes aux couleurs pastelles différentes en pleine harmonie toutes autour.

Cela sent le neuf ou le réaménagement récemment.

Des décorations de Noël sur les côtés et au plafond, en relations avec les fêtes de fin d'année. Un immense arbre de Noël qui clignote encore au centre de salle de réception.  

Noémie se dirige vers la réception.

Le réceptionniste l'accueille avec un grand sourire. Il la connaît manifestement.

- J'ai réservé une table au restaurant. Nous allons prendre les cocktails de bienvenue dans le salon comme d'habitude, dit-elle.

- Bien sûr ma dame. Nous vous apportons cela tout de suite avec des amuses bouche, chère Madame Bergson.

Bergson, c'est la première fois que j'entends le nom de famille de Noémie. Au bureau, pas de plaque avec son nom et tout le monde se complait à la désigner avec son prénom. Elle ne voulait probablement pas qu'on l'appelle par son nom pour faire partie de l'ensemble avec nous.

Passer le temps à regarder le salon et à boire un cocktail se fait assez vite avant un deuxième.

Quelques informations touristiques échangées. Moins d'une demi-heure après, Noémie m'invite à rejoindre la salle de restaurant et à nous installer dans un coin fixé d'avance par elle.

Le chef du restaurant a, en effet, été prévenu de notre arrivée car il sort de la cuisine et ne tarde pas à entrer en scène avec le sourire.

Il n'a pas le temps de dire bonjour que Noémie lance toute fière:

- Je vous l'avais dit que je reviendrais accompagnée. Je vous présente mon collègue. Comment s'appelle le menu avec les plats que vous allez nous recommander ? 

Le cuisinier n'a pas le temps de me dire "Enchanté" et enchaine la conversation immédiatement.

- Chère Madame, j'ai encore le détail de votre choix dans mon carnet de commande que je tiens dans la main. Vous êtes tellement plus prévisible que vous ne le pensiez, mais comme nous sommes en période nous avons encore un menu spécial de fin d'année qui ressemble à vos habitudes et qui devrait vous plaire. Et Monsieur, que prend-il?

- J'ai une confiance absolue en ma cheffe de service. La même chose pour moi, je suis l'invité surprise, répondis-je.

Il commence par rappeler le menu "rituel".

- Parfait. En entrée, du foie gras de canard avec ses confis. Ensuite des raviolis de crabe préparation "maison". Comme entrée des miniatures de loup de mer en croûte de sel avec ses petits légumes et comme plat de résistance, du gibier de faon.  Cela vous va-t-il?

- C'est parfait. dit Noémie

- Que rêver de mieux. Pour moi aussi. D'accord avec ce conseil de menu?, dis-je.

- Parfait.

- Vous connaissez les vins que je prends d'habitude mettez une petite bouteille de blanc et une bouteille de rouge.

- Bien sûr. Une coupe de champagne de la maison pour commencer. Et c'est parti... 

Installée, Noémie entame la conversation avec moi avec son apéritif encore à la main.

- On va un peu parler de nous, de notre privé plus intimement. Le boulot, c'est pour après. Vous ne me connaissez pas. Je n'ai pas apporté d'échos au sujet de mon passé. Je suis d'origine québécoise. J'ai perdu l'accent puisque cela fait un nombre important d'années depuis que j'ai foulé le sol bruxellois. J'ai même acquis un certain humour belge par l'autodérision, en autodidacte. Il caractérise les Belges et surtout bruxelois. J'ai reçu mon diplôme et une licence d'avocate au Québec. Devenir flic de haut niveau m'intéressait. Je suis passée aux Etats Unis pour apprendre les techniques de profilage et pour reconnaître plus facilement les coupables de crimes. C'est un peu comme les feuilletons américains "Experts" que vous avez peut-être vu à la télé. J'ai quitté le Canada car l'Europe m'attirait. N'est-ce pas sa capitale qui pouvait être le meilleur endroit pour me la faire connaître ? Bruxelles est la ville la plus cosmopolite dans le monde avec un territoire à taille humaine dans lequel on parle presque toutes les langues de la terre. Elle est aussi de tous les dangers, de toutes les histoires d'espionnage. On y rencontre toutes sortes d'organisations sociétales, de cultures et de lobbies. En fonction de mes buts, la ville de Bruxelles me semblait plus attirante que la ville lumière de Paris en brillant de tous ses feux où tout y est trop transparent. Je parle en anglais aussi bien qu'en français et ai de bonnes connaissance en espagnol. J'ai donc des facilités à m'exprimer à des cultures différentes. J'ai appris quelques phrases de base en néerlandais nécessaires mais je ne me considère pas pouvoir débattre avec des Flamands. Ce matin, j'ai parlé rapidement de David dont vous avez résolu, en principe, la triste affaire de culpabilité qui nous aurait espionné d'après les apparences et qui a probablement informé une autre organisation dans le monde au sujet de nos méthodes d'investigation. Si vous ne le savez pas, nous sommes une équipe qui fait partie d'une cellule dormante du Comité P. Il y en a dans chaque pays. Cela s'appelle Plan Parsifaf, en France, Gladio, en Italie, LOK en Grèce, P-26 en Suisse. Ma mission est d'envoyer des civils mener des missions de renseignements gouvernementaux. Au départ, j'avais pensé que vous pourriez remplacer David. Puis je me suis ravisée comme nous allons en parler. Au fait, pour ce soir, au diable le vouvoiement, on se tutoie et on se nomme par nos prénom. D'accord Greg ?  Mais, je bavarde trop longtemps quant je commence. Je connais un bout de ton histoire mais pas tout. Pas de problème pour se tutoyer. Peux-tu compléter mes connaissance à ton sujet ? A toi de parler.

Tout cela, Noémie m'a dit d'un trait. J'ai à peine eu le temps d'absorber ses révélations et ses propos qu'à la suite d'un effet retard.

Interloqué par sa souplesse de réflexions, je reste un moment sans voix en constatant que ses révélations n'étaient pas terminées avant de prendre, moi-même, la parole comme relève à ses propos.      

 - Comme vous dites. Enfin, pardon, comme tu dis, mon histoire n'est pas banale non plus, mais pas vraiment après des études universitaires. Ma vie a commencé de manière compliquée. Un père violent avec en permanence, avec un verre en trop dans le nez. Il battait parfois ma mère. Une fois l'âge de mon adolescence, j'ai très vite compris que je ne devais pas trop m'attarder dans ma petite famille et n'avoir rien en attendre d'elle. Je devais m'évader de ce couple qui était mes parents. Cela impliquait que je devais me débrouiller seul pour trouver ma voie, mais je m'en foutais. Après une dispute orageuse dans laquelle je jouais l'intermédiaire entre ma mère et mon père en arbitre malheureux. Le lendemain, j'ai rempli ma valise et j'ai quitté la maison familiale en claquant la porte. Ma mère a tenté de me retenir, mais elle n'y est pas parvenue. Avant de partir, je lui ai conseillé de quitter mon père, une fois que je serais parti. Résignée, elle avait assez résisté un temps mais j'ai appris dans la suite qu'elle avait suivi mon conseil et quitté mon père quelques mois après. Leur vie ne me regardait plus. Ma décision prise, je ne reviens jamais en arrière. Candide, ouvert à tout, j'avais des facilités d'apprentissage. Je suis passé par une foule de petits métiers. Très ambitieux, j'ai fréquenté des milieux bien plus élevés que ceux de ma condition initiale sans y être invité. J'ai écouté subrepticement tous les secrets échangés sous le manteau, magouilles comprises. Je prenais des notes de tout ce qui se passait autour de moi, des moindres conseils entendus avant de retourner dans mon petit meublé. Je n'avais qu'un but : devenir riche, un jour, pour épater mon père et ma mère.

Je fais une pause et reprends mon souffle avant de continuer par ce qui m'est plus douloureux à raconter. Après un court instant comme pour reprendre mon souffle, je reprends

- Comme je le disais, tu dois avoir pris connaissance du rapport de police et de ce que j'ai fait comme connerie qui m'a poussé vers la prison. Je récapitule. Un jour, j'ai rencontré un gars plus âgé que moi que tu n'as évidement pas connu. Il s'appelait Vic. Il était très taiseux. J'ai compris qu'il désirait rester caché et passer inaperçu dans les mêmes milieux que je fréquentais. Cela m'avait intrigué. Il faisait un peu le jeu d'une ombre opaque malgré le fait qu'il était en charge d'un job tout a fait respectable dans la légalité en pleine intelligence et dans les honneurs de ceux qui suivaient son intelligence. Je me disais qu'il avait probablement des choses à cacher sans esbrouffe. Quelque chose à laquelle , je pouvais y gagner.  Cela m'a fait pencher un peu plus le regard sur lui et à écouter les infos qu'on pouvait trouver sur lui. Je l'ai donc suivi subrepticement dans ses agissements. J'ai pensé qu'il devait avoir des failles dans la cuirasse de son incognito. Bref, j'ai découvert ses forfaitures de solitaire. Ensuite, je l'ai forcé et même acculé, à m'accepter comme son complice sous peine de révéler ses magouilles aux autorités. Je dois dire que nos relations ont parfaitement fonctionné ensemble longtemps après une période d'essais. Je suis entré dans sa vie dans son appartement comme un véritable disciple. Tout prenait bien forme. J'ai appris ses techniques dans le détail avant d'y jouer mon propre rôle. Notre tandem a très bien fonctionné dans une sorte de "Association Avec But Lucratif". Le jour, il travaillait à l'extérieur dans un job officialisé comme couverture et je prenais son relais pendant la journée. Cela tournait ainsi et l'argent entrait dans nos caisses petit à petit. Le malheur a été ma terrible ambition. Elle m'a fait perdre le nord et son amitié. Une ambition de devenir encore plus riche, plus vite, plus forte que la sienne. J'étais trop gourmand. Je voulais viser encore plus haut. Vic, très intelligent et patient ne voulait pas suivre mon rythme. Il finit par me déranger. Après un gros  lors d'une période de fêtes de fin d'année, choisie pendant l'absence de beaucoup d'employés administratifs, notre relation a tourné à l'aigre et s'est mal terminée. Je voulais reprendre le contrôle de l'affaire et je l'ai tué. Ensuite, ce fut ma fuite. Mal préparée, j'ai été très vite localisé à l'endroit où il prenait des vacances près de l'île de Gozo en préparant sa retraite. Arrivé sur place pour récupérer ses avoirs, je m'y suis fait cueillir comme un débutant. Mon meurtre, m'a coûté 8 ans de tôle. Le reste, tu connais.

Noémie réfléchit et ne répond rien.

Je ne sais pas si elle est soufflée ou seulement surprise au sujet de mon passé. Peut-être en sait-elle d'ailleurs bien plus que je viens de raconter sur mon compte grâce à mon dossier qui a dû être constitué au moment de mon arrestation et qu'elle a dû lire avant de m'engager dans son service.

J'embraye en essayant presque de m'excuser de ma vie de débauche.

- J'aimais bien David que l'on accuse d'agent double. En principe, il a été descendu et on a immédiatement pensé qu'on voulait l'éliminer pour qu'il ne parle pas. Tu ne dis rien. Tu dis que tu pensais peut-être me demander de remplacer David. Tu as semble-t-il changé d'avis. Qu'as-tu à me proposer dans la discrétion, sinon nous ne serions pas ici. Je ne suis plus trop candidat pour virer dans les eaux troubles de ma vie d'avant. Est-ce que par hasard, tu ne me renverrais pas dans la clandestinité comme avant, du temps de Vic ? Avec qui sait, un aboutissement plein de risques en tant qu'agent double ? Je ne suis jamais remonté dans l'histoire de David au sujet de ce qu'a réellement caché David, de ce qu'il a fait dans son passé avec ce qu'il voyait d'intéressant dans le job et de transférable pour intéresser les autorités étrangères. Une conclusion d'espionnage relative à lui reste encore à prouver, non? Si c'est vraiment pour devenir un nouvel agent double, je ne vais pas devoir te rappeler ce qui est arrivé à Mata Hari. Les Français et les Allemands l'ont royalement laissée tomber et elle a été exécutée sur un peloton d'exécution par les Allemands. Tu te souviens aussi de l'histoire du "Professionnel" dans lequel Belmondo avait le rôle du trompé par son gouvernement qui, chargé d'une mission qui, malheureusement, n'était plus à l'ordre du jour. Tu te souviens que pendant que nous nous faisions hacker, à une des étapes, tu as été en danger en te faisant kidnapper.  

- Je sais, je sais, mais, oublions David si tu veux bien...

Sur ces rappels du passé, elle veut me répondre d'arrêter d'en reparler mais la sonnerie de son Smartphone résonne et rompt al discussion comme à son habitude. 

Noémie le prend et, sans même regarder qui appelle, pousse le bouton d'arrêt comme si elle avait oublié de le couper avant de venir au restaurant.

- Je m'excuse. On ne parvient plus à avoir la paix dans notre monde connecté. Cela sera pour plus tard, dit-elle gênée.

Les premiers plats arrivent sur table et la conversation s'interrompt pour écouter le serveur qui détaille le contenu des amuse-gueules. 

Dans la salle, la soirée avançant, l'ambiance devient plus animée. D'autres clients sont entrés dans le restaurant et, dans d'autres coins de la salle. Il s'agit de rester discret dans notre coin que je soupçonne être réservé pour des révélations et des propositions dont elle veut me parler.

Discussion vite stoppée, nouvelle interruption du patron du resto qui reprend le fil des informations culinaires en servant les entrées. 

Enfin, on arrive aux plats consistants.

Noémie reprend alors quand le patron n'est plus face à notre table.

- Tu goûtes comme la nourriture est constituée d'un peu de tout. Cuisine française assaisonnée d'arômes exotiques, cela devient magique. Tu vas voir que les déserts sont tout aussi performants, dit Noémie. 

- Je m'en goinfre sans trop faire ressentir ma faim. J'adore la nourriture poivrée, salée et sucrée. Il y a longtemps que je n'ai pas aussi bien mangé.

Arrivée au bout des fils des repas, Naomi interpelle un serveur comme si elle était pressée par le temps.

- Garçon, on peut passer au dessert ? 

Le garçon arrive avec un Saint-Honoré à la crème surmonté de quatre bougies et de thé, café et mignardises. 

- J'ai oublié de te le dire. Aujourd'hui, c'est aussi mon anniversaire et je me devais de le partager avec quelqu'un comme toi avec quelques fantaisies en plus comme je les aime, lance tout de go, Noémie.

- Bon anniversaire, Noémie. Si j'avais su, j'aurais peut-être apporté un cadeau ou des fleurs. 

- Merci, je suis très honoré. Tu sais des cadeaux, je m'en fais tous les jours quand cela me plait. Parlons maintenant de ce que je pensais te proposer à la place de devenir le remplaçant de David. Je te destine à une autre fonction. J'ai une proposition à te faire. L'enquête au sujet de David est au point mort. Il ne faut plus trop en espérer. Chez nous, tout le monde a été suspecté et interrogé mais avec le temps tout a été vite oublié, même si ce n'est pas pour toi. Cette affaire est même plus compliquée que l'assassinat de ton ancien copain, Vic. David est passé entre les fils d'une toile immense qui cache des objectifs parfois bien plus obscurs au moment où elle touche le mur de l'incompréhension internationale. Je ne sais pas encore qui, chez nous, va prendre sa place comme second. 

- Je suis toute ouïe. A quoi me destines-tu ?, demande-je.

- J'ai participé à une réunion avec mes supérieurs. J'ai reçu de nouvelles propositions avec de nouveaux objectifs poussés par eux. Je n'ai pas pas pu les refuser. 

- Ah, ou aille ?

- Bruxelles est la ville des lobbies et ceux-ci ne connaissent que des rapports avec des affaires d'argent, de corruptions en arrière plan avec leur fonction. Pour y arriver, ils sont prêts à tout pour influencer les autorités de Bruxelles dans le choix de leur politique et de leurs commerces. Cela en étant tout autant, influencés eux-mêmes entre eux. Mais au niveau politique, les espionnages sont encore plus dangereux. 

Un peu surpris par ce changement de cible, je reviens sur la voie de départ comme si nous avions été à nouveau coupés.

- J'ai reçu des confidences de David mais j'étais à des années lumières de penser à ce qu'il faisait en tant que second. Les raisons plus intimes de son changement de cap sont probablement à chercher encore ailleurs. Nos faiblesses et risques vont de pair avec l'argent. Il suffit parfois d'une mauvaise passe du côté finances. Parle moi de tes nouveaux objectifs à mon sujet et oublions David.

- J'avais aussi une confiance aveugle envers lui. Je n'ai pas vraiment changé d'avis. On l'envoyait dans des missions de confiance de prospection pour trouver des candidats comme toi pour rejoindre l'équipe. C'est ta propre personnalité qui m'intéresse. Ta sensibilité et ta transformation lors de nos premières rencontres. Ton amour pour l'argent ne changeant rien. Je l'apprécie aussi, au contraire. D'après ton histoire, tu avais un besoin d'argent dont je n'ai pas à comprendre tes motivations et tes raisons. Toutes relations dangereuses peuvent finir en prison ou par la mort. C'est dans l'ordre des choses. Il a peut-être eu un besoin urgent d'argent pour régler une dette importante qu'il ne pouvait payer d'une manière ou d'une autre. Son salaire était pourtant suffisant et même important mais quand on a besoin d'argent plus rapidement, tout devient possible pour arriver à ses fins. 

- Avec Vic, je te rappelle, mes fins m'ont envoyé en prison pendant 8 ans que je n'ai pas envie de recommencer et de retourner au trou.

- Ce que je vais te proposer n'est pas la sécurité totale. C'est même risqué. J'en suis consciente. Mais je t'ai senti volontaire, efficace, aventureux et aussi très prudent pour pouvoir relever d'autres défis. En prenant une nouvelle position, ce ne serait plus la même vie sédentaire que tu connais dans notre bureau. Ce que je te propose, c'est, être solitaire et de devenir un contre-espion auprès de la Commission européenne en mission dans les projets de sécurité pour nous et  l'Europe entière. Les institutions européennes disposent de services de sécurité internes mais ils sont reconnus en tant que telles. Celle des bâtiments, de la protection de l’information, du contrôle d’accès. Il existe aussi des unités spécialisées de contre-espionnage de contre-ingérence au sein du Secrétariat général du Conseil et au sein du Service européen pour l’action extérieure. L'OLAF traite des enquêtes internes et des fraudes. Les États membres de services nationaux de renseignement et de police jouent un rôle central lorsque la menace relève de la sécurité nationale. Cela peut être plus dangereux que tu le penses en entrant dans le secteur du renseignement international dans la clandestinité. Nous sommes en guerre entre la Russie et l'Ukraine avec l'intermédiaire de l'OTAN. Tu es au courant de ce qui s'est passé avec la collusion existante lors du Qatar Gate. Tu as entendu les affaires de blanchiment d'argent à la Communauté européenne. Ce sont des faits. Nous avons été capturés dans les filets commerciaux en suivant les affaires d'Etats. Mais depuis cette année, Trump a tout bouleversé. Nous ne sommes plus des alliés main dans la main. Les zones d'influence ont changé. En principe, depuis l'invasion des Russes en Ukraine, les Russes sont devenus "personna non grata" dans notre pays. Mais ceux qui étaient déjà là sont restés. Comme les pouvoirs américains.  ll faut donc aussi penser à passer bien plus loin que ces années 2022 avec ce qu'a appelé Poutine d'opération militaire spéciale. Certains pensaient que l'année 2022 était entrée de plein pied dans une transition qui correspondait à la prise de pouvoir de la Russie et ensuite de la Chine comme premier empire du monde du Milieu. Le parti unique chinois contrôle toutes les entreprises privées qui sortiraient de leurs prérogatives. Nous sommes entré dans un monde multipolaire du chacun pour soi. La collusion de la Russie avec le pouvoir chinois existe actuellement en sourdine, sans faire de bruit à part à Taiwan. Elle s'oppose à notre modèle libéral de vie, de liberté avec une démocratie d'Etat comme parapluie. Leur deux Etats, soi-disant protection totale, sous leur coupe et leur vérification se font dans un esprit étatique, Xi Jinping pense devenir la puissance numéro un en 2045. Pour y arriver, il y a les prémisses à observer. La Russie s'est épuisée pendant ces quatre années de guerre. Elle a perdu beaucoup d'hommes mais elle s'affaiblit en période d'économie de guerre. Les drones sont devenus les armes essentielles et peu coûteuses de la guerre. L'armée chinoise n'est pas aussi forte en matériel que nos anciens alliés américains, mais, elle augmente ses forces militaires guerrières en lorgnant sur l'acquisition de Taiwan et d'autres îles du Pacifique. En nombre de militaires en exercice, la Chine dépasse allègrement ceux des Etats Unis. Alors, la Chine reste aux aguets avec l'évolution du conflit larvé entre la Russie et l'Occident, elle n'oublie pas leur objectif de la conquête économique et peut-être militaire du monde. Elle installe ses pions aux endroits stratégiques en Europe, en Afrique et en Amérique du Sud en attendant patiemment son tour par les conquêtes commerciales et impérialistes sur la Route de la Soie. Elle surveille ce que l'Occident démocratique ferait si la guerre russo-ukrainienne dégénérait sur le sol occidental protégé par l'OTAN. Ce sont des pays dans lesquels la vie n'a pas le même prix que chez nous en Occident. Nous avons les médias, les réseaux sociaux qui jouissent d'une liberté d'expression inconnue de leur côté. Nous avons dû céder en catastrophe notre approvisionnement en énergie. Les Terre rare sont chez eux, une arme de réserve à la base réservés aux technologies numériques. Des Terres rares, les Chinois en ont quasiment l'exclusivité pour les extraire. Celles-ci entrent dans l'exploitation de tous nos appareils électroniques. Nos espoirs étaient fondés sur la démocratie et la diplomatie pour nous apporter tout ce que nous voulions consommer aux prix les plus bas. Tu te rends compte que si un jour, les Américains ont envie de nous mettre à genou en coupant les ponts comme on a fait pour les Russes viennent de le faire avec l'énergie. Cela ne nous arrangerait pas trop. Trump n'en a rien à foutre avec l'écologie. Il a résolu son problème d'énergie en remettant les énergies fossiles et maintenant avec le Venezuela. Combien de temps faudrait-il à l'Occident pour relancer la production et l'exploitation au même niveau des nécessités pour rivaliser la Chine d'un côté et les Etats-Unis de l'autre ? Des mois et des années. Nos anciens dirigeants sont pris à la gorge et les jeunes ne le savent pas encore en consommant ce qui est disponible sans se poser de question. Tu es sans savoir qu'il n'y a pas beaucoup de produits importés qui n'ont pas la mention "Made in China". Nous nous sommes fait enculé par la Russie qui nous exportait notre gaz et que nous avons été obligé à réduire au maximum pris à la gorge en nous tirant une balle dans le pied. Nous risquons de refaire le même scénario grâce à des prix moins chers que nous ne pouvons pas ou plus produire localement. La stratégie de l'esprit est une recherche de croissance et d'extension de leur territoire grâce à l'économie géopolitique de marché tout en tenant celle-ci sous l'étroit contrôle politique et financier. L'ombre des impérialismes plane dans une sorte de préservation et d'harmonie artificielle avec les fondamentaux égocentriques comme mécanisme du pouvoir. Comme le disait Trump, l'Europe est fondamentalement décadente. Mais je suis sûre que tu t'en rend compte   

- Si je comprends bien, l'Europe entre en plein pieds avec des pieds entravés et joints dans la grande géopolitique de la possession du monde.

- Oui. Il n'y a pas que l'Europe. Nous sommes dans un marché ou une cacophonie de dupe s'est installée avec Trump qui a pris le pouvoir le 20 janvier. Je répète "Les Américains ne sont plus les alliés d'antan". Il faudra jouer seul et peut-être avec les mêmes armes en s'y opposant. 

- Est-ce que je serais la bonne personne pour atteindre un tel niveau d'opposition aux magouilles des Etats ? Qui me payerait dans ce milieu de genre de lobbies géopolitiques ? Est-ce que l'Europe, la Belgique ou notre service en particulier qui transite par la Communauté européenne ?

- Si tu parviens à t'infiltrer dans leurs propres lois, tu seras évidemment payé par nous en réponse aux risques que tu prendrais. Si je me souviens bien, tu as appris en prison quelques langues pour passer le temps. Je te donnerais une accréditation pour pénétrer au sein des organismes européens au centre de Bruxelles. Tu serais protégé par nous malgré ta solitude face à des ennemis potentiels.  

- Oui, j'avais le temps d'apprendre les bribes de langues en tôle. Mais, je n'en ai aucune expérience pratique et orale. Je n'avais personne pour m'y exercer. Si je comprends bien, tu m'offres une place pour remonter à la source de notre faiblesse des magouilles de l'espionnage. Russes et chinoises, cette fois, Américains. Ce que tu m'offres comme job est en principe, la fonction me permettre d'être au contre-espionnage et aussi me compromettre. Il me faudrait des garanties d'être reconnu dans ce nouveau job si cela tournait mal. Si cette reconnaissance figure dans mon nouveau contrat, j'accepterai ce poste. Mais, simple question, comment penses-tu me faire procéder pour entrer dans cette fonction ? 

- Tu seras en stand alone. Il te faudra signer une décharge pour prouver que tu travailles en notre nom. Je ne sais si tes connaissances sont assez poussées. J'ai lu quelque part les principes de Mao et de Sun Tsu. Ma prononciation ne vaut peut être rien mais voila ce que j'ai noté comme stratégie chinoise : 'Non geum baouweicheigshi nei fang. Wai yuan nei fang'. On peut la traduire par utiliser les campagne pour encerclé les villes de manière ronde à l'extérieur et carrée à l'intérieur". Le principe "Lao guang yang" en serait le principe stratégique qui a suivi en cachant son jeu et en attendant son heure". Nous, on utiliserait plus simplement la maxime d'avoir une main de fer dans un gant de velours. Mais eux ne connaissent ni les gants ni le velours 

- Non, je n'ai pas pu traduire les principes que tu me donnes.

- Si tu acceptes, tu vas les connaitre très vite auprès des cabinets de relations publiques d'avocats du type "Team & Network". Une fois parmi eux, il te faudra travailler avec une discrétion identique à celle de ton ancien collaborateur, Vic, que tu fasses de la prospective auprès des gens qui ont les moyens politiques d'influencer et des autres lors des conseils d'entreprises et de colloques parlementaires. Au besoin, il te faudra saper leur énergie à la base. Fixer des punaises dans tes joues pour garder le sourire et caresser tes contacts dans le sens du poil avec les deux mains jointes pour saluer des Chinois. A l'ambassade de Chine appelée "Mission of China to EU",  derrière des grilles, des caméras surveillent tout autour. Si tu veux prendre des photos trop précises de l'OTAN, ou de l'ambassade chinoise, tu verras très vite un représentant qui viendra te demander d'arrêter en te forçant à donner le but de tes photos avant de les effacer ensuite de ton appareil photo. Je peux t'assurer que cela n'a rien à voir avec le restaurant "La Feuille de Menthe" dans lequel tu prendrais une photo d'anniversaire entre copains. Je sais que tu n'as pas été formé pour tout cela mais, tu es assez intelligent pour leur donner l'impression d'être neutre. Tu peux assurer ce job, après quelques mises à niveau. Avant de t'envoyer en mission sur un champ de bataille, tu vas recevoir des cours de psychologie pour déceler les jeux de séduction à apprendre à joindre tes deux mains devant la poitrine en guise de respect, en partageant des séances de pratique. Tu te trouvera dans un monde à part dans lequel on travaille beaucoup. Et comprendre l'esprit chinois et américain comparé au nôtre. En Chine, on peut travailler jusqu'à l'épuisement et être remercié par de très courtes vacances. Cinq jours de congé payés après de une à 10 années d'expérience. Aux Etats-Unis, c'est presque la même chose avec le risque d'être viré pour ne pas avoir compris le principe yankee. Combatif, il faut compenser la perte de leur présence avec d'autres partenaires. A l'occasion devenir lanceur d'alerte. J'ai fais des études de droit dans lesquels on apprend les ficelles du métier. Je t'aiderai aussi au besoin au niveau juridique.

- Cela me parait être un challenge très intéressant. J'accepte. J'aime les risques si j'ai un bon parapluie. J'espère que tu m'en donneras un blindé.

- Bien sûr. Enfin, on se comprend. La semaine prochaine, j'annoncerai ton changement de fonction dans l'équipe sans donner beaucoup de détails. Tu devras sortir de la virtualité exercée dans nos bureau et entrer comme agent de liaison avec l'extérieur. Moi, je reste à l'intérieur en médiatrice contre la corruption des fonctionnaires. Ici, nous sommes à quelques centaines de mètres de l'OTAN. Tu ne seras pas loin de la Commission de l'Union européenne. Ce milieu voit défiler une foule de lobbyistes et d'espions. Je ferais bien de t'introduire dans ce milieu insolite pour commencer ton enquête.

- Je jetterai des dés comme dans un jeu de l'oie, avec des sauts de puce. En essayant de ne pas tomber une case prison. J'avais commencé à écrire ma vie passée avec Vic à la suite de mon passage par la case prison. Je n'avais pas encore le titre de ce que j'écrivais. Le voici peut-être "Opération spéciale informationnelle".

Noémie éclate de rire pour répondre à mon sourire malicieux.

- Pour se joindre, il te faudra un pseudo et un mot de code sous forme de chanson que nous aimons bien et que l'on chantera ensemble aux moments stratégiques ou dangereux pour transmettre tes rapports l'un après l'autre, réplique Noémie en continuant à rire.

- Je devrai m'infiltrer chez des ennemis de la nation belge comme une taupe. Passer par les réseaux sociaux en faisant semblant de prendre leur défense et leur donner confiance comme David l'avait fait dans un statut complètement différent. C'est exact ?

- Bonne idée. Pas de problème. Si tu parles argent en donnant des conseils pour en gagner, tu trouveras du monde sur ton chemin. Il y a des lobbies susceptible d'espionnage à tous les niveaux, à tous les étages de la grande maison de la CE. L'écologie, les produits chimiques agricoles et pharmaceutiques sont à la mode chez nous mais pas chez eux. La vérification de l'évolution des comptes titres et des portefeuilles est aussi une bonne approche. Les rouages médiatico-politiques sont des sources d'informations judicieuses et j'en passe. Ton infiltration va probablement t'obliger à mettre ton éthique entre parenthèses. Les pots de vin sont monnaies courantes dans ces milieux. Je te donnerai les meilleures références possibles. Ajoute-toi, voilé, à LinkedIn. Les gros clients de lobbies le consultent. Les infos récoltées et les rumeurs valent de l'or quand elles sont prémonitoires aux actions concrètes à prendre dans la discrétion. Sois en alternance, le chevalier blanc qui passe faussement au noir. N'apporte jamais ta confiance à un interlocuteur sans l'avoir testé pour y découvrir ses intérêts et ses failles. Pousse-le au besoin dans ses derniers retranchements. Pas question de te faire passer comme journaliste avec une carte de presse. Dans l'empire du milieu, on déteste les journalistes. Pense à ton logiciel de détection des taupes et modifie-le si nécessaire en l'extrapolant.

- J'ai connu ces points de prudence par cœur surtout quand j'étais en prison. Les Judas faisaient partie du jeu.

- Pour faire ton apprentissage dans ta nouvelle fonction, cherche des informations au sujet des personnes qui te paraissent suspectes. "Quand on cherche, on trouve" est la devise de Scotland Yard. Garde toujours des indices de suspicions en arrière-plan. Tu les trouveras parfois sur ton chemin pour suivre des grandes causes. Officiellement, ils participent à des manifs au sujet de l'environnement, des sans-papiers, des opérations de soutien aux migrants et des causes officielles qui motivent des situations troubles pour se faire bien voir par la smala. Détrompe-toi, ce n'est pas toujours le fond des choses. Des gens de l'extrême-gauche et de l'extrême droite agissent en pleine légalité sans être inquiétés, sans être inoffensifs pour autant. La violence des manifestations se produisant dans l'environnement de la CE ne proviennent pas toujours des citoyens lambda mais de citoyens qui en poussent d'autres pour suivre leur propre finalité.

- Ils ont ainsi des couvertures dans la légalité de leurs actions.

- C'est évident. Engagé, tu vas être rétribué grassement par tes nouveaux services. Tu remercieras tes généreux donateurs comme il se doit. Mais je te demanderai surtout de me prévenir si on essaye de te corrompre, de te soudoyer en te proposant de gagner encore plus. Je préfère que tu me demandes une augmentation de salaire plutôt que tu me fasses un enfant dans le dos, corrompu par une source plus généreuse. Je n'aime pas les risques liés à l'hypocrisie et les doutes qui accompagnent.

- C'est ça. Le mieux est souvent l'ennemi du bien et l'habit ne fait pas le moine, mais il n'y a pas que l'habit qui trompe énormément. Les éléphants aussi. Plus ils sont gros, plus ils sont dangereux.

- Tu dois apprendre à tirer les vers du nez de ces personnes sans donner l'air de m'intéresser à eux. C'est tout un art de la diversion.

- Je comprends vite. Il faut parfois séduire pour percer les murailles en apprenant quelque chose sans rien dire sans laisser comprendre ses propres intentions. La Chine n'est plus l'usine du monde à qui on apprenait innocemment les techniques occidentales de construction de voitures, de machines etc. Il suivent leur propres modèles de diffusion en les testant localement avant de les diffuser dans le monde entier. Pour survivre, il faut sembler rester innocent coûte que coûte. Au besoin devenir un ami pour l'un d'eux en le draguant par une propagande qu'ils aiment et se permettre un revirement à 180 degrés. En Chine, dans les années 2020, le Covid a été caché jusqu'à soulever la population chinoise. Xi Jinping dans son message de début d'année disait alors qu'il faut avoir la lumière de l'espoir en l'harmonie et en la prospérité. Leur vaccin Coronavac a révélé une efficacité plutôt médiocre et la population n'a été vaccinée que partiellement. Rester masqué dans tes relations avec eux. La Russie est le premier pays a s'attaquer à l'Occident. La Chine sera le suivant.   

- Tu devrais lire le livre de Sun Tsu "L'art de la guerre". Il avait découvert beaucoup de principes de la guérilla pour éviter la guerre. L'espionnage est un chapitre entier dans son livre. "La confusion crée le chaos et le chaos crée des opportunités" écrivait Sun Tsu.

- Vic m'en avait parlé, mais je n'ai pas lu "L'art de la guerre".

- Tu vas recevoir, avant de commencer ton nouveau job, les mêmes cours de psychologie que j'ai reçus moi-même avec mes cours d'avocate. On ne fait pas dans la dentelle dans l'espionnage ou le contre-espionnage. C'est tout un art comprendre le dessous des cartes de l'âme humaine. Ce matin, dans mon speech, je n'ai évidemment pas parler de tout cela. Mon speech de ce matin a dû te dire que c'était du baratin et cela en était, en effet. 

Noémie savait tout de mes pensées intimes sans me le demander. Elle lisait en moi avant que je le pense moi-même. J'aurais aimé en savoir autant sur elle-même, moi qui n'avait approché que le domaine des chiffres et pas dans celui des sciences humaines.

Elle continue après moins d'une minute.

- Fais semblant de détester l'argent du capitalisme, de la finance, des bourgeois et présente toi à l'intérieur plein d'énergie pour participer au communisme en précisant que la pénurie d'énergie et d'eau sur terre se trouvent à l'extérieur de la Chine. Fais semblant de faire partie du clan des redresseur de torts. C'est fou comme on aime cela chez les gens. L'injustice du monde est immense mais on s'en fout. Les riches y sont incroyablement riches mais peu nombreux. Pas vraiment par leur travail d'ailleurs jusqu'à la relève et qu'on les renvoie à la retraite prématurément. Les pauvres sont incroyablement pauvres et se doivent d'engraisser les riches. Ce sont les empires comme celui des Etats Unis qui sont responsables de tous les maux en dépositaire de la misère du monde. Les pauvres qu'il faut défendre, y sont innombrables. La croissance est en baisse. La classe moyenne se dissout. Tu vas très vite remarquer que c'est dans le luxe que tu trouveras les personnages les plus ambigus et les plus ambitieux. Cela veut dire qu'il vont mettre le paquet pour déstabiliser. Un conseil, méfie-toi de jolies Mata Haris et ne sois pas le pigeon de la farce. Si tu ne le sais pas, nous faisons partie des agents du CERT, de la "Computer Emergency Response Team", c'est-à-dire de ceux que les hobbies pourraient détester à un moment ou un autre.

Je reste un long moment sans rien dire. Noémie et moi, finissons les plats sur la table dans le recueillement en les savourant sans parler.   

Tout à coup, après une période de silence, elle me lance:

- Tu reçois tous mes pouvoirs, l'argent et maintenant, je vais t'offrir le sexe. 

J'ai tout avalé de l'entrée au désert pour découvrir les manières pragmatiques de pensées de Noémie mais pas au sujet de ce dernier volet "le sexe" qui me surprend. Ce mot "sexe" m'a presque fait avaler de travers. Ce sujet tabou n'avait jamais abordé.

- Tu n'es pas puceau, au moins?, dit-elle

Je ne sais que répondre. Pas eu le temps de m'enticher d'une femme pendant les huit ans en tôle. Elle serait partie avant la fin de ma peine. On n'y fait pas vraiment l'amour derrière les barreaux. Ce sont plutôt des histoires de coups de bâton entre colocataires d'infortune. Mes parents n'ont pas donné le bon exemple de réussite. Avant cela, je devais me trouver en solitaire endurci, charismatique et plus muet qu'une tombe dans mes opérations illicites. J'ai eu de petites aventures sans suites qu'il fallait juguler au juste prix de la performance. Il faut que le corps exulte comme le chantait Jacques Brel. La confiance se gagne ou se perd par l'expérience.

Qu'aurais-je pu répondre d'autre que : 

- Non, pourquoi ? J'ai eu des filles de passage avec qui l'on baise et des femmes avec qui ont fait l'amour sans lendemain. Elles ne sont en général, pas les mêmes. J'ai eu des aventures et j'ai été formé, très tôt, auprès de femmes plus âgées que je l'étais. 

- Je ne connais pas exactement ton âge mais j'ai une approximation entre 50 et 55 ans. J'en ai 45 aujourd'hui. Je ne sais si cela te botterait cette différence d'âge. Avant de venir ici avec toi, je me suis renseigné, il y a des chambres à l'étage dans ce restaurant hôtel. Je n'en ai jamais utilisé une. J'ai réservé la meilleure chambre pour nous après les repas.

- Quelle prévoyance. Quelle visionnaire... Au départ, au bureau, je pensais que tu n'étais pas mon type de femme. Je t'ai rencontré complètement transformée ce soir du côté vestimentaire. Je m'attendais à tout, mais pas à la fin de notre conversion avec cette question là. Tu me dragues ou je me trompe? Suis-je d'abord ton type d'homme?

- Je comprends. Tu ne peux le savoir. Aujourd'hui, ce sont aussi les femmes qui choisissent leur partenaire. Ce ne sont pas les rapports que j'obtenais à ton encontre qui m'ont fait tourner l'œil à ton égard. C'est lors de notre première rencontre quand que tu étais encore en prison et que tu as accepté d'entrer dans l'équipe que j'ai fixé mon dévolu éventuel sur toi. J'ai constaté avec le recul du temps que j'avais bien choisi au niveau professionnel mais pas encore dans le lit sous la couette.

- Et tu as pensé que je n'aurais pas d'opposition à tes désirs et que j'allais être ton nouveau "boy friend" désigné d'office...

- Voyons. Pas marié. Apparemment, pas homosexuel. Pas de petite amie qui venait te chercher comme d'autres le font, le soir. J'ose penser que je ne suis pas trop mal conservée. J'ai encore tout comme toi, quelques atouts du côté plumage. Quelques plumes à partir de mon ramage à partager. Ce n'est pas à un mariage que je t'invite. C'est mon anniversaire et j'aimerais le fêter de manière spéciale dont je me souviendrai avec toi.

- Et donc tu as réservé un "bed & breakfast" pour l'occasion dans l'hôtel.

Noémie n'a pas le temps de me répondre qu'un homme s'avance vers nous.

- Mais quelle coïncidence, Noémie. Toute en beauté. Tu n'es plus tout à fait célibataire à ce que je vois, dit-il d'une voix péremptoire.   

Noémie a la réponse du tac au tac, faite sur mesure.

- Par contre toi, je m'étonne que tu sois seul. Tu as perdu ta dernière?

- Non, elle m'attend impatiemment au fond le salle. Je vais la rejoindre. Je vous souhaite une bonne soirée et une bonne fin d'année à tous les deux.

Pas de doute, je sens que cet homme a dû être un prétendant éconduit par Noémie.

Il s'éloigne en disant "Bonne soirée".

Comme si de rien n'était, je reprend le dialogue.

- Qu'aurais-tu fait si j'avais répondu par la négative à ta proposition ?, dis-je 

- J'aurais raté ma soirée ça s'est sûr. J'hésiterais entre libérer la chambre sans rien dire en m'en allant en douce et en te laissant payer l'addition complète de cette rencontre. Il est près de 22 heures, c'est un peu tard pour chercher un remplaçant. Plus de "tu" entre nous, ce soir. On reprendra nos distances dès lundi. Je ne veux pas non plus qu'il y ai du favoritisme que j'apporterais intuitivement à un de mes subalternes parce qu'il est le petit ami de la patronne. On ne fait pas ce genre de confidence en public. Si ce soir, le jeu en vaut la chandelle, pour d'autres gâteries, il faudra attendre une autre occasion tout aussi propice. Ce weekend, je serai à Londres et puis à Paris. Je ne t'embêterai plus. Tu as accepté ma proposition. Il y a toujours des risques dans toutes les confessions et les relations suivies de propositions.

- Tu me donnes, en quelque sorte, une licence pour faire l'amour ou une licence pour tuer ? Si c'est le cas, il faudra que je sois armé.

- Tout comme pour David l'était ainsi que moi-même, je te ferai parvenir un Glock 26 semi-automatique, léger, fiable avec des munitions 9mm.  David aurait pu l'utiliser mais, surpris, il n'en a pas eu le temps de le dégainer. Mais, ce soir, je suis désarmé. Faisons l'amour et pas la guerre comme autour de nous pour oublier que nous sommes depuis quelques temps, face à de nouvelles technologies d'espionnage et de nouvelles manières de surveiller et d'espionner comme Pegasus. L'espionnage commercial des GAFA n'est pas à sous-estimer. .

Elle se tourne vers moi et m'embrasse violemment sur les lèvres comme si elle voulait s'y perdre complètement. Je ne bouge pas en assistant à ma propre impuissance à lui répondre. 

Quand finit son baiser, elle me demande: 

- Alors, on y va ? Je demande la clé de la chambre ou tu veux encore faire un tour à l'extérieur pour assurer la digestion?

- Je préfère monter dans la chambre. A cette heure, il ne doit pas faire très chaud dehors si ce n'est pas humide. Je pourrais survivre au repas mais peut-être pas au froid extérieur. J'ai entendu les médecins généralistes qui sont envahis de demandes de rendez-vous, malades de la grippe. 

- Ok. Je demande l'addition pour le repas et la chambre.

Elle sort la carte bleue et dit "on y va".

Après avoir réglé et ajouté la chambre à l'addition du menu, à la réception, elle m'invite à la suivre. Elle me prend la main en douceur. Je n'ai plus qu'à la suivre comme un coq en pâte ou comme un mouton pas encore tondu.

Dans l'escalier, Noémie a la souplesse d'une chatte sur un toit brûlant. 

Tout ce qui suit, se passe comme dans un rêve flou encore éveillé. Nous avons dû aller jusqu'à la chambre. La peau infiniment douce de la main de Noémie descend le long de mon cou avec tendresse, longe mon thorax et s'arrête à la place sensible de mon individu. Un endroit dont je n'avais plus connu depuis longtemps les dangers.  

Pas de doute, Noémie est une femme entreprenante qui n'a pas froid aux yeux sexuellement.

Elle arrive toujours à ses fins de gré, de force même si cela peut paraître une trahison.

Tout le monde sait que tout son entourage se doit d'être sur la même longueur d'onde pour résister à d'autres aspects de sa personnalité.  

Une fois arrivé dans la chambre, elle est la première à se débarrasser de ses vêtements. A mon avis, elle est trop rapidement nue sans un striptease improvisé tandis que je reste pantois à petite vitesse devant elle en ayant à peine eu le temps d'enlever le haut de corps.

Je ne vais pas parler dans ces lignes, de notre nuit dans un journal.

C'est trop intime et ce serait trop flou et trop incomplet mais en résumé, ce fut super. Elle connaissait parfaitement ce qu'il faut faire pour intéresser le sexe d'un homme.

Le lendemain matin, vers 07.00, quand je me réveille, Noémie n'est plus dans le lit. Elle s'est déjà partiellement rhabillée. Sa place dans le lit est encore chaude.

- Tu sais, j'avais bien choisi, tu n'es pas un mauvais coup. Le devoir m'appelle et je serais volontiers restée avec toi, mais je t'ai informé de mes obligations pour ce samedi, dit-elle. Tu m'excuseras mais le devoir m'appelle. J'ai une réunion à 10:00 et je dois m'apprêter pour répondre à mes chefs à ton sujet avec ta décision. Je commande le petit-déjeuner dans la chambre. J'ai déjà pris quelques minutes sous la douche.

- Merci pour l'appréciation de ma virilité.

- Tu veux du thé, du café ou du chocolat, la spécialité bien belge?

- Thé pour moi.

- Moi ce sera café fort comme tous les jours pour commencer la journée, j'en ai toujours un besoin essentiel pour m'éveiller complètement.

Noémie prend le téléphone et passe la commande.

Cinq minutes après, un serveur arrive avec le plateau qu'il installe sur le bord du lit en suivant le doigt de Noémie qui ne perd pas de temps pour beurrer les croissants.

- Je te donne congé. Ma proposition de refaire l'expérience est conclue avec tacite reconduction si tu ne demandes pas de changements. Je t'enverrai des notes que je reçois en permanence au sujet de toutes les séries de joyeusetés comme les attaques terroristes, les disparitions, les viols par les organisations criminelles. Tu deviens mon bras droit à distance. Lundi, je dirai aux collègues que tu est souffrant pour justifier ton absence. Reste encore dans la chambre si tu veux. Prends ton petit-déjeuner et un taxi pour rentrer chez toi. Dans cet hôtel restaurant où nous sommes, tu peux rencontrer comme je l'ai souvent fait des représentants des lobbies et qui sait quelques espions de passage. Observe leur manège. Penses à ce qui te rapporte le plus d'informations. Au besoin, sur les armes, la drogue et j'en passe des meilleurs. Je t'indiquerai où commencer à chercher un peu plus tard.

Avant de quitter, elle m'embrasse sur la bouche avec un sourire radieux.

- Je me sens fraiche sous une douche chaude et froide, m'assure-t-elle en me mordillant l'oreille avant de sortir de la chambre.

Il me faudra bien plus qu'un mois pour me mettre au courant de ma nouvelle fonction.

- On ne se verra plus au bureau. A dans un mois pour ton lancement dans la cage aux fauves lobbyistes, dit Noémie avant de sortir.

Je reste seul en reprenant mon calme en dehors de toute excitation.

J'enfile le peignoir de chambre blanc de l'hôtel. Je me lève et me dirige dans le salon de la chambre.

A l'extérieur, la neige est toujours présente.  

Quelques étirements pour la souplesse du corps devant la fenêtre sans l'ouvrir. L'horloge indique 8h30.

A l'extérieur, la place est encore quasiment déserte. 

Je n'ai manifestement pas le tempérament aussi rapide que celui de Noémie.

Pas de valisette pour me changer.

Une douche plus prolongée.

Une demi-heure après je descends.

Je sens que je vais prendre un weekend plus que prolongé en pensée dans une promenade qui n'en finira pas.

Une fois rhabillé, je descends.

La réceptionniste me souhaite le bonjour avec un grand sourire, un excellent weekend au moment où je passe le portillon de l'entrée de l'hôtel...

L'afflux de données que j'avais reçu de Noémie, l'incohérence des images et des situations dans mes visions s'évanouissent malgré mes tentatives désespérées de m'en souvenir. 

Il faut que je reprenne des notes le plus rapidement possible.

C'est avec elles que je pourrai recommencer à écrire mon livre par la rédaction de mes mémoires de barbouze avec un présage souriant. ..

 

09:12 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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